Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Transmettre le syriaque aux jeunes dans le Tur Abdin

Article publié dans le No 226 (Septembre-octobre-novembre 2018) de la revue "Le Monde de la Bible"

Dans la cour de l'église Mor Barsavmo du vieux Midyat, au cœur du Tur Abdin - « la montagne des Serviteurs » -, cette région du sud-est de la Turquie située entre Hasankeyf et Mardin, Ayhan Gürkan attend ses élèves, un verre de thé à la main.

Eglise syriaque Mor Barsavmo, Midyat

Eglise syriaque Mor Barsavmo, Midyat

Il fréquente cette église depuis l'âge de 7 ans, y a appris à lire et à écrire prières et chants syriaques. En décembre 1986, alors qu'il a 13 ans, le professeur suggère à son père de le former pour assurer la relève. Petit à petit, les enseignants de l'époque lui transmettent leur savoir.

Ayhan Gürkan, professeur de syriaque à l'église Mor Barsavmo, Midyat

Durant des siècles, parler le syriaque était interdit ; à la place, on parlait l’arabe. Mais les temps ont changé et le syriaque, dont il ne restait que des bribes, est revenu. Mâtiné de turc, de kurde, d’arabe, le Turoyo, ce dialecte, propre au TurAbdin, se transmet à la maison. Ce n’est pas celui-là qu’Ayhan enseigne aux jeunes. Lui, c’est le syriaque littéraire, la langue de prière et les chants liturgiques.

Transmettre le syriaque aux jeunes dans le Tur Abdin

Cours de langue syriaque à l'église Mor Barsavmo de Midyat

Tous les jours après l'école, ainsi que les samedis, 10 à 20 enfants de 4 à 15 ans se retrouvent 2 à 3 heures dans cette medreşto - "école"  en syriaque - pour apprendre à lire et à écrire cette langue.

 

Salle de classe à l'église Mor Barsavmo, Midyat

Salle de classe à l'église Mor Barsavmo, Midyat

Les plus jeunes jouent pendant un an ou deux et s'habituent à passer du temps sur place. A partir de 6-7 ans, ils apprennent l'alphabet, puis à lire et écrire et ensuite les prières, chants et les textes sacrés. Une année suffit en venant tous les jours pour bien apprendre l'écrit. Après le jeu, le goûter et le cours, la dernière étape est la prière quotidienne à 18 h.

Eglise Mor Barsavmo, Midyat

Eglise Mor Barsavmo, Midyat

Si le syriaque est une langue - araméenne, celle du Christ -, une histoire, une culture, une musique, c'est aussi le nom d'un peuple. Dans le langage commun, syriaque est assimilé au christianisme. Pourtant, si la religion est très importante pour beaucoup, tous ne sont pas chrétiens. A cause de cette étiquette, certains musulmans ou athées ont tendance à rejeter leur identité, abandonnant leur langue et leur culture au profit de l’arabe.

Cours de langue syriaque, église Mor Barsavmo, Midyat
Cours de langue syriaque, église Mor Barsavmo, Midyat

Cours de langue syriaque, église Mor Barsavmo, Midyat

Parmi les élèves d'Ayhan, Ilarya et Yuhanna, 9 ans tous les deux, viennent depuis un an et se débrouillent bien au niveau de la lecture et de la compréhension des textes. Gabriel, 10 ans, qui est là tous les jours depuis sa première année de classe, lit la Bible dont il apprend 1 page par jour...

Transmettre le syriaque aux jeunes dans le Tur Abdin
Transmettre le syriaque aux jeunes dans le Tur Abdin

Dans l'ordre des photos Ilarya Gabriel et  Yuhanna 

Nahrin, 15 ans, revenue à la rentrée 2017 après une longue période d'arrêt, lit seulement des textes religieux... Les jeunes viennent chez Ayhan jusqu'à 14-15 ans, avant que la scolarité et autres occupations ne les absorbent.

Nahrin durant son cours de syriaque, église Mor Barsavmo, Midyat

Nahrin durant son cours de syriaque, église Mor Barsavmo, Midyat

Cette langue vieille de plus de 3000 ans est également perpétuée à une vingtaine de kilomètres de Midyat, au monastère Mor Gabriel. Une bonne trentaine d'adolescents âgés de 12 à 18 ans logent ici pendant leur période de scolarité de 6 ans. Après leur journée à l'école publique, Ils étudient le syriaque de façon intensive.

Monastère syriaque Mor Gabriel, Tur Abdin
Monastère syriaque Mor Gabriel, Tur Abdin

Monastère syriaque Mor Gabriel, Tur Abdin

Une douzaine de jeunes habitant l'étranger viennent aussi y passer trois mois à un an pour parfaire leurs connaissances. Parmi eux Filibo, 19 ans, arrivé de Stuttgart il y a six semaines. Il désire apprendre à lire et écrire le syriaque, se dit curieux des chants liturgiques.

C’est l’heure ! Après la prière du matin et le petit déjeuner en communauté, le cours du matin débute dans une petite pièce du monastère ornée d'un poêle d'un autre temps...

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Doumé Baron 03/09/2018 17:44

Ce n'est pas seulement une langue que ce maître enseigne aux enfants, c'est leur culture ancestrale et leurs racines profondes. Ils sont si peu nombreux maintenant cesSyriaques, que cela contribue à maintenir encore vivant le lien avec le Christianisme des origines. Oeuvre d'une grande humanité qui mérite d'être largement encouragée.

Nat 17/09/2018 11:34

Oui Doumé, c'est effectivement bien plus profond que "seulement" si je puis dire l'apprentissage d'une langue.