Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Kebab 2000 à Mulhouse, là où j'ai mangé mon premier kebab

 

 

Kebab 2000 est un des premiers, sinon le tout premier snack de döner du centre-ville de Mulhouse.  Je ne me souviens plus en quelle année j'y ai mangé mon premier kebab, mais cela fait bien longtemps. C'est sans nul doute une des meilleures adresses de la place en la matière. 

 

Ce petit commerce, où trois ou quatre petits coussins posés à même un banc accueillent ceux qui veulent manger sur place, est tenu depuis 1995 par Çelebi Zeynel, originaire de Gümüşshane, dans le nord-est de la Turquie.

 

                

 

Çelebi émigre à Mulhouse à l'âge de 9 ans avec sa famille dont le père est maçon. Il réside alors dans l'une des tours de la Zup à Dornach, un des quartiers où la mixité de la population est la plus forte.

 

Il étudie au collège Jean Macé, puis au lycée Brustlein avant d'arrêter ses études.

 

                       

 

Il travaille comme chauffeur de bus et de camion durant 8 ans, avant d'ouvrir Kebab 2000 il y a 13 ans déjà. Pourquoi ce lieu de restauration rapide qui n'a aucun rapport avec le métier exercé jusqu'alors ? A l'époque, il existe un seul kebab à Mulhouse, mais situé hors du centre-ville, d'où l'idée d'en créer un dans un lieu plus passant.

 

Çelebi crée ainsi sa petite entreprise individuelle. La première année est difficile mais la mayonnaise finit par prendre. Depuis 2-3 ans, l'activité a toutefois ralenti. Selon lui, la concurrence est à présent bien trop importante dans ce domaine.

 

                       

                                         Çelebi Zeynel en coupe des lamelles de kekab, tous les jours

 

Ils sont à deux à y travailler et sa femme Çiğdem, originaire d'Istanbul, vient les aider pour le rush du déjeuner. La clientèle est composée essentiellement d'étudiants mais surtout d'habitués et un döner de 20 kilos est écoulé chaque jour. "Tant que je peux en vivre, je le fais",  me répond-illorsque je lui pose la question de savoir s'il fera ça jusqu'à la retraite. 

 

                        

                                                                     Çiğdem, sa charmante épouse

 

Lorsque je lui demande ce qui est facile et ce qui est difficile pour lui en France, il me répond après réflexion : "tout est facile et tout est difficile ; si on veut ,on peut tout faire ; ce n'est pas une question de moyens, mais le plus dur est de faire des études".

 

Il estime ne pas avoir connu de problèmes d'intégration.

 

Çelebi qui habite à présent en ville avec sa femme et leurs trois enfants âgés respectivement de 9, 7 et 4 ans, dit avoir pris la mentalité des gens d'ici (de Mulhouse). Il me donne en fait cette explication après la gentille réflexion que je n'ai pu m'empêcher de faire comme quoi je trouvais qu'il avait perdu un peu de cette "chaleur" qu'ont pratiquement tous les turcs que je connais.

 

                       

 

Tous les deux ou trois ans, il retourne au pays pour un mois comme beaucoup de ses compatriotes. "Pour les vacances, c'est bien, mais je ne pourrais plus vivre en Turquie, ma vie est ici".

 

J'aurais bien aimé prolonger la discussion pour en savoir plus sur ses ressentis, mais les premiers clients arrivent. Laissons Çelebi reprendre sa machine à couper les lamelles de döner, le client ne doit pas attendre...

 

 

Kebab 2000

Çelebi Zeynel

5, rue Engelmann - 68100 MULHOUSE

Tél 03 89 56 01 81

 

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Umran 30/11/2008 14:24

Coucou Nathalie,
Depuis qq jours, je lis tes articles sur les Turcs, de France ou d'ailleurs, peu importe, mais souvent, tu confirmes "d"un oeil extérieur" si j'ose dire, ce que je pense des valeurs auxquelles sont attachés les Turcs, fondamentales, humaines, universelles, naturelles et propres à l'homme selon moi. Envie d'aider son prochain, se soucier de savoir s'il va bien, et toutes les autres que tu sais si bien décrire.
Mais lorqu’on vit dans un pays "d'adoption", on est amené à s'adapter à ce pays. C'est pour cela que la phrase du patron de Kebab 2000 de Mulhouse ne m'étonne pas.
Je pense que lorsqu'on approche les gens avec notre chaleur, notre gentillesse, on leur fait peur. Car ils ne sont pas habitués à être traités de la sorte. Cela peut soit faire peur (il est trop gentil, il me veut quelque chose, vite je m'enfuie) ou pousser à l'indifférence ou au mépris (tu ne peux pas être gentil avec les autres aussi vite, il va pas bien le Turc, il est trop naïf). C'est un peu caricatural mais ça existe. C'est difficile de s'imposer et d'exister avec ce caractère lorsqu'autour de vous les gens sont froid ou ne comprennent pas ou simplement abusent de votre gentillesse.
De ce fait, les personnes vivant en France sont amenés à s'adapter à la population locale. C'est comme un langage, il faut parler leur langue pour être écouté.

Nat 30/11/2008 14:50


Chère Umran, tout ce que tu viens d'écrire est parfaitement exact. Je le répète souvent ici quand je compare la façon de communiquer dans la rue par exemple. C'est presque mission impossible de
parler avec un inconnu dans la rue en France alors qu'ici, c'est l'inverse. Cela m'a particulièrement manqué lors de mon séjour en Alsace, de ne pas être abordée ou de ne pas pouvoir le faire au
risque de passer pour quelqu'un comme dit qui veut quelque chose... Autres moeurs, autres cultures...


zwat 27/11/2008 15:09

les turcs immigrés disent souvent pour eux même qu'ils sont étranger dans les deux pays, en Turquie on les considère comme gurbetçi, ç'est a dire ceux qui vivent ailleurs, et en Europe comme immigrès, ils sont balancé entre deux cultures...
Mais ça m'étonne d'entendre que les jeunes turcs disent ne pa vouloir rentrer au pays, au contraire tous les jeunes que je connais et j'en connais vraiment beaucoup vu que je suis d'origine turc, veulent rentrer au pays le plus vite possible...

Nat 27/11/2008 18:40


C'est effectivement une phrase qu'on entend souvent, étrangers des deux côtés et je peux le comprendre. Qu'entends-tu par "jeunes turcs" au niveau âge ? Pour ma part, ce point de vue est plutôt
partagé par des turcs d'âge moyen (30-40 ans) ou plus âgés... Je serais bien tenté de lancer une étude plus approfondie sur certaines de ces questions... Au fait, aurais-tu la gentillesse lors du
prochain commentaire de m'indiquer ton adresse mail dans la rubrique prévue pour (si tu es d'accord bien évidemment) afin que je puisse te contacter personnellement ?


Müge 27/11/2008 14:16

J’aimerais également savoir pourquoi il dit qu’il ne pourrait plus vivre en Turquie. Mais ce n’est pas le premier “Euro-Turc” que j’ai entendu faire cette remarque. J’avais lu il y a qqs années dans Le Figaro ou Le Monde que la nouvelle génération (= les jeunes, les enfants) des “Euro-Turcs” ne voulait même pas rentrer en Turquie pour les vacances estivales, qu’ils ne se sentaient plus “Turcs” mais “Français”, “Allemands”, “Néerlandais”, (etc.), qu’ils ne connaissaient pas ou que très peu la langue turque. C’est normal en effet puisque ces gens naissent et font leur vie en Europe. La question cruciale est celle-ci je crois: Est-ce que les sociétés française, allemande, néerlandaise (etc.) acceptent ces gens comme des Européens ou est-ce qu’ils sont considérés toujours comme des immigrés asiatiques d’une culture différente?

Nat 27/11/2008 18:37



Effectivement de nombreux "euro-turcs" tiennent le même langage et cela mérite visiblement qu'on s'y attarde. Je n'ai pas forcément de réponse dans les "portraits" à venir mais selon le cas, je
prendrai du temps pour en savoir plus auprès des personnes rencontrées. La question que tu poses à la fin est plus qu'intéressante et je serais très intéressée que tous les lecteurs de ton
commentaire prennent 2 mn pour répondre. Je connais une jeune femme d'origine turque de Strasbourg qui est sociologue, je sens que je vais finir par la contacter...



Cat 27/11/2008 12:27

Je trouve que c'est une bonne chose la concurrence celà implique un certain devoir de qualité et dans ce domaine comme ailleurs on trouve le meilleur comme le pire. A Toulouse il y en a d'excellents avec une viande exceptionnelle et d'autres...

Nat 27/11/2008 18:33


La concurrence est effectivement une bonne chose en soi, mais à la différence qu'elle n'est pas abordée de la même façon en France... qu'en Turquie. Le döner n'est pas le meilleur exemple mais si
tu vas chez un commerçant turc qui n'a pas ce que tu recherches, il va t'envoyer chez son "concurrent" considéré plus comme un "confrère". Je ne pense pas que cela arrive très souvent en France, si
je n'ai pas, tu te débrouilles pour chercher ailleurs ... et encore je suis polie.


flora 27/11/2008 12:20

Ce qui m'a surtout intéressée, c'est sa réfléxion sur l'adaptation à l'étranger (et pour cause...): petit à petit, on adopte la mentalité des "locaux", par nécessité, par mimétisme aussi. Le tout, c'est ne pas vendre complètement son âme, c'est prendre ce qui est le meilleur et en donner aussi...

Nat 27/11/2008 18:31


La mentalité et la façon de penser "locale" intervient différemment si on a vécu enfant ou pas dans le pays qui n'est pas son pays natal... Effectivement, garder sa double culture me parait
primordial, on aura l'occasion d'en reparler.


chantal 27/11/2008 09:34

Au moins si j'ai besoin "sur le pouce " en Alsace ... j'ai une adresse
Utilise -til des Döner fabriqués par un Turc qui a une société en Allemagne et s'implante en France comme nous l'avait présenté un reportage ?

Nat 27/11/2008 18:29


Encore une question que je rajoute à mon listing concernant Çelebi que je pense recontacter sous peu avec les questions posées...


Jean-Yves 27/11/2008 08:18

Humm les Kebabs, c'est bon qu'il est 8 heures du mat', sionon j'aurai proposé de suite à Alessandra d'aller retrouver notre Kebab Favori en Ville. J'en ai connu beaucoup des Kebab, à Longwy il y a 4 (en tout cas que je connais) pour 14000 âmes.
Est-ce étonnant sa reflexion quand il dit qu'il ne pourrait plus retourner en turquie ? Effectivement on aurait bien voulu savoir pourquoi !

Nat 27/11/2008 18:16


Ce n'est pas le seul à dire cela... Je vais regrouper toutes les questions que se posent les lecteurs selon les commentaires et recontacterai sans doute Çelebi, à suivre...