Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 13 ans

"İki dil bir bavul", un film primé pour un sujet toujours d'actualité

Le film-documentaire "İki dil bir bavul" - dont le titre en français se traduit par "Deux langues une valise",  a obtenu le 17 octobre dernier le Prix du Meilleur Premier Film, le Grand Prix de la Critique ainsi que le Grand Prix du Jury Yilmaz Güney au  46ème Festival de l'Orange d'Or à Adana, un des festivals de cinéma les plus importants en Turquie.

Le fim étant sur les écrans depuis la semaine dernière, j'ai souhaité plonger durant 1 h 20 dans l'univers scolaire d'une école primaire turque d'un village reculé de la province d'Urfa, dans cette Anatolie du Sud-Est que je connais de mieux en mieux tous les ans.

                    
                         A l'affiche notamment dans deux cinémas de Beyoğlu

Emre Aydın, originaire de Denizli dans l'Ouest de la Turquie, arrive là pour sa première année d'enseignement après avoir réussi son cursus universitaire.

La première séquence du film montre son arrivée en dolmuş, sa valise citadine tranchant avec les sacs envahissant le véhicule, dans ce village au milieu de nulle part, perdu dans une région où il n'a jamais mis les pieds jusqu'alors. 

 

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Les premiers jours sont difficiles, il faut s'approvisionner en eau à la fontaine, trouver ses repères. Emre fait le tour des familles pour que tous les enfants viennent à l'école.

Le désenchantement commence dès la rentrée. La langue maternelle de tous ces élèves n'est pas le turc, mais le kurde. Une bonne partie de ces jeunes ne comprend pas un traître mot de ce que leur dit le professeur, même pas lorsqu'il leur demande leur nom... S'engage alors un dialogue de sourds.

Certains viennent sans cahier ni crayon, n'en ont d'ailleurs jamais tenu un de leur vie.

 

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Enseigner dans de telles conditions, lorsqu'aucun ne comprend ce que l'autre dit... Apprendre, lire, écrire, pouvoir donner un nom à des images qui représentent des scènes où les personnages et l'environnement sont en général connu de tous les enfants, est on ne peut plus difficile.

Emre organise une réunion avec les parents, durant laquelle ceux qui maîtrisent le turc vont traduire aux autres.

Comment ne pas être découragé dans de telles circonstances, lorsqu'on se sent vraiment seul. Une année scolaire entière ne suffit pas à certains pour acquérir les bases nécessaires à la poursuite des études dans de bonnes conditions. 

 

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                  Devant l'école primaire Atatürk de Nüsaybın, sud-est de la Turquie

Il y a bien la petite Rojda, appliquée, travailleuse, qui fait des efforts pour s'en sortir, aidant  son frère pour les devoirs, mais le petit Zülküf, lorsque les vacances d'été arrivent, ne comprend toujours rien à ce que l'instituteur lui dit en lui remettant son bulletin.

Il me semble vraiment intéressant de voir ce film très parlant de la difficulté rencontrée au quotidien, tant pour l'enseignant que pour les enfants...

 

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            Dans une classe de l'école primaire Atatürk d'Hasankeyf, sud-est de la Turquie

Cette réalité, je l'ai évoquée à plusieurs reprises avec des enseignants rencontrés lors de mes voyages, dans le sud-est du pays notamment.

Je me souviens plus particulièrement de cette jeune femme assise à côté de moi, en mai dernier, dans le bus qui nous emmenait d'Urfa à Mardin. Comme Emre, elle effectuait sa première année d'enseignement dans un village reculé de la province de Mardin où elle s'est retrouvée confrontée à cette situation difficile. C'est à celle qui j'ai pensé en écrivant cet article... 
        

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MLH 21/05/2010 02:19


ma première réaction en voyant les premières images de ce film fût: serait ce donc auusi cela qu'on vecu mes parents et tous les enfants de leurs âges ne parlant que le breton lorsqu'ils sont allés
à l'école pour la première fois, je ne saurai le dire n'ayant jamais vraiment pu aborder cette question de façon très approfondit avec eux.Toujours est - il qu'ils n'ont pas transmis leur langue,
la langue de leurs ancêtres, de nos ancêtres; à leurs enfants; si bien que personnellement j'ai dû apprendre ma propre langue c'est à dire le Breton par d 'autres moyens que la transmission
familliale. Quelle absurdité ! Comme est absurde cette volonté de faire apprendre une autre langue à ces enfants kurdes par un professeur qui ne comprends pas un traîte mot de ce qu'ils disent et
inversement.En voyant ce film, que j'ai apprécié, je me suis demandé qui était le plus malheureux dans cette histoire et j'ai bien eu l'impression que c'était le maître d'école qui maintes fois se
demandait bien ce qu'il avait bien pû faire pour mériter un tel chatiment.Ne serait il pas pas plus simple de nommer un professeur de même langue et de même culture que ces enfants.Ce ne sont pas
des personnes compétentes qui manquent pourtant dans cette région du Kurdistan marquée par le sous - emploi.Ha oui, allez vous me répondre mais ce sont des Kurdes et peut - on faire confiance à des
kurdes pour enseigner une autre langue que la leur.Et pourquoi ne serait - il pas possible d'avoir une double culture plutôt que de vouloir à tout prix substituer une culture par une autre et qui
ne donne de toute façon rien de bon au final.La situation actuelle de cette région du Kurdistan le démontre bien. Laissons les peuples vivrent dans leurs cultures et dans leurs langues et ce ne
sera que mieux pour l'humanité.


Nat 21/05/2010 07:34



Je ne me permettrais absolument pas de répondre selon les termes que vous évoquez.  Je suis par contre d'accord sur le fait que chaque peuple doit conserver sa langue et sa culture, je
continue bien à parler l'alsacien le plus possible, même en Turquie !



J-P Silvestre 29/10/2009 16:56


Comme dit Legleg, il est nécessaire de connaître le truc...


Nat 29/10/2009 17:03


Je pensais qu'il y avait là une inversion de lettres mais qui rend finalement la phrase très mignonne...


Legleg 28/10/2009 19:34


"Je pense qu'il est tout de même accessible à des kurdes qui maîtrisent peu le turc. "

E fait, c'était pour moi. Je parle kurde et un tout petit peu le turc...


Nat 28/10/2009 19:44


Je me demandais si c'était pour toi ou pour quelqu'un de ta belle-famille... mais ne sachant pas quelles sont tes connaissances des deux langues... Vas-y, je suis certaine que tu t'en sortiras très
bien, tu me diras...


M&M 28/10/2009 13:04


Lors de notre dernier périple enTuruqie nous sommes allés dans larégion d'Antioche,plus précisémment à Konacik, où nous avons reencontré une prof d'anglais et une prof de maths dans une toute
petite école. Toutes deux âgées de 25 ans, elles ont évoqué la difficulté de leurs premiers postes dans des villages isolés. Le problème ici n'était pas la langue mais plutôt l'isolement pour des
jeunes femmes de cet âge. Le village était vraiment tout petit ... (pas de cinéma, de sorties, mais bcp de discussions sur internet via les blogs)et la prof d'anglais est mariée avec son mari
militaire stationné à Tekirdag près d'Istanbul. Pas facile de se voir dans ces conditions .... Pour cette rentrée scolaire elle a pu obtenir sa mutation à Tekirdag, donc pour elle les choses se
sont arrangées.


Nat 28/10/2009 18:02


Oui, je me souviens que tu as parlé de cette rencontre. Déjà, pour un homme, jeune, se retrouver ainsi tout seul n'est pas facile, pour une femme, ce doit l'être encore bien moins...A part le net
et la télé, quand il n'y a pas de coupure de courant, les distractions sont effectivement rares dans de nombreux endroits, et pas qu'en Turquie.


mar 28/10/2009 12:08


ce film a l'air très intéressant!
j'espère avoir l'occase de le voir

donner plus à ceux qui ont le moins!

spas ;)


Nat 28/10/2009 17:53


Evarxweş, j'espère que vous pourrez le voir.


Legleg 28/10/2009 11:45


Le film est en turc et kurde? Peut on le comprendre en ne maitrisant que très peu le truc?
Il me tente bien


Nat 28/10/2009 17:52


Le film est principalement en turc mais on entend un peu parler kurde (non sous-titré).
Le langage utilisé n'est pas des plus soutenus puisqu'il s'agit majoritairement du dialogue entre l'enseignant et les enfants, parfois au téléphone avec sa mère ou avec les parents de ses
élèves.
Je pense qu'il est tout de même accessible à des kurdes qui maîtrisent peu le turc.


Mirage 28/10/2009 10:39


Comme tu le dis, la preuve que les temps et de là les mentalités changent.
Pour ce qui est du livre de Ferit Edgü, je ne peux que te proposer la version allemande, peut-être un peu ardu!


Nat 28/10/2009 10:42


Je te remercie mais je vais, pour l'instant, me contenter du film dès que faire se peut...


Danielle de Strasbourg 28/10/2009 10:36


En lisant ton article,j'ai tout de suite pensé au film"Hakkari'de bir mevsin",je l'ai vu deux fois...Il te plaira beaucoup.Quand on aime les enfants,les difficultés sont un moteur car il y a
toujours des progrès et ce sont les plus petits pas qui donnent le plus de satisfaction.


Nat 28/10/2009 10:41



Je partage ton approche de la difficulté en la matière...



Mirage 28/10/2009 09:56


Il n'y a pas qu'en Turquie où les instituteurs doivent d'abord passer par l'université. En France aussi, depuis au moins 20 ans, pour être "professeur des écoles" (le nouveau terme) il faut Bac +
3: http://www.kelformation.com/fiches-metiers/professeur-des-ecoles.php, http://www.lyon.iufm.fr/57608440/0/fiche___pagelibre/&RH=1244557550622
Et pour ce qui est de l'enseignement secondaire inférieur (nos collèges en France), c'est la même chose.

Le film doit vraiment être intéressant et me rappelle un roman de Ferit Edgü "Ein Winter in Hakkari" que j'ai lu l'hiver dernier. Il évoque également une situation que bien des maîtres ont connu à
une certaine époque dans certaines régions françaises.


Nat 28/10/2009 10:05


Merci pour tes éclaircissements. Concernant le livre de Ferit Edgü que tu évoques, j'ai appris hier qu'un film a été tiré de celui-ci en 1983 "Hakkari'de bir mevsim" (Une saison à Hakkari). Je vais
essayer de le trouver. A l'époque de sa sortie, le film a été interdit durant 5 ans en Turquie... Dans le cas de "İki dil bir bavul" il y a eu l'approbation du Ministère turc ainsi que de "Anadolu
Kültürü". Les temps changent.


Ramazan 28/10/2009 09:40


Film surement très intéressant qui nous fait voir un peu les conditions de vie dans le sud-est en Turquie.


Nat 28/10/2009 09:52


Oui, tu as raison, il associe un certain nombre d'informations.