La mosquée Kalenderhane à Istanbul, une ancienne église byzantine

A quelques minutes à peine de la belle mosquée de Şehzade se trouve l'ancienne église orthodoxe byzantine Theotokos Kyriotissa devenue depuis la mosquée Kalenderhane. Deux accès permettent de s'y rendre dont un qui passe directement sous l'aqueduc de Valens.

 

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                        L'accès à Kalenderhane camii par l'aqueduc de Valens


A l'origine, une église absidiale dédiée au Christ Akataleptos aurait été construite là au VIème siècle, sur les ruines d'anciens thermes, puis agrandie le siècle suivant.

 

Il reste quelques vestiges visibles du bâtiment initial entre l'aqueduc et la mosquée. L'édifice que l'on voit aujourd'hui date, quant à lui, de la fin du XVIIème siècle.

 

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                                           Kalender camii à Istanbul


Après la prise de Constantinople en 1453 par Fatih Sultan Mehmet, ce dernier attribue les lieux à l'ordre des Kalender, derviches au service de l'armée ottomane, qui lui vaudront sa dénomination actuelle de "maison des Kalender".

 

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                                          Une architecture dans le plus pur style byzantin


A la suite des incendies de 1718 et 1727, Maktul Beşhir Ağa, grand eunuque au palais de Topkapı, transforme l'église en mosquée et y fait ériger un mihrab, un minbar ainsi qu'un minaret.

 

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                   Du marbre de toutes les couleurs dans la mosquée Kalenderhane


Après la visite des lieux par le scientifique et topographe français Pierre Gilles au XVIème siècle, l'existence même de cette ancienne église est quelque peu oubliée par la communauté grecque de Constantinople jusqu'à ce que le chercheur Paspates, à la recherche des restes antiques de la ville, la "redécouvre" en 1877.

 

Il n'obtient pas l'autorisation d'y accéder, permission délivrée finalement au Dr Freshfied en 1880, premier européen à pénétrer dans ce lieu de culte depuis Pierre Gilles et à témoigner de sa beauté.

 

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                       Des tons pastels pour la mosquée Kalenderhane d'Istanbul


Un article du net décrit la mosquée  en lui donnant le nom d'église Sainte-Marie Diaconissa et l'on y trouve des photos prises en 1903 provenant des archives du musée de Brooklyn


Un compte-rendu des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres datant de 1909 décrit ainsi l'intérieur : "La nef est tapissée de marbres polychromes qui charment l'oeil par la juxtaposition harmonieuse de leurs couleurs. Cet effet décoratif est enrichi encore par l'emploi de plaques sculptées, de pilastres élégants soutenant un entablement richement orné : seule la décoration des voûtes a disparu, détruite ou simplement cachée peut-être par le badigeon."

 

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   Les plaques de marbres visibles de nos jours sont d'origine et ont allègrement traversé les siècles.


Devenue une ruine dans les dernières années de l'Empire ottoman, la mosquée voit son minaret s'effondrer en 1930, atteint par la foudre. Des travaux de restauration vont s'étaler de 1966 jusqu'en 1972, année de réouverture du site au culte.

 

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                                            Détail d'ornementation

               

De même, des fouilles archéologiques sont menées entre 1966 et 1975 avec l'Université Technique d'Istanbul et l'Université de Harward. Une mission archéologique de Dumbarton Oaks, institut de l'Université américaine, et dirigée par C. Lee Stricker, va d'ailleurs aboutir à une découverte extraordinaire.

 

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                Des vestiges de l'église byzantine à l'entrée du nartex


En 1966, les archéologues démolissent un mur visiblement étranger à la basilique et ont la surprise de trouver devant eux une fresque composée de deux panneaux dans une chapelle surmontée de l'inscription : Domine, dilexi decorem domus tuae et locum habitationis gloriae tuae. 

  

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Sur le premier panneau, Saint-François d'Assise, accompagné de deux autres religieux en partie effacés, se tient debout, les bras levés, prêchant aux oiseaux installés à ses pieds. Trois personnages, dont les figures ont disparu, se trouvent sur le second panneau.  Cette trouvaille prouve de façon irréfutable que  la basilique était aux mains des Franciscains pendant l'occupation latine du 13ème siècle (1204-1261).  

 

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                            Restes de peintures de l'époque byzantine


Durant sept siècles, la fresque a été ainsi cachée à la vue de tous, les Byzantins voulant peut-être éviter le culte d'un saint étranger, à fortiori latin. Néanmoins, tant la chapelle que son contenu ont pu être préservés grâce à la conviction qu'avaient les Franciscains de ne pas laisser au regard des Byzantins deux éléments qu'ils auraient sans aucun doute détruits. (Source : notes d'archéologie de Raymond Janin - revue des études byzantines, 1970)

 

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                                  Le dôme actuel de la mosquée Kalenderhane


Plusieurs peintures murales et inscriptions au nom de Panaghia Kyriotissa - "Notre-Dame, Mère de Dieu" - sont également découvertes lors des fouilles de 1966.


C'est à présent au musée archéologique d'Istanbul qu'il revient de conserver les trésors cachés de Kalenderhane camii.


Christian Langlais 04/04/2011 22:45


Une fois de plus, merci Nathalie de nous emmener dans un superbe lieu à découvrir en s'éloignant des sites les plus touristiques. En effet, il ne faut pas hésiter à explorer à pied les différents
quartiers de la vieille ville. En plein jour, il n'y a aucun risque. J'ai en mémoire une balade de septembre 2009, depuis mon petit hôtel tout proche de Sainte-Sophie, jusqu'à Balat, en passant par
Fatih et Fener. Un itinéraire qui permet de longer l'aqueduc de Valens en découvrant Kalenderhane camii, Şhezade camii, et bien d'autres anciennes églises transformées en mosquées. C'est là qu'on
s'aperçoit que la ville a été construite sur des collines que l'on gravit par des escaliers monumentaux. Ne pas rater l'immense marché du mercredi qui occupe de multiples rues proches de Fatih
Camii. Bien sûr, c'est un quartier très traditionaliste où on croise beaucoup de femmes portant le voile ( pas forcément intégral ). Il faut les respecter en évitant de faire des photos (
L'appareil photo doit être rangé ). Il faut se fondre dans la foule et savourer des yeux…


Nat 05/04/2011 07:49



Il n'y a forcément plus de risque la nuit que le jour... Cela fait d'ailleurs très longtemps que je n'ai pas été au marché de Fatih, il va falloir que je le prévois un de ces mercredis...



chantal 31/03/2011 09:55


très interessant


Martine 30/03/2011 08:38


Et hop...dans la valise...merci !


didier 29/03/2011 21:01


Ah merci pour ce reportage ! Je garde un excellebt souvenir de cette mosquée si suprenante avec ses marbres colorés. Mias grâce à ton reportage j'ai appris l'étymologie de son nom (je pensais à
Kalender ... Calendrier !? rien à voir) et découvert ses fresques remises au jour lors de la restauration. Ah tu vu le vieux gardien à l'entrée ?


Nat 30/03/2011 06:12



Sacré personnage que le gardien, originaire de Kastamonu...



nina d'istanbul 29/03/2011 10:28


une petite visite virtuelle en 3 d de cette kalender camii est disponible ici

http://www.3dmekanlar.com/tr/kalenderhane-camii.html


Nat 29/03/2011 15:51



J'en ai presque eu le tournis, merci pour le lien.



M&M 28/03/2011 19:44


Tiens, c'est marrant, on a les même photos..... (commentaire sans grand intérêt pour les autres, juste pour nous et la poche !) Schmoutz


Nat 28/03/2011 19:50



Etonnant en effet !



philae 28/03/2011 16:50


toujours aussi passionnant il faudrait que je passe un jour une semaine dans cette ville merveilleuse


Nat 28/03/2011 18:03



Une semaine c'est bien, mais cela ne suffira pas pour tout voir...



J-P.Silvestre 28/03/2011 16:02


Incroyable ! Le nombre d'édifices très anciens subsistants en Turquie. Il faut dire que les Turcs n'ont pas connu les destructions liées à la Révolution ni aux guerres de 14 ni à celles de 40 mais
ils semblent avoir le goût de la conservation de leur patrimoine même quand celui-ci est lié à des religions différentes de celle officielle, ce qui est méritoire et, malheureusement pas généralisé
dans tous les pays musulmans...


Nat 28/03/2011 18:02



Il est certain que les édifices très très anciens sont innombrables tant qu'à Istanbul que dans le reste de la Turquie, même si incendies et tremblements de terre ont fait beaucoup de ravages...
et de disparus. Concernant la conservation du patrimoine, vaste sujet, il y a à boire et à manger. Concernant les lieux de culte d'autres religions, ceux-ci ont pour beaucoup heureusement été
préservés et restaurés.



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