Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Deux heures inoubliables au fond d'une mine de charbon à Zonguldak

Une fois la panoplie du parfait mineur revêtue, nous quittons le bâtiment administratif d'Üzülmez (qu'on peut traduire par "ne pas s'inquiéter") et traversons la cour vers l'ascenseur.

 
                                       Le bâtiment administratif d'Üzülmez

Dans cette cage qui peut accueillir une vingtaine de personnes, ce sont des chaînes en fer qui servent d'appui durant le court voyage, de même que dans les wagons qu'il faut emprunter ensuite.

 

 

Durant ma visite, j'ai assailli tant Turan, notre accompagnateur, que les responsables rencontrés, de différentes questions qui me venaient à l'esprit. Je voulais en savoir plus sur le quotidien de ces hommes.

 
                                              En route vers l'inconnu

La direction de la mine (dont le nom T.T.K. Türk Taş Kömürü - Charbonnages turcs date de 1986) organise une formation d'un mois en interne  pour les nouveaux arrivants. Il existe à Zonguldak une université pour les ingénieurs et techniciens.Tous les ans, un contrôle médical est organisé pour tous les employés.

Comme je l'indiquais dans l'article publié dans "Aujourd'hui la Turquie", cinq mines sont exploitées à Zonguldak et dans les environs : Kozlu, Üzülmez, Karadan (la plus importante), Kandilli et Amasra (la plus petite dans la ville lointaine du même nom).

  
                           La station de lavage d'Üzülmez, un peu plus loin que le puits
 
Les tailles dans les puits portent des noms grecs ou arméniens, du nom de ceux qui y ont travaillé dans les débuts (Agop, Papaz, Stefan, Neomi). La profondeur varie selon les sites entre 300 et plus de 800 m.

Les journées de travail s'organisent en poste de 3/8 à raison de 7,5 heures de travail par jour, de 7 h 30 à 15 h, de 15 h 30 à 23 h et de 23 h 30 à 7 h. Bien que le dimanche soit le jour de congé hebdomadaire, les mines ne s'arrêtent jamais et des permanences sont assurées. Après vingt années de bons et loyaux services, un mineur peut bénéficier de la retraite.

               
                    Un enchevêtrement de bandes transporteuses et de métal

En dehors du salaire fixe (qui oscille entre 1300 et 1900 ytl nets, soit entre 750 et 1100 Euros environ - des salaires plutôt élevés pour la Turquie), des primes de rendement et de "non-accidents" sont distribuées. De même, les mineurs ont droit à une certaine quantité de charbon tous les ans pour leur usage personnel.

Il y a quelques dizaines d'années, dans l'esprit collectif, il était impératif qu'un membre de chaque famille au moins travaille au fond de la mine.

             

En pousuivant notre chemin, alors que je nageais dans des bottes bien trop grandes pour moi, je me suis demandée si j'étais capable d'aller jusqu'au bout. Dans la boue et les ornières glissantes, il faut faire attention à tous moments de ne pas tomber.

Le pire restait à venir. Quand j'ai vu ce wagon rempli du précieux minerais qu'il fallait escalader pour ensuite continuer à grimper sur une pente revêtue  de charbon, j'ai craint ne pouvoir y arriver. J'ai expliqué ma peur à notre accompagnateur et au chef d'équipe. Rien de plus simple pour eux, ils m'ont empoigné solidement de chaque côté pour la montée et bloqué les pieds dans la descente, finalement plus de peur que de mal.

  

Les mineurs ont été surpris : il est très rare que des femmes descendent au fond de la mine, qui plus est, des étrangères ... parlant leur langue.

J'ai eu droit à des explications plus techniques. Les tailles par exemple font 1,20 m de large pour 4 m de haut. 1 à 2 jours de travail pour deux mineurs sont nécessaires pour l'exploitation de chacune.

J'ai bien ri en prenant connaissance des surnoms donnés aux échafaudages (domuz damı, soit le toit du cochon) ou aux étais (ayı bacağı, en l'occurrence les pattes de l'ours).

                

                                                 Le toit du cochon ...

La couleur des casques permettent d'identifier les catégories d'employés : blanc pour les ingénieurs et techniciens, jaune pour les ouvriers, rouge pour les dynamiteurs et bleu pour les électriciens.

  

Le moment le plus émouvant pour moi restera sans doute le casse-croûte partagé avec deux ouvriers : tomate, concombre et fromage blanc accompagnés de pain. Combien de fois ai-je ainsi été invitée à un tel moment d'échange mais en plein jour.

 

Ici, seules les lumières des casques viennent déchirer la pénombre permanente, ça prend aux tripes et la gorge est nouée !

   

Les plaisanteries vont bon train et le sourire reste de mise. 20 ans sans voir le soleil, dans la poussière qui s'incruste partout, ces conditions que vous acceptez de vivre en trimant dur pour nourrir les vôtres, tout le monde ne le ferait pas. 

 

Chapeau messieurs les mineurs, j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour votre travail !

                 

 

Compte-tenu du charbon qui reste à sortir, le site d'Üzülmez est exploitable encore une bonne trentaine d'années et Karadan... une centaine d'années. Les mineurs ont encore de quoi faire !

 

 


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Perrine 05/09/2008 14:07

Tu es vraiment une aventurière;-)!!

Nat 05/09/2008 21:14


Il y en a qui font pire... et je pense pouvoir faire pire... ou mieux encore selon !


Jean-Yves 05/09/2008 12:34

Cela commence bien j'aime bien la perspective de la première photo, et sa traduction et d'autant plus rassurante.
Voyage au centre de la terre, 800 mètres pour la plus éloignée, j'essaie même pas d'imaginer qu'est-ce que cela doit être pour un claustrophobe comme moi...
20 ans sous terre ce n'est que juste remerciement que de leur donner la retraite après 20 ans.
Ce que tu dis là pour les mineurs me fait penser à l'armée Belge, qui impose, seulement, à un seul menbre (masculin bien sur) de faire le Service Militaire, parmi les enfants d'une famille.
Ca dû être un beau cadeau pour eux une femme, étrangère et parlant leur langue s'intérressant à eux et leur travail, tel un ange descendant leur apporté un peu de douceur et de lumière.

Pour les couleurs ça semble normal, un bleu électrique, une explosion rouge vive quand au jaune...
Un pique nique insolite.hi hi hi

Bravo à eux et félicitations une nouvelle fois pour ton reportage et ton courage aussi.

Nat 05/09/2008 21:10


C'est clair qu'il ne faut pas être claustrophobe pour y passer autant de temps.


lili 04/09/2008 17:31

Je viens de lire tous les reportages sur les mines - trés intéressants - je pense que tu as du avoir un peu d'angoisse de descendre au fond !!! je me souviens d'avoir visité une mine dans le Nord avec un groupe de personnes agées lorsque j'étais animatrice en résidence et tous avons été pris plus ou moins de malaises - une sensation d'écrasement - tu as été trés courageuse et que de courage il fallait à ces hommes pour ce dur labeur - bisous

Nat 04/09/2008 18:22


Ce n'est pas descendre qui m'a fait peur, c'est l'escalade des tas de charbons comme je l'expliquais après celle du wagon... De plus, je m'attendais à ce qu'il y fasse très chaud comme dans les
mines de potasse, même pas, la température était sensiblement la même qu'à la surface. Bises


chantal 04/09/2008 16:30

alors te voilà devenue GUEULE NOIRE d'honneur ?

Nat 04/09/2008 18:21



Je viens bien ! Tu fais la demande officielle ?



M&M 04/09/2008 13:15

Bravo Nat pour ton reportage. Je connaissais déjà le quotidien des mineurs de Potasse et de ceux du Nord mais celui des trurcs est encore plus difficile ! Respect pour ces hommes qui restent au fond toutes ces journées. Merci de nous faire partager leur quotidien. Et chapeau à toi pour avoir eu le courage de descendre.
D'ailleurs je remarque qu'en mineur de fond tu es simplement un peu plus habillée qu'en ramoneur (suite à ton billet sur Tüz Gölü) et peut-être un peu moins colorée...
Je viens de finir tous les billets en retard... j'en suis toute étourdie...
Schmoutz...

Nat 04/09/2008 18:20


Te faut-il des sels... de potasse pour te ranimer ? Malgré les bottes et le casque, j'étais peut-être plus à l'aise dans cette tenue-là qu'après la séance au Tuz Gölü). Schmoutz


Cat 04/09/2008 10:51

Ca fait long 7h30 par jour dans les entrailles de la terre...

Nat 04/09/2008 18:19



Oui, ça fait long...



cecile dossetto 04/09/2008 09:31

Je te remercie pour cet article dépeinganant le courage de ces hommes et ton courage aussi plus modeste mais quand même d'être allée à leur rencontre.
Merci nath,
cécile

Nat 04/09/2008 18:19


Je suis vraiment heureuse d'y être allée.


Isis 04/09/2008 08:52

Bien émouvant ce reportage.Je suis admirative du courage de ces hommes. Vingt ans dans la pénombre, la retraite est bien méritée.

Chapeau à eux et à toi Nath d'avoir eu le courage d'aller jusqu'au bout de tes envies.

Bises

Nat 04/09/2008 18:18


Ils méritent bien plus que moi qu'on leur tire le chapeau, öptüm