Partager l'article ! La dépouille du Pr Eva de Vitray Meyerovitch repose désormais à Konya: Après avoir connu Mevlana, Eva de Vitray Meyerovitch, professeur de ph ...
Après avoir connu Mevlana, Eva de Vitray Meyerovitch, professeur de philosophie, chargée de recherches durant
de nombreuses années au CNRS, issue d'une famille bourgeoise chrétienne, mariée à un juif, se convertit à l'Islam et prend le nom de Havva.
Eva dans sa jeunesse - photo fournie par Şamil Kucur
Lors d'une de ses dernières conférences, donnée le 26 mai 1998 dans la ville de Konya, en Anatolie Centrale, où repose Celaleddin'i Rumi, le fondateur de la confrérie des derviches
tourneurs (appelé aussi Mevlana), elle dit à l'auditoire : "Enterrez-moi à Konya pour rester jusqu'à la fin des temps à l'ombre de la spiritualité de Mevlana ". Elle décède à l'âge
de 90 ans le 24 juillet 1999 et sa famille l'enterre dans le cimetière de Thiais, près de Paris. Ce jour-là, elle est entourée de 5 proches...
Eva, à la fin de sa vie - photo
extraite du journal Sabah du 8.11.2008
Konya était pour Eva le deuxième lieu saint de l’Islam et elle gardait une
grande nostalgie de son mausolée visité à plusieurs reprises. Alors qu’elle étudiait et traduisait un texte du XIIIème siècle de Rumi évoquant la ronde des atomes, il y a plus de cinquante
ans de cela, elle entendit à la radio une émission scientifique évoquant ledit sujet. Cette coïncidence porteuse de sens à ses yeux l’amène à se convertir à l’Islam, à une période où devenir
musulman pour une femme occidentale choquait encore plus que de nos jours.
Alors qu'elle fait son chemin vers l'Islam, une nuit, elle fait un rêve et se voit enterrée dans une tombe comme jamais elle n'avait vu et sur laquelle son prénom écrit en arabe et en
perse s'était transformé en Hawa. Elle en conclut qu'elle mourrait vraiment musulmane.
De gauche à droite des amies d'Eva réunies devant sa tombe : Yıldız Ay, Colette Nour-Brahy, Betoule Fekkar Lambiotte et Amina Hassan - photo de Şamil
Kucur
Une quinzaine d'années passe, elle se rend pour la première fois à Istanbul et y rencontre un derviche tourneur, architecte de métier, qui l'emmène par hasard voir un chantier dans une ancienne
maison de retraite de derviches devenue musée. Elle y découvre avec stupeur une tombe identique à celle de son rêve lointain et apprend que c'est une pierre tombale de femme disciple de Rumi.
Traduction la plus juste possible de ce qui est écrit sur sa tombe : Eva de Vitray Meyerovic, d'origine française, s'est dirigée vers la voie du salut
en devenant musulmane - Avec la bienveillance de Mevlana, elle a rendu beaucoup de services - Je souhaite que l'au-dela soit honorée de beauté - Yakut ayant eu connaissance de son décès
a communiqué sa date - Madame Havva la mevlevi est partie avec amour - photo de Şamil Kucur
Eva qui a connu tous les honneurs, qui a rencontré durant sa vie de nombreuses personnalités marquantes, qui s'est intéressée à l'homme et aux faits de l'actualité, vécut un choc
énorme lors d'un voyage au Maroc alors qu'elle a déjà un âge avancé. Reçue en privé par un maître du soufisme, ce dernier s'exclame en la voyant "Rumi est ici !" en montrant
l'emplacement du coeur d'Eva. Cette dernière fond en larmes !
Cette intellectuelle, écrivain et traductrice, laisse derrière elle une oeuvre majeure : la traduction de 25 oeuvres de Rumi (soit quasi toutes), une quinzaine d'ouvrages personnels,
témoignages et mémoires de l'amour porté à l'Islam. Par ses écrits et les conférences données, elle présente au monde un autre visage de l’Islam, reliant l'Orient à l'Occident en brisant de
nombreux préjugés, ouvrant les horizons sur la spiritualité musulmane authentique. A travers ses mémoires, son nom restera à jamais associé à son maître spirituel, Rumi, personnage
indissociable de sa vie.
Eva de Vitray dans les années où elle était déjà devenue musulmane - photo fournie par Şamil Kucur
Yıldız Ay est originaire de Konya et vit en France avec sa famille. Elle a 16 ans lorsqu'elle rencontre Eva de Vitray à son domicile. Celle-ci la reçoit avec sa soeur qu'elle connaît déjà et sa
mère, bien que malade et alitée, avec sa douceur et son amour habituels.
Cette rencontre restera gravée à jamais dans la mémoire de la jeune fille et un message spirituel, compréhensible seulement entre Eva et elle, va passer. Yıldız va se réconcilier avec
sa religion, faire connaissance avec Mevlana et se rapprocher de lui. A la mort d'Eva, Yıldız va oeuvrer pour réaliser son voeu le plus cher, de reposer pour l'éternité près de Rumi, et
perpétrer la mémoire de cette femme qui l'a guidée spirituellement.
Yıldız Ay, lors de la conférence du 16.12.2008 - photo de Şamil Kucur
C'est le 17 décembre 2008, date anniversaire du "Şeb-i Arus", journée commémorative de la mort de Mevlana, que cette femme au parcours hors du commun est venue retrouver son Maître.
Rumi
La mairie de Konya, le centre culturel Mevlana et l'Université Selcuk se sont associé pour organiser la cérémonie commémorative donnée en son honneur. Une conférence a eu lieu
la veille dans la salle Sultan Veled du centre culturel Mevlana a permis à de nombreux intervenants, dont Yıldız, d'évoquer la mémoire d'Eva de Vitray. Parmi les présents se
trouvaient M. Tahir Akyürek, Maire de Konya, le Dr Agah Oktay Güner, ancien Ministre turc de la Culture, d'éminents professeurs turcs et étrangers, d'anciens élèves d'Eva, des amis.
Conférence du 16 décembre 2008 - photo de Şamil Kucur
Les mosquées de la ville ont annoncé le 17 décembre son enterrement qui a lieu à 11 h. Une prière selon les rites funéraires musulmans a eu lieu devant la mosquée de Selimiye située à l'intérieur
du complexe du musée de Mevlana.
Funérailles devant la mosquée Selimiye de
Konya - photo de Şamil Kucur
Une assistance nombreuse a participé à la cérémonie, bien plus nombreuse qu'elle ne l'était lors de son enterrement en France 9 ans auparavant.
Photo de Şamil Kucur
Son cercueil, revêtu d'un tissu vert, a été porté sur les épaules de plusieurs hommes au cimetière d'Üçler situé à une cinquantaine de mètres du musée Mevlana. Eva a rejoint sa sépulture et la
pierre tombale qui avait apparu dans son rêve.
Transport de la dépouille d'Eva jusqu'au cimetière Üçler -
photo de Şamil Kucur
Après la lecture du Coran et les prières habituelles, Eva a été confiée à Mevlana et à Konya... Une vieille dame qui n'a jamais connu Eva, a enlacé ses amis proches venus de l'étranger pour
l'accompagner dans sa dernière demeure en disant, les larmes aux yeux : "Maintenant, Eva nous est confiée. Elle est devenue notre soeur... Elle sera toujours avec nous dans nos prières."
Mise en terre et prières - photo de Şamil
Kucur
Je voudrais remercier un certain nombre de personnes pour leur aide à différents niveaux :
- Aytekin, ami turc de Strasbourg et fidèle lecteur, qui le premier, en novembre dernier, m'a donné un quotidien turc annonçant le proche évènement en première page, pensant que cela pouvait
m'intéresser
- Gülseren, turque francophone habitant Konya, abonnée au blog, qui m'a parlée de la cérémonie à laquelle elle a assisté le 17 décembre
- Şamil Kucur, journaliste turc d'Istanbul, présent également et qui m'a fait parvenir un certain nombre de documents et toutes les photos qui illustrent cet article ; je lui en suis infiniment
reconnaissante
- Frère Alberto, ami et spécialiste du soufisme qui m'a mis en contact avec Şamil.
Sans eux, probablement le seul article en français à ce jour concernant le transfert de la dépouille d'Eva de Vitray à Konya, n'aurait pas pu se faire.
L'auteur sans grand talent prie le lecteur qui n'a pas daigné laisser ses coordonnées de réaliser lui-même (ou elle-même) un blog à la hauteur de ses attentes, la critique bête et méchante étant toujours ce qu'il y a de plus facile.
Tu as tout dit, merci Nasah. Comme on dirait en turc "boş ver" ce qui veut dire "laisse tomber" et tournons cette page.
Son parcours m'a beaucoup ému, j'aurais aimé la rencontrer Eva de Vitray
Absolument.
Elle a apparemment pris le meilleur de la religion, quant au message dispensé par Mevlana, il n'est fait que d'amour, de poésie et d'une certaine philosophie de la vie.
Et est-elle connue de la plupart des français musulmans ? En tout cas, son oeure est conséquente et sa vie pour le moins originale.
Merci pour toutes ces précisions, chère Yildiz.
Bonsoir Veli, merci pour votre commentaire. Si Eva De Vitray est effectivement connue dans les milieux soufi et universitaires, elle l'est bien moins du grand public. Cordialement.
Merci Philippe, je ne sais pas qui est le maître soufi marocain en question mais je vais me renseigner.
Je vous remercie chère Yildiz pour ces éléments de réponses à prendre effectivement avec des réserves.
Je savais que Yıldız était la personne susceptible de nous donner l'élément de réponse attendu et je l'ai contacté pour cette raison.
Bonsoir Jean-Louis, merci pour ces quelques phrases ainsi que pour la confirmation du nom du maître marocain et les précisions qui l'entourement. Bonne soirée.
Merci pour l'information.
Merci Aymen, tu n'arriveras pas à prendre de photos, elles sont protégées sur le site. Dis-moi laquelle tu veux et je te l'envoies par mail.
bien lu votre article. Je ne savais pas que votre amie avait été enterrée à Konia. Je suis l'auteur d'une thèse de droit public récente sur la génèse des territoires locaux, et dans ma conclusion je cite deux fois votre maître.
Cordialement et confraternellement
Bonsoir, Eva de Vitray n'est pas mon amie, je n'ai malheureusement pas eu le plaisir de la connaître.
je n'ai pas eu de réponse concernant la photo en sépia ... si c'est pas possible c'est pas grave ...
a +
Merci pour votre témoignage, je peux comprendre l'attachement que vous portez à Eva et à René Guénon.
On imagine bien le tour de force que doit être la traduction d'oeuvres telle que le Mathnavî.
Personnellement, c'est par "Anthologie du soufisme" que j'ai commencé à "flirter" avec la poésie mystique (persanne en particulier) avant d'en tomber littéralement amoureux...Encore merci pour ces photos exceptionnelles et votre noble article (si,si!)...Chaleureuses salutations!
Votre démarche est intéressante. Je vous contacte par mail ce week-end par rapport à votre demande.
je viens de découvrir votre site que je trouve formidable. j'ai connu Mme EVA de Vitray lors d'un voyage en turquie, c'était en décembre 2008 lorsque j'ai entendu à la télé qu'elle allait être enterrée à Konya. Alors je me suis acheté un de ses livres en turque( gunesin sarkisi).je me souviens q'à ce moment j'avais effectué qlqs recherches la concernant mais rien. Et là par hasard c'est en relisant ce livre que j'ai réessayé, et là ce site! Je vous remrcie. j'aimerais un jour peut etre écrire qlqchs sur elle. bonne continuation. Umit
J'aurais bien aimé la connaître, cette grande dame qui est entrée dans ma vie dix ans après sa mort. Belki bir gün bir şey onun hakkında yazacaksınız, canınız isterse...
Je n'avais jamais entendu parler de cette courageuse femme et je m'en désole. Je suis émerveillée par ce que cette femme a vécu. c'est aussi tout simplement formidable ce qu'elle a laissé derrière elle! Je cherchais depuis peu des traductions francaises de Rumi pour des amis non turcophone et voire qu'une femme qui n'était pas du tout musulmane au départ a pu laisser une trace de ce qu'elle a fait pour les générations à venir me réjouis... merci à elle que Dieu la bénisse!
Il n'est jamais trop tard pour découvrir quelqu'un et il n'y a pas de quoi s'en désoler, chaque chose en son temps. En tout cas, le parcours et la vie d'Eva de Vitray méritent d'être connus et reconnus...
Merci pour cet article qui m'a emu
Merci à cette grande ame qu'est EVA
Notre mere à tous les soufis de France ...
Merci à eva de m'avoir fait decouvrir l'amour de ma religion
merci
Merci à vous !
nous venons decouvrir ce beau pays tout le mois de mai et bien sur je me suis incris pour recevoir les newsletters du blog !!!
merci
choukrane en arabe :o)
Oui, c'est bien ça ! Bienvenue en Turquie !