Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Tirilye, un village de Turquie aux marques grecques bien présentes

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 22 juillet 2020

Le village de Trilye, situé au bord de la mer de Marmara à 11 km à l’ouest de Mudanya, est une des perles de la région de Bursa.

Le riche passé grec de Tirilye a laissé des traces importantes et l'ambiance invite à ralentir le rythme, à se laisser bercer par les lieux, à se détendre et à profiter tant de la beauté du village que de ses alentours. En semaine, le temps semble s’être arrêté… 

 

Ici, le style ottoman se mêle avec bonheur aux nombreuses demeures de style grec, le tout se reflétant dans les nombreuses maisons traditionnelles en pierre et en bois selon les niveaux vieilles de 150 à 200 ans.

 

Maisons traditionnelles de Tirilye

 

Les vieilles dames bavardent sur les chaises installées devant leur porte et vous saluent aimablement, les hommes se retrouvent à la terrasse d'un café typique et coloré de la rue principale bien ombragée grâce aux immenses vieux arbres. Les tracteurs font presque toujours partie du paysage...

 

En plein centre de Tirilye

 

Un café historique et coloré de Tirilye

 

Dans des temps très anciens, l’actuelle Tirilye a porté des noms très divers comme Caesareia mais aussi Brillios et Bryllion qui fut sa dénomination durant la période byzantine et jusqu’au IXème siècle. 

 

L’olive de Tirilye est aussi réputée que celle de Gemlik ou d’Ayvalık et de nombreux habitants gagnent encore leur vie grâce à l’oléiculture dont l’économie reste importante. Le village s’est appelé Zeytinbağı - vigne d'olive - de 1963 à fin janvier 2012 où il a repris son nom d’antan. Il a perdu au passage sa mairie et se trouve depuis rattaché administrativement à celle de Mudanya.

 

 Dans les oliveraies de Tirilye

 

Si le village est composé aujourd’hui d’environ 1500 habitants, une trentaine de familles turques sont venues à la fin du XVème siècle rejoindre la population majoritairement grecque du village. A titre d’information, en 1900, Tirilye comptait 4131 habitants était composée de 253 musulmans et de 3878 non-musulmans.

 

Il existe d'importantes structures religieuses laissées par les Grecs ici et dans les environs. De nos jours, quatre anciennes églises sont encore visibles dans le centre dont Saint-Stéphane devenue la mosquée Fatih en 1560. Construite entre 610 et 850 et constitue ainsi l'une des plus anciennes églises byzantines du sud de Marmara, elle était initialement connue sous le nom d'Aya Todori.

 

La mosquée Fatih de Tirilye, ancienne église grecque byzantine Saint-Stéphane

 

Le bâtiment, dont les chapiteaux byzantins ont été conservés à l'entrée, possède un dôme conique de 19 mètres de haut. L’important tremblement de terre de 1855 a endommagé le minaret, le dôme et le mur sud qui ont été réparés. Lors de l'invasion grecque en juillet 1920, l’édifice fut temporairement reconverti en église par les grecs locaux avant de redevenir mosquée à l'issue de la visite des lieux par le roi Constantin Ier, roi des Hellènes, en septembre 1921.

 

La mosquée Fatih de Tirilye, ancienne église grecque byzantine Saint-Stéphane

 

A l’entrée de la rue principale de Tirilye, l’église Saint-Basile - Aziz Vasil Kilisesi - datant du 19ème siècle, abrite à présent le Centre Culturel municipal de Tirilye. Après les échanges de population résultant du traité de Lausanne signé en 1923, le bâtiment a servi de réfectoire aux orphelins hébergés et étudiant alors dans l’école de pierre. Durant une période, ce fut également un cinéma et une salle de cérémonie pour les mariages avant sa transformation en centre culturel en 2009.

 

L'ancienne église Aya Vasil de Tirilye, aujourd'hui centre culturel municipal

 

La maison Dündar, ancienne église Saint-Jean - Yuannes Kilisesi -, construite au 19ème siècle, est devenue une propriété privée après le départ de la communauté grecque. Composée de trois niveaux, elle a été utilisée jusqu'à ces dernières années comme maison d’habitation et est à présent inoccupée et il semblerait qu’elle soit à vendre... En faisant le tour de l’édifice, on remarquera, outre l'entrée principale composée d’une porte voûtée en pierre et d’ornements de sculpture sur pierre, des caractéristiques et détails propres à une église.

 

La maison Dündar à Tirilye, une ancienne église grecque Saint-Jean

 

L’église Kemerli, construite au 13ème siècle, est de première importance pour le monde orthodoxe. Ce monument fut une des premières églises comportant des peintures murales. Les voûtes et le dôme sont placés sur quatre colonnes surmontées de chapiteaux ornementés. Ses colonnes ont été importées d'Alexandrie et selon un manuscrit de 1676 rédigé par l'ecclésiastique et scientifique Dr John Covel, l'église est dédiée à la Vierge Marie - Panagia Pantobasillissa -.  Les habitants de Tirilye l’appellent “la petite Sainte-Sophie”.

 

L'église grecque Kemerli de Tirilye

 

Les murs comportent encore quelques traces de fresques humaines, dont un soldat avec une épée, un lancier au visage bien défini, l'archange Michel avec des ailes et des scènes de la vie de la Vierge Marie. L'église a été gravement endommagée lors du tremblement de terre de 1855 durant lequel le beffroi et le dôme se sont effondrés. Après 1923, l'église, devenue propriété privée, a été utilisée comme entrepôt puis abandonnée durant des années avant d’être achetée il y a environ deux ans par le métropolite grec de Bursa. Des travaux de restauration entamés depuis peu devraient lui permettre de retrouver son allure d’antan.

 

L'église grecque Kemerli de Tirilye (photo septembre 2018)

Bartholomeos 1er, patriarche œcuménique de Constantinople, se rend à Tirilye chaque mois de janvier ces dernières années. Après une célébration religieuse dans l’ancienne église Saint-Basile, il se rend en procession au bout de la jetée qui se trouve à l'autre bout de la rue Principale pour le traditionnel lancer de la croix comme cela se fait à Istanbul dans la Corne d’Or à l’occasion de la Théophanie.

 

A 4-5 km à l’ouest, au bord de mer et après avoir traversé les magnifiques oliveraies si réputées de Tirilye, se trouve le monastère Aya Yani qui fut actif entre 709 et 1922. Il ne reste plus que des murs en ruine et la propriété privée qu’il est devenu après le traité de Lausannes est occupée depuis environ un semestre par un éleveur de moutons.

 

Les restes du monastère grec Aya Yani de Tirilye (photos septembre 2018)

 

 

Le centre culturel Hasan bey a pris place dans l’ancien hammam construit à côté de la mosquée Fatih en 1652-53 par Hasan Pacha, major-général ottoman dont la sépulture se trouve dans la cour de la mosquée. Le bain public, devenu inutilisable, a été utilisé un temps comme entrepôt et atelier de menuiserie avant d’être restauré à des fins de centre culturel.

 

L’imposante école de pierre - Taş Mektebi - de style néo-classique, est située en plein coeur du village. Elle fut construite entre 1904 et 1909 par Chrysostome de Smyrne, né à Tirilye, qui après ses études en Grèce, est retourné en Turquie où il sera le dernier métropolite de Smyrne, l’actuelle Izmir.  Transformé en orphelinat en 1924, le bâtiment a ensuite servi d'école primaire et secondaire jusqu'en 1986, avant d'être vidé en 1989 pour des raisons de sécurité, suite aux usures structurelles détectées au niveau du toit, des murs et des planchers.

 

Taş mektebi, l'école de pierre de Tirilye (photo septembre 2018)

 

L'école de pierre - Taş mektebi - de Tirilye (photo août 2004)

 

Les travaux de restauration entrepris par la municipalité de Mudanya depuis juin 2017 et récompensés par l’Union des Villes Historiques - Tarihi Kentler Birliği - devraient se terminer fin 2020. A ce jour, l’usage des lieux n’est pas encore définitivement arrêté mais pourrait être un mélange d’activités d’enseignement et de culture sous diverses formes… ainsi qu’une place réservée à des activités artisanales et commerciales, affaire à suivre !

 

Taş mektebi, l'école de pierre de Tirilye (photo juillet 2020)

 

A quelques dizaines de mètres de là, l’ancienne poste construite en 1902, superbe construction en pierre et en bois, devenue propriétée privée, a été superbement restaurée par les propriétaires. 

 

L'ancienne poste de Tirilye

 

En continuant sur la même route, apparaît la maison appelée tabut ev - autrement dit la maison mortuaire en raison de son aspect long et fin -, vieille de 200 ans, fait partie des demeures les plus photographiées de Tirilye.

 

A gauche, la maison Tabut de Tirilye

 

A la sortie du village côté ouest, un grand immeuble jaune attire l’attention : l’ancienne fabrique d’huile d’olive et de savon. La société, fondée par Mehmet Emin Lofçalı en 1874, était une fabrique d’huile d’olive très moderne pour l’époque dans les années 1920. D’après un document écrit, elle pourrait, semble-t-il, être une des 19 fabriques d’huile que comptait Tirilye en 1900. 

 

Une ancienne fabrique d'huile d'olive de Tirilye

Ce lieu abrite encore des machines ancestrales, dont notamment un four construit dans les années 1850 par une société de Birmingham. Les tuiles qui recouvrent le toit de l’immeuble de la menuiserie proviennent de l’entreprise Guichard Frères de la région marseillaise et ont été réalisées au début du XXème siècle. du matériel tel que moulin de pierre, presses hydrauliques utilisé pendant sa période de gloire. Dans les années 1970 et 80, ce fut la période de fabrication d’huile et de crème de sésame. Après la mort du fondateur et la gestion un temps par des membres de sa famille, la gestion fut transmise entre 1943 et 1946 à la Chambre de Commerce de Bursa. Un projet de transformation en musée est à l’étude depuis un moment… Encore une affaire à suivre !

 

Le four anglais d'une ancienne fabrique d'huile d'olive de Tirilye

Tirilye, cet ancien village de pêcheurs grecs au cachet marqué et palpable dès l’arrivée, ne peut que plaire aux visiteurs et constitue une excellente destination pour une escapade d’un week-end.

 

 

Pour se rendre à Tirilye :

Après une traversée en ferry - deniz otobüsü İDO - en venant de Yenikapı/Istanbul à Güzelyalı, soit directement par Budo d’Eminönü/Istanbul à Mudanya, 20 minutes de trajet sont ensuite nécessaires en voiture.

Minibus toutes les 30 mn de Mudanya devant l’arrêt de bus “mairie”.

Des minibus circulent en permanence entre Güzelyalı et Mudanya.

 

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article