Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Afyon et sa vieille ville aux charmes multiples - 1ère partie

La ville d'Afyon, perchée à 1021 m d'altitude, est le chef-lieu de la province d'Anatolie Occidentale du même nom. Durant sa longue histoire qui débute environ 3000 ans avant notre ère et qui a vu passer Hittites, Phrygiens, Grecs et Romains, entre autres, elle a connu plusieurs dénominations. 

En 740, sous le règne de l'empereur byzantin Léon III, l'ancienne Acroënus devient Nicopolis, qui signifie en grec "cité de la Victoire". 

Les seldjoukides lui donnent ensuite le nom de Kara Hisar, "la Forteresse Noire", ce symbole de la ville culminant à 226 m et où l'on accède par un escalier de quelque 700 marches...

                     

Un premier château est érigé là vers 1350 av. J-C. par un roi hittite, puis modifié et réaménagé au gré des conquêtes successives.

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Afyon signifie en turc "opium" en raison des haşhaşlı çiçekleri, les fleurs de pavots qui fleurissent abondamment dans les champs autour de la ville à la mi-juin.


Afyonkarahisar, "la forteresse noire de l'opium", est aujourd'hui plus communément appelée Afyon, même si de nombreux établissements s'y réfèrent en affichant le nom complet.

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                    Portail du Lycée Technique des Métiers de l'Industrie à Afyonkarahisar

J'ai découvert Afyon un dimanche matin du mois d'août, cet été. La ville était encore endormie, paisible. C'est un de mes moments préférés pour partir à la découverte d'un lieu.

Quelques anciennes demeures apparaissent çà et là, au détour de certaines ruelles.

                   

Mes pas me portent vers l'İmaret Cami, la plus importante mosquée de la cité, construite entre 1472 et 1477 pour Gedik Ahmet Paşa, grand vizir de Fatih Sultan Mehmet. 

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                                              İmaret camii - Afyon 

Elle reflète à la fois l'architecture seldjoukide, notamment par son minaret cannelé et orné de carreaux de faïence bleue, et ottomane avec les dômes de différentes tailles.

                      


L'avantage de se promener de bonne heure se transforme parfois en inconvénient. A cette heure matinale, la mosquée est encore fermée et je ne peux admirer que quelques détails extérieurs dont la décoration de la porte qui reste désespérément close.

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İmaret cami fait partie d'un complexe comprenant notamment l'imaret proprement dit, c'est-à-dire l'hospice, la medrese et un hamam mixte toujours en activité.

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                           İmaret hamamı, à côté de la mosquée du même nom

Pour trouver l'entrée de celui-ci, il suffit d'emprunter le petit chemin longeant l'édifice... et les rangées de serviettes séchant au soleil.

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Je ne peux que photographier l'entrée donnant sur les différentes cabines où l'on change de tenue avant d'affronter bassin, plaque de marbre et la température ambiante des lieux.

                         
                                                       Dans l'entrée du hamam

Derrière la mosquée, le lourd portail en fer forgé de la medrese est également clos. 

Cette ancienne école coranique, transformée en musée des oeuvres islamiques en 1928 avant de devenir le siège du musée archéologique jusqu'en 1996, semble aujourd'hui avoir perdue son âme.         

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                                           La medrese d'İmaret Camii à Afyon      

Je poursuis ma balade en m'enfonçant de plus en plus dans la vieille ville.  Des bâtisses d'un âge certain et au charme suranné se font de plus en plus nombreuses.

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                                                  Dans les rues d'Afyon     

   
Un marché couvert construit en 1914, porte encore en façade quelques marques de l'Empire ottoman durant lequel il a vu le jour.

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La vieille ville d'Afyon est située aux pieds du rocher abritant la forteresse. Se promener sans but précis tant dans les voies principales que les ruelles pentues est un réel plaisir.

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De nombreuses maisons ottomanes en bois ont déjà fait l'objet d'une restauration réussie et d'autres attendent leur tour...

                    

Ces bâtisses de caractère possèdent une architecture pleine de charme. Une fois remises à neuf, leur esthétique n'a rien à envier à celle des belles demeures visibles à Safranbolu ou Amasya, plus connues des touristes.

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                        Maisons traditionnelles dans la vieille ville d'Afyon
                
Demain, nous continuerons la découverte  d'Afyon et notamment de deux sites particulièrement intéressants blottis au coeur de la vieille ville.
 

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Aline08 21/10/2009 21:08


Nous avons passé une nuit à Afyon en juillet dernier sur la route des vacances vers Antalya mais nous n'avons pas visité la ville. Je le regrette bien en voyant tes photos! La prochaine fois....


Nat 22/10/2009 06:21


Il faudra effectivement l'intégrer dans un prochain parcours... tu ne seras pas déçue.


Ramazan 21/10/2009 07:04


Tu doit être au courant, mais à Afyon et plus particulièrement du coté de mon village, il y à ennormément de champs de cerise, les villageois vivent pratiquement que de la cerise dans mon
village.

Sinon je vais à Afyon chaque année, et c'est toujours un réel plaisir :)


Nat 21/10/2009 09:03



Non, je ne savais pas que les "kıraz" étaient aussi à l'honneur dans cette région, comme dans un certain nombre d'ailleurs, moi qui en raffole.
Je veux bien te croire que retourner régulièrement à Afyon soit un réel plaisir...



Ramazan 21/10/2009 06:17


Vive Afyon, moi (ou plutot mes parents), je suis du village de Deresinek rattaché à CAY :)


Nat 21/10/2009 06:55


Super, bilmedim ! J'ai localisé ton village sur la route entre Afyon et Akşehir...


Melly 20/10/2009 22:11


Merci pour la balade - le ciel est bien pur de bon matin !


Nat 21/10/2009 06:53


Il l'était en tout cas ce jour-là !


Richard LEJEUNE 20/10/2009 21:14


Ce qui précède constituait le commentaire du Prof d'Histoire par rapport à la note de Jean-Pierre.

Le Prof de Lettres, maintenant, y ajoute les réminiscences littéraires que ta phrase a évoquées. Tu écris :

"Afyon signifie en turc "opium" en raison des haşhaşlı çiçekleri, les fleurs de pavots qui fleurissent abondamment dans les champs ..."

En effet, Théophile Gauthier créa à son époque le célébrissime "Club des Hachichins" , entraînant dans son sillon le Baudelaire des "Paradis artificiels", et bien d'autres artistes peintres comme
Delacroix, notamment, ou écrivains comme Nerval ou Dumas ...
Que du beau monde !

Des scientifiques, à partir de ce vocable, veulent voir l'origine du terme "Assassins" : mais sur cette question, je n'épiloguerai point, préférant laisser à plus intelligent que moi le rôle de
débattre sur une notion qui ne me convainc pas entièrement ...


Nat 21/10/2009 06:53


Eh bien, eh bien, Afyon ouvre finalement la porte à des sujets de discussion très divers...


Richard LEJEUNE 20/10/2009 20:44


En fait, ce que Jean-Pierre évoque ici, à savoir des bâtisses médiévales que l'on surélève par manque de place véritable au sol provient tout simplement de l'architecture de la Rome antique : la
pénurie de surfaces constructibles au sol eut là pour conséquence que des niveaux supérieurs, en bois, furent démesurément ajoutés les uns au-dessus des autres.

L'inconvénient, évidemment, fut de deux sortes : quand le feu prend pour une quelconque raison, le bois s'enflamme rapidement et le feu se propage excessivement vite dans la mesure où d'un côté à
l'autre de la rue, à un certain niveau de hauteur, les encorbellements se touchaient presque.
Sans oublier que le manque de place au sol avorte toute tentative d'extinction rapide ...
Rome connut ainsi tout au long de son histoire de tristement célèbres incendies qui la détruisirent en permanence !


Nat 21/10/2009 06:51


Quand le professeur d'histoire donne de telles précisions, je suis ravie ! Istanbul essentiellement, a également connu des incendies ravageurs qui ont détruit d'innombrables maisons ottomanes en
bois... et à encorbellements !


J-P Silvestre 20/10/2009 17:13


Merci Nat pour ces images dépaysantes ! Dans notre Moyen-Age, on construisait des maisons à encorbellement par manque de place au sol, ce qui ne semble pas être le cas de cette ville turque.
Connaît-on les raisons de cette architecture ?


Nat 20/10/2009 20:02


Des maisons à encorbellement, il y en a beaucoup en Turquie en particulier dans les villes où l'influence ottomane est manifeste... et dans certains anciens quartiers d'Istanbul notamment (certains
le long du Bosphore, près de la Corne d'Or). Concernant les raisons mêmes que tu évoques, même si je n'en suis pas certaine, les raisons peuvent être identiques car les endroits auxquels je pense,
en particulier Istanbul, ont des rues souvent étroites. Cela mériterait tout de même confirmation. Je vais essayer d'en savoir plus, la question est intéressante.


chantal 20/10/2009 16:51


La forteresse est perché la haut un peu comme le chateau de Montségur sur son pog


Nat 20/10/2009 16:53


Plus haut toujours plus haut...