Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

La communauté juive de Smyrne d'hier à aujourd'hui

Article publié dans le No 236 (mars-avril-mai 2021) de la revue "Le Monde de la Bible"

Dans la synagogue Beth-Israël du quartier de Karataş à Izmir, construite en 1907 par un architecte italien sur le modèle d’une basilique arménienne située sur une colline voisine et qui a brûlé depuis, une vingtaine de fidèles sont réunis pour le shabbat en cette période de pandémie. Daniel Levi, remplaçant du hazzan, endosse à sa place la responsabilité du rituel de la prière, principalement en hébreu, et maîtrise la cantillation liturgique des textes et les arts vocaux, comme d'ailleurs la majorité de l’assemblée présente ce samedi.

Synagogue Beth-Israël, Karataş/Izmir

Selon la légende, les juifs de Smyrne (l’ancien nom d’Izmir) ou “Romaniotes" descendraient de la première communauté juive installée dans la cité grecque dès sa fondation par Alexandre. Le judaïsme semble en tout cas présent en Asie mineure dès l’époque hellénistique et plus encore dans l’Empire romain et byzantin.

Les séfarades, exilés de la péninsule ibérique en 1492 (Espagne) et 1497 (Portugal), ont poursuivi leurs activités religieuses et commerciales librement sous la protection de l'Empire ottoman ; certains ont occupé des postes-clés de l'administration étatique. Les Juifs ont créé leurs propres institutions à Izmir à partir de la fin du XVIème siècle. Parmi les communautés de l’époque se trouvaient notamment des Aşkenazi et des juifs italiens, seuls subsistent à présent des séfarades.

Synagogue Beth-Israël, Karataş/Izmir

Les recensements des voyageurs étrangers venus à Smyrne entre le XVIIème et le XIXème siècle permettent d'estimer la population juive, aucun document local n’existant alors sur la communauté. Selon Jean-Baptiste Tavernier, 6000 ressortissants y vivent en 1631 et 7000 en 1664 sur une population de 60 000 âmes. Pour le chevalier d’Arvieux, la communauté juive d'Izmir s’élève en 1653 à 7-8000 personnes pour 90 000 habitants. Durant son poste en Turquie de 1827 à 1830, le missionnaire Josiah Brewer l'estime entre 8 et 10 000 pour 90000 à 150000 smyrniotes. En 1893, les juifs de la ville représentent 15 000 citoyens. Après une forte vague d’immigration en Europe et aux États-Unis au début du XXème siècle, puis en Israël après 1948, ils ne sont alors plus que 2500 pour s’élever de nos jours à 1200-1300 personnes.

Synagogue Beth-Israël, Karataş/Izmir

Plus de 50 synagogues sont recensées en ville et dans la région du XVIIIème jusqu’au début du XXème siècle ; aujourd’hui, seules 5, toutes à Smyrne même, sont encore actives. Jusqu’en 1966, un grand rabbinat indépendant siégeait à Kemeraltı, centre commerçant d'Izmir, où se trouvent d’ailleurs encore, tout près de la rue Havra, l’ancienne rue commerçante juive, 4 synagogues dont une en restauration et trois actives. A présent, c’est la Fondation de la communauté juive d’Izmir, dont la structure existe depuis 1605 mais légitimée en décembre 2011, qui gère les synagogues, les cimetières et répond aux besoins sociaux-culturels de la communauté. Il n’y a plus de rabbin à Izmir depuis une dizaine d’années.

Synagogue Etz Hayım, Kemeraltı/Izmir

A Beth-Israel, plus grande synagogue de la ville, les rouleaux de la Torah ont repris leur place dans l’Aron Kodesh, l’arche sainte. Chacun ôte sa kippa - calotte - et son talit - châle à 4 coins à franges selon la prescription hébraïque -, la prière du shabbat est terminée.

 

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