Du bretzel au simit

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Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

Sagalassos, première ville de l'antique Pisidie – visite du site 2

Poursuivons ensemble la visite du site de Sagalassos entamée dans le précédent article.

 

De la rue à colonnades, la vue se profile sur la colline plate Düzen ayant abrité le plus grand établissement de la région jusqu'au 2ème siècle av. J.-C., sur la colline d'Alexandre ainsi que sur les ruines du temple d'Hadrien et Antonin le Pieux dont il ne reste malheureusement pas grand chose.

 

En revenant sur le chemin principal du site, la route passe devant l'Odéon dont la construction a commencé sous le règne d'Auguste et fut terminée 200 ans plus tard seulement. Ce petit théâtre couvert à l'acoustique excellente et pouvant recevoir 1500 à 2000 personnes était composé d'un auditorium et d'un bâtiment de scène. Une statue d'environ 3 mètres de haut de la déesse Déméter décorait sans doute le mur de scène.

 

L'escalier de l'entrée orientale visible de nos jours est resté intact. L'Odéon a fait l'objet d'importantes rénovations au 6ème siècle pour permettre la tenue de combats de gladiateurs et d'animaux.

Accès à l'Odéon de Sagalassos

Accès à l'Odéon de Sagalassos

Les ruines du stade - dont la date de construction demeure incertaine - ainsi que de la basilique construite à l'intérieur de celui-ci au 5ème ou au 6ème siècle de notre ère, sont situées à l'extrémité ouest de la route principale de Sagalassos. Devant le stade se trouvent également les restes du nymphée de Trajan, première fontaine monumentale de la cité.

 

En revenant sur ses pas, un autre chemin plus au nord permet de rejoindre la nécropole nord. Une paroi rocheuse percée de niches surmontées d'un arc accueillait des sarcophages mais aussi des urnes funéraires dans lesquelles les cendres des défunts étaient entreposées.

Nécropole nord de Sagalassos

Nécropole nord de Sagalassos

Un peu plus loin, le Heroön, monument de 15 m de haut édifié sous le règne d'Auguste en l'Honneur d'un jeune aristocrate inconnu, caractérise parfaitement le travail des meilleurs artisans de la cité.

 

 

Heroön de Sagalassos

Heroön de Sagalassos

La base est ornée d'une superbe frise - dont l'originale est exposée au musée de Burdur - qui représente une jeune fille jouant de la cithare entourée de 13 danseuses. Une riche frise de vigne décore le haut de l'édifice.

Vue partielle de la frise du Héroön de Sagalassos

Vue partielle de la frise du Héroön de Sagalassos

En contrebas de l'Heroön se trouvent les restes du temple dorique édifié entre 50 et 25 av. J.-C., apparemment à la gloire de Zeus, dieu suprême de Sagalassos et de toute la Pisidie durant une longue période.

 

Construit sur un podium de style romain, le temple mélangeait les styles architecturaux grecs et romains. Une porte monumentale de style corinthien fut ajoutée peu après sa construction. Abandonné vers l'an 400 ap. J.-C., le temple, incorporé alors dans les nouvelles fortifications de Sagalassos, a été transformé en tour de garde.

Vestiges du temple dorique de Sagalassos

Vestiges du temple dorique de Sagalassos

Le Bouleuterion, érigé pour accueilllir les séances du conseil municipal – appelé la boulé -, a été construit vers le début du 1er siècle av. J.-C. sur une terrasse qui borde l'agora supérieure du côté ouest. La façade était ornée à l'extérieur d'une frise représentant Arès et Athéna, dieux de la guerre, ainsi que des armes.

 

Lorsque le Bouleuterion fut abandonné vers l'an 400 de notre ère, de nombreux éléments architecturaux furent réutilisés pour ériger la nouvelle muraille d'enceinte destinée à protéger la ville. L'espace en plein air existant devant l'ancienne salle de réunion devint, durant un siècle environ, une basilique chrétienne dédiée à l'archange Michel.

 

La visite se poursuit avec la découverte de l'agora supérieure ainsi que du prestigieux nymphée Antonin, magnifiquement restauré et remis en fonction.

Détail du nymphée antonin de Sagalassos

Détail du nymphée antonin de Sagalassos

L'agora supérieure était le centre politique de la ville dès la période hellénistique. Elle fut réorganisée durant le règne d'Auguste grâce au financement de quatre citoyens fortunés remerciés pour leur participation par la réalisation de statues de bronze à leur effigie alors exposées sur les quatre colonnes érigées aux angles de la place.

 

La place fut enrichie à partir du 1er siècle de notre ère de monuments honorifiques dont une partie s'effondra à la suite d'un tremblement de terre vers l'an 500. L'agora sera transformée ensuite petit à petit en marché.

Vue d'ensemble sur l'agora supérieure, le nymphée antonin et le théâtre de Sagalassos

Vue d'ensemble sur l'agora supérieure, le nymphée antonin et le théâtre de Sagalassos

A l'angle sud-ouest se trouvaient les vestiges d'un arc de triomphe construit entre 37 et 41 ap. J.-C., dédié à l'empereur Caligula et financé par une famille qui obtint la citoyenneté romaine en guise de remerciement.

 

Les restes de cet arc, mis au jour en 2010, ont permis de reconstituer l'édifice entre 2011 et 2013. Les vestiges d'un autre arc de triomphe, dédié quant à lui à Claude en 43, sont visibles à l'opposé de la place.

Arc de triomphe, Sagalassos

Arc de triomphe, Sagalassos

Le nymphée antonin est assurément le clou de la visite de Sagalassos. Edifié entre 160 et 180 ap. J.-C. sur la partie nord de l'agora supérieure à la place d'une modeste fontaine de l'époque d'Auguste, il mesure 28 m de long pour près de 9 m de haut. Il a pu voir le jour grâce à la générosité du plus important bienfaiteur de la cité, Titus Flavius Severianus Neon, et de son épouse.

Nymphée antonin de Sagalassos

Nymphée antonin de Sagalassos

Constitué de nombreuses variétés de marbre et de pierres nobles, il comprend aux extrémités de la façade, deux petites loggias supportées par quatre colonnes. Quatre tabernacles abritant des statues se trouvaient entre ces ceux édicules. Du marbre d'Aphrodisias a servi à la réalisation des statues de Dionysos ivre soutenu par un satyre, de Némésis, Apollon, Asclépios et Koronis dont les originaux sont exposés au musée de Burdur.

 

Une importante campagne de restauration a été menée entre 1998 et 2010 pour redonner son prestige au nymphée qui s'est effondré en 610 lors d'un tremblement de terre et dont les vestiges ont été mis au jour entre 1993 et 1995.

 

Statue de la déesse Némésis, nymphée antonin de Sagalassos

Statue de la déesse Némésis, nymphée antonin de Sagalassos

Durant les trois premières années, la position d'origine de 3500 fragments (constituant plus de 400 blocs) a été identifiée et les pièces assemblées. De 2001 à 2007, ce sont ensuite des centaines de pièces manquantes qui ont été sculptées à l'aide d'une sorte de compas appelé pantographe.

 

Les trois étés suivants ont été nécessaires pour le démantelage puis la reconstruction définitive de l'édifice remis en eau en 2010, approvisionné à partir de la fontaine dorique située 230 m à l'est.

Nymphée antonin de Sagalassos

Nymphée antonin de Sagalassos

A l'angle sud-est de l'agora supérieure se dressent les restes du macellum, marché destiné avant tout à la vente de produits alimentaires de luxe. Construit à la fin du 2ème siècle de notre ère, il était composé de galeries couvertes sur 3 côtés donnant accès aux boutiques. Au centre de la cour a été édifiée une tholos dont il reste la moitié de la base ainsi qu'une partie des premières pierres verticales utilisées.

 

Publius Aelius Akulas, prêtre du culte impérial, a financé une bonne partie de la réalisation de ce macellum dédié à l'empereur Commode pour sa victoire contre les Parthes.

 

On pouvait aussi, durant la dernière période de son activité au 6ème et au 7ème siècle, y acheter d'autres objets de valeur tels que de la bijouterie, des instruments de musique, des objets décoratifs ou utilitaires dans ce marché organisé autour d'une cour de 21 m de large.

 

Macellum de Sagalassos

Macellum de Sagalassos

La visite de Sagalassos se poursuit par la fontaine dorique construite entre 50 et 25 av. J.-C. dont la restauration s'est achevée en 1997 et qui est à nouveau approvisionnée par la même source qu'à l'époque.

 

A proximité immédiate se trouve la bibliothèque de Neon également financée par Titus Flavius Severianus Neon. L'édifice honore son père, comme la bibliothèque de Celsus à Ephèse qui présente d'ailleurs des similitudes architecturales.

 

Rénovée à plusieurs reprises, seule la base du mur arrière en pierre date de la construction initiale. Le sol en mosaïque noire et blanche a été réalisé lors de la seconde phase de rénovation. Les Chrétiens ont détruit tant le monument que sa mosaïque à la fin du 4ème siècle.

 

Fontaine dorique de Sagalassos et en arrière-plan la bibliothèque de Neon

Fontaine dorique de Sagalassos et en arrière-plan la bibliothèque de Neon

La découverte du site s'achève par le théâtre de 9000 places dont la construction à flanc de colline a visiblement débuté vers l'an 120 de notre ère pour s'achever 60 à 70 ans plus tard, sans doute en raison du manque de financement.

 

La cité ne comptait qu'environ 5000 habitants à l'époque mais on venait de toute la Pisidie pour assister aux festivals grandioses organisés là.

Théâtre de Sagalassos

Théâtre de Sagalassos

A l'arrière du théâtre s'étend sur 6 ha le quartier des potiers rappelant l'importance et la réputation de la production de céramique durant six siècles à Sagalassos.

 

Il y a encore beaucoup à dire sur ce site extraordinaire et le prochain et dernier article sur ce site nous permettra de faire connaissance avec le Pr Jeroen Poblome, nouveau directeur de fouilles depuis cette année suite au départ à la retraite du Pr Marc Waelkens, afin d'en savoir plus sur les réalisations en cours et les objectifs pour les saisons à venir.

 

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philae 29/09/2014 10:27

superbe site belle découverte

Richard LEJEUNE 29/09/2014 18:52

Grand merci à toi, Nat.

J'attends donc la suite ...

Richard dede.

Richard LEJEUNE 29/09/2014 09:21

Et la visite se poursuit, pour mon plus grand plaisir.
Merci Nat.

"Une statue d'environ 3 mètres de haut de la déesse Déméter décorait sans doute le mur de scène", écris-tu..
Pourquoi sans doute ? Quels types de vestiges t'autorisent-ils à avancer cette assertion ?
Et pourquoi Déméter, déesse de l'Agriculture ?
Si je me réfère à celui d'Orange, le plus beau du monde, le seul qui ait, à ma connaissance, conservé une statue dans la niche du mur de scène, c'est la statue d'un empereur que l'on devrait ici trouver. Et comme on le pense pour Orange, ce pourrait ici aussi être Auguste ...

Très intéressante remise en état des superbes frontons du nymphée d'Antonin par les restaurateurs ! Et remarquable travail que de le remettre en fonction, de lui rendre sa fonction première de fournir de l'eau ...

Pourrais-tu, à la fin de ton prochain et (déjà ?) dernier article, fournir les références des ouvrages que tu as compulsés pour nous faire revivre ce prestigieux site ?

Merci Nat.

PS : La visite dont tu rends ici compte fut-elle effectuée seule - je veux dire : le site est-il accessible librement ? -, ou as-tu dû réserver un guide pour t'accompagner à un moment précis décidé par les autorités ou par les archéologues ?

Nat 29/09/2014 18:47

Selon les archéologues, cette statue de Déméter ornait le mur de scène. Pourquoi elle ? Car Sagalassos et la vallée d'Ağlasun étaien très fertiles et vivaient beaucoup de l'agriculture.

Le site est en visite libre ; il arrive parfois qu'en été, des étudiants de l'équipe de fouilles réalisent des visites guidées.

J'ai prévu de mettre des références et liens dans mon prochain article...

Didier 28/09/2014 17:27

Magnifique ce site , un des plus beaux de Turquie