Fevzi dit Paşa, presque 30 ans de vie en France

 

Tous ceux qui le côtoient connaissent Paşa, mais finalement peu d'entre eux savent comment il s'appelle réellement. Sur ses papiers d'identité, mon ami Fevzi porte en fait les deux prénoms de Fevzi et Paşa. Il hérite du surnom de Paşa donné au maréchal Mustafa Fevzi Paşa, premier chef d'état-major lors de la création de la République de Turquie.

 

Né en 1971 à Kahramanmaraş, dans le Sud-Est du pays, il vient en 1979 à Besançon rejoindre son père maçon, dans le cadre du regroupement familial.

 

                           

                                            Paşa et son sourire permanent

 

 

Deux ans après, la famille s'installe à Wittenheim, dans la proche banlieue mulhousienne, pour être plus proche de la communauté turque, aucun compatriote n'habitant à Besançon.

 

Après les années de collège, son père, avec qui il est en froid, l'envoie vivre chez sa grand-mère à Karamanmaraş de 1984 à 1987. Après une année scolaire en Turquie, il entreprend une formation en menuiserie auprès d'un "usta", un maître. Au bout de ces trois années, ses cousins vont convaincre son père de le laisser revenir auprès d'eux... le seul problème étant que ce dernier a détruit tous les papiers de son fils.

 

 A son arrivée en France, Fevzi se voit délivrer un visa d'un mois après quoi, il vivra comme clandestin durant environ un an et demi, le temps que son dossier soit régularisé. Pendant ce temps, il ne quittera guère le quartier, fera des petits boulots au noir, évitera de se montrer dans des lieux publics, des cafés ou autres pour ne pas risquer un contrôle par les services de police.

 

 

                    

                               Papa attentif et câlin à la fois, ici avec Iman, la petite dernière

 

Une fois son permis de séjour en main, il travaille un peu en intérim avant d'intégrer la SIPP à l'âge de 20 ans où je fais sa connaissance en 2000. Dans cette entreprise d'impression sur textile de linge de lit et de maison alors prospère, il commence comme aide sur machine à impression, puis est polyvalent sur différentes machines avant de devenir chef d'atelier, puis chef d'équipe, puis contremaître.

 

Entre-temps, en 1990, il rencontre Fadhila, d'origine algérienne qui devient sa femme 3 ans après. De cette union naissent 4 enfants très attachants, Adem (14 (ans), Sofia (13 ans) Kemal (7 ans) et la petite dernière Iman, âgée de 4 ans, dont vous avez déjà fait connaissance.

 

  

                   Paşa et Fadhila, un couple dont les origines différentes sont devenues une richesse pour eux

 

 

La famille de Fadhila a bien accepté Paşa, l'inverse a été plus dur jusqu'à la naissance de leur premier enfant. Devenir grands-parents a été le déclic pour porter la mère de leur petit-fils dans leur coeur.

 

"Je suis turc de coeur mais français dans l'âme ! Je ne renierai jamais cette partie de moi qui m'est chère." me répond-il quand je lui demande comment il se sent.  Plus jeune, il se sentait davantage français, à présent il ressent l'appel nostalgique de ses origines.  

 

Il ne retourne pas souvent au pays, en 1993, puis en 2000 seulement et enfin cet été. C'est ce dernier voyage qui lui fait prendre conscience du manque de chaleur humaine, d'odeurs,...

 

 

 

                         

                                        La nostalgie est perceptible dans son regard 

 

 

 A la maison ou au travail, il ne parle pas le turc et ses enfants ne connaissent d'ailleurs pas la langue de leurs aïeuls paternels. Ce qui est le plus important pour Paşa, c'est l'avenir de ses enfants, leur scolarité : "Je ne veux pas qu'ils galèrent comme moi."

 

Le fait que ses enfants ne connaissent pas le turc est souvent abordé entre copains. Ces derniers reconnaissent toutefois que leurs propres enfants ont plus de difficulté à maîtriser les deux langues.

 

Paşa n'a pas connu le racisme, ni les problèmes d'intégration et il s'estime 100 % intégré. Il confirme toutefois que pour être reconnu dans la société française, il faut fournir bien plus d'efforts.

 

A l'époque de son arrivée en France, il se souvient que les gens autour de lui rêvaient de venir vivre en Europe, d'y réussir leur vie. "Qu'ils arrêtent de croire que l'Europe est paradisiaque, on te suce ton sang" souhaite-t-il faire passer comme message à ceux qui rêvent encore.

 

           

                                                                     La famille au grand complet 

 

 

 

Sa maison de 180 m2 construite il y a 8 ans dans un lotissement de Kingersheim a été réalisée à 90 % en famille. Son père a fait la maçonnerie et officié comme chef de chantier. Un charpentier extérieur est venu. Les travaux de couverture ont été réalisés en un week-end avec ses frères et des connaissances turques.

 

Passer quelques heures en compagnie de Paşa et de sa petite famille a été pour moi un vrai moment de bonheur. Discuter, réfléchir sur son vécu, prendre le temps de communiquer et de partager comme savent si bien le faire les turcs, sağol.

 

 

M&M 29/11/2008 07:56

Coucou Nat,
Quel bel exemple de persévérance et de réussite après tant d'épreuves et d'efforts. Quelle richesse que cette union de cultures différentes et qui doit nous permettre 'ouvrir les yeux sur l'Autre qui souvent fait peur parce qu'on le ne connait pas. Le peuple turc, pour le peu que je connaisse est un peuple ouvert, travailleur (ce qui fait en partie sa force) et fort chaleureux (en témoigne l'assiette en bout de table sur la photo)....
Ton article est comme tjrs le reflet de l'âme turque et cela ne métonne pas si tu te sens aussi bien à Istanbul. Je ressens la même chose et à chaque fois que je quitte ce pays, j'ai le blues et une grosse tristesse qui m'envahit (jusqu'à mon prochain séjour en Turquie). La chaleur humaine, la gentillesse, l'entraide et la solidarité, sont des valeurs vraies qui perdurent en Turquie et qui,en France, ont fortement disparues. Lorsque l'on rentre en France on e sent un peu perdu au nivau ambiance : tout redevientg compliqué, out est un problème avec ses tracasseries. En Turquie ce n'est pas du tout l'impression que l'on a : là bas tout est facilité. Quand on rencontre une difficulté, il y a tjrs qqun prêt à vous rendre service, à vous aider, à vous accompagner même. Bref il existe une chaleur humaine que notre société occidentale, dite civilisée, a oublié et que, surtout, elle n'st pas prête à remettre au goût du jour (je parle là de manière générale ; il existe quand même des associations qui aident et soutiennent des personnes dans le besoin et là chapeau pour l'abnégaion dont elles font preuve).
Voilà jai dit ce que j'avais sur le coeur et j'attend avec une super impatientce le mois de mars pendant lequel je passerai qqes jours dans cette trépidante Istanbul tjrs aussi pleine de mystères mais aussi pleine de coeur.
Schmoutz

Nat 29/11/2008 08:18


Eh bien, tu avais fort à dire mais tout ce que tu dis, c'est effectivement mon quotidien. Pour résumer, quelques mots qu'on dit ou qu'on entend régulièrement : herşey mümkün (tout est possible),
burası Türkiye (ici, c'est la Turquie). Le peuple turc qui pour beaucoup vit nettement moins bien et n'est pas "assisté" comme on l'est en France, n'a pas pour habitude de se plaindre, il avance et
se débrouille pour trouver des solutions. Là encore, j'élargirai le sujet à la fin de la série consacrée aux Turcs d'Alsace rencontrés.


fée des agrumes 28/11/2008 13:41

C'est super de montrer ces visages ! c'est l'ignorance de l'autre qui fait la xénophobie.
(
J'ai parlé de vous aujourd'hui avec ma voisine turque ! :p)

Nat 28/11/2008 19:40



On a également peur de l'inconnu... Selam à votre voisine turque.



julie poujol RTL 28/11/2008 12:04

Bonjour,
Je me permets de vous recontacter pour prendre de vos nouvelles et vous proposer de participer à une émission speciale Noel. Sebastien Folin et Liane Foly vous prochainement enregistrer une émission qui sera diffusée le jour de Noel "Noel d'ici et d'ailleurs", l'occasion pour vous de nous raconter un noel loin de France et de gâter votre famille puisque chaque personne qui témoigne pourra choisir un membre de sa famille en France qui recevra des cadeaux !
Je vous remercie par avance et j'espère à très vite !
Bien à vous,
Julie Poujol
julie.poujol@rtl.fr

Nat 28/11/2008 12:28


Bonjour Julie, c'est sympa de me recontacter, merci. Je vous envoie un petit mail ce soir à ce sujet. Mes amitiés ainsi qu'à Sébastien Folin.


cecile dossetto 28/11/2008 11:17

Nath,
Bravo pour ce post écrit avec ton humanité légendaire, et bel exemple de réussite pour cette famille!!
cécile

Nat 28/11/2008 12:15


Je n'ai pas plus de mérite que cela, j'aime les gens et je m'intéresse à eux, chacun à part entière et ils me le rendent bien.


Cat 28/11/2008 11:03

Ce qui essort de ce reportage c'est qu'il a gardé son âme turque intacte. C'est un magnifique exemple d'intégration même si ce mot à sens unique me dérange un peu. J'estime que les français ont un devoi de responsabilité et de travail dans l'intégration de l'Autre.

Nat 28/11/2008 12:14


Tu touches un point que j'évoquerai à la fin de cette série en évoquant ma propre intégration en Turquie.


NANCY 28/11/2008 10:56

tout est bien qui fini bien ( avec son papa ) ça du etre dur pour lui mais finalement il s'en ai tres bien sorti... jolie famille ...la preuve qu'on peu bien s'integré en france ... mais je trouve dommage qu'ils ne retournent pas plus souvent en turquie (pour la richesse des enfants ) surtout qu'ils doivent etre partager entre 3 pays !!! vive le metissage ! (tres beaux enfants )

Nat 28/11/2008 12:13


Oui, son exemple parmi d'autres amis turcs que j'ai, est effectivement un bel exemple d'intégration. Tu sais quand on a 4 enfants et qu'on construit sa maison, on n'a pas tous les ans les moyens de
partir en vacances. De plus, il se rend au pays en voiture, tu vois l'expédition en famille ce que cela peut donner. Ils ont effectivement de très beaux et adorables enfants.


Isis 28/11/2008 10:34

Belle revanche et bel exemple de reussite!
Tres bel exemple d'alterite et de metissage egalement!La difference est creatrice... Pasa a su faire de sa difference une richesse!
Pour savoir ou l'on va,il faut savoir d'ou l'on vient !

Tu as su capturer les bons moments et declencher ton objectif quand il le fallait.

Nath, si je peux me permettre c'est Kahraman maras ;-00

bises

Nat 28/11/2008 12:08


Bien sûr que tu peux te permettre, je voulais encore vérifier le nom car il me semblait bien que quelque chose ne collait pas, merci. En trois phrases, tu as tout résumé "la différence est
créatrice. Paşa a fait de sa différence une richesse ! Pour savoir où l'on va, il faut savoir d'où on vient".


Jean-Yves 28/11/2008 09:38

Quelle belle histoire finalement. On entend souvent parler de clandestinité. Cela m'a fait drôle de lire ton article, j'avais l'impression de le connaitre depuis des années. L'entraide familiale est là et c'est important de se soutenir en terre inconnue...
Article émouvant et chaleureux.

Nat 28/11/2008 12:07


L'entraide chez les turcs est également une notion très importante et qui fait souvent défaut en France... parfois pour nos plus proches...


la créative 28/11/2008 09:08

Je me reconnais un peu dans ce récit.
J'ai l'impression qu'il peut y avoir une phase chez chaque personne qui vie en dehors de son pays d'origine de le rejetter à un moment pour mieux l'apprécier et l'aimer par la suite.
Dans ton récit on sent tout ton amour pour cette famille et aussi toute la sensibilité qui émane de cet homme (a travers les photos et ton récit).
Merci pour ce magnifique billet, comme d'hab d'ailleur

Nat 28/11/2008 12:06


C'est vrai que j'apprécie tout particulièrement cette sympathique famille. Je pense que beaucoup peuvent se reconnaître un peu dans cette histoire.


chantal 28/11/2008 08:45

Bel exemple de réussite en France

Nat 28/11/2008 12:04


Oui absolument.


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