Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

Les écoles turques ont accueilli quelque 48 millions d'électeurs



Quelque 48 millions d’électeurs turcs, dont près de 9 millions à Istanbul, sont allés hier aux urnes dans 177 050 bureaux de vote, pour élire leurs maires, conseillers municipaux, chefs de quartier ou de village.

19 partis représentés ainsi que quelques indépendants, se sont disputé, pour une période de 5 ans, 2947 sièges de maires, 37000 sièges de conseillers municipaux ainsi que 53000 mandats de "muhtar", soit de maires de quartier ou de village, ces derniers n'ayant pas d'étiquette politique.

          

Les bureaux de vote, situés dans les écoles, étaient ouverts de 8 h à 17 h. Dans l'est du pays, certains ouvraient à 7 h pour fermer à 16 h, la nuit y tombant beaucoup plus tôt. Après une tentative infructueuse dans l'école primaire de Fındıklı qui accueillait les électeurs du quartier de Purtelaş, c'est finalement l'école primaire de Beyoğlu Cihangir qui accepte de m'accueillir pour ce reportage.

18 bureaux répartis sur les trois étages de l'établissement reçoivent les votes des habitants de deux quartiers, Cihangir et Kılıç Ali Paşa. Le premier comprend 3001 électeurs divisés en 11 bureaux et le second 2136 électeurs sur 7 bureaux.

            

En France, le peuple élit les membres du Conseil Municipal qui choisissent ensuite à leur tour, lors d'une première assemblée extraordinaire, le Maire et les Adjoints. En Turquie, on élit, d'une part, le Maire, et d'autre part, le Conseil Municipal, mais à travers le parti que chacun représente.

Lors de ces élections municipales turques, trois passages aux urnes sont nécessaires pour chaque électeur. 

            
                                                               A voté !

Le Président du bureau  vérifie d'abord que chaque électeur figure bien sur la liste électorale dont il dispose.  L'électeur reçoit alors une première enveloppe de couleur orange, un tampon où figure le mot "Evet", c'est-à-dire "oui", ainsi qu'une feuille comportant les noms des différents partis en présence pour l'élection du "İl genel Meclisi", le Conseil Municipal de la province d'Istanbul.

Derrière l'isoloir, il appose son "oui" sous le nom du parti pour lequel il vote, plie le billet, le met dans l'enveloppe qu'il va déposer dans l'urne appropriée avant de signer la liste d'émargement.

            
               Le cachet "Evet" qu'il faut apposer dans le cercle imprimé sous le nom du parti choisi

La seconde enveloppe remise ensuite, de couleur bleue, accueillera trois votes :
- sur une liste blanche le "Büyükşehir Belediye Başkanı", soit le Maire des villes métropolitaines, en l'occurrence ici Istanbul,
- sur une liste bleue le "İlçe Belediye Başkanı", soit le Maire de l'Arrondissement, en l'occurrence ici Beyoğlu,
- sur une liste jaune le "İlçe Belediye Meclis üyelik", soit le Conseil Municipal de l'Arrondissement de Beyoğlu.

Le même rituel, qui consiste à apposer le "oui" sous le nom du parti choisi, à mettre sous enveloppe, à déposer celle-ci dans l'urne et à signer, a donc lieu une seconde fois.

           
                           Les bulletins de vote pour les Maires et les Conseils Municipaux

Le dernier vote se fait dans une enveloppe violette dans laquelle sera glissée, sans tampon cette fois-ci, le premier bulletin de vote comportant le nom du "muhtar" élu et le second comportant les noms des cinq "ihtiyar heyetin", les membres de la commission qu'on peut appeler "des anciens" ou "des sages". Ceux-ci épauleront le maire du quartier ou du village, le conseilleront et lui donneront leur avis.

Je quitte le bureau de vote tandis que le va-et-vient incessant des électeurs va se poursuivre durant la journée et reviens peu avant la clôture des bureaux... Je croise alors, à l'intérieur de l'école, le maire sortant de Beyoğlu, Ahmet Misbah Demircan, qui achève la tournée des bureaux de vote de sa circonscription par l'école de Cihangir.

                           
                   Au premier plan, Ahmet Misbah Demircan, maire sortant de Beyoğlu et réélu

A mon retour dans le bureau de vote de ce matin, le dépouillement a déjà commencé. C'est l'urne comprenant les enveloppes bleues qui a été ouverte en premier.

La présidente du bureau de vote lit à haute voix le nom du parti élu sur chaque bulletin et le montre aux membres des partis présents dans la salle.

           

           

En cas de vote blanc ou nul, le bulletin doit être reconnu en tant que tel par l'assemblée. Il y en a finalement très peu...

          
                A gauche un bulletin blanc, à droite un nul puisque 3 tampons ont été apposés

De chaque côté de la table, deux listes sont complétées simultanément et une vérification se fait régulièrement pour voir si les suffrages sont identiques. 


          
                Une croix pour chaque suffrage exprimé dans la liste du parti correspondant

A la fin de chaque lecture, le procès-verbal est complété en double exemplaire, signé par les membres du bureau de vote, puis déposé dans l'enveloppe officielle.

                          
                               Les procès-verbaux remplis après chaque dépouillement

Tour à tour, les résultats tombent quant au choix du maire d'Istanbul, du maire de Beyoğlu puis du Conseil Municipal de l'arrondissement.

C'est ensuite l'urne comportant les votes pour les "muhtar" et le conseil des anciens qui est soumise au dépouillement.

                          
                 L'urne comprenant les votes pour les "muhtar" et les "conseils des anciens"

La salle se vide lentement des représentants des partis ou des curieux, les résultats les plus attendus dans le bureau étant connus.

Le dépouillement de la dernière urne, qui contient les votes pour le Conseil Municipal de la ville métropolitaine, commence à 19 h 45, soit près de 3 heures après la clôture du scrutin. Les urnes ne sont pas fermées à clé comme en France, mais cachetées à la cire. L'usage du briquet est donc nécessaire pour procéder à l'ouverture.

              
                                                  Fermeture de l'urne à la cire...


                          
                                        ... qu'il faut brûler pour ouvrir l'urne


Ce reportage est sensé permettre de mieux comprendre le procédé électoral local. De plus,  il m'a permis de me replonger dans un univers que j'ai bien connu en France.  Ayant travaillé durant près d'une vingtaine d'années en mairie dans ma jeunesse, j'ai été membre de bureaux de vote un certain nombre de fois.

Je remercie tout particulièrement Monsieur Hikmet Özgen, directeur de l'école primaire de Beyoğlu Cihangir pour son accueil chaleureux et son consentement pour mener à bien cet article.

            

           Monsieur Hikmet Özgen, directeur de l'école primaire Beyoğlu Cihangir depuis plus de trente ans

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kamel RAKKI 01/04/2009 10:20

Votre blague du 1er avril a marché, j'ai plongé comme un gamin......je me méfierai la prochaine fois

Nat 02/04/2009 06:12


Cher Kamel, mon goût pour les blagues a toujours été certain, désolée de vous avoir causé une telle frayeur...


anonyme 31/03/2009 18:51

müge celle la j'la connai bien, militante du chp la pilule ne passe pas à ce que je vois, de la à féliciter le dtp qui prone la violence faut être vraiment bas,si l'akp a encore une fois gagner c'est le choix du peuple et c'est qu'il travaille dur pour garder le respect du peuple, venir içi pour balancer des suppositions pour ternir l'image d'un parti non merci, ce blog n'est pas fait pour cela, la prochaine fois merci de garder vos commentaires de ce type pour vous...

Nat 31/03/2009 19:10



Mon blog n'a pas de vocation à devenir un champ de bataille, ni politique, ni religieux ; mon désir est simplement de présenter, à travers cet article, une journée électorale dans un bureau
de vote en Turquie. Je propose de clôre le débat sur ce point, merci à tous et à toutes.



Talip 31/03/2009 16:03

Je suis tout a fait d'accord avec les commentaires de Müge. Il y a beaucoup de questions a poser...

Nat 31/03/2009 17:07


Des questions, on peut toujours s'en poser, après pour obtenir les véritables réponses, c'est parfois plus difficile...


Ismail 31/03/2009 09:36

Interessé par l'analyse et la statistique, je me permets de répondre a Müge sur le blog "Paris'ten Türkiye", a vocation plus polémique que celui-ci.

Bonne journée a tou(te)s

Nat 31/03/2009 09:56


Merci pour ta compréhension Ismail, iyi günler.


chahine victor 31/03/2009 09:21

EN REPONCE AU CRITIQUE,JE REPOND QUE MOI A LYON
HEUREUX DE CONAITRE CE MODE DE FOCTIONEMENT ELECTORALE.ET A LA LIBERTEE DE LA PRESSE EN
DEMOCRATIE. VICTOR

Nat 31/03/2009 09:32



Merci Victor pour ton point de vue.



Müge 31/03/2009 05:30

Monsieur Hikmet Özgen t'as vraiement fait une exception chère Nathalie car c'était interdit de prendre des photos dans les bureaux de votes pour ceux qui n'avaient pas la carte de presse. J'ai apporté mon appareil photo avec moi sans le savoir et on m'a rappelé cette interdiction. Mais, puisque tu étais dans un bureau de vote à Beyoglu, tu sais peut-être comment CHP qui y avait remporté les élections municipales s'est trouvé vaincu par AKP après minuit et après des mystérieuses saturations dans le système informatique. Personnellement, je n'ai absolument aucune confiance à AKP qui ose tout pour gagner. Ceci dit, je tiens à féliciter les habitants de Tunceli qui ont donné une bonne claque à AKP en votant pour DTP malgré les “distributions illégales et immorales de machines à laver pendant la campagne électorale par AKP pour acheter leurs votes” et qui ont ainsi montré que leurs votes n'étaient pas à vendre.

Nat 31/03/2009 06:56


Les exceptions sont là pour confirmer les règles... Concernant la suite de tes propos, je te laisse seule juge... ou avocate.


chahine victor 30/03/2009 23:02

merci nat.belle explication sur le derouleent du vote,j'ai transmie a mon conseille generale du rhone mr.sturla pour infomation car je suis
militant au p. s. depuis 1978 et au bureau local comme tresorier. amicalement, victor

Nat 31/03/2009 06:52



Au moins, on saura en France comment se déroule une élection locale en Turquie, amitiés.



Gracianne 30/03/2009 21:27

C'est une chance de pouvoir photographier quasi librement le déroulement de ces élections dans le bureau de vote même !
J'avoue je ne me suis pas trop attardée aux modalités pour lesquelles tu as du plancher dur pour les rédiger...
Néanmoins, j'aime l'ambiance des dépouillements des bulletins que j'assume aussi à chaque élection.

Nat 31/03/2009 06:51


Apparemment, j'ai eu beaucoup de chance...


Richard LEJEUNE 30/03/2009 21:21

Voilà qui me rappelle des élections - nombreuses, en Belgique, eu égard au nombre de gouvernements, et de retours aux urnes -, un peu anciennes ...
Existe-t-il à Istanbul, comme c'est le cas chez nous, des bureaux de vote électronique ?

Nat 31/03/2009 06:50


Pas à ma connaissance, si certains lecteurs en ont eu vent, merci de le faire savoir.


Danielle de Strasbourg 30/03/2009 18:41

Une bonne leçon d'instruction civique.On s'y croirait!!!

Nat 30/03/2009 19:11


Les photos sont faites pour ça...