Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Avec les réfugiés syriens d'Izmir

Article publié sur lepetitjournal.com d'Istanbul le 3 janvier 2018

Entre 150 000 et 250 000 réfugiés syriens habitent à Izmir d’après les informations recueillies auprès de la Sous-Préfecture, chiffre qui fluctue entre ceux qui sont déclarés ou non et les différentes allées et venues. Rien que dans les quartiers de Kadifekale, Konak, Gülçeşme et Mezarlıkbaşı, le nombre de ressortissants syriens s'élève entre 25 et 30000...

C'est à Kadifekale - le mont Pagus - qu'Alexandre le Grand, suite à l'ordre donné par la déesse Némésis apparue en songe alors qu'il s'était endormi sous un platane de la colline, a construit les fondations de la nouvelle ville de Smyrne détruite par les Lydiens. Autour des fortifications encore visibles sur place ont été érigées quantité de maisons de fortune. Aux côtés de la population essentiellement kurde originaire de la région de Mardin sont venues s'installer ces dernières années de nombreuses familles syriennes.

Ahmad Alyasin de SVLI à droite avec des réfugiés syriens de Kadifekale à Izmir

Ahmad Alyasin de SVLI à droite avec des réfugiés syriens de Kadifekale à Izmir

Kadifekale à Izmir, vu d'en bas... et d'en haut...
Kadifekale à Izmir, vu d'en bas... et d'en haut...

Kadifekale à Izmir, vu d'en bas... et d'en haut...

C'est en compagnie d'Ahmad Alyasin, directeur de SVLI (Syrian Vocational and Language Institute), ainsi qu'avec Elaa, Nur, Mohamed et Mouamen,  quatre jeunes  élèves volontaires de l’Institut, que s'est faite le 26 décembre dernier la distribution des 630 cartes alimentaires Bim acquises grâce à la participation de nombreux donateurs.

Mohamed & Elaa, deux des volontaires pour la distribution
Mohamed & Elaa, deux des volontaires pour la distribution

Mohamed & Elaa, deux des volontaires pour la distribution

Mouamen et Nur, seconde équipe de volontaires pour la distribution

Mouamen et Nur, seconde équipe de volontaires pour la distribution

Pour pénétrer dans le milieu syrien de Kadifekale, il suffit de trouver le membre d'une famille qui vous amène ensuite d'une habitation à l'autre, le nombre des accompagnateurs grossissant au fil des minutes.

Une femme réfugiée syrienne de Kadifekale à Izmir avec un de ses enfants

Une femme réfugiée syrienne de Kadifekale à Izmir avec un de ses enfants

Petite réfugiée syrienne du quartier de Kadifekale à Izmir

Petite réfugiée syrienne du quartier de Kadifekale à Izmir

Il faut parcourir un véritable labyrinthe pour accéder à certaines demeures, grimper des marches accidentées ou dévaler des pentes abruptes dans des ruelles souvent plus qu'étroites.

Dans le quartier de Kadifekale à Izmir qui accueille une grande population de réfugiés syriens
Dans le quartier de Kadifekale à Izmir qui accueille une grande population de réfugiés syriensDans le quartier de Kadifekale à Izmir qui accueille une grande population de réfugiés syriens

Dans le quartier de Kadifekale à Izmir qui accueille une grande population de réfugiés syriens

Documents d'identité, cartes de réfugiés sont présentées tel un jeu de 7 familles... le père, la mère, les X enfants… Les personnes, venues pour la plupart d'Alep, de Raqqa, de Homs, vivent ici, avec certes des toits en dur, dans des conditions difficiles qui ressemblent finalement beaucoup à celles des réfugiés qui habitaient sous les tentes à Adana,… la boue en moins les jours de pluie...

Réfugiés syriens de Kadifekale à Izmir
Réfugiés syriens de Kadifekale à Izmir

Réfugiés syriens de Kadifekale à Izmir

Les logements sont composés de deux ou trois pièces à vivre qui se transforment en chambres à coucher le soir venu. Quelques matelas posés sur un tapis ou à même le sol, des couvertures, un poêle, un réchaud, parfois une télévision qui, grâce aux satellites, permet de rester connecté avec la Syrie...

 

Intérieurs d'habitations occupées par des réfugiés syriens à Kadifekale/Izmir
Intérieurs d'habitations occupées par des réfugiés syriens à Kadifekale/Izmir

Intérieurs d'habitations occupées par des réfugiés syriens à Kadifekale/Izmir

Là, une femme se remet difficilement de l'ablation d'un rein, ailleurs la petite Rasul âgée de 5 ans, sourde et muette, observe d'un oeil étonné l'effervescence dans la maisonnée…

Dans une autre famille, un garçonnet souffre de tremblements répétés, dans cette autre, une fillette dont le cerveau fonctionne normalement a un corps de taille réduite et le visage d’une personne âgée… Trois enfants vivent avec leur mère, le père est mort à la guerre…

Ici, la misère côtoie quelques rares instants de beauté comme dans cette autre maison où une fille d’une douzaine d’années possède une voix d’une beauté extraordinaire…

Des cris, des larmes mais aussi des sourires... d'enfants réfugiés syriens à Kadifekale, Istanbul
Des cris, des larmes mais aussi des sourires... d'enfants réfugiés syriens à Kadifekale, Istanbul
Des cris, des larmes mais aussi des sourires... d'enfants réfugiés syriens à Kadifekale, Istanbul

Des cris, des larmes mais aussi des sourires... d'enfants réfugiés syriens à Kadifekale, Istanbul

Au bout de quelques heures, la situation devient préoccupante ; une jeune fille essaye à deux reprises de faire les poches, les enfants se sont transformés en une véritable nuée gluante et les adultes à qui est demandée de l'aide pour éloigner les jeunes n'arrivent pas à maîtriser la situation.

Il vaut mieux quitter le quartier, sauter tous les six dans un taxi après s'être réfugiés dans un café situé aux abords des murs de la citadelle, rejoints après un court répit par la flopée de gamins.

Quelques enfants syriens du quartier de Kadifekale à Istanbul

Quelques enfants syriens du quartier de Kadifekale à Istanbul

La distribution se poursuit à Çamkule, Mersinpınar et Bayraklı pour une équipe, à Buca et Basmane pour l'autre et dans les hauteurs de Konak pour la troisième... Un long moment est consacré à la visite de la famille de Mustafa, 50 ans, qui a quitté Alep il y a 4 ans. Après être resté un an à Gaziantep - où il s'est fait amputer d'un orteil - il est venu s'installer à Izmir avec son épouse et ses 5 filles.

En Syrie, il travaillait durant 28 ans comme fonctionnaire dans une fabrique textile appartenant à l'Etat. Avec la guerre, plus de salaire versé et leur maison détruite, il ne lui restait plus qu'à partir.

Depuis deux mois, suite au mariage de leur fille de 18 ans qui auparavant leur assurait quelques revenus, ils ont été obligés de changer de domicile. Ils habitent à présent au rez-de-chaussée d'une maison dans la partie qui servait autrefois d'abri pour les animaux... Ils payent 270 TL (60 Euros) de loyer pour deux pièces d'habitation où le seul luxe est un vieux téléviseur à l'image tremblotante qui trône près des matelas et une machine à laver mise à disposition apparemment par la propriétaire des lieux.

Warde - prénom qui signifie rose - 10 ans, revient avec sa mère Emine de l'école primaire Vali Kazım Paşa où elle étudie depuis un an. C'est une élève discrète et brillante dont le cours préféré est le turc et qui évolue en classe de 4ème, au milieu de 18 élèves dont 3 sont aussi syriens.

Khadice, âgée de 14 ans, revient un peu plus tard de l’établissement scolaire toute proche... Ayşe, 15 ans, n'a pas eu cette chance. Il y a deux ans, elle allait à l'école mais depuis leur dernier déménagement, elle n'a pas été acceptée, trop âgée a-t-on répondu à ses parents…

Mustafa, réfugié d'Alep à Konak/Izmir

Mustafa, réfugié d'Alep à Konak/Izmir

Quand à la jolie Meryem, 22 ans, aux longs cheveux noirs bouclés, elle vit la plupart du temps recluse et prostrée derrière la porte d'une des pièces. Elle parle à peine, entend peu, ressemble à un petit animal effrayé qui recule lorsqu'on tente de lui caresser la joue ou de lui tendre la main.

Entre diabète et une jambe qui ne répond pas, Mustafa ne travaille pas. Néanmoins, il garde le sourire et une douceur incroyable se lit dans ses yeux bleus et en l'écoutant. Ses filles ont hérité de cette grâce émouvante et la proximité entre les soeurs est proche de celle de siamoises... On ne ressort pas indemne de la visite d'une telle famille dont la dignité, malgré les conditions de vie, tranche avec certaines scènes vécues à Kadifekale où la violence est plus perceptible.

Pour faciliter l’intégration de cette population qui a fui les affres de la guerre, l’apprentissage de la langue turque est le premier seuil indispensable à franchir.

Réfugiée syrienne de Kadifekale à Izmir

Réfugiée syrienne de Kadifekale à Izmir

La formation professionnelle pour ceux qui n’ont pas de métier ainsi que l’aide à l’embauche représente, quant à elle, la suite logique de la procédure d’insertion. Ce sont les objectifs de l’association S.ç. Önce İnsan - SVLI évoquée précédemment et qui fera l’objet d’un prochain article.

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