Ara Güler, l'oeil romantique d'Istanbul

Reportage publié ce jour dans le Petitjournal.com d'Istanbul

 

Interviewer Ara Güler, légende vivante de la photo en Turquie, offre une saveur extraordinaire, salée-sucrée. En effet, cet homme, maniant les subtilités de la langue turque avec brio, possède le verbe haut, un franc-parler parfois déconcertant et un humour caustique.

 

C'est dans le café portant le prénom de cet illustre personnage et situé à l'entrée d'un immeuble de Galatasaray, héritage paternel, qu'a lieu notre rendez-vous.

 

                   dans son café

                       Ara Güler dans son café derrière une de ses photos ornant la salle

 

 

Un parcours aux côtés des plus grands noms de la presse internationale

 

Né il y a bientôt 82 ans à Taksim, quartier d'Istanbul, dans une famille aisée,  Ara Güler, d'origine arménienne, grandit là, entre les îles des Princes, Suadiye et Beyoğlu, où il habite toujours.

 

C'est aux côtés de son père, amateur de cinéma, qu'Ara prend ses premiers clichés avec l'appareil familial. Entre études d'économie et incursions dans le monde du cinéma, il débute en 1948 comme photographe stagiaire au journal "Yeni Istanbul" et quitte prématurément la faculté d'économie pour accomplir son service militaire.

 

                    Sur le perron du Consulat de France d'Istanbul avec un de s

Ara Güler sur le perron du Consulat de France d'Istanbul, avec un de ses 50 appareils photo en bandoulière, lors de la rencontre avec Jack Lang, Zülfü Livaneli et Yaşar Kemal organisée le 26 mai 2010 

 

A son retour, il travaille quelques mois pour le quotidien Hürriyet, puis au magazine Hayat où il dirigera le service photo. Time ouvre un bureau à Istanbul et lui offre un poste de reporter photo en 1956. C'est non sans fierté qu'Ara dit être celui qui y a travaillé le plus longtemps.

 

Au Festival de Cannes, il rencontre André Lacaze, chef des informations à Paris Match, qui lui propose de devenir aussi leur correspondant photographe, compromis accepté par Time. Ses instantanés sont à l'image du slogan du magazine, "le choc des photos" ; les images du photojournaliste parlent d'elles-mêmes...

 

   Une des pièces de son musée privé

Une des pièces de son musée privé où sur deux étages est regroupée une infime partie de ses clichés

 

Ara collabore aussi avec les plus grands noms internationaux de la presse (Stern, le Sunday Times,..) ainsi qu'avec l'agence Magnum, suite à sa rencontre avec Cartier-Bresson. Il parcourt le monde, photographie les plus grands acteurs (il va 11 fois au Festival de Cannes), hommes politiques et artistes du XXème siècle comme Dali ou Picasso, pour ne citer qu'eux.

 

                 Pablo Picasso et Salvador Dali, 2 génies immortalisés par

Picasso et Dali, deux génies immortalisés par Ara Güler - photos exposées dans son musée privé

 

                 Mineur de charbon turc - photo d'Ara Güler                                      

         Mineur de charbon turc - Photo d'Ara Güler exposée dans son musée privé

 

Connu et reconnu dans le monde entier

 

Des photos d'Ara Güler sont conservées dans des lieux prestigieux, tels le George Estman House à Rochester, l'université Sheldon au Nebraska, au musée Ludwig à Köln ou à la Bibliothèque Nationale de Paris.

 

La Saison de la Turquie en France lui a rendu hommage lors d'une exposition à l'automne dernier à la Maison de la Photographie à Paris.

 

38 livres publiés à ce jour, dont le dernier "Istanbul'u dinliyorum" (j'écoute Istanbul), regroupent les plus belles photos d'Ara Güler.

 

                   avec un de ses 38 livres

Ara Güler signant le premier ouvrage de photos sur Istanbul publié et qui en est à sa 7ème édition

 

 

Des nombreux prix, médailles et décorations reçus, parmi lesquels celui comme étant d'un des sept meilleurs photographes au monde attribué par la revue anglaise Photography Annual en 1961, "Master of Leica" en 1962, le titre de "Photographe du siècle" en Turquie en 1999,  la Légion d'Honneur en 2000, les clés de la Ville de Paris à l'automne dernier, il n'en a que faire.

 

"C'est très petit pour moi" me dit-il en parlant de l'Oscar de la Photo à New York où il a envoyé quelqu'un le chercher à sa place.

 

                       Ara Güler en pleine action dans la salle de spectacles de

Dans la salle de spectacles de l'Institut Culturel Français à Istanbul le 26 mai 2010, Ara Güler photographie Yaşar Kemal

 

"L'oeil d'Istanbul", surnom d'Ara Güler

 

Son pays natal n'est pas oublié pour autant et il immortalise la Turquie, des sites antiques à la steppe d'Anatolie, mais surtout Istanbul.

 

"L'Istanbul qu'on est en train de perdre, je l'ai attrapé à temps. C'est une chance pour la Turquie, pas pour moi, je lui ai fait une faveur... et je suis le seul à l'avoir fait !" Arpentant rues et quartiers, il fixe durant des décennies l'âme et le coeur de la ville, offrant aux générations futures une  tranche d'histoire et lui valant le surnom d'"Oeil d'Istanbul".

 

                  Karaköy 1955 copy

                  Karaköy (Istanbul) 1955 - aimablement mise à disposition par Ara Güler

 

 

"Istanbul est morte, elle sent la mort" regrette-t-il amèrement en comparant l'Istanbul d'aujourd'hui à son ancienne Istanbul romantique, celle décrite à travers ses portraits,  ses photos au bord de l'eau ou dans les quartiers populaires.

 

Lorsque je lui demande quelles sont ses photos préférées parmi les deux millions ou presque prises durant toutes ces années, il me dit "Que répondrait une mère si tu lui demandais lequel de ses enfants elle préfère ?" Et à ma question "Que prendriez-vous aujourd'hui en photo sur Istiklal Caddesi ?", il rétorque "Il vaut mieux ne rien prendre, il ne reste rien..."

 

   Galatasaray 1960 - photo aimablement mise à disposition pa

                 Galatasaray (Istanbul) 1960 - aimablement mis à disposition par Ara Güler

 

 

 

Lorsqu'enfin, il s'exclame "Je suis né avec un appareil photo dans le berceau,... de toute façon, je suis exceptionnel !", impossible de le nier, Ara Güler est véritablement un être d'exception !

 

                  Ara Güler dans le jardin du Consulat de France d'Istanbul

                     Ara Güler, un homme d'exception, le plus célèbre photographe turc !

 

 

Zeytinman 16/09/2010 20:06


Je suis très content pour toi que tu as realisé cette reportage, je sais combien ça comptais for you .


Nat 17/09/2010 04:23



Depuis le temps que j'en rêvais...



luka 25/06/2010 14:35


Hi, I found your site a couple of weeks ago searching for Ara Guler's photos, I want to inform you that a preview of Ara Guler's book Istanbul'u Dinliyorum is available online. May be you would
want to check it out.
Medium Quality (65MB)
http://www.mediafire.com/file/djmljj2kl5n/Ara_Guler-Istanbulu_Dinliyorum_1950_2010_med.pdf

High Quality (146MB)
http://www.mediafire.com/file/wymrytqtmhj/Ara_Guler-Istanbulu_Dinliyorum_1950_2010_high.pdf


Nat 26/06/2010 07:21



Thanks for this information Luka



Gaëlle 16/06/2010 12:35


Merci Nat, je ne connaissais pas du tout ce monsieur et grâce à toi je vais essayer de trouver un recueil de ses photos. J'aime tellement les prises de vues noir & blanc, ces instantanés des
villes et des gens simples, à la Doisneau, je ne pense pas être déçue si je trouve quelque chose de lui sur Istanbul.


Nat 16/06/2010 18:56



Tu ne devrais avoir aucune difficulté à trouver l'ou ou l'autre de ses ouvrages, que ce soit par la Fnac ou Amazone, ou toute autre bonne librairie.



Letitia 12/06/2010 08:43


Nat, c'est sûrement l'un de mes billets préférés ! Ara GüLER fait partie des êtres d'exception mais il faut le reconnaître pas par sa modestie ! Parce-qu'ils sont grands, ces hommes sont appelés à
être humble et peut-être plus que les autres ! C'est juste mon opinion et cela n'efface pas en rien son talent. Bizz......


Nat 13/06/2010 07:50



Ara Güler est vraiment un très grand photographe incontestablement ! Chacun est différent, certains sont humbles, d'autres ont de la "gueule" comme on dit, mais il en faut aussi. Il y a ceux qui
parlent... et ceux qui écoutent !



hollevoet 11/06/2010 01:04


Nous nous souvenons, sur le vapur, votre désir immense de rencontrer Ara Güler, nous imaginons votre émotion et votre joie de l'avoir abordé longuement.
Nous adorons ses photographies du passé (le Maître paraît un peu amer en 2010), nous aimons Istanbul d'aujourd'hui.


Nat 11/06/2010 06:43



Si la machine à remonter le temps existait, je l'utiliserais bien volontiers pour découvrir Byzance, Constantinople, l'Istanbul de Loti et celle d'Ara Güler...



didier 11/06/2010 00:01


Rebonjour Nat , mais probablement liras-tu ce message ce vendredi. Oh quand je lis certains messages, je voudrais te dire combien ton blog est important. Quelle importance que Güler ait accepté ou
non un certain prix. Ce quiest important c'est que tu continues à nous faire vivre cette ville qui désormais compte pour moi autant que Rome ou Paris. Et aussi tu es très claire sur la pauvreté
d'Istanbul qui n'a pas disparue dans la mesure où je le suggéreais. L'été dernier je logeais dans un "chic hotel" (l'Avicenna) à Sultanahmet, dans ce quartier qui le soir prend certaines allures
d'Eurodisney avec les illuminations et les restos. Il m'est arrivé un soir de descendre avec ma femme et mes deux enfants à pied les quelques mètres séparant le quartier du boulevard longeant le
front de la mer de Marmara. Et en passant une rue on découvrait un autre Istanbul, rempli de ces veilles maisons de bois croulantes , celles qu'a photographié Güler et qu'a écrit Pamuk. Et devant
ces maisons il y avait des familles réunies entre voisins , très paisibles , créant ce sentiment que j'ai toujours eu en Turquie de me sentir tellement à l'aise partour là où j'allais...


Nat 11/06/2010 06:42



Le vieux Sultanahmet que tu évoques est un quartier où la population n'a de loin pas les moyens de ceux vivant sur les rives du Bosphore... mais elle a, par contre, une richesse de coeur...



Josette 10/06/2010 21:25


Très belle rencontre Nat, j'imagine ton émotion. Pouvoir rencontrer une telle personne n'a pas dû être facile à obtenir.
Istanbul est une ville très belle, comme toutes les photos anciennes, il s'en dégage une certaine nostalgie.... surtout quand il s'agit de si belles photos. bravo pour ce que tu nous fais encore
passer.


Nat 11/06/2010 06:05



J'avais déjà essayé mais visiblement ce n'était pas le moment, lorsque je l'ai contacté il y a quelques semaines la première fois, il faut croire que c'était le bon jour !



Hervé 10/06/2010 20:58


Belle rencontre alors. C’eût été intéressant de te voir au travers de son objectif, pour ne pas dire capturée !


Nat 11/06/2010 06:04



Ah j'aurais bien aimé. Je me demandais par moments ce qu'il pensait de moi, avec la façon dont je lui parlais, tout aussi naturellement que lui d'ailleurs !



Richard LEJEUNE 10/06/2010 20:40


J'oubliais de te demlander de rectifier le "écit" de ma pénultième intervention, qu'il fallait évidemment comprendre "écrit" !
Quand j'évoquais un précoce sénilité ...


Nat 10/06/2010 20:44



Je crois qu'il s'agit plutôt de la fatigue du soir, je vais d'ailleurs de ce pas rejoindre les bras de Morphée...



Richard LEJEUNE 10/06/2010 20:38


Attends, là : où ne parlons pas la même langue, ou je n'ai rien compris à la succession de tes phrases.

Quand tu me demandes, en réponse à mon commentaire : "Pourquoi sauf le prix attribué ?", je te précises que c'est ce que j'ai compris dans ta formulation suivante :

Des nombreux prix, médailles et décorations reçus, parmi lesquels celui comme un des sept meilleurs photographes au monde attribué par la revue anglaise Photography annual en 1961, "Master of
Leica" en 1962, le titre de "Photographe du siècle" en Turquie en 1999, la Légion d'Honneur en 2000, les clés de la Ville de Paris à l'automne dernier, il n'en a que faire.

"C'est très petit pour moi" me dit-il en parlant de l'Oscar de la Photo à New York où il a envoyé quelqu'un le chercher à sa place.

Ma façon de TE comprendre :

Il n'a que faire des prix qui lui ont été accordés : c'est "très petit" pour lui ; et il te dit cela, ai-je compris en fonction de tes phrases et de ta ponctuation, en comparaion avec celui qu'il
vient de recevoir à New York ; sous-entendu : qui l'agrée bien plus que tous les précédents !!!

Mais peut-être t'ai-je mal interprété ; et dans ce cas, je te prierai de bien vouloir excuser mon début de sénilité intellectuelle ...


Nat 10/06/2010 20:43



Ce n'est pas un début de sénilité intellectuelle, mais Ara Güler n'a que faire des distinctions dont il a fait l'objet. Il l'a ponctué avec l'exemple du prix de New York pour lequel il a envoyé
quelqu'un le retirer en ses lieu et place... Ach, l'interprétation de chacun !



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