Mehmet amca, fabricant de chaussures traditionnelles

Si je vous dis que Mehmet amca, né il y a 76 ans de cela, en 1933, à Kilis près de Gaziantep dans le sud-est de la Turquie, exerce toujours la profession de yemenici, cela ne va pas vous dire grand chose.

Et pourtant, je suis certaine qu'un bon nombre d'entre vous ont déjà vu des yemeni, ces chaussures plates traditionnelles en cuir.

 

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                                                      Des yemeni
                    

J'ai rencontré Mehmet amca en août dernier au Festival des Mains d'Or à Taksim  . 


                               
                           
                                                  Mehmet amca en plein travail
 
Cet artisan plein d'entrain, au regard vif et malicieux, apprend le métier aux côtés d'un usta - maître - à l'âge de 14 ans, à la demande de sa mère,  après avoir terminé sa scolarité, pour contribuer aux besoins de la famille après le décès de son père. Dix ans plus tard, il devient usta à son tour.  

               


Sa route croise alors celle d'un autre maître, auprès de qui il va travailler durant près d’une trentaine d’années  avant que le fils de celui-ci, Orhan, ne prenne la relève. C'est ce dernier qui tenait un stand à Istanbul en août.


14 employés travaillent à l’heure actuelle pour Orhan, certains, comme Mehmet amca, à leur domicile, d'autres dans l’atelier du magasin.


                    
                                Les modèles sont variés et colorés

Ces chaussures sont constituées de différents cuirs locaux travaillés et traités dans la région de Gaziantep. La semelle est en camız (buffle) ou en öküz (boeuf), une partie intérieure est en cuir de buffle fin, le dessus en oğlak (chevreau) ou en dana (veau). La façade intérieure, quand à elle, est en koyun (mouton) et la fine bande du dessus en chevreau.

 
Les coutures sont réalisées à l'aide de fils de coton enduits de miel afin de ne plus bouger une fois serrés.

                    

Mehmet amca utilise plusieurs instruments spécifiques pour réaliser ses chaussures, tels le muşta, un poids très lourd en bronze qui permet d'aplatir le cuir. Le biz sert à percer les trous dans la semelle afin de passer simultanément de part et d'autre les deux aiguilles pour les coutures. 

  festival-suite-063-copy.jpg                   Quelques outils utilisés pour la confection des yemeni

Le keski permet de couper le cuir, l'ıhval et le kalıp, tous deux en bois de noyer (qui ne se font plus en bois de nos jours), vont servir à donner au cuir la forme désirée. Le peşkeş va tenir et écarteler le cuir.

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Depuis près de trois cents ans, la profession utilise des termes spécifiques correspondant aux différentes pointures : yarım metelik équivaut au 26, metelik au 28, küçük haspe au 30, büyük haspe au 32, vastane au 34, orta ayak au 36, zerden au 38-39, ges au 41, lorta au 43 et üzgar au 45. 

                            

Mehmet amca travaille 8 heures au quotidien et confectionne une paire de chaussures par jour qui va lui rapporter 10 TL (moins de 5 Euros) sur un prix de vente moyen de 60 TL.

                       

N'ayant jamais été assuré et n'ayant cotisé pour aucune caisse de retraite en tant que travailleur indépendant, ce n’est pas la maigre pension minimale de 275 TL  (environ 130 Euros) perçue trimestriellement de l’Etat qui peut lui suffire pour vivre. 

                        

Pour toutes ces raisons, il continue aujourd’hui à fabriquer des yemeni, avec une ardeur à la tâche je dois dire, impressionnante.

                        
            
J'espère bien revoir, au détour d'un chemin, cet artisan courageux et au verbe haut qui perpétue la tradition des yemeni.


http://www.yemenicihayriusta.com.tr


chantal 10/09/2009 22:05

superbe reportage et sais tu où tu peux trouver ces chaussures artisanales à Istanbul?

Nat 11/09/2009 06:04


Comme tu n'es pas la seule personne à me demander, je vais me renseigner... Je sais qu'on en trouve au Grand Bazar... mais ce ne sont pas celles de Mehmet amca !


arlette 10/09/2009 17:35

Je suis toujours émue de voir ces petits "artisans" qui font des journées sans fin pour une misère, et gardent le sourire et la joie de vivre inscrits sur leur visage, alors qu'ils n'ont même pas la perspective d'un repos bien mérité. Quelle leçon !

Nat 10/09/2009 20:06


Tu as bien raison, c'est une belle leçon !


comme ci comme cat 10/09/2009 16:12

Cet homme a un Visage, une Gueule !
Ces chaussures sont fantastiques et je pense qu'elles doivent être confortables... à rajouter à la liste pour la prochaine fois !
Bises

Nat 10/09/2009 20:05


Si tu veux des chaussures faites par Mehmet amca, il va tout de même falloir traverser une partie de la Turquie... ou espérer qu'il revienne l'an prochain lors du festival des mains d'or.


M&M 10/09/2009 12:35

L'amour du travail bien fait transpire à travers ton reportage à travers lequel je reconnais bien ton affection pour les petits artisans et leurs travaux manuels. J'en avais acheté une paire il y a 5 ans : elles ont duré, duré, duré.... et c'est à regrets que je les ai jetées, complètement usées

Nat 10/09/2009 20:03


Ne s'use que si l'on s'en sert... Oui, tu connais mon goût pour l'artisanat...


yolande 10/09/2009 11:07

Les bottines d'Apollon pour affronter les pluies !

Nat 10/09/2009 20:02


Ça peut servir !


Aline08 10/09/2009 10:33

J'aime beaucoup cet article et je pense que Mehmet Usta y est pour beaucoup. Son travail est remarquable et malheureusement il n'est pas le seul à être si peu payé pour un si beau travail. Mon beau-père était un usta aussi avant d'être à la retraite: il faisait des couettes en satin toutes cousues et décorées à la main. Heureusement lui avait cotisé pour sa petite retraite.

Nat 10/09/2009 20:02


J'admire toujours le travail réalisé par ces "mains d'or". Heureusement qu'il a cotisé en effet !


Richard LEJEUNE 10/09/2009 07:57

Un tel travail ancestral, superbe au demeurant, pendant une journée entière pour seulement 5 € ? Quelle tristesse !

Nat 10/09/2009 20:07



A mes yeux, ce genre de travail n'a pas de prix !



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