Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

Sagalassos, première ville de l'antique Pisidie – visite du site 1

Après avoir découvert dans le précédent article l'histoire de Sagalassos, ville antique située entre 1450 m et 1600 m d'altitude dans les montagnes du Taurus à 7 km du charmant village d'Ağlasun, dans la province de Burdur, c'est une invitation à visiter le site que je vous propose à présent.

 

Selon l'itinéraire choisi, il faut prévoir entre une et trois heures pour visiter ces lieux fouillés depuis plus de 30 ans maintenant par des archéologues belges de l'université catholique de Leuven en collaboration avec des spécialistes locaux et dont la réputation au sein de l'importante liste des sites antiques de Turquie ne cesse de grandir.

 

 

Agora inférieure de Sagalassos

Agora inférieure de Sagalassos

Une fois franchie l'entrée se dresse à droite un imposant péristyle contigüe à la luxueuse villa urbaine dont il fait partie. A l'emplacement de cette dernière, existait durant le règne d'Auguste, une maison alors située à l'extérieur des murs de la ville.

 

Au cours du 1er siècle de notre ère, celle-ci est remplacée par une villa centrée sur une cour intérieure carrée sceinte de colonnades. Cette dernière, une des plus grandes d'Asie Mineure en contexte privé, devient le cœur de la partie privative de la villa achevée vers l'an 400 et qui s'étend alors sur huit niveaux.

Péristyle de la villa urbaine à Sagalassos

Péristyle de la villa urbaine à Sagalassos

A ce jour, plus de 80 pièces ont été fouillées. Cette somptueuse résidence disposait notamment de bains, d'une quantité impressionnante de pièces à usage privé et d'espaces de services, le tout sur deux étages,

 

La villa, comprenant aussi une partie officielle réservée aux réceptions organisée autour d'un atrium autour duquel se trouvent différentes salles au sol de mosaïque très bien préservé, laisse penser qu'elle fut habitée par un membre important de l'élite de Sagalassos. En effet, les étages de cette prestigieuse demeure connectée au réseau d'eau, comprenaient trois salles d'audience, une salle de banquet, des salles d'attentes ainsi que des chambres destinées aux invités.

 

Au fil du temps, après la peste de 541-542 et des tremblements de terre en 602 et 610, cette villa est subdivisée en petites unités transformées en auberge, en étables et en aires de stockage, reflétant l'image de la fière cité de Sagalassos qui se transforme en village rural.

Villa urbaine de Sagalassos

Villa urbaine de Sagalassos

Sur la gauche du chemin principal se profile les impressionnants thermes impériaux dont l'édification revient à l'empereur Hadrien qui offre à Sagalassos le privilège de devenir le siège du culte impérial pour l'ensemble de la région de la Pisidie.

 

La construction de ces thermes, d'une superficie d'au moins 1500 m2 et destinés à accueillir tous les ans le public assistant aux festivals du culte, s'étale sur 45 ans, entre 120 et 165 de notre ère... Ils remplacent les vieux bains installés là auparavant et deviennent le plus grand édifice de Sagalassos, rivalisant de par sa taille avec les termes d'Ephèse.

 

Erigés sur deux niveaux et entourés de murs d'enceinte dont certains d'une épaisseur de 4 mètres, ils sont équipés de vestiaires, de salles de sudation, d'une grande piscine, de bains froids, tièdes et chauds séparés pour les hommes et les femmes. La décoration, constituée de différents marbres et de statues, y est somptueuse.

 

Vers l'an 400, le frigidarium devient un vaste hall public destiné à des banquets et les statues colossales déplacées et exposées dans des niches de l'aile sud, utilisée jadis comme vestiaires. C'est là que furent mises au jour les jambes et le buste de l'empereur Marc Aurèle, à présent exposées au musée archéologique de Burdur.

Les thermes impériaux de Sagalassos

Les thermes impériaux de Sagalassos

La visite du site se poursuit par les nymphées sévérien et d'Hadrien, l'agora inférieure et la porte tibérienne donnant sur la rue à colonnades.

 

L'agora inférieure, datant du règne de l'empereur Auguste et vouée au commerce, était pourvue de nombreux monuments et statues honorifiques. Côté ouest s'élevaient des colonnades couvertes destinées à protéger les piétons du soleil, de la pluie et de la neige. Au 6ème siècle, lors de la rénovation de l'agora, ce portique est subdivisé pour accueillir divers petits établissements tels que restaurants et tavernes.

Agora inférieure de Sagalassos

Agora inférieure de Sagalassos

Au nord-ouest de la place se profilent les restes d'une petite fontaine en forme de niche installée au milieu d'un mur courbe érigé là pour marquer l'accès à la place et qui abritait les bustes des six divinités les plus importantes de Sagalassos : ceux d'Hercule et d'Arès s'y trouvent encore, les autres sont exposées au musée de Burdur.

 

Nymphée d'Hadrien de Sagalassos

Nymphée d'Hadrien de Sagalassos

 La fontaine monumentale, dédiée à Hadrien, édifiée entre 129 et 132 apr. J.-C. sur la terrasse bordant le nord de l'agora inférieure, comportait deux niveaux et un mur arrière d'une hauteur de 17 mètres. Les visiteurs qui entraient dans la cité par la rue à Colonnades, pouvaient ainsi admirer de loin l'étage supérieur de ce nymphée financé de façon testamentaire par Tiberius Claudius Pison, premier chevalier romain de Sagalassos.

 

Les reliefs du nymphée d'Hadrien représentent six des neuf Muses. D'Ouest en Est : Uranie tenant un globe, Melpomène un masque tragique, Clio avec un livre ouvert, Erato jouant de la cithare, Calliope avec une tablette d'écriture et Euterpe tenant une flûte. Elles renforçaient le thème principal du nymphée, Apollon à la cithare, dont la statue de 3 mètres de haut et pesant 4,5 tonnes, exposée aujourd'hui au musée de Burdur après restauration, était l'élément principal de la décoration de cette fontaine au milieu d'autres statues exposées dans des niches.

 

Au premier étage, une statue d'Adrien en bronze doré était entourée de deux statues en bronze du financeur Pison et d'autres personnages, soit des héritiers de ce dernier, soit des divinités ayant un rapport avec l'eau. La fontaine s'est effondrée lors du tremblement de terre de l'an 500 et n'a visiblement jamais été reconstruite. 

Détail du nymphée d'Hadrien de Sagalassos

Détail du nymphée d'Hadrien de Sagalassos

Deux portes monumentales décoratives ont été construites sous le règne de l'empereur Tibère pour accéder à la rue à colonnades. La porte nord, de style corinthien et appelée porte tibérienne, était l'un des monuments les plus raffinés de Sagalassos. Un grave tremblement de terre survenu en 500 ap. J.-C. l'endommagea fortement.

 

L'élégante rue à colonnades, accessible par des escaliers, était uniquement empruntée par les piétons et des animaux de charge tels qu'ânes et bœufs. Longue de 300 mètres pour 10 mètres de large, elle servait aussi lors des processions religieuses. De part et d'autre de la prestigieuse avenue se trouvaient des boutiques, des restaurants ainsi que des ateliers.

 

Rue à colonnades de Sagalassos

Rue à colonnades de Sagalassos

Le temple d'Apollon Klarios, édifié sous le règne d'Auguste au bout de l'avenue, dominait l'agora inférieure et servait de siège officiel du culte impérial. Apollon, une des divinités principales de Sagalassos bien avant la construction de cet édifice, était considéré par Auguste comme son dieu protecteur.

 

Ce temple perdit son usage vers l'an 400 après la construction du temple d'Hadrien et Antonin le Pieux et fut transformé 50 ans plus tard en basilique chrétienne. Après son abandon, cette dernière fut transformée en dépotoir... Le lieu abrita un cimetière chrétien entre le 10ème et le 13èmes siècle.

En avant-plan un des chapiteaux ioniques du temple d'Apollon Klarios à Sagalassos réutilisé pour la construction de l'église

En avant-plan un des chapiteaux ioniques du temple d'Apollon Klarios à Sagalassos réutilisé pour la construction de l'église

La visite du magnifique site de Sagalassos se poursuivra dans un second article.

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Richard LEJEUNE 22/09/2014 08:54

Pourrais-tu, Nat, nous montrer ces bustes d'Hercule et d'Arès que tu dis être encore en place dans le nymphée ... et que, de loin, je n'aperçois pas ?

Tu nous proposes un gros plan d'un haut-relief, détail de ce nymphée.
Si je vois bien, il y en a au moins quatre autres semblant toujours intacts.
Serait-il possible de les voir et, surtout, aurais-tu l'amabilité d'expliquer ce que chacun d'eux représente ?

Merci.

Doumé Baron 21/09/2014 18:30

Bien documenté, belles photos, magnifique reportage Nath !