Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

Fantôme d'Orient de Pierre Loti

Fantôme d'Orient, ouvrage de Pierre Loti publié en février 1892, relate l'histoire de son pélerinage de 3 jours à Istanbul entamé le 6 octobre 1887 -  il y  a tout juste 123 ans aujourd'hui, jour pour jour - dix ans après avoir quitté cette ville.

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Il y a laissé celle dont il était épris, la belle Aziyadé - Hatidje de son vrai nom - jeune circassienne âgée de 18 ans à peine lorsqu'il la quitte en 1877, il en a alors 27...         

Elle fut un des plus grands amours de sa vie et leur histoire est retracée dans son premier ouvrage Aziyadé, publié en 1879, deux ans après son précédent retour d'Istanbul.

  2-AOUT-2010 8740 copy Deux portraits d'Aziyadé, de face et de profil, la tête voilée - sous les portraits se trouvait en caractères arabes, la transcription d'un extrait de poème "l'Ode au printemps" du poète ottoman Mesihi - dessin non localisé mais souvent reproduit depuis 1923 - dessin de 230 x 145 mm, ancienne collection Bernadac, illustration et commentaire extraits du livre "Ressam Pierre Loti, Uzun bir yolculuk - Le peintre Pierre Loti, un long voyage" d'Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier

 

Il débarque ainsi à nouveau à Istanbul, pour enfin tenir sa promesse de revenir la voir.  Depuis environ 8 ou 9 ans, il n'a plus de nouvelles, leur correspondance difficile a cessé.

Avant son départ, il se souvient de cette période de vie si lointaine et si proche à la fois, lorsque les souvenirs gardés font revivre le passé.

Après avoir pris le train de Paris à Bucarest où il fait une courte halte, sa route se poursuit jusqu'à Varna au bord de la Mer Noire où il prend un bateau qu'il l'emmène vers celle qu'il a aimée.

Il n'a que peu de temps pour trouver sa belle, à peine plus de deux jours, avant de devoir repartir.

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Portrait d'Aziyadé à l'huile, exposé dans le salon turc de la maison de Loti à Rochefort, attribué à Marie, soeur aînée de Loti. Certainss éléments laissent croire que cette oeuvre aurait pu être faite en Turquie, avant le départ de l'écrivain - extraits du livre ""Ressam Pierre Loti, Uzun bir yolculuk - Le peintre Pierre Loti, un long voyage" d'Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier

La lecture de Fantôme d'Orient nous emmène notamment dans les rues de Pera (l'actuelle Beyoğlu), mais aussi à Stamboul - comme on appelait alors la péninsule historique -, à Eyoub (Eyüp) où il a vécu une bonne partie de sa romance, à Kassim-pacha (Kasımpaşa) et Hadjikeui - (Hasköy) et Phanar (Fener), des quartiers fréquentés durant son précédent séjour de 7 mois et demi à Istanbul, avec pour toile de fond la Corne d'Or, et ses caïques.

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Eyoub, février 1877, la petite place sur laquelle donnait la maison à terrasse habitée par Loti (au centre du dessin) dessin de 205 x 95 mm- collection particulière - extraits du livre "Ressam Pierre Loti, Uzun bir yolculuk - Le peintre Pierre Loti, un long voyage" d'Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier

Il cherche d'abord les traces d'une vieille femme arménienne qui l'amènera au fil des heures d'une course contre le temps, sur les pas d'un fantôme d'Orient...

Il apprend en effet au crépuscule de son premier jour de séjour à Istanbul qu'Aziyadé a quitté ce monde au printemps, sept ans plus tôt. Le lendemain, grâce aux dernières forces de Kadidja, esclave noire au service de la belle, renvoyée plus d'un  an avant que sa maîtresse ne meurt, recluse derrière les fenêtres du sombre logis de son époux, Loti a enfin rendez-vous à la dernière  demeure de celle pour qui il a revêtu, comme elle le lui avait fait jurer quand il reviendrait, son costume turc savamment brodé et son fez...

Kadidja est la seule personne qui puisse encore, en fouillant dans ses souvenirs, lui donner des informations sur les derniers mois passés au service d'Aziyadé. Loti l'interroge sur les échanges de courriers réalisés durant un temps grâce à son aide entre les deux amants, apprend les espoirs d'Aziyadé nourris pendant plus d'un an... quant au retour de celui qu'elle a attendu.

Il revient le lendemain matin, avant son départ d'Istanbul, embrasser la terre sous laquelle repose la jeune femme, enfin seul avec elle... Il ira d'ailleurs à plusieurs reprises, lors de ses courts voyages à Istanbul les années suivantes, se recueillir sur la sépulture.

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Photo de Loti dans le cimetière en-dehors des murs de la vieille ville où repose Aziyadé - extraite du livre "A Stamboul avec Pierre Loti" de Faruk Ersöy

La stèle funéraire originale, que Loti fait enlever et remplacer par une autre, prend la direction de la France en 1905 après avoir séjourné un moment à bord du Vautour, paquebot stationnaire de l'Ambassade de France à Istanbul aux commandes de l'officier de marine Viaud.

Pierre Loti installe ce souvenir insolite dans la mosquée de sa maison natale de Rochefort, ouvert au public depuis 1973 en tant que musée et classée monument national depuis 1990. Cette pièce, commencée en décembre 1895 et achevée au printemps 1897, reconstitue de façon très théâtrale un lieu de culte musulman.

 

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Stèle provenant de la tombe d'Aziyadé - Photo extraite du livre "La maison de Pierre Loti à Rochefort"

 

A des invités dans sa maison, Loti raconte une histoire de revenant, se voulant le propriétaire d'une maison hantée : Voici (...) la stèle d'Aziyadé ; cette pierre dressée où brûle une petite lampe de verre. Il y a bien des années qu'elle est morte, Aziyadé ; mais est-on sûr de mourir ? Pour moi, je pense qu'il y a des êtres qui, même vivants, sont pourtant morts et certains morts qui vivent toujours. (...) Tous les matins, il y a sur le marbre, devant ce bassin, l'empreinte humide d'un petit pied de femme. Dans cette vasque, quelqu'un se baigne et je n'entends rien, pas un rire, pas un soupir, même pas les éclaboussures de l'eau où le fantôme de la jeune fille vient tremper ses pieds d'enfant...Vous croyez que j'invente peut-être ? Ou bien vous vous dites que je suis le jouet d'hallucinations extravagantes... Patience... Demain, je vous ferai voir les pas d'eau sur les dalles". Texte extrait du livre "La maison de Loti à Rochefort"

Le 27 décembre 1921, dix-huit mois avant de mourir, Loti, affaibli par une hémiplégie, reçoit à Rochefort la visite officielle d'une délégation turque menée par  Madame Mufidé Feride, épouse de l'ambassadeur d'Ankara à Paris.

Celle-ci, voyant le portrait d'une dame turque voilée, lui demande si ce n'est pas son amie d'autrefois. Ne recevant pas de réponse, elle poursuit "Vous ne vous rappelez peut-être plus..." Pierre Loti lui rétorque alors avec moult difficulté :  "Oh si ! Je me rappelle... et je me rappellerai toujours... Ce sera même la dernière chose qui s'effacera de ma mémoire, dans la minute où je mourrai."  

 

 

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aqua-rite salt cell 23/06/2015 13:53

This is extremely intriguing, You are an exceptionally talented blogger.Likewise, I have imparted your site in my informal organizations!

powered web dev 21/08/2014 14:42

I am really impressed with the content of the book Eastern ghost. This story happened thousand of years ago. People believe that this ghost story happened for real. The main character of this story is Istanbul Aziyade who is also a writer.

didier 08/10/2010 18:02


Ma chère Nat, comme nous en avions déjà "parlé" je vois que tu as lu Fantôme d'Orient, que j'avais trouvé bouleversant et très profond sur notre condition humaine.
Ce n'est pas un livre à lire si l'on ne sent pas bien dans sa tête, il est vrai ... mais je ressens que tu as vibré à cette écriture très sensible de Loti ... Vraiment magnifique. L'été 2009 à
IStanbul je ssuis retourné au Café Pierre Loti pour jouir de cette vue sur la Corné d'Or... En 1990 c'était écrit café "pyierloti" !!


Nat 09/10/2010 10:52



Ce livre est effectivement bouleversant et je l'ai relu avant de faire l'article le concernant, pour mieux saisir certains passages... On écrit toujours encore ici Piyerloti...



chantal 08/10/2010 15:24


mourir d'aimer ?


Nat 09/10/2010 10:50



Peut-on le dire ?



CASTETS 07/10/2010 09:53


Au sujet d'Internet, il ne faut pas tout confondre. Je suis d'accord avec MARIE39 !


Nat 07/10/2010 18:07



Avec des si, on refait le monde... et s'il y avait eu internet à cette époque, nous n'aurions sans doute pas le plaisir de lire aujourd'hui Aziyadé et Fantôme d'Orient tel que nous les
connaissons...



CASTETS 07/10/2010 09:50


Merci pour cet excellent article.


Nat 07/10/2010 18:05



Je reconnais l'amatrice de Pierre Loti...



nina d'istanbul 07/10/2010 07:00


Mais Aziyade était sans doute un jeune homme selon des sources plus que sérieuses..
http://netlettres.fr/litterature/53/648-aziyade-loti-fiche-de-lecture


Nat 07/10/2010 18:05



J'en ai déjà entendu parler effectivement... mais j'ai du mal à imaginer qu'Aziyadé n'ait pas été la jeune et jolie circassienne si bien décrite. Cela reviendrait à dire que toute son histoire
serait fausse...



Florent 06/10/2010 17:07


Le café Pierre Loti sur les rives de la Corne d'Or? Tu penses si je vais y aller... Un passage obligé!


Nat 06/10/2010 19:22



Je me disais aussi...



Houria 06/10/2010 15:59


Je trouve cette histoire très intéressante merci pour le partage.

http://1001-delices-de-houria.over-blog.com/


Nat 06/10/2010 19:22



Intéressante certes, mais triste à la fois !



Florent 06/10/2010 09:49


Voilà un article qui m'a bien ému.. et qui me donne envie de me replonger dans les pages de cet auteur. A Istanbul, en novembre, je séjournerai dans un hôtel situé sur une artère qui porte son nom.
Raison de plus!


Nat 06/10/2010 12:54



Je viens de créer une catégorie "Pierre Loti" dans laquelle j'ai mis tous les articles concernant l'écrivain, sauf celui qui évoque le célèbre café qui porte son nom et qui est un endroit que
j'affectionne tout particulièrement... J'espère que tu l'as prévu au programme de ta future visite...