Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

Halil amca, 30 ans passés dans la mine des Grands Carreaux de Trélazé

Halil amca, autrement dit "oncle Halil", comme il est de coutume d'appeler les hommes turcs d'un certain âge, est originaire de la province de Sivas en Anatolie Centrale.

Arrivé en Anjou en 1973, il a travaillé durant un an et demi dans le secteur du bâtiment puis plus d'un an dans une fonderie de la région.

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                                                     Halil amca

Halil se souvent bien de sa première nuit en France, passée à l'auberge-café du Pigeon d'Or. Il y avait ce soir-là un mariage et l'étranger qu'il était, ne connaissant pas un seul mot de français, a été invité à la noce...

Une femme française d'un certain âge et dont il a oublié aujourd'hui le nom, lui a trouvé un livre, lui a appris les rudiment de la langue de Voltaire. Il n'a pas suivi de cours de français en arrivant, mais a beaucoup appris aux côtés de ses collègues de travail.

Une date reste par contre toujours ancrée dans sa mémoire, celle du 15 septembre 1975, son premier jour de travail sur le site de l'ardoisière des Grands Carreaux de Trélazé, commune limitrophe d'Angers.

A son embauche, 8 ou 10 compatriotes turcs y travaillaient, nombre qui est passé à une soixantaine les mois suivants.

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              Le chevalement d'une mine d'ardoise entre Saint-Barthélémy d'Anjou et Trélazé

Les trois premières semaines, Halil les passera au fond de la mine, en période d'essai. Son estomac n'apprécie pas les odeurs de gaz qui se dégagent de là. Le travail du fond, bien que moins fatiguant qu'en surface, se révèle plus dangereux, l'air manque, combien de mineurs ont perdu la vie suite aux éboulements... De nombreux turcs de la région ont d'ailleurs quitté la mine pour travailler dans le secteur du bâtiment...

Ce n'est qu'après son embauche à la mine qu'il découvre l'existence de l'
A.P.T.I.R.A., Association pour la Promotion et l’Intégration dans la région d’Angers. C'est par ce biais-là, finalement plus de deux ans après son arrivée en France, qu'il suivra des cours de langue en soirée, après ses journées de travail, durant près d'un mois. 

Cette association, au service de la population immigrée depuis 1968, est bien connue par les habitants de 55 nationalités différentes recensées de nos jours à Angers et dans les environs. Des cours d'alphabétisation donnés à l'origine aux hommes - puis aux femmes venues dans le cadre du regroupement familial, au soutien scolaire mis en place pour les enfants en 1975, l'association oeuvre également, à partir de 1987, pour l'accompagnement à l'emploi, lorsque les besoins en main d'oeuvre baissent dans la région.

Mais revenons à Halil amca qui poursuit le reste de sa carrière professionnelle à la surface de la mine d'ardoise. Au bout de cinq années, il devient chef d'équipe et va rester aux Grands Carreaux jusqu'à sa retraite, à l'âge de 57 ans, en mai 2005.

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En surface, le travail se révèle plus important et pénible, sa santé va en pâtir. Cette tranche de vie de trente ans lui aura coûté l'ouïe d'une oreille, un dos complètement abîmé (il a d'ailleurs subi il y a quelques jours une intervention chirurgicale suite à ces dégâts) et une prothèse au niveau de la rotule consécutive à une chute de pierre. Halil s'est vu reconnaître une invalidité de 10 % pour le dos et une de 10 % pour son genou.

Père de trois enfants issus de deux mariages, il pose fièrement devant le maillot d'un de ses fils footballeur professionnel d'abord à Bursaspor et qui joue à présent dans l'équipe de Sivas.

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                                   Devant le maillot de son fils footballeur

Depuis qu'il est retraité, Halil amca partage son existence entre la France durant les six mois d'hiver et en Turquie à la belle saison. Comme beaucoup d'autres expatriés turcs, il est considéré comme étranger sur la terre qui l'a accueilli autant que dans sa région natale.

Pour ma part, je retiens notamment une anecdote concernant son épouse, venue le rejoindre en 1987.  Durant un an, elle n'a pas défait sa valise, pensant  repartir au pays...


 

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un passant 01/01/2010 18:06


ça ma fait mal o coeur l'anecdote avec sa femme et sa valise...


Nat 01/01/2010 20:15


Visiblement, de nombreuses femmes turques ont eu la même réaction que celle de Halil amca...


chantal 31/12/2009 09:41


quand j'habitais près de Cholet j'avais visité avec intérêt le musée de la mine d'ardoise de TRELAZE


Nat 31/12/2009 16:36


J'aurais bien aimé le visiter aussi...