Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 13 ans

Les cannes artisanales, spécialités de la petite ville de Devrek

La localité de Devrek située à quelques kilomètres de Zonguldak, en Mer Noire, possède une culture originale, celle de la canne, qu'on appelle en turc "baston". Le terme de bastonnade qui signifie "volée de coups de bâton" semble venir de ce mot. 

                                
                                L'autre jour à Taksim, j'ai vu "René la canne"   

Une canne, ce n’
est pas un troisième pied, c’est un accessoire ! Cette phrase, c’est Rüştü, le fils du célèbre fabricant de cannes artisanales, Münteka  Çelebi, qui me l’a répétée. Son père en avait fait son adage.


  

Münteka
 Çelebi est né à Devrek en 1935 et est décédé le 1er janvier 1994.

En 1982, alors qu’il dirige une fabrique de tuiles et de briques, Çelebi usta (Usta voulant dire « maître »), s’intéresse de plus près à la réalisation des  quelques cannes qu’il  voit çà et là. Il apprend à en confectionner auprès des artisans qui les fabriquent mais pour lui, c’est avant tout un divertissement.

 
                                             Münteka  Çelebi dans son atelier

Il continue à en créer en faisant sa publicité en parallèle et, petit à petit, la clientèle s'étoffe. Le petit atelier qu'il occupe de 1982 à 1987 ne suffit plus, il déménage dans les locaux actuels.

Aujourd'hui, une vingtaine d'ateliers existe à Devrek et emploie au total une cinquantaine d'artisans. Çelebi est l'entreprise la plus importante avec ses 7 employés. Le modèle le plus simple représente une demi-journée de travail pour une personne, supporte un poids de 150 kg et se vend à partir de 30 ytl (environ 15 €).
   
                  

Par contre, l'un ou l'autre modèle particulièrement sophistiqué peut nécessiter un mois à un mois et demi de travail. Les cannes les plus coûteuses vont jusqu'à 1600 ytl (environ 800 €) et 2750 ytl (soit 1375 €). Il est très difficile de réaliser plusieurs modèles identiques. Chacun est presque toujours une pièce unique qui peut être signée du nom de son futur propriétaire, tel que celui qui m'a été offert.

                  

 

Environ 5000 exemplaires sont vendus chaque année par l’entreprise actuelle dirigée par le fils de Münteka
 Çelebi.Le magasin ressemble à un musée ; toutes les cannes personnelles du maître Çelebi y sont exposées dans une vitrine et de nombreux articles de presse évoquant le maître sont affichées.

Ici, on n'est pas avare de son temps pour faire découvrir aux curieux l'art de la canne.

  

Celles-ci sont fabriquées avec les branches du cornouiller, arbre ou arbrisseau qu'on trouve dans les haies et les bois et dont le bois, très dur, est aussi utilisé pour la réalisation de manches d'outils.

Ces arbres sont élagués tous les ans par des spécialistes. Les branches sont séchées durant un an.

  

25 à 30 branches vont bouillir entre une demi-heure et une heure dans une "cocotte-minute" artisanale afin de ramollir le bois dans un premier temps. L'une après l'autre, chaque branche passera alors dans un "modèle" qui permettra de redresser le bois afin qu'il soit parfaitement droit sur toute sa longueur.

L'étape suivante consiste à raboter la branche. Une corne de buffle sera apposée en guise de manche et évitera l'absorption de microbes.

           

Différentes limes permettront de travailler à la canne à sa guise, puis du papier de verre sera utilisé pour la finition. Un bain d'acide sulfurique mélangé à de l'eau et à des ingrédients divers (peinture en poudre pour faire la couleur noire, de l'acide nitrique pour réaliser le brun) donne des tons différents et protège le bois.

De l'acide additionné de bronze, d'un clou, d'une vis ou... d'un tampon à récurer sera ainsi versé aux endroits de la canne selon la couleur et le résultat escomptés.

             

Il faut en principe attendre 2 à 3 jours pour que les teintes sèchent mais selon les besoins, le séchage sera accéléré par un passage au-dessus d'une flamme de gaz. La pose du vernis se fera lors d'un passage éclair de chaque canne dans un tube d'environ 1 m de long, soit en entier, soit partiellement. A l'intérieur se trouve une poudre colorée dont la composition est secrète.

La ville d'Ahlat située près du lac de Van, dans l'Est de la Turquie, est également réputée pour la fabrication de ses cannes, réalisées pour la plupart avec des branches de noyer, parfois de cerisier.

              

Tous les 3ème dimanches du mois de juillet, Devrek accueille le festival de la canne où l'on expose les plus beaux modèles. De célèbres artistes qui en utilisent régulièrement, font le déplacement et permettent ainsi de mieux faire connaître cet art et de le valoriser.


ÇELEBİ BASTONLARI

Cumhuriyet Alanı Hal Sk – 67800 DEVREK – Tel 0372 556 31 21

http://www.celebibastonlari.com/

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ELISE 25/11/2008 11:08

Magnifique ce reportage sur les cannes- Bravo
J'ai fait un petit tour sur le site de CELEBI BASTONLARI car souhaiterais offrir une de ces merveilles à mon père mais je ne lis pas le Turc et je suis un peu perdu: Y a t'il un revendeur en france ou un site traduit.
Encore Bravo

Nat 25/11/2008 20:02


Bonsoir Elise, il n'y a pas de site traduit à ma connaissance. Par contre à mon retour, je peux passer un coup de fil sur place ou envoyer un mail pour savoir s'il existe un revendeur en France, ce
qui m'étonnerait tout de même. A suivre dans les tous prochains jours.


NANCY 02/11/2008 21:48

Encore un bon reportage ... a chaque fois que je viens j'apprend beaucoup de choses c'est geniale ... merci pour ces reportages simple et precis ...en ce qui conserne ces cannes ça donne presque envie d'en avoir besoin ... respect pour tous leur travail magnifique !
bonne semaine

Nat 03/11/2008 06:05


René la Canne devient ... Nancy la Canne ! Iyi günler


boubou 01/11/2008 10:47

Bonjour je survole ton blog , j e vais l'inscrire dans mes favoris, il est tres bienfait de belles photos mais ton article sur les cannes c super bien fait je travaille le cornouiller ossi si tu va sur mon blog tu vera pourquoi ton article sur le sujet ma accroche.Tu as fait un travil de reportage et de precisions formidable . Merci de m'avoir fait rever.Bonne journee boubou

Nat 01/11/2008 13:49


On va pouvoir envisager dans ce cas un jumelage entre les artisans qui travaillent le cornouiller... Je vais aller voir cela de plus près. Bonne journée également.


Ophiucius 31/10/2008 21:07

Un titre sympathique qui accroche, mes parents étaient arrivés en 1978 à Strasbourg, un prénom qui accroche l'œil aussi (mon épouse s'appelle Nathalie et pour le comble elle est alsacienne (née à Stras)) des récits qui donnent envie alors je laisse mon empreinte, bravo et bonne continuation

Nat 01/11/2008 05:39



Merci pour votre passage !



Arlette 31/10/2008 20:21

Te voilà parée pour tes vieux jours!
C'est réellement un travail d'artiste, elles sont magnifiques!

Nat 31/10/2008 20:34



Pour le moment, elle va décorer le salon ... avant de me servir peut-être en effet un jour.



Danielle de Strasbourg 31/10/2008 16:40

çok ilginç!Comme toujours...merci pour le lien à partir duquel on peut voir une vidéo .Et halloween,la "mode" est-elle connue à Istanbul!!QQ enfants dans les rues de Strasbourg,mais le "soufflé" retombe.

Nat 31/10/2008 18:44


Non, pas de Halloween en Turquie et je ne m'en plains pas...


Mirage 31/10/2008 15:36

On comprend que certaines soient vendues à un prix élevé car ces cannes sont vraiment des chefs d'œuvre!

Nat 31/10/2008 18:43


Je suis restée sous le charme de certaines, de l'art à l'état pur !


Cat 31/10/2008 11:52

Quelle dextérité! Ces artisans font un travail magnifique que tu nous restitues superbement à travers de belles photos. La canne vue sous cet angle est véritablement un bel objet qui donne envie de le posséder.

Nat 31/10/2008 18:41


Une canne pour monsieur et un éventail pour madame !


Chantal 31/10/2008 10:02

De l'artisanat comme je l'aime, merci ! Autrefois la canne était effectivement un accessoire etil existe de magnifiques pommeaux à découvrir en chinant

Nat 31/10/2008 18:41


Je pense que chaque fois que je verrai une canne dorénavant, je vais "percuter"... comme pour les cymbales !


Müge 31/10/2008 07:46

Excellent post chère Nathalie! Je ne savais rien sur la fabrication de ces “accessoires” (il avait raison Münteka Çelebi!) , je ne savais pas non plus que Devrek et Ahlat étaient réputés pour la fabrication des cannes. Merci beaucoup pour cet article qui mérite d’être publié dans Géo!

Amitiés,

Nat 31/10/2008 18:40


J'ai tout ou presque appris chez Celebi où j'ai passé plus de deux heures très agréables. Si tu as des entrées chez Géo, je suis preneuse tabi ! Sevgiler