Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Le retour annuel au "memleket"


Le retour annuel au memleket - au pays - pour un turc expatrié, c'est un des moments-clés de l'année, le moment de revenir à ses origines, à ses racines, de revoir sa famille, ses proches, tous ceux qui sont restés en Turquie.

Pour un homme, deux des instants les plus attendus sont à priori celui où l'on va faire un tour chez le barbier se faire raser de près pour les retrouvailles... et bien sûr tenir entre les doigts ce précieux breuvage qui fait corps avec chaque turc digne de ce nom, le çay, autrement dit le thé. En fait, les deux actions ont lieu au même endroit puisque dans tout salon de coiffure du pays, on vous offre immédiatement la boisson locale la plus consommée.

              


Une fois ces premières marques retrouvées, l'étape suivante consiste à s'arrêter dès que possible pour un avant-goût de retrouvailles. En l'occurrence, c'est dans la petite ville de Hanak que cet arrêt a lieu, pour faire en même temps le plein de provisions à ramener au köy - le village, ce dernier étant juste doté d'une minuscule épicerie.

                

Chez le premier épicier que connaît mon ami Enver, la pause çay est déjà de rigueur et l'on commence à prendre des nouvelles du fils du cousin et de l'oncle du voisin, je m'y perds déjà ... et ce n'est que le début.

Dans les rayonnages d'un autre temps, entre les paquets de thé d'un kilo et les biscuits, des sacs immenses contenant chacun 50 kg de riz, de pâtes ou de semoule. C'est que par ici, on ne fait pas les courses tous les jours et quand en hiver, la neige empêche de circuler, il faut pouvoir se nourrir tout de même.

                

Ce brave monsieur de 66 ans semble-t-il, est un sacré personnage à lui tout seul avec son béret qui me rappelle celui que portait mon grand-père. C'est le premier d'une longue liste qui m'appellera Yavrum (mon petit !), ce petit mot gentil qui me touche toujours quand je l'entends.

                 

Les yeux pétillent encore de malice et il ne manque pas d'humour, comme presque tous les gens du pays.

Après ce moment exquis en sa compagnie et après avoir salué deux autres connaissances, la voiture est chargée de provisions et nous pouvons reprendre la route en direction de Aşağı Aydere Köyü à plus d'une demi-heure de route à travers l'immensité de la steppe, par des chemins où un tout-terrain serait bien utile.


    

Pour moi, je suis dans un autre univers, bienvenue sur la planète "nature" ! A 2600 m d'altitude et autour de soi, des champs, des fleurs de toutes sortes, des meules de foin encore et toujours vu l'époque et au loin des montagnes plus élevées qui dessinent le paysage de leurs douces formes.

Les vraies retrouvailles, c'est ici qu'elles se font et nous allons rester chez un des oncles d'Enver du côté paternel. Quel plaisir de retrouver cette famille, Ismail amca (l'oncle), Tamile (la cousine), Ferman (le fils d'Ismail et mari de Tamile) ainsi que le petit Fatih âgé de 6 ans.

                  
                                        Tamile et son sourire éclatant

La première soirée sera sans doute la plus tranquille car tout le village n'est pas encore averti de notre arrivée. Une seule visite mais sans doute une des plus émouvantes pour moi, celle de Zeker dede - le grand-père, le plus vieil homme de la famille encore vivant, plus de 80 ans !

C'est le cousin du grand-père d'Enver (tout le monde suit encore ?) et ce vieil homme manifeste sa tendresse et son plaisir de retrouver le "gamin" qui revient au village. J'ai eu du mal à prendre mon appareil et avoir le réflexe de faire juste une photo tant je suis restée sans voix à observer ces deux hommes qu'une quarantaine d'années sépare se faire la plus chaleureuse des accolades. En écrivant ces lignes, j'ai la larme qui me monte aux yeux en "revoyant" la scène...

                

Le repas sera à la fois simple et divin composé d'une soupe, de pommes de terre et de poulet à la chair ferme cuits ensemble au four.

Bien entendu, le thé suivra et permettra de poursuivre tranquillement la discussion. 

               

J'observe avec délectation Zeker dede assis à côté de l'oncle Ismail. Il devait être bel homme et il l'est toujours.

 

Par moments, lorsqu'il se met à parler en sortant de sa torpeur, il évoque des souvenirs plus ou moins lointains avec vigueur et gaieté, encore un délicieux moment.

 


La soirée s'écoule ainsi, tranquillement... et le marchand de sable passera bien tôt pour reprendre des forces et se préparer à tous les moments à vivre les prochains jours.

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Chantal 31/08/2008 15:40

merci de nous faire partager ce retour au pays et bravo pour débrouiller l'écheveau des liens de parenté !! depuis une certaine journée de fiançailles

Nat 01/09/2008 05:41


J'étais certaine que cela te rappellerait quelque chose...


SELIM 28/08/2008 20:53

Et bien sur il y a le départ : bien plus douloureux et triste.

Ainsi vient la date buttoir, le jour j, où vous croyez présenter aux vieux « Dede » de la famille vos derniers adieux, des lors vous lui baisez la main respectueusement, et il vous embrasse en retour avant de fondre en larmes comme un môme. Vous essuyez les vôtres.

L’ensemble de la famille s’est réuni autour de votre véhicule, beaucoup d’embrassade, de larme ...

Vous jetez un dernier œil à la maison sans façade de la demeure familiale, quelque chose au fond de vous intensifie vos larmes, vous regagnez la Mercedes noire, désormais l’étoile sur le capot semble ne plus rien signifiée. Les premiers tours de roue soulève une belle poussière, les restant ont déjà déversé le contenu de leur choppe. Votre retour n’est désormais plus possible !

Le paysage défile : le café place du village, celle au coin de la mosquée, l’épicerie, ...
... puis la fontaine à la sortie du village vient clore vos repères.

Désormais la route défile, à mesure que votre tristesse augmente.

Ainsi est régit la vie d’un « Gurbetçi » : de larme, de pleur et d’amertume.

Nat 29/08/2008 06:02


Oui, la vie d'immigré n'est pas toujours aussi rose que ceux qui restent au pays peuvent l'imaginer. Ce que vous décrivez si intensément, je l'ai aussi vu dans les "otogar" (gare routière) quand
les parents raccompagnent leurs enfants qui repartent, le coeur déchiré. Combien de fois ai-je vu des hommes pleurer sans honte et cela m'a toujours bouleversé.


mom 27/08/2008 22:01

superbes photos je découvre ton blog grace à Jean-yves excellent bonne soirée

Nat 28/08/2008 05:48


Bienvenue dans la grande famille !


Richard Lejeune 27/08/2008 21:59

Oula !!!
Je ne voulais ni vous offenser en quoi que ce soit ni, encore moins, paraître grossier ou peut-être même vieux libidineux ...
Il m'avait simplement semblé qu'à mon âge, et vis-à-vis de votre jeunesse, ce yavrum n'avait rien de répréhensible et connotait plutôt un sentiment de gentillesse.

Promis, juré, vous ne m'y reprendrez plus ...

Richard

Nat 28/08/2008 05:41


Non, non, vous ne m'avez pas du tout offensé, je trouvais cette marque de gentilesse très attendrissante. Je disais simplement que ce mot comme tant d'autres mots très mignons dans la langue turque
sont mieux dans leur contexte d'origine. Mais Richard dede a bien le droit de m'appeler "yavrum" sans souci.


Mirage 27/08/2008 15:41

Dès la première photo, le regard de l'épicier m'a accroché. Un regard pétillant de malice comme je l'ai déjà rencontré assez souvent chez des hommes turcs très sérieux et un peu froid au premier abord. Je suis sure qu'à son âge ton épicier fait encore des farces comme un petit gamin! Et qu'il s'en réjouit.

La théière me dit quelque chose! J'ai presque la même à la maison.

Et apparemment, nous sommes plusieurs à avoir la nostalgie des épiceries d'antan, quelles soient ardennaises (belges ou françaises), alsaciennes ou turques! Mais ces dernières ont au moins l'avantage d'exister encore. Mais pour combien de temps?

Nat 27/08/2008 20:42


Eh bien tu dis vrai car il a fait une farce devant nous en renversant de l'eau sur la tête d'un "copain" à lui qui avait le malheur d'avoir la tête plus bas que lui. Cela m'a bien fait rire. Les
turcs sont de vrais farceurs et ont gardé leur âme d'enfant... comme moi.
J'ai surtout la nostalgie des drogueries connues dans mon enfance où l'on trouvait et n'importe quoi, ici cela existe encore. Le petit commerce est encore bien présent, rien que dans ma rue, j'ai
... 3 bakal (épiciers), tu t'imagines !


Jean-Yves 27/08/2008 15:04

tu sais que j'étais vraiment mal à l'aise de cette malheureuse "précipitation". Mais ta dernière réponse m'a fait retrouvé le sourire.
Voilà avec que monture je t'aurais enlevé ! regarde il trépigne d'impatience :
http://www.top-depart.com/guide-voyage/turquie/videos_f/chameau-turc-2525.html

Nat 27/08/2008 20:39


Pitié, pas un chameau, ça me donne le mal de mer....


nasah 27/08/2008 13:43

C'est vrai que l'épicier a un regard malicieux il se dégage de lui quelque chose d'enfantin. Quant aux autres personnages il émane d'eux une certaine sérénité,c'est peut-être tout simplement du bonheur !

Nat 27/08/2008 20:37



Il est très coquin en effet.... l'épicier du coin !



lili 27/08/2008 12:03

Ce "malgré tout" parce nous, français, nous habitons un pays où pour bcp tout arrive facilement et nous faisons tjrs la trogne, ce qui n'est pas forcément le cas en Turquie, enfin je ressens cela, est-ce la réalité, à toi de me le dire ?? à plus

Nat 27/08/2008 12:24


Tout à fait vrai, ici on oublie les allocations familiales et l'assistanat, on relève les manches et on se débrouille sans être plus malheureux pour autant...


lili 27/08/2008 11:16

Ton reportage est à la fois émouvant et heureux - les sourires sont sereins et reflètent le bonheur de vivre malgré tout !!! J'aime bcp tes photos de l'épicier avec sa bouille sympa et son épicerie ... je sens les odeurs d'épices, de fruits en les regardant ... bisous

Nat 27/08/2008 11:50


Pourquoi "malgré tout" ??? Ah ces épiceries turques, elle me plairont toujours... dire qu'elles ont presque disparu de tous les paysages du moins en France. Bises


Jean-Yves 27/08/2008 11:04

Oui c'est vrai, mais si tu m'avias dit non
Je n'y aurais vu aucun mal et je l'aurais enlever sans rancune.
Pardonnes-moi c'est précipitation cette photo collait tellment bien !

Nat 27/08/2008 11:47


Tu m'aurais "enlevé" ? Tout un programme dis-donc... Comment, à dos de cheval ? Cette précipitation (orageuse) est passée.