Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

A Istanbul, la culture se démocratise

A Istanbul, le monde de la culture s'ouvre de plus en plus aux différentes catégories de la société turque. Des musées aux livres en passant par la musique classique, les jeunes Turcs sont de plus en plus nombreux à intégrer la culture dans leur quotidien.

 

Depuis ces dernières années, les initiatives se multiplient en Turquie dans les différents domaines culturels, notamment à Istanbul, afin d'ouvrir les portes de façon plus large au public. Cette route de la démocratisation se tourne en premier lieu vers la jeunesse, les générations qui représenteront le pays de demain. La plupart des musées, qu'ils soient privés ou publics, reçoivent et organisent des visites pour les écoles.

 

Un certain nombre, tels Istanbul Modern, les musées Pera, Rahmi Koç, Sakip Sabanci, Santral Istanbul ou le musée d'art contemporain Elgiz, pour n'en citer que quelques uns, proposent des ateliers gratuits de dessin et de peinture, de découverte d'un artiste ou de différentes oeuvres et destinés aux jeunes de différents âges. Certains de ces workshops accueillent aussi gratuitement parents et enfants, une façon ludique de mener vers l'art en famille.

 

Des musées ...

 

Au musée Istanbul Modern, nous avons rencontré Şeyma Ç. Cette souriante jeune fille voilée de 18 ans, originaire d'Ankara, est à Istanbul depuis la rentrée passée. Elle vient de débuter ses études d'ingénieure d'exploitation à l'Université technique. Depuis son arrivée dans la capitale culturelle du pays, elle a visité la plupart des lieux historiques de la ville. Durant les vacances d'été, elle dit lire une vingtaine de romans.

 

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                                       Şeyma au musée Istanbul Modern

 

Un peu plus loin, dans ce musée qui ouvre ses portes gratuitement au public turc tous les jeudis en nocturne jusqu'à 20 h, un couple d'une cinquantaine d'années arpente les allées. Zeynep et son mari Haldun S., lui professeur de sociologie dans un lycée de la rive asiatique et elle, à présent femme au foyer, sont friands de la culture sous toutes ses formes.

 

Jusqu'à l'âge de 40 ans, explique Haldun, son environnement familial lui permettait d'avoir accès à la culture uniquement à travers les livres. Depuis son mariage avec Zeynep il y a quelques années à peine, c'est en couple qu'ils visitent les lieux culturels d'Istanbul, d'Izmir, Ankara, Afyon et Kütahya, mais aussi à l'étranger (ils étaient récemment en Grèce et en Iran). Zeynep dévore environ 70 livres par an tout comme son mari, même si cette quantité a baissé depuis qu'ils sont ensemble et s'ouvrent vers le monde culturel extérieur.

 

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                                            Zeynep et Haldun à Istanbul Modern

 

Au musée Pera, c'est Kübra qui fait découvrir les dessins de Picasso actuellement exposés sur place aux élèves de son atelier de dessin installé dans un quartier de la ville. Ces jeunes âgés de 8 et 10 ans semblent intéressés par les explications de leur professeur et posent des questions fort pertinentes.

 

 

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                        Kübra explique Picasso à ses petits élèves au musée Pera

 

Des livres ...

 
L'ouverture à la culture commence dès le plus jeune âge et la plupart du temps par le livre, premier "outil" culturel que l'on tient entre ses mains.

 

Lors de la tenue de la grande foire aux livres d'Istanbul qui se tient tous les ans en novembre à Tüyap, le nombre d'éditeurs présents est passé de 28 en 1982 à 690 en 2013. 455 000 visiteurs se sont rendus à Beylikdüzü pour la dernière édition.

 

Les personnes ayant tenu un stand l'an passé sont unanimes pour reconnaître que la population qui s'y rend est de plus en plus éclectique et ne se limite plus aux intellectuels et aux élèves des écoles qui certes y viennent en grand nombre. Des familles de classe moyenne ainsi que des groupes de femmes voilées venues des quatre coins de la ville se sont rendus en masse à ce rendez-vous annuel où le livre est roi.

 

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                                            Foire aux livres Tüyap en novembre 2013


Le Ministère de la Culture a également fait des efforts pour attirer ses citoyens vers les musées en créant la "carte musées" dès 2008. La version basique coûte 30 TL (soit un peu moins de 10 €) et permet deux accès gratuits dans chacun des 300 musées nationaux du pays durant un an. Elle a été délivrée à 4.430.315 exemplaires depuis sa création jusque fin 2013.

 

La seconde version, d'une valeur de 50 TL (environ 16 €) et qui a vu le jour début 2011 donne un accès illimité dans les 300 musées mais également dans de nombreux musées privés, elle permet aussi de bénéficier de réductions lors d'expositions, de représentations théâtrales ainsi que dans les boutiques des musées. Elle s'est vendue à 50.123 exemplaires depuis sa création jusqu'à la fin de l'année 2013.

 

Et de la musique...

La musique classique est un art qui s'ouvre également de plus en plus au peuple. Une initiative fort louable est réalisée par la Fondation "De la Musique pour la Paix" située dans le quartier Edirnekapı à Istanbul. Depuis 2005, elle offre la possibilité à des jeunes issus de milieux défavorisés d'apprendre à jouer de la musique gratuitement en faisant entendre par cet art la voix de la paix. Des milliers d'enfants ont depuis neuf ans pu bénéficier de cette formation.

 

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                    Concert donné par l'orchestre de la Fondation "Musique pour la Paix"


La jeunesse turque actuelle intègre la culture dans son quotidien et c'est à travers elle que celle-ci se répand dans les familles et les amène à faire des découvertes riches et illimitées.

 

Par ailleurs, qu'il s'agisse d'initiatives publiques ou privées, le nombre d'expositions et de concerts gratuits proposés tant par les centres culturels des banques que par de grandes écoles ou des galeries ne cesse de croître à Istanbul. Ceux et celles qui ont découvert ces possibilités ne s'en privent d'ailleurs pas et ils auraient bien tort de le faire n'est-ce pas ?

 

 

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