Thierry Zarcone, spécialiste de l’histoire religieuse turque


J'ai déjà évoqué Thierry Zarcone en mai dernier par le biais d'un de ses livres "De l'empire ottoman à la République d'Atatürk).

J'ai réalisé il y a quelques temps cette interview destinée au journal auquel j'ai collaboré. La publication, prévue pour novembre, n'ayant pas eu lieu pour les raisons que tout le monde connaît, il n'y a pas de raison de vous priver de ses propos intéressants.

                    

Thierry Zarcone fait ses études de premier et deuxième cycles à l'université d'Aix-Marseille puis passe sa thèse (Mystiques, Philosophes et Franç-maçons en Islam) à l'université de Strasbourg, en 1989. Chercheur au CN.R.S., il y soutient son habilitation à diriger des recherches en 2004. Celles-ci  portent surtout sur l'histoire intellecturelle et religieuse dans les mondes turcs et iraniens. Il s’intéresse particulièrement au soufisme et à la franc-maçonnerie et est un spécialiste de l'histoire intellectuelle et religieuse turque.

Professeur invité à l’université de Kyoto (Japon) pour l'année 2005-2006, il codirige avec Ekrem Işhin et Arthur Buehler le Journal of the History of Sufism, fondé en 2000.


Thierry Zarcone est aussi consultant, depuis 2000, auprès de l’Office for Democratic Institutions and Human Rights, organisme de l'O.C.D.E.
De même, il est directeur de recherches au CNRS à Paris, actuellement membre de l’équipe  du GSRL (Groupe Société Religions Laïcité).


Thierry Zarcone a vécu neuf ans en Turquie et deux ans en Ouzbékistan.


Auteur de nombreux ouvrages sur ce pays : De l’empire ottoman à la république d’Atatürk, La Turquie moderne et l’Islam, Secret et Sociétés secrètes en islam -. Turquie, Iran et Asie Centrale, XIXe-XXe siècles (traduit en turc), Melamî et Bayramî. Études sur trois mouvements mystiques musulmans, … son regard est intéressant et différent.


                

Quand, où et pourquoi avez-vous vécu en Turquie ?


J’ai vécu en Turquie de 1984 à 1993 dont 2 ans et demi à Ankara où j’ai enseigné la philosophie à l’école française. J’y suis venu par intérêt de la philosophie turque pour une raison simple. J’aime bien voir le pays des mosquées sous la neige vu que je n’aime pas la chaleur. Ma première découverte du pays a été en fait un voyage d’étudiant en 1977. Je voulais suivre la philosophie, le soufisme et j’ai découvert la pensée turque.


Ma thèse consiste en l’étude d’un intellectuel turc « Riza Tevfik » (poète soufi, grand maître de la franç-maçonnerie en Turquie). Elle se vendrait mieux si on fournissait avec deux cachets d’aspirine (dixit l’auteur).


Après Ankara, j’ai été chercheur à l’institut d’Etudes Anatoliennes d’Istanbul durant 3 ans, puis chercheur à l’Institut français de recherches en Iran à Téhéran. Mais le poste ayant été fermé là-bas, je suis resté à Istanbul. Là, j’ai travaillé sur un projet précis concernant les iraniens d’Istanbul : plusieurs articles ont été publiés, un colloque a été organisé.


En 1993, j’ai passé le concours du CNRS et je suis retourné en France.

                    


Quelle évolution la plus significative a eu lieu selon vous durant votre période de vie en Turquie ?


Une ouverture incontestable vers l’Europe et vers le monde ; je me souviens très bien des années 85 avec l’arrivée de la barre de Mars par exemple !


De même, la modernisation fulgurante du pays, dans les esprits, dans le mode de vie sans pour autant perdre cette hospitalité et cette gentillesse qui m’a marqué depuis mon séjour en Turquie, du plus petit village jusqu’à la ville.


La Turquie est devenue un pays où la population vit maintenant principalement dans les villes.


C’est aussi une nation qui s’est assouplie après le coup d’Etat, qui porte un peu plus d’intérêt pour la « culture musulmane » liée à l’arrivée au pouvoir de partis de sensibilité religieuse.


            


Quelle est votre réflexion sur l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne ?


La Turquie est la seule amie, géographiquement parlant, qui va dans le sens de l’Europe, parce qu’elle pense comme les Européens ; elle possède un système démocratique, c’est un état de droit, moderne. Si on voit les frontières des pays alentours, la frontière intellectuelle de l’Europe passe au niveau de l’Iran et de la Syrie.


Il est à noter que la Turquie fait partie de l’histoire de l’Europe et pas de celle de l’Asie. C’est le berceau de notre civilisation, Pythagore, l’île de Samos, les grands sites grecs, c’était l’Asie Mineure.

                
Comment voyez-vous l’avenir de la Turquie dans les 10 prochaines années ?


Le mouvement de modernisation et d’ouverture des esprits se poursuit constamment. Je pense que la peur du péril islamiste est exagérée.


En fait, les islamistes purs et durs ne votent pas, ils prennent le pouvoir et le gardent.
Aujourd’hui, ce sont des partis, donc des personnes qui jouent le jeu du compromis politique.


Les islamistes au pouvoir sont des démocrates-musulmans comme on a eu des démocrates-chrétiens en Europe (Allemagne, Italie, en France à un moment).


Sur le plan politique, c’est la voie du compromis en espérant que cela continue ainsi.
 



                          

Avez-vous des projets actuellement en Turquie ?


Je suis attentif aux changements socio-politiques et religieux du pays pour faire une mise à jour de certains de mes ouvrages. Un livre est en cours d’écriture, en collaboration avec deux amis « Le mystique et l’animal en Islam » dont la publication est prévue pour l’année 2009.


Pastor Elisée 19/04/2009 19:14

Gilgamesh de Moussac

Nat 20/04/2009 14:58


Le message a été remonté...


flora 08/11/2008 23:16

Non, hélas, nous avons quitté Istanbul en juillet 1990, à la fin des six années du poste de professeur de français de mon mari au lycée de Galatasaray. Nous habitions Cihangir, Aslan yatagi sokagi (il manque les accents sur le "g"...) Depuis, c'est Valenciennes, dans le Nord, pour moi, une ville d'adoption très accueillante, même si veuve depuis 2 ans...
Je visite ton blog tous les jours, avec grand plaisir!

Nat 09/11/2008 06:11



Merci Flora pour tes informations. Il y a ainsi plusieurs anciennes "voisines" de Cihangir parmi mes lectrices. Iyi günler.



flora 08/11/2008 01:18

Les Turcs ont toujours considéré les Hongrois comme des frères (on est des cousins lointains mais nos chemins se sont séparés très tôt), à tel point qu'ils ont occupé une partie du royaume de Hongrie, par assauts réguliers, durant un siècle et demie (1526-1708) et pas très fraternellement... Le ressentiment était tel que j'ai découvert les nombreuses similitudes dans la structure des deux langues seulement en vivant 6 années à Istanbul!

Nat 08/11/2008 06:16



Il est certain que durant l'empire ottoman de nombreux pays ont été envahis et il reste forcément des traces. Habites-tu encore à Istanbul ?



Gülseren 07/11/2008 19:19

Bonsoir, je voudrais savoir si on peut trouver le livre "De l'Empire Ottoman à la République Turque".
cet écrivain a tenu mon attention car lui aussi comme moi a résidé à Strasbourg.

Nat 08/11/2008 06:19



Tu veux dire "trouver le livre à Istanbul ?" Je pense que tu dois pouvoir le commander par le biais de la librairie Efy au Consulat de France. Thierry a effectivement résidé à Strasbourg.



Caméléon des Neiges 07/11/2008 18:05

Bonjour Nathalie,
Merci pour cet article intéressant. Un tel article fait découvrir des personnages et donne des idées pour les recherches de lecture ou de cadeaux de Noël ;o)
Je serai aussi intéressé par une réponse à Chantal, comme se prépare et s'organise une rencontre avec une personnalité?
Avec toute mon amitié,
Patrick

Nat 07/11/2008 18:22



On organise notre rdv soit par mail, soit par téléphone, selon les personnes, tout simplement. De plus, Thierry revient encore régulièrement à Istanbul. Sinon, pour d'autres personnes
rencontrées, les gens sont très facilement accessibles ici, je suis régulièrement surprise à quel point on peut les voir aisément, en tout cas cela a été le cas pour moi jusqu'à présent.



Mirage 07/11/2008 17:14

Super!!!!
J'ai déjà lu quelques articles (mais pas encore de livres) de Thierry Zarcone et j'apprècie toujours son point de vue, une véritable lueur vu les absurdités auxquelles on a trop souvent droit concernant la Turquie.

Nat 07/11/2008 18:18


C'est un regard très objectif et historique qu'il a. Je te conseille vivement "De l'empire ottoman à la République Turque". L'autre livre que j'ai, je n'ai pas encore pris le temps de le lire.


Cat 07/11/2008 11:06

Interessant regard extérieur posé sur ce grand pays! Qui va dans le sens de l'entrée de la Turquie dans l'Europe de demain.

Nat 07/11/2008 18:15


Son regard sur la Turquie m'intéresse beaucoup.


flora 07/11/2008 10:02

Personnage et rencontre passionnants, je vais chercher ses livres pour ma plus profonde compréhension de ce pays que je continue à aimer tant... (il y à Istanbul, une "Macar Kardesler Caddesi", tandis qu'à Budapest, une rue s'appelle "Törökvész utca" = rue du Péril Turc... Toute une histoire que j'ai mis du temps à réhabiliter.)

Nat 07/11/2008 18:13


C'est pour le moins surprenant les différentes significations des rues, celle en turc voulant dire "avenue des frères hongrois"....


chantal 07/11/2008 09:05

Merci pour cet interessant interview.. mais comment fais tu pour renconter un tel auteur ?
Rien de te résiste !!

Nat 07/11/2008 18:10


Je l'ai déjà rencontré en mars dernier grâce à une connaissance commune... le hasard...


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