Mehmet Karaca de Silifke, bûcheron de père en fils


Lors de mon séjour  dans la région de Silifke en mars dernier, j'ai cherché à entrer en contact avec des tahtaci alévis, ces bûcherons qui sont nombreux par là bas.

A la sortie de la ville sur la route de Mut, des centaines de troncs sont empilés par catégories sur un immense terrain, propriété de l'équivalent de l'Office National des Forêts turc. C'est là que je trouverai sans doute les hommes que je cherche à rencontrer.

              

Rendez-vous est pris le lendemain en début d'après-midi. En effet, les bûcherons viennent alors décharger les arbres coupés auparavant et cette opération nécessite pas mal de temps.
Un coup de fil permet de savoir que mon interlocuteur n'est plus très loin. Un camion rempli de troncs de différentes tailles arrive, Mehmet est au volant,  sa casquette orange et bleue vissée sur la tête.

                           
                            
                                                          Mehmet Karaca

Immédiatement le courant passe avec cette force de la nature, joviale, vêtue de son şalvar traditionnel. Agé de 47 ans, natif de Silifke, la mine avenante, Mehmet est bûcheron tout comme l'étaient son père et son grand-père. Sur les huits enfants qui composent la fratrie, quatre des cinq garçons... sont bûcherons.

           

Mehmet travaille comme bûcheron depuis l'âge de 15 ans. Pour des raisons économiques, son parcours scolaire s'est arrêté à la fin de l'école primaire. Il exerce en tant qu'indépendant, certains de ses voisins sont employés par des coopératives. Depuis trois-quatre ans, il a auprès de lui Ramazan bey, petit bonhomme à la moustache saillante également vêtu d'un şalvar, dont la carrure tranche avec celle de son patron, ainsi qu'Ibrahim à l'accent rauque.

                      
                                                   Ramazan bey

Il habite dans le quartier de Sayazı à Silifke, situé à 3 kilomètres de l'autre côté du pont de pierre - un des symboles de la ville. Sayazı abrite la communauté de bûcherons alévis de la ville, composée de près de 1500 personnes. Les alévis représentent environ 8500 personnes sur les 53000 habitants de Silifke , soit plus de 15 % de celle-ci.

La semaine de travail se compose de six jours de travail, c'est en principe le vendredi qu'on ne travaille pas chez les bûcherons alévis. En hiver, les horaires de travail sont de 8 à 16 h. En été, on commence de bonne heure, à 6 h, et l'on peut travailler jusqu'à 18 ou 19 h selon le cas.

            


Les trajets sont souvent longs pour atteindre les lieux où se font les coupes. Il est normal de parcourir de 35 à 55 kilomètres avant de rejoindre la forêt située en région montagneuse dans laquelle les coupes auront été décidées par l'administration. Souvent, il y a lieu de dégager d'abord la route avant de pouvoir travailler concrètement.

En début de semaine, le bois est coupé et rassemblé et en fin de semaine ramassé et déchargé    à la Orman İşletme Müdürlüğü, la Direction des Travaux Forestiers. C'est uniquement du kızılçam, en l'occurrence du sapin, qu'on trouve dans la région.

            

J'ai observé avec attention le déchargement de ces troncs qui font, pour beaucoup, 4 mètres de long, et pèsent entre 500 et 1000 kg... C'est une épreuve où l'on peut déjà se faire une bonne idée de la force nécessaire à ces hommes. Autant la carrure de Mehmet est impressionnante  autant celle de ses deux collègues ne semble pas adaptée au dur labeur et pourtant....

             
                            
Equipé de son sapına, un outil composé d'un manche en bois muni d'un crochet métallique lui permettant d'accrocher les troncs, Mehmet donne les consignes, souvent avec beaucoup d'humour, dirige chaque tronc en fonction de la direction souhaitée pour leur chute. Parfois il saute sur son camion, qui pour pousser, qui pour tirer.   

                         

Ramazan et Ibrahim sautent par dessus les troncs. C'est presque un ballet auquel j'assiste, chacun effectuant des pas de danse, faisant parfois gonfler leurs muscles pour diriger les rondins sans pour autant se blesser... Les troncs ne sont pas disciplinés, parfois ils daignent descendre l'un après l'autre, parfois ils dévalent du camion à plusieurs...

                
                                                             Ibrahim bey

Les prix de vente du bois sont fixés par l'Etat tous les six mois. Actuellement, le prix d'achat du m3 est de 23 TL, soit environ 11 Euros. A chaque dépôt, un employé  pointe scrupuleusement  chaque tronc déchargé sur le formulaire que Mehmet a préalablement rempli. Le camion change de place à plusieurs reprises pour déposer les troncs selon leur dimensions. Les données seront ensuite reprises informatiquement et envoyées au service chargé de leur traitement.

                        

Le paiement peut intervenir en une semaine en cas de nécessité. Ibrahim et Ramazan sont, quant à eux, payés au jour.

Tous les mois, l'Office des Forêts organise une vente aux enchères pour écouler les stocks de bois.

Cet été, Mehmet, sa femme, ses deux filles Aysun et Pınar, prendront peut-être la route de Bolu, région montagneuse située entre Ankara et Istanbul, pour couper du bois. Dans ce cas, un logement leur sera mis à disposition durant leur séjour sur place.

                       

Les femmes de bûcherons alévis sont souvent de véritables professionnelles, elles aussi. 30 à 40 % d'entre elles sont capables d'aider leur mari pour différentes tâches et manient les tracteurs et autres véhicules avec dextérité.

                
        
J'ai passé un très agréable moment en compagnie de ces hommes dont le travail est rude. Pourtant, comme c'est le cas la plupart du temps en Turquie, ils gardent le sourire aux lèvres et le soir venu, après une dure journée, ils se retrouvent en famille, auxquels se joignent voisins et amis, pour faire la fête... Mais ce moment-là fera l'objet d'un autre article...


sylvie 01/09/2009 13:46

bonjour,

j'ai trouvez votre blog par hasard, en recherchant des blogs parlant de notre profession.....j'ai beaucoup aimer lire cet article et ainsi découvrir d'autres façon de voir notre travail, ailleur, dans d'autres lieux


bonne continuation

Nat 01/09/2009 15:35



Bonjour, en effet, je comprends que celui puisse vous avoir intéressé. Merci pour votre visite.



chahine victor 02/07/2009 20:52

salut nat.oui je suis sure et certin car mes parents chauffer au bois du (btm etchaine)le btm ets le pistachier sauvage et qui provenait du jabal abdul aziz en 1952 par les bedoins du nord de la syrie victor

Nat 02/07/2009 21:25



Merci pour tes précisions Victor, pour ma part j'ai du mal à imaginer la plaine du Tigre près de Hasankeyf par exemple recouverte de forêts mais selon les endroits cela devait être le cas...



chahine victor 02/07/2009 10:20

le cntrol des coupes est tres bien meme severe
car en mesopotamie ils ont couper sauvagement
et les terres enre le tigre et ferat sont fertilles mai sans arbres .un desere de terre

Nat 02/07/2009 17:40


Es-tu certain qu'entre le Tigre et l'Euphrate, il y avait par exemple des forêts dans le temps ???


Mirage 01/07/2009 22:53

Bûcheron, l'un des métiers les plus dangereux depuis toujours mais que les citadins ont parfois tendance à romantiser.

Nat 02/07/2009 05:28


Un accident est effectivement vite arrivé, les risques sont tojours présents !


chantal 30/06/2009 14:18

Très bien ce retour à un métier de la nature et trognes sympathiques

Nat 30/06/2009 17:16



Le genre de métier que finalement on connaît si peu !



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