Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Mevlâna et le musée de Konya qui porte son nom - partie 1

Je vous propose de faire la première partie de cette visite mystique en musique. 

 

                                                       Viens, viens, viens... qui que tu sois, viens !

                                                       Viens aussi, que tu sois infidèle, idolâtre ou païen,

                                                       Notre couvent n’est pas un lieu de désespoir ;

                                                       Même si cent fois tu es revenu sur ton serment, viens !

            
                                                                         Mevlâna

Venir à Konya, c'est avant tout s'imprégner de l'univers et de la pensée de Celal ed-din Rumi, né en 1207 à Balkh, une ville de l'actuelle Afghanistan, plus connu sous le nom de Mevlâna. Rumi était en fait le surnom donné par les Arabes aux anatoliens.     

   
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                                             Le complexe du musée Mevlâna


Son père Baha ed-din Veled Bahaeddin Veled Sultanü’l-Ulema, théologien soufi réputé, est surnommé le "Sultan des Savants". Suite aux invasions mongoles, la famille s'installe en Iran en 1218. 

Quelques années plus tard, après avoir repris la route de Bagdad, ils arrivent en Anatolie et vivent un moment dans la ville de Karaman, où est d'ailleurs enterrée la mère de Mevlâna .

Le sultan seldjoukide Alaeddin Keykubad 1er invite "Le Sultan des Savants" à venir à Konya où il devient professeur de Soufisme.  Mevlâna a suivi cet enseignement durant dix ans aux côtés de son père et lui succède, à la mort de ce dernier en 1231, comme professeur. 


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Rumi s'imprègne aussi du savoir d'un ancien élève de son père, Burhaneddin Muhakkik, puis de Sadreddin Konevi, grand penseur mystique. Mevlâna enseigne dans les medrese et s'adresse aux fidèles dans les mosquées de Konya. C'est un chef de famille, aimé et respecté de tous. 


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                              Le dôme vert cannelé qui surplombe le musée a été ajouté en 1393

Le soir du 25 novembre 1224, revenant d'un cours à dos de mulet, sa route croise celle d'un  vieillard échevelé, à la barbe blanche et aux vêtements en loques. Ce dernier lui demande "N'es-tu pas Celal ed-din de Balkh ?" La réponse est affirmative et un dialogue passionné s'engage.

Şems'i Tebrizi, derviche iranien, voué à la vie mystique depuis son plus jeune âge, parcourant depuis des années différents pays à la recherche d'une âme soeur...  vient enfin de la trouver ! 


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                                Portrait de Rumi au musée Mevlâna de Konya

Cette rencontre est déterminante dans l'orientation spirituelle de Mevlâna. Şems ed-din et lui ne vont plus se quitter. Ils s'enferment tous deux dans leur monde, chacun trouvant dans l'autre la lumière divine.

Rumi se détache de son univers quotidien, ne donne plus de cours et son absence est de plus en plus mal perçue par son entourage. La jalousie s'installe, Şems ed-din est-il un sorcier, un enchanteur ? La pression monte et un jour de février 1246, le vieillard disparaît.


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                                                Musée Mevlâna - Konya

Mevlâna finit par le faire retrouver et le supplie de revenir à Konya. Şems ed-din Tebriz'i va passer les derniers mois de sa vie avec Mevlâna. Il meurt le 5 décembre 1247, suite à un complot.

Après la disparition de celui qui lui a ouvert les portes du mysticisme le plus profond, Mevlâna est inconsolable. Il se consacre à l'amour divin, au rituel du sema, cette danse envoûtante que tout le monde connaît. Il écrit le premier de ses grands livres Divan ı Kebir (Grand Divan).


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Son oeuvre contient plus de 26 000 distiques, des poèmes en vers. Il s'épanouit dans la voie mystique.

Le mesnevi, comprenant six volumes, va devenir l'ouvrage immortel de Mevlâna achevé peu de temps avant sa mort.

Rumi s'éteint le dimanche 17 décembre 1273 alors que le soleil se couche...  


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                    Le tombeau de Mevlâna au musée de Konya qui porte son nom

Les funérailles sont à la hauteur du personnage, toute la ville va porter le deuil...

Le mausolée qui abrite sa sépulture a été construit en 1274 dans le jardin de roses offert au père de Mevlâna par le sultan Alaeddin Keykubad 1er...

Nous visiterons les lieux ensemble de façon plus approfondie dans le prochain article.


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Emile Carp 23/05/2012 10:05

Question : le manuscrit, 4e photo produite dans l'article concernant Mevlâna et le musée à Konya, est-ce celui qui a comme commentaire d'être datée d'Osman, 7e siècle (ère chrétienne) ? Lors de
notre visite, j'étais étonné de voir un Coran daté de l'époque du 2e caliphe : si c'est le cas, c'est peut-être le manuscrit le plus ancien au monde du Coran ! Par contre, cette photo montre une
écriture arabe plus tardive. Quand nous étions de passage, une autre page difficilement lisible était ouverte. Il serait intéressant de savoir plus sur le manuscrit du Coran attribué à Osman au
Musée de Mevlâna.

Nat 24/05/2012 19:43



Ce Coran exposé au musée Mevlâna date de 1886. Je viens de consulter mes archives photographiques mais je n'ai malheureusement pas de cliché de celui que vous évoquez. La prochaine fois que
j'aurai l'occasion de retourner à Konya, j'essaierai d'y penser et d'en savoir plus sur le sujet...


 



anne 01/11/2009 18:41


mon mari etant de konya ,c'est une belle ville que j'aime bcp ! le Mevlana est un endroit tres beau et particulier a visiter !


Nat 01/11/2009 18:52


C'est effectivement une ville que j'apprécie aussi !


esperance 02/10/2009 00:12


très belle photos du musée bises et merci de ce partage culturel comme d habitude


Nat 02/10/2009 06:13


Je vais continuer sur le sujet dans la minute qui suit...


Gaëlle 01/10/2009 14:09


Bonjour Nathalie,
Me revoilà après 12 mois sans pouvoir consulter ton blog...que de retard dans les billets! A raison de 20mn chaque jour volées sur ma pause déjeuner, me voici à jour!
Contente de retrouver tes photos et commentaires, c'est toujours aussi intéressant. A demain!
Gaëlle (Luxembourg)


Nat 01/10/2009 17:47


Je suis très touchée par ce "rattrapage"...


Jacqueline CHABRIER 01/10/2009 10:36


Très belles photos du musée Mevlana, que nous n'avons pu prendre car on nous a suivi partout pour nous interdire de photographier. Comment as-tu fait?


Nat 01/10/2009 17:45


Après avoir négocié laborieusement avec le directeur des musées de Konya une autorisation "gracieuse" de pouvoir photographier quelques minutes à peine... en principe la nouvelle réglementation
prévoit que les photos destinées à la publication sont payantes...


01/10/2009 10:14


que c'est agréable de suivre la vie de ce saint homme en te lisant !!


Nat 01/10/2009 17:44


Il n'a pas eu l'appellation de saint à ce que je sache...


Richard LEJEUNE 01/10/2009 08:19


Première partie de ce reportage déjà extrêmement intéressante, j'attends donc la suite demain ...

Petite question : déjà présent sur la photo du tombeau de Tebrizi, que représente ou à quoi sert ce gros "noeud" vert autour d'un manche en bois ?
Sur la photo du tombeau de Tebrizi, il y a quelques jours, j'avais cru comprendre qu'il permettait de maintenir bien attaché le tissu qui le recouvrait, vert lui-aussi.
Mais ici, ce qui chapeaute le tombeau n'est pas du tout de la même couleur ni, d'ailleurs, du même tissu, que le "noeud" qui m'intrigue ...


Nat 01/10/2009 08:34


Je ne suis pas certaine de pouvoir trouver une réponse à toutes ces questions immédiatement... mais je vais chercher.
Grâce aux informations recueillies auprès d'un ami spécialiste de la question soufie, voici les renseignements concernant le fameux "noeud" :

"Ce "noeud" n'est en fait qu'un turban qui se lie autour du mevlevî külahi, nom de la coiffe des derviches. D'ailleurs, l'ensemble forme aussi un mevlevî külahi.
Ces "noeuds" indiquent que la personne qui le porte n'est pas un simple derviche, mais d'un maître.  La partie verte qui entourbanne le mevlevî külahi indique le degré du maître. Un autre
aspect intéressant est aussi la queue qui ressort et qu'on voit dans le tombeau de Shamseddin Tebriz'i. Il s'agit là aussi d'un héritage du turban mais qui indique, semble-t-il, la ligne de
'l'horizon', celle du passage entre la vie et la mort. En somme, ce sont des symboles des degrés spirituels que le maître a atteint."