Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Yavuz bey, depuis 8 ans à Mulhouse


J'ai rencontré Yavuz et son épouse Songül par le plus grand des hasards en rendant une visite-surprise à une copine qui travaille au service de l'Action Territoriale de la Ville de Mulhouse.

Après notre discussion, je leur demande si je peux les rencontrer un peu plus longuement pour discuter ensemble. Et c'est ainsi que je suis invitée à déjeuner quelques jours plus tard.

            
 Autour de la table familiale avec Nafiye, la soeur de Songül et ma copine de la mairie, invitée elle aussi

En sortant du collège, Yavuz, qui est originaire de la région de Tokat en Anatolie Centrale, a fait du commerce de légumes avec son père durant 12 ans. Après son mariage avec Songül en 1998, cette dernière tente en vain de lui trouver du travail en Alsace où elle a grandi. A plusieurs reprises, elle vient voir son mari en Turquie durant les deux ans qui suivent.

En 2000, Yavuz vient à Istanbul avant de monter dans un autobus bulgare pour se rendre clandestinement en France après avoir versé 5000 Euros à un passeur. Arrêté par la police en Italie, on lui délivre une autorisation de résidence de 3 mois. Après avoir passé quelques jours à Vintimille chez des membres de sa famille, il arrive à Paris avant de se rendre à Mulhouse.

Il loue avec sa femme une maison auprès d'un propriétaire turc. La demande d'asile politique est rejetée et une sommation de quitter le territoire dans les 30 jours lui est présentée. 

                        
                                                           Yavuz

Songül, avec qui il a déjà un premier enfant, travaille alors comme aide-cuisinière dans une taverne. Une personne membre de la C.I.M.A.D.E., Service d'entraide oecuménique aux étrangers migrants en voie d'expulsion,  intervient et constitue un dossier de demande de regroupement familial en insistant sur le fait que la présence de Yavuz est nécessaire pour garder son enfant pendant que sa femme est au travail. Yavuz peut rester en France... et au bout de deux ans durant lesquels il sera "père au foyer", obtient enfin un permis de travail. 

Les périodes de travail comme manoeuvre et maçon (dans une entreprise turque durant 1 mois, puis 1 an dans une autre, puis 2 ans dans une entreprise italienne) alternent avec des périodes de chômage. Actuellement, il est sans emploi depuis juillet 2008. Au début, il était facile de trouver un emploi dans une entreprise turque de bâtiment, mais ce n'est plus le cas.

Yavuz a pris des cours de français au centre socio-culturel Papin mais il ne maîtrise pas bien cette langue difficile à apprendre quand on est adulte et qu'on n'a jamais appris aucune langue étrangère. 
                          
                      
                      
L'année dernière, Yavuz a acheté une maison en Turquie, dans sa ville d'origine. Il aimerait y emmener sa femme et ses trois enfants pour reprendre une vie "normale" avec une activité professionnelle régulière, comme cela a toujours été le cas dans son pays. 

Lui qui se sent 100 % turc, ne trouve aucun plaisir, ne se sent pas très bien en France. Son intégration n'est pas réussie et son sourire a un goût d'amertume. Lorsqu'il travaille, il a le moral, sinon celui-ci est en chute libre. Il vit ici comme s'il vivait au pays, mais cherche vainement ses repères.

Je lui souhaite vivement de trouver la voie qui le conduira à une vie meilleure, plus en harmonie avec ses aspirations.

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tekin sandrine 26/01/2009 15:37

bonjour,

je viens vers vous pour savoir si il serait possible de prendre des cours de turque? mon mari est turc, nous avons une fille et c'est vrai qu'il me manque quelque chose...
Merci de me repondre des que possible, et bravo pour tout ce que vous faites. J'ai rencontré Semiha une seule fois, et c'est vrai que c'est une femme EXCEPTIONNELLE!! a bientot

Nat 26/01/2009 17:55


Bonsoir Sandrine, je veux bien vous répondre mais encore faut-il que je sache où vous habitez ? A Mulhouse ou environs ou bien en Turquie ? Si vous êtes du côté de Mulhouse, téléphonez à
Inès à l'Université Populaire, des cours de base y sont organisés. Bye 


Jean-Yves 24/12/2008 07:25

Malheureusement dans la vie, tout ne fonctionne pas aussi bien comme au cinéma, avec une fin heureuse. Ca doit pas être évident d'être déraciné, surtout quand le pays d'acceuil n'y met pas du sien. On peut comprendre son découragement à vivre en France.

Nat 24/12/2008 07:40


Oui, la vie n'est pas un long fleuve tranquille.


aytekin 18/12/2008 11:34

Je suis tout à fait d'accord avec toi Müge mais je pense que l'espoir d'avoir une vie meilleure conduit les gens à faire des choses surpenantes. C'est par exemple le cas de tous les réfugiés entassés dans des embarcations de fortune qui font route de l'afrique vers l'eldorado européen.
Mais bon, la Turquie n'est pas l'Afrique: Il n'y a pas de famine. Sauf pour les divers raisons politiques biens connues, on y vit très bien.

Nat 18/12/2008 17:58


J'abonde tout à fait dans ton sens Aytekin... Beaucoup de gens rêvent ... et parfois cela tourne malheureusement au cauchemar.


Claude B 17/12/2008 05:55

la vie est difficile pour tout le monde, mais pour certain encore plus. j'espère qu'il finira par trouver ce qu'il veux.
bonne journée

Nat 17/12/2008 06:39


Oui je l'espère aussi, bonne journée à toi.


le bohemien 16/12/2008 21:43

Müge tu pense que leur mariage a été arrangé, mais tu pense pas à ce que songül aurait pu rencontrer son mari en turquie, ce qui est logique...

Nat 17/12/2008 06:37


Je sais qu'effectivement ils se sont rencontrés en Turquie puisque Songül allait régulièrement y voir sa famille.


Legleg 16/12/2008 11:20

Je rebondis au commentaire de mirage. Effectivement, je connais certains turcs qui ont menti pour avoir une carte de séjour en tant que réfugié politique. Ce genre de comportement nuit aux vrais demandeurs d'asile qui voient leur requête refusée à cause de ce genre de comportements. Certaines personnes se voient expulsées alors qu'elles risquent réellement quelque chose dans leur pays d'origine.

Nat 16/12/2008 15:04


Tu parles du commentaire de Müge je pense. Oui, l'asile politique a un sens bien particulier.


Müge 16/12/2008 02:37

Il semble Chère Nathalie que le mariage de Songül et Yavuz avait été arrangé par leurs familles … Sinon comment peuvent-ils faire connaissance elle vivant en France lui en Turquie? Je me demande pourquoi Songül n’a pas accepté de venir vivre en Turquie ce qui est, en fin de compte, aussi son pays d’origine. Yavuz est parti pour la France certainement dans l’espoir d’avoir une vie meilleure, en croyant que vivre en Europe c’est vivre au paradis, mais cela n’est souvent pas le cas malheureusement. Je souhaite aussi qu’il retrouve le bonheur!

De l’autre côté, tu vas peut-être me critiquer mais j’aimerais ajouter ceci: Je déteste que certains de mes compatriotes essayent de faire une asile politique en Europe en avançant la mensonge qu’ils sont opprimés en Turquie. En tant que Turque, je crois qu’ils doivent avoir honte d’eux. Attention, je ne parle pas de tous les demandeurs d’asile politique, car il y en a qui ont raison, mais je parle de ceux qui utilisent ce moyen pour obtenir facilement un permis de séjour dans un pays européen. Et après ils racontent combien ils aiment la Turquie! Non mais! Je ne sais pas le cas de Yavuz mais s’il a menti les autorités françaises ont très bien fait de rejeter sa demande.

Amitiés,

Nat 16/12/2008 15:03


Je n'ai malheureusement pas passé assez de temps avec eux pour avoir tous les détails et je le regrette bien. Je pense toutefois, que Yavuz n'a fait que suivre les "bons conseils" qu'il a eu quant
à sa démarche, sans pour autant savoir autant la signification exacte.


Danielle de Strasbourg 15/12/2008 14:45

C'est dur de ne pas se sentir à la bonne place...
Quand on n'a pas à se poser la question,c'est un privilège.

Nat 15/12/2008 16:32


Oui, je peux comprendre le mal-être de Yavuz.


fée des agrumes 15/12/2008 11:51

ce n'est pas un cas isolé, malheureusement.

Nat 15/12/2008 16:28


Pour ma part, je pense qu'il est bien plus difficile de s'intégrer à l'âge adulte que si on grandit dans un pays qui n'est pas le sien.


chantal 15/12/2008 10:08

Problématique des 2 pays ? mais comment réagissent son épouse et ses enfans à ce projet de retour au pays ?

Nat 15/12/2008 16:26


Son épouse, bien qu'étant elle parfaitement bilingue et je trouve bien intégrée, semble favorable. Quant aux enfants, je n'ai pu les rencontrer puisqu'ils étaient en classe. Le cap sera-t-il
franchi ?... A suivre.