Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Ambiance Coronavirus - Covid-19 à Istanbul et Izmir

Article publié sur le petitjournal.com d'Istanbul  le 30 mars 2020

 

La vague de pandémie du Coronavirus - Covid-19 qui a touché la Turquie depuis le 10 mars continue de déferler et de faire la une de l’actualité. 9217 cas positifs et 131 décès sont à déplorer dans le pays dimanche 29 mars au soir...

L’hôpital français de la Paix situé en face de l'imposante mosquée de Şişli à Istanbul, fondé par la Compagnie des Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul fin 1858, est le premier hôpital psychiatrique de Turquie. Si à son ouverture, il comptait 12 patients, il dispose aujourd’hui de 150 lits, de services de psychiatrie ouverts et sécurisés, d'une polyclinique psychiatrique pour enfants et une pour adultes, d'un secteur de géropsychiatrie et un de traitement des addictions. Depuis début 2015, il est dirigé par le Dr Metin Şahin, 58 ans, chirurgien général de formation, secondé par le médecin en chef francophone et spécialisé en médecine interne le Dr Hüseyin Cat - médecin-conseil du consulat de France d'Istanbul - et son aide le Dr M. Funda Atabay.

Le Dr Metin Şahin dirige l'hôpital français de la Paix à Şişli/Istanbul

Avec l'arrivée de la pandémie en Turquie, seuls les malades les plus gravement atteints sont hospitalisés. Actuellement, 64 lits sont occupés, 44 par des malades psychiatriques chroniques majoritairement âgés (schizophrènes, troubles mentaux lourds...) et 20 par des personnes arrivées en urgence psychiatrique ces derniers jours et souvent plus jeunes. Les visites aux malades sont interdites pour éviter les risques de contamination mais si la présence d'un proche s'avère indispensable, celui-ci doit séjourner à l’hôpital avec le patient...

Vu les demandes de confinement fortement recommandées par les autorités, les malades consultent actuellement en plus petite quantité. Dans la mesure du possible, des discussions téléphoniques et en ligne se font entre patients et médecins afin d'éviter aux patients de sortir de chez eux. En cas d'urgence, si un malade ou un proche appelle l’hôpital, il est mis en relation avec l’urgentiste – présence assurée 24h/24 - et si l’état du malade nécessite une hospitalisation, il est prié de venir ou d'y être amené en ambulance. Des personnes ayant un passé psychiatrique quel qu'il soit, peut présenter des troubles dus notamment au fait de l'isolement ou de l'enfermement chez lui. Selon la nature de ceux-ci, les communications en ligne permettront de calmer les angoisses et les peurs. Par contre, si le malade cause du mal à lui-même et/ou à autrui, il est hospitalisé.

Des tests de dépistage rapide du coronavirus sont effectués par l'hôpital de la Paix aux personnes hospitalisées si elles présentent des symptômes similaires à ceux du virus, et si le résultat est positif, une confirmation avec PCR est demandée. Pour tout nouveau malade accueilli en urgence, le dépistage est à présent systématique et effectué de la même façon que mentionné ci-dessus.

  Le Dr Hüseyin Cat, médecin en chef de l''hôpital français de la Paix à Şişli/Istanbul

Toute autre personne de l'extérieur peut se soumettre à un test dans l'établissement s'il a de la fièvre et/ou une toux qui l'inquiètent. Après avoir pris contact avec le Dr Hüseyin Çat, le premier test privé nécessitant une prise de sang permet d'avoir le résultat en 15 mn. S'il est positif, l'hôpital effectue lui-même, et ce depuis jeudi 26 mars, le test de référence PCR (pris en charge par l’Etat). Effectué sur des sécrétions nasales ou de la gorge sur place, il est envoyé aux laboratoires référencés chargés de venir en aide aux hôpitaux publics ayant du mal à soutenir la cadence. Le temps que les résultats parviennent, soit entre 24 et 48 heures selon la charge de travail du moment, le malade présumé atteint doit rester en quarantaine à la maison. A la date du 28 mars, environ 35 tests ont été réalisés à l’hôpital de la Paix, en partie pour des personnes hospitalisées et pour partie sur des personnes venues de l'extérieur.

« Il ne faut pas négliger l’ampleur du problème sinon on va tous le payer ! » dit le Dr Hüseyin. Quant au Dr Metin qui estime qu'on on ne peut sauver l'économie aux dépens des humains, son mot de la fin devenu aussi son leitmotiv du moment est : « Pour ne pas vivre quelque chose de plus dur, restez à la maison ! »

Nurten, 45 ans, s’est associée en novembre 2016 avec Canan pour ouvrir un petit salon de beauté dans le quartier de Kurtuluş à Istanbul. Une ambiance amicale et chaleureuse où vient une clientèle fidèle pour une manucure, une pédicure et/ou une épilation.

Depuis le 21 mars au soir, elles ont dû tirer le rideau comme les salons de coiffure et barbiers en Turquie. Nurten se retrouve ainsi à la maison ainsi que son mari coiffeur dans un salon pour hommes à Kurtuluş, leur fils de 26 ans sans emploi, une nièce de 18 ans, une chatte et 4 chatons en pension... La première semaine de confinement n’a pas été difficile, les activités ne manquent pas : cuisine pour tous, nettoyage de printemps, travaux manuels et surveillance des minous…

 

En raison de la pandémie, Nurten n'est pas dans son salon de beauté à Kurtuluş/Istanbul

 

Les autorités turques ont instauré au profit des entreprises le report de 6 mois des primes de sécurité sociale, de TVA et d’impôts pour les mois d'avril, mai et juin. Par ailleurs, les propriétaires de locaux commerciaux ne peuvent pas engager de poursuites judiciaires contre leurs locataires pour non-paiement des loyers de mars, avril mai et juin 2020.

 

Les deux associées ont décidé de ne pas payer le loyer d’avril et si elles peuvent reprendre le travail d’ici mai, elles régleront leur dû petit à petit en fonction de la rentrée des revenus. Ces derniers pour le moment sont équivalents à... 0 pour elles, tout comme pour le mari de Nurten. Cette dernière possède bien un appartement à Istanbul occupé par un nouveau locataire depuis début mars. Même si elle peut légalement engager  un recours en cas de non-paiement pour un loyer de particulier, elle ne le fera pas si la personne n’est pas en mesure de le régler par manque de salaire également...

 

Les achats alimentaires sont effectués par le ménage avec la carte de crédit et les autres dépenses de première nécessité avec les économies du couple. Nurten pense que la situation peut durer jusqu'à l’été et espère pouvoir tenir le coup financièrement jusque-là.

 

Direction Izmir, pour rencontrer Güzin Bozduman, 52 ans, habitant le quartier de Narlıdere. Entrée à l'Institut français de la ville en 1991 où elle va effectuer des missions diverses et variées, elle y occupe depuis 2003 le poste de directrice des cours. Promue Chevalier des Palmes Académiques en 2010, elle s'est vu remettre le 28 novembre 2019 au Palais de France d'Istanbul la médaille d'Officier des Palmes Académiques par Jean-Jacques Victor, Conseiller Culturel et Directeur Général de l’Institut français de Turquie.

Depuis le 16 mars, l’Institut a fermé ses portes pour une première période de deux semaines, suite aux directives de l’Ambassade de France en Turquie. Cependant, les cours de français continuent...mais à distance, comme pour les élèves des écoles turques.

 

Güzin, directrice des cours à l'Institut Français d'Izmir, en réunion de travail à distance avec Caroline David, directrice de l'établissement et Ayşe, la secrétaire

Une réunion de crise, menée par Caroline David, directrice de l'établissement d'Izmir, et Güzin, a été organisée avec l’équipe pédagogique composée de 25 personnes vendredi 13 mars, à 22 h... à l'issue des cours du soir. Son objectif, expliquer la situation et la procédure mise en place avec une décision, celle d'attaquer de suite et de travailler avec Skype, un outil connu de tous. La semaine suivante a été consacrée à la formation des enseignants, et certains ont commencé à effectuer des tests techniques avec leurs élèves au bout de quelques jours. A partir du lundi 23 mars, les cours ont été testés avec succès par tous les enseignants avec tous leurs élèves.

La session trimestrielle devait se terminer avec les examens de fin de session prévus le 28 mars. Revus et adaptés à la situation, ils ont eu lieu à cette date… mais à distance. Les résultats des 454 élèves – moitié des étudiants, moitié des adultes - répartis sur 37 classes, connus le soir même, seront validés comme en temps normal. Ce 30 mars constitue le début officiel de la nouvelle session avec des modules de 30 heures de cours - 50 heures auparavant - à distance et une participation prévisionnelle de 60 à 70 % d'anciens élèves.

Chaque professeur a pris contact avec ses élèves pour fournir les explications sur la nouvelle méthodologie. Si certains pensaient que des vidéos leur seraient envoyées et qu'ils devraient se débrouiller avec, il n'en est rien. Les cours auront lieu comme en classe mais avec le professeur à l’écran et, de l'autre côté, 5 à 10 élèves maximum. Outre ses explications orales, l'enseignant disposera de son manuel numérique devant lui ainsi que de tableaux interactifs open board et live board permettant une interaction par écrit entre élèves et professeurs. Les étudiants en français sont aussi invités à utiliser des outils de nouvelle technologie (tels qu’Apolearn, Educadoch,...) pour utiliser et pratiquer la langue en cours d'apprentissage tant à l’écrit qu'à l’oral, la pratique orale étant prévue par WhatsApp et Skype.

 

 

 

 

A gauche, Zeliha et à droite, Azime, toutes deux professeurs de français à l'Institut Français d'Izmir

Pour les élèves adultes n'ayant pas forcément l’habitude d’utiliser certains outils informatiques, certains professeurs ont mis ceux-ci en place en intervenant à distance sur les ordinateurs des étudiants concernés. Des phases de tests et des captures vidéos sont envoyées en amont aux élèves dans certains cas. Ceux n’ayant pas d’ordinateur ont acheté leur livre de cours à la librairie de l’Institut et les ont reçus par cargo à domicile.

Dans le cadre des activités du mois de la francophonie prévues en mars, le concours de belle prononciation programmé le 27 du mois aura lieu à distance à une date ultérieure, de même qu'un rassemblement de tous les élèves pour proposer un karaoké ou un challenge. Un accès gratuit à la bibliothèque numérique Culturetech des trois instituts a été mis en place pour une durée de 3 mois. Par ailleurs, la mutualisation des cours à distance a été décidée en parallèle avec les 3 directeurs - Istanbul et Ankara - avec de très légères différences au final.

Certains étudiants trouvent d’ailleurs les cours à distance plus pratiques…

 

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