Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Un surréaliste à Istanbul, Salvador Dali - première partie



Vous vous souvenez peut-être du fabuleux musée privé Sakip Sabanci situé à Emirgan, sur la rive européenne du Bosphore qui a accueilli au printemps l'exposition des arts islamiques du Louvre http://dubretzelausimit.over-blog.com/article-20062113.html.

Depuis le 20 septembre et jusqu'au 20 janvier 2009, après Picasso, Rodin, Genghis Khan et les arts islamiques du Louvre, c'est au tour de Salvador Dali, le roi du surréalisme, d'être à l'honneur.

  

Les jours de fête actuels n'ont pas empêché la foule d'être au rendez-vous hier pour admirer les 33 tableaux, 113 dessins, 111 gravures et 12 litographies provenant essentiellement du musée-théâtre Dali de Figueres en Espagne. Au total 385 pièces sont présentées à Istanbul, si l'on ajoute les écrits, les photographies et autres documents divers concernant l'homme hors du commun qu'était Salvador Dali.

 

Comme dans toutes les expositions précédentes, une première partie permet à la fois de connaître la vie de l'artiste ainsi que les évènements historiques ayant eu lieu à la même période.

  

Salvador Dali naît le 11 mai 1904 dans une famille bourgeoise à Figueres en Catalogne sous le nom de Salvador Felip Jacint Dali Domènech.  A 16 ans, il décide de devenir peintre et son père, notaire, accepte à une condition : qu'il aille étudier aux Beaux Arts de Madrid.

En 1926, il vient à Paris pour la première fois où il rencontre Picasso ; c'est avec ce dernier qu'il visite le musée du Louvre.

    
                 Figures couchées sur le sable 1926 - huile sur bois - Fondation Gala-Salvador Dali

                   
                Portrait d'Emilio Terry - 1934 - Huile sur bois - Fondation Gala-Salvador Dali

Emilio Terry est un architecte, dessinateur, décorateur et paysagiste cubain. En 1933, Terry réalise la maquette d'une maison dite "en colimaçon" que Dali illustre sur ce tableau à côté d'un piano surréaliste.

En 1929, il fait la connaissance de Gala, de dix ans son aînée, née en Russie sous le nom d'Elena Ivanotva Diakonova, c'est le coup de foudre. A cette époque, elle est l'épouse du poète français Paul Eluard et la maîtresse de Max Ernst.

  
                                                  Dali et Gala - effets de miroir

Gala devient civilement la femme de Dali en 1932, sa muse et son unique modèle féminin. C'est un couple en osmose totale, le peintre représentant Gala comme un mythe vivant et cette dernière faisant fructifier les affaires de son mari après l'avoir délivré du naufrage psychologique dans lequel il s'enfonçait.

               
                                 Gala qui avance - encre sur papier 1939-41

En 1931, il réalise ses premiers objets surréalistes, en 1941 ses premiers design de bijoux.  Tout au long de sa vie, il travaillera également de façon très proche avec l'univers de la mode en créant des robes aux formes anatomiques destinées à exciter l’imagination érotique, des lunettes kaléidoscopiques, des chaussures musicales et j'en passe. Son excentricité et son imagination n'ont aucune limite.

             
                                    Leda Atomica - 1949 - huile sur toile

En 1947, Dali réalise d'abord une esquisse de cette toile au crayon (dont Gala est le modèle) qui s'appelle Physique nucléaire - improvisation, inspirée par les bombardements atomiques d'Hiroshima en 1945. 

Gala change d'attitude, n'est plus l'égérie, ni la partenaire des délires de Dali et est lasse de vivre par procuration. 

  
                            Un mariage religieux aura lieu en 1958, soit 26 ans après le mariage civil

Elle devient parfois une geôlière, enfermant notamment Dali dans son atelier afin qu'il honore ses commandes. Cette femme, qui souffre de la phobie du manque d'argent et qui ne supporte pas de vieillir, fricote avec des jeunes garçons.  Dali lui pardonne tous ses excès...

                   
         Gala qui contemple le corps hypercubique - 1954 - huile sur toile - Fondation Gala-Salvador Dali
                             La lumière qui se dégage de ce portrait est magique. 

Le couple s'exile à New-York de 1939 à 1948 en raison de la guerre qui sévit en Europe. Durant cette période, en 1944, Dali publie son premier et unique roman "Visages cachés". Il rédige également de nombreux textes sur ses idées délirantes et sa conception de la peinture.

Etant donné la singularité et la multiplicité des aspects artistiques du personnage, je vous propose de continuer demain à le découvrir à travers sa vie et quelques unes des oeuvres présentées actuellement à Istanbul.

                
                                     La Une du Time du 14 décembre 1936


Dali triomple lors de sa participation à la première exposition surréaliste à New York en 1932, bien avant d'y passer quelques années de sa vie. Il participe ensuite à de nombreuses expositions dans cette ville.



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Mirage 03/10/2008 23:54

Tu as bien compris, étonnée dans le sens positif.

C'est vrai qu'il y a des oeuvres de Dali qui me plaisent et d'autres que ne me disent vraiment rien du tout. Je suis comme toi, soit ça accroche soit je me sauve.

Le problème c'est le personnage. Sil n'y avait que son excentricité, très courante chez des artistes d'un tel génie, et ses délires plus ou moins psycho-machin-chouette, cela irait encore, mais là où cela passe mal chez moi, ce sont des prises de position politiques. Très élitaire voire adepte du totalitarisme, il a tenu des propos nettement pro-Hitler à la veille de la seconde guerre mondiale. Et même après son retour en Europe il a continu à être franquiste pour ensuite défendre l'aristocratie et son système.

Nat 04/10/2008 06:47


Un cas, je te le dis ! Restons-en donc à ses oeuvres pour en garder le meilleur.


Danielle de Strasbourg 03/10/2008 16:35

De la Cappadoce à Dali,bravo pour ton éclectisme!Et pour l'amour de l'art sous ses différentes formes. Je mesure l'évolution de la vie culturelle à Istanbul.Le musée Sabanci est une réalisation magnifique,bien situé sur le Bosphore,de quoi me rendre nostalgique...

Nat 03/10/2008 16:50


La diversité de l'art, je le découvre tous les jours un peu plus et cela me plaît bien. La vie culturelle istanbouliote est en effet intense et multiple, cela m'avait déjà surpris il y a 5 ans à
mon arrivée, depuis cela n'a fait que grandir et c'est tant mieux. 


Mirage 02/10/2008 19:42

Bien sûr, que j'ai lu tous tes commentaires et j'ai d'ailleurs été étonnée par certaines photos de tableaux dans ton billet.
Ce n'est pas forcément son art mais plutôt le personnage que me rebute quelque peu.

Nat 02/10/2008 19:45


Etonnée en bien ou en mal concernant certaines oeuvres, apparemment plutôt en bien il me semble lire à travers tes lignes. Clair que le personnage était un cas, comme de nombreux artistes, lui sans
doute plus que d'autres encore...


Mirage 02/10/2008 17:16

Oh, que oui je me souviens du musée Sabanci avec sa très agréable terrasse surplombant le Bosphore et un succulent fondant au chocolat avec son morceau de bergamotte confite! Un régal!!!

Pardon pour cette dérive gourmande, mais Dali ne m'a jamais particulièrement attirée.

Nat 02/10/2008 17:33



Il est vrai que la terrasse du musée est particulièrement agréable... Si tu as pris connaissance de mes réponses aux différents commentaires sur Dali, tu verras que j'ai évolué en m'y intéressant
d'un peu plus prêt.



Jean-Yves 02/10/2008 14:17

C'est fou j'avais pas vu le bâtiment en colimasson, je croyais que c'était le piano le bâtiment en colimasson et c'est en lisant le reste de la phrase que j'ai vu les touches du paino.
Je ne connaissais pas bien l'artiste ravi de le découvrir au travers des tes articles.

Nat 02/10/2008 16:56


Je l'ai découvert en même temps que toi, il suffit de venir à Istanbul avant le 20 janvier prochain si tu veux en savoir plus...


gracianne BANCON 02/10/2008 12:35

Cette première partie présente l'oeuvre de Dali dans ce musée privé. Dans une capitale. Somme toute, on aurait pu la voir, la redécouvrir ailleurs dans n'importe quel autre musée du monde.
Avec plus ou moins de tableaux. (Heureusement cela diversifie).

En revanche, j'attends avec impatience, les commentaires, impressions dégagées à la sortie du musée, des Turcs eux-mêmes, jeunes et moins jeunes, étudiants ou pas.

L'impact d'une telle exposition dans la presse locale. Si elle a été suggérée sur les chaînes de TV etc ... Tout ceci m'intéresserait bigrement.
Mais peut-être vais-je plus vite que la musique?

Ceci dit, la présentation de l'exposition par Nathalie est très claire, concise et accessible à tous.

Nat 02/10/2008 16:53


J'apprécie vos suggestions et partage votre curiosité (plus journalistique). Il y avait sans doute autant de visiteurs turcs qu'étrangers hier. Comme je le disais, le musée Sabanci organise
régulièrement depuis quelques années des expositions de dimension internationale. La publicité pour l'occasion suit partout, dans les rues d'Istanbul où il y a des banderoles dans d'innombrables
quartiers, dans les journaux, les revues, les magazines. Les commentaires sur place que j'entendais autour de moi étaient tous très intéressés et positifs. Si je retourne avant la fin de l'expo, ce
qui risque bien d'arriver, j'essaierai d'interviewer quelques visiteurs de tous âges et demanderai les statistiques quant au nombre de visiteurs. Là j'ai tout de même essayé d'en profiter
d'abord moi avant de vous en faire profiter aussi. Déjà ce n'était pas aisé de prendre des photos ainsi que des notes et apprécier les oeuvres, cela fait beaucoup de choses à gérer.


CARAMBAOLE :0114: 02/10/2008 11:42

bravo pour votre billet
tres instructif
vraiment superbe

Nat 02/10/2008 16:48


Apprendre en s'amusant, cela m'a toujours plu... Si mon avis est partagé, tant mieux.


Cat 02/10/2008 11:38

J'ai pu admirer son oeuvre au musée de Figueras. Mais ce n'est pas le peintre qui me touche le plus. Il y a un côté cassant dans sa peinture qui me déplait. C'est bien que tu nous racontes sa vie et celle de ceux qui l'ont entouré. Je pense que la vie d'un artiste est indissociable de son oeuvre.

Nat 02/10/2008 16:47


Absolument d'accord sur ton raisonnement... d'associer l'artiste à son oeuvre. J'ai fait pareil avec Van Gogh (mon préféré) et Monet aussi, idem pour certains musiciens ou écrivains.


Richard Lejeune 02/10/2008 11:14

Dali, je suis inconditionnel !

J'ai vu, évidemment, le Teatre-Museu Gala Salvador Dalí à Figueres/Figueras selon que l'on emploie la dénomination catalane ou espagnole. Une merveille à mes yeux. Des découvertes à chaque étage. Des mises en scène de certaines oeuvres absolument exceptionnelles.

L'as-tu toi aussi visité ?

D'après ce que j'ai lu ici ou là sur le Net concernant l'exposition, c'est ce musée catalan qui a prêté l'intégralité des oeuvres exposées à Istanbul. Il n'y aurait donc pas de pièces originaires d'un autre musée.

Nat 02/10/2008 16:45


Dali, je ne connaissais finalement que ses moustaches pratiquement... n'étant pas fan à la base de peinture surréaliste. J'ai été agréablement surprise et j'ai découvert des toiles et des dessins
qui m'ont beaucoup plu... et du coup j'ai voulu en savoir plus sur l'homme. Je n'ai jamais été à Figueres, je ne connais que Barcelone et l'Andalouse (il y a bien longtemps). Le musée Dali a prêté
la majorité des oeuvres mais pas toutes, mais vu le monde qu'il y avait, je n'ai pas pu voir tout en détail. J'ai le temps jusqu'à mi-janvier pour y retourner...


Perrine 02/10/2008 10:24

Est-ce que tu as aussi vu des peintures provenant de Bruxelles? Des peintures de Dali sont exposées au musée d'art moderne de Bruxelles depuis quelques temps déjà...

Nat 02/10/2008 10:48



Je n'en ai pas vu mais peut-être y en a-t-il... Impossible de voir toutes les oeuvres en détail tant il y avait de monde. Je sais toutefois que la majorité des oeuvres présentées proviennent du
musée Dali en Espagne.