Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 18 ans.

Du bretzel au simit

Osman Ertuğrul, petit-fils du sultan Abdülhamit II, a quitté ce monde

 


Ce mercredi 23 septembre, est décédé dans une clinique privée d'Istanbul, à l'âge de 97 ans, le prince Osman Ertuğrul Osmanoğlu, 45ème chef de la dynastie ottomane de Turquie.


                                                   
                          Osman Ertuğrul en 2006 avec son épouse Zeynep - photo extraite du net
                             
Il était le petit-fils du sultan Abdülhamit II qui a régné de 1876 à 1909 et le doyen des derniers descendants des sultans de l'empire ottoman.

                                                    
                                         Le sultan Abdülhamit II vers 1890, photo extraite du net

C'est aujourd'hui qu'ont eu lieu ses funérailles dans l'enceinte de la Mosquée de Sultanahmet après la prière du midi. La foule était dense pour lui rendre un dernier hommage.

           
                          Le cercueil repose sur un catafalque de marbre blanc

On reconnaissait, parmi les nombreux officiels, le Ministre turc de la Culture Ertuğrul Günay, le Préfet d'Istanbul Muammer Güler, les maires de Fatih Mustapha Demir et de Beyoğlu Ahmet Demircan, le Consul Général-Adjoint de France à Istanbul Thierry Klockenbring,  tous venus prier autour de la dépouille du défunt.

        
                      La prière funéraire par l'imam de la mosquée de Sultanahmet

Né le 18 août 1912 au palais de Yıldız à Istanbul, Osman Ertuğrul a quitté la Turquie en 1924, avec la famille impériale ottomane expulsée par le fondateur de la République de Turquie, après l'abolition du califat qui a suivi celle du sultanat en 1922. "Les hommes avaient un jour pour partir, les femmes une semaine" se souvenait-il lors d'une interview donnée en 2006.

                            
                                                     Blason de l'empire ottoman

Le prince Osman parlait couramment l'anglais, l'allemand et le français et comprenait l'italien et l'espagnol. Après avoir quitté la Turquie, il a d'abord vécu en Autriche où il a fait ses études, puis aux Etats-Unis. Il s'est installé à New York en 1940 pour travailler dans le secteur pétrolier.

Le locataire de Lexington Avenue a appris, durant son long séjour américain, à répondre au nom d'Osman et non plus au titre de "Prince Impérial"...



           
                                   Le cercueil quitte la mosquée de Sultanahmet

Une loi turque de 1973 autorise les hommes de la famille impériale à récupérer la nationalité turque. Durant ses nombreuses années de vie à l'étranger, il préfère vivre comme apatride, revendiquant le titre de "citoyen de l'Empire ottoman" et refusant le passeport de n'importe quelle nation. Les Etats-Unis lui délivrent un permis spécial qui lui permet de voyager et de travailler.

Zeynep Tarzi, d'une trentaine d'années sa cadette, nièce du dernier roi de l'Afghanistan, se marie avec le Prince Osman en 1991, alors qu'il est veuf sans enfant.


           
                 Les porteurs du cercueil se frayent difficilement un passage au milieu de la foule

Le dernier "prétendant" au trône impérial ottoman revient poser les pieds en Turquie sur l'invitation du Premier Ministre turc en  août 1992, 53 ans après avoir quitté son pays...

Il souhaite voir le palais de Dolmabahçe de façon anonyme, en se joignant simplement à un groupe de touristes. Un garde le trouble en lui demandant de ne pas s'attarder sur une natte posée sur le parquet d'une pièce... alors qu'il jouait là durant son enfance...


            
                        Le cercueil s'apprête à franchir la porte d'enceinte de la mosquée

C'est seulement en 2004 qu'Osman Ertuğrul demande sa naturalisation et obtient son premier passeport turc. 

            
                                       La foule salue le passage du corbillard

Le prince ottoman a rejoint cet après-midi son illustre grand-père dans le cimetière situé à Calaoğlu sur Divan Yolu, dans le centre historique d'Istanbul. 


                         
Le mausolée Mahmut II du cimetière situé sur Divan Yolu abrite de nombreux membres de la famille impériale dont le sultan Abdülhamit II.


Une page de l'histoire de la Turquie s'est tournée aujourd'hui...



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I

Ce qui est certain, c'est qu'en 2009, la nostalgie de la puissance et de la domination ottomane est encore tres présente chez les turcs.


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N

Le passé est toujours présent en Turquie...


S

comment peut - on vérifier l'information selon laquelle Osman Ertugrul n'avait pas de passeport jusqu'a sa naturalisation turque et sa revendication de la citoyenneté ottomane ?


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N

Ce sont des informations qui ont été publiées suite à l'interview donnée par le Prince il y a quelques années.


S

la place de l'enterrement Du prince Ertugrul Osman, a t-elle été choisie par le défunt ou est ce un choix opéré par sa propre famille ?


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N

Qu'entendez-vous par "place de l'enterrement", le choix de la mosquée ? Je ne peux vous répondre, je n'en sais rien.


C

merci pour cette leçon d'histoire comme je les aime, relater les faits et ne pas chercher à refaire l'histoire mais nous informer intelligemment


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N

C'est plus de l'information qu'une leçon d'histoire, en tout cas pour moi...Light toujours light l'histoire pour moi (clin d'oeil à mon professeur d'histoire préféré...) !


R

Merci Mustafa pour ce commentaire que j'approuve entièrement : le but de l'Honnête Homme n'est pas d'occulter un pan d'Histoire pour des raisons qui peuvent lui être personnelles, mais de regarder,
sans se voiler la face, les événements, acceptables ou non, tels qu'ils se sont déroulés; d'en tirer des conclusions qui devraient - mais là, je deviens utopique - permettre aux générations futures
de ne plus retomber dans d'éventuels travers semblables.
Et vous avez tout à fait raison d'écrire que l'Histoire d'un peuple, avec ses bons et malheureusement ses mauvais côtés reste inéluctablement l'Histoire d'un peuple !


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N

Je vois que je ne suis pas la seule à abonder dans ce sens... On ne refait pas l'Histoire, on ne peut la dénigrer, elle fait partie intégrante de chaque pays et de chaque habitant.


M

A partire de 1923 au debut de la republique Ataturk a souhaiter couper tous les liens et toutes rayer toutes les traces de l'enciens regime pour ma part il ya eu du bon et du mauvais mai qeulque
soit l'evolution historique d'un peuple son histoire avec ses aspects negatifs ou positifs reste son histoire


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N


Je partage ton avis Mustafa...



R

Sans vouloir entrer dans un débat d'idées, puis-je te faire remarquer qu'il n'y a aucune interprétation personnelle dans mon commentaire ci-dessus ?
Le pouvoir absolu et multi-séculaire des Ottomans et le fait qu'Atatürk ai donné à la Turquie, en 1923, un statut de République sont des réalités avérées et incontestables, reconnues par tous les
historiens du monde.

Quant aux deux dernières lignes, ce ne sont pas non plus des avis personnels, puisque rédigées sous forme de questions afin d'essayer de comprendre une situation pour le moins particulière ...


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N

J'admets tout à fait tes remarques pertinentes ... et tes questions.


R

Ce qui me sidère, à la lecture de ton reportage et surtout en visionnant tes photos, c'est la ferveur populaire des Stanbouliotes, citoyens d'un pays sous le joug du pouvoir absolu des Ottomans
pendant quelque six cents ans et devenu une République, grâce à Atatürk, au début du XXème siècle.
Y aurait-il là un signe avant-coureur d'un changement d'idéologie politique ? Ou une manière, de la part du peuple, de faire comprendre sa désapprobation à l'égard de la politique de ses
gouvernants actuels ?


Répondre
N


Tes interprétations sont bien entendu personnelles. Pour ma part, je vois là une image de la Turquie qui ne me surprend pas, attachée à ses traditions, son histoire, et tournée en même temps
vers demain, finalement toujours un peu déchirée entre les deux... ce qui est mon interprétation à moi.