Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 13 ans

Une nonagénaire d'Aşağı Aydere Köyü pleine d'humour et de caractère

Dans ce village que vous découvrez avec moi au fil des billets, les quelques dizaines de personnes qui y habitent en permanence ont déjà un certain âge.

Durant la belle saison, les familles s'y retrouvent pour quelques semaines et les jeunes découvrent une vie différente de celle qu'ils vivent au quotidien. Parmi ces gens qui reviennent ici pour quelques mois seulement, il y a Hanım nine, autrement dit grand-mère Hanım.

                 

Son âge exact, comme pour la plupart des villageois nés dans des coins aussi reculés, n'est pas connu de façon certaine. A l'époque, le muhtar ou maire du coin, ne venait que rarement recenser ses âmes et les actes d'état civil reposaient sur le souvenir d'évènements plus que sur des dates précises.

Toujours est-il que Hanım nine a dépassé allègrement les 90 ans et qu'elle est la grand-mère maternelle de mon ami Enver.

Il me tardait de faire sa connaissance ; j'avais entendu parler d'elle en termes plus qu'élogieux quant à sa lucidité et son humour permanent. On dit bien que l'humour conserve et après avoir passé un moment avec elle, je ne peux que le confirmer.

                 
                                  Elle tricote encore un peu, Hanım nine

En hiver, Hanım nine vit sa petite vie tranquille dans la grande Istanbul aux côtés de son fils Cansever, mais quand arrive l'été, elle ramène avec malice son brin de bonne humeur au village.

Les hommes sont occupés pour l'instant à l'extérieur et nous faisons connaissance. Comme toute femme qui se respecte, ses questions sur mon état civil fusent. : "Tu es venue sans ton mari ? Ah bon, tu es divorcée, mais pourquoi ? Et tu ne t'es pas remariée ?..." Je suis surprise par l'analyse de "Hanım nine" qui, après réflexion, me donne raison dans mes choix de vie... Quelle ouverture d'esprit !

                

Mise à l'aise par sa verve, j'ose lui demander pourquoi elle ne s'est pas remariée. Veuve depuis plus de 30 ans, ce ne sont pas les prétendants qui manquaient, me répond-elle. Pétillante comme elle l'est encore à son âge avancé, je peux m'imaginer à quel point elle l'était auparavant... et pouvait ainsi séduire la gente masculine. Mais finalement aucun n'était assez riche et beau, me dit-elle en plaisantant.

Pendant qu'elle sirote son thé, je la surveille du coin de l'oeil,  elle a l'air pensive tout à coup.

                      

Les hommes reviennent à la maison et la conversation se poursuit dans la bonne humeur. Son fils est mis au courant de nos manigances et ne semble pas plus étonné que cela. 

 
               De gauche à droite, Ali bey, le beau-père d'Enver, Hanım nine et son fils Cansever

Il est malheureusement déjà l'heure de continuer notre route. Rendez-vous est pris pour l'été prochain avec pour mission de lui dénicher L'HOMME qui répond à tous ses critères de sélection, ce qui nous fait bien rire toutes les deux. Si je trouve chaussure à son pied, je lui promets de lui faire parvenir des photos.

Hanım nine se fait un devoir de nous raccompagner un petit bout de chemin à l'extérieur. Si ce n'était même que juste pour elle, je reviendrais au village pour la voir prendre encore son air coquin, regarder ses yeux malicieux et enjoués, prendre du plaisir à la taquiner autant qu'elle m'a taquinée, et recueillir des souvenirs de sa jeunesse passée.

               

J'ai vraiment tenu à lui dédier ce petit billet, car même à l'autre bout du pays, il y a des dizaines d'années déjà, des femmes de caractère savaient se faire respecter... et je suis convaincue qu'elle faisait partie de celles-là.

Hanım nine , n'oubliez pas d'être là pour notre prochain rendez-vous, j'y tiens !

               

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Vanillabricot 17/09/2008 13:25

Quelle magnifique rencontre.
Je suis toujours touchée par de tels personnages tant ils représentent le rêve que j'ai de vieillir avec le sourire et se laisser gagner par l'amertume de la vie.
De splendides photos comme d'habitude.
Je commente rarement, mais je suis chaque billet que tu fais. Mon visa devrait arriver d'un jour à lautre, je ne tarderai pas donc, moi aussi, à venir me faire mon nid par là!
Bises
Adélaïde

Nat 17/09/2008 20:30


Quand tu seras enfin en Turquie, profites-en un maximum pour explorer la Turquie de long en large. D'Ankara, ce sera plus central pour toi ! Bises.


Jean-Yves 16/09/2008 17:55

Bel hommage que tu lui as rendu là.
Elle doit en avoir des choses à raconter vu son âge de sagesse avancé.
On voit qu'elle est parfaitement alerte et pleine de vivacité.
Coup de coeur pour la troisième photo, car je vois ses yeux brillés et le regard attentif à la pause.

Nat 16/09/2008 20:29



Une de ces rencontres que je ne suis pas prête d'oublier.



marie 15/09/2008 09:39

des souvenirs liés à la Turquie où je me suis rendue 2 années de suite en 90 et 91!(comme le temps passe...)et où j'avais été reçue par une famille de Cappadoce. La vie a repris le dessus ici et m'a entrainée vers d'autres cieux!

Nat 15/09/2008 14:45


Je pense que ce sont effectivement des souvenirs qui resteront gravés pour toujours... surtout quand on est reçus dans une famille.


Mirage 14/09/2008 23:16

Adorable, cette mamie nonagénaire! Et j'espère pour toi que tu la reverras non seulement cet hiver à Istanbul mais aussi l'an prochain dans ses alpages.

A propos de l'âge un peu indéterminé de cette adorable grand-mère, je ne sais pas si tu as déjà constaté que beaucoup de personnes nées dans des villages un peu reculés dans les premières décennies (en fait jusqu'au début des années soixante) de la République ont souvent une date de naissance au premier d'un mois. Très souvent c'est le premier janvier ou bien le 1er mars ou le 1er avril. Cela vient du fait que les déclarations de naissance à la ville la plus proche ne pouvaient se faire qu'une fois les chemins praticables, donc au printemps. Les parents, encore très souvent illettrés à l'epoque, ne sachant plus exactement à quelle date l'enfant était né, l'officier d'état civil fixait alors lui-même la date: le 1er janvier si il s'agissait d'une naissance au coeur de l'hiver, ou bien le 1er mars ou le 1er avril si la naissance était plus récente. J'ai d'ailleurs eu un copain turc qui, selon l'état civil était né un 1er avril! Non, non, non, ce n'était pas un poisson!!!!

Nat 15/09/2008 06:04


Tu as tout à fait raison, d'ailleurs Enver à titre d'exemple est né également le 1er avril ... alors qu'en fait il est né à l'automne.... Sa date de naissance exacte a été écrite normalement sur
une poutre de la maison... On va essayer de la retrouver la prochaine fois.


Danielle de Strasbourg 14/09/2008 15:26

Re-bonjour,
je voulais dire :comment Hanim Nine passe-t-elle d'un mode de vie à un autre...Du village lointain et rude à la grande ville,plus confortable??

Nat 14/09/2008 15:34


Ha ha, je n'avais pas compris la question de cette façon puisque cela pouvait aussi correspondre à ma réponse. Honnêtement, nous n'en avons pas parlé trop occupées à parler des hommes..... hi hi,
j'y penserai si j'arrive à la voir cet hiver à Istanbul.


chantal 14/09/2008 11:25

que Dieu lui prête vie encore qielques années !

Nat 14/09/2008 13:43


Oui, je le lui souhaite de tout coeur aussi.


Perrine 14/09/2008 10:39

Très chouette billet Nathaliecim!!

Nat 14/09/2008 13:43


Teşekkürler Perrinecim !


Claude B 14/09/2008 09:24

l'œil encore très vif Hanim nine

Nat 14/09/2008 13:45


Absolument et l'esprit tout autant !


marie 14/09/2008 09:17

merci à over-blog qui m'a permis de découvrir ton blog qui réveille en moi de délicieux souvenirs...

Nat 14/09/2008 13:46



Bienvenue parmi nous ! Ces souvenirs si délicieux sont-ils en rapport avec la Turquie ... ou avec une ou plusieurs grand-mères ?



Danielle de Strasbourg 14/09/2008 08:04

Bonjour,
l'aller et retour entre le village d'Aşağı Aydere et la ville d'Istanbul est très intéressant.Deux mondes!Comment
Hanim Nine passe-t-elle de l'un à l'autre?

Nat 14/09/2008 13:47


Je crois me souvenir qu'elle fait le trajet en voiture, sur plusieurs jours, mais je vais demander confirmation. Par contre, elle a un chauffeur particulier, son fils !!!!  Finalement, je me
suis trompée car c'est en bus qu'elle fait la route Hanim Nine en compagnie de son fils.