Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 13 ans

La pâtisserie Markiz à Istanbul, une illustre adresse du temps de Pera

Pera, ce nom célèbre à Istanbul dans les années 1930-50, évoque le quartier qui s'étend sur la colline du même nom, au-dessus de la tour de Galata. La haute bourgeoisie de la ville s'y presse alors, les artistes et commerçants de toutes origines confondues se retrouvent là pour faire affaire, sortir et se montrer.


Parmi les adresses courues de l'époque, il en est une qui existe encore aujourd'hui, au numéro 172 de l'avenue İstiklal, il s'agit de la pâtisserie Markiz créée par Avadis Ohanyan Çakır, originaire de la ville turque de Merzifon.

 

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                            Bienvenue à la pâtisserie Markiz à Istanbul


Celui-ci, après avoir travaillé dans plusieurs hôtels, est employé par des Français exploitant un salon de thé du nom de Nice. Avant de retourner dans leur pays, ils vendent leur commerce à Çakır.


En 1940, lorsque ce dernier apprend la fermeture de la pâtisserie Lebon à Beyoğlu, il décide de louer les lieux et de leur donner le nom de Markiz, en référence à la chocolaterie parisienne de la Madeleine "Marquise de Sévigné". Çakır désire distribuer ici du chocolat et du fondant haut de gamme et obtient une patente de la chocolaterie française Menier.

 

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                       Un des panneaux en faïence de Markiz, symbole des lieux


La pâtisserie Markiz devient très vite l'endroit préféré de la haute société d'Istanbul qui apprécie son service irréprochable et la qualité de ses produits. Durant des années, elle accueille, parmi tant d'autres, écrivains et artistes aussi célèbres qu'Abidin Dino, Sait Faik, Orhan Kemal, Atilla İlhan, Orhan Veli, Mina Urgan. La clientèle raffole tant du chocolat et des douceurs - tel le célèbre "fruit glacé" - que de cocktails dont la liste proposée est impressionnante.

 

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                          Détail de l'autre panneau représentant le printemps


Pour passer la porte de Markiz au-dessus de laquelle était écrit en français "Pâtisserie-confiserie", où l'argenterie portait la signature de Christofle et la porcelaine utilisée venait de Limoges, il fallait porter une tenue plus que décente. Pour pallier à un quelconque manque quant aux accessoires de rigueur, un proche commerce louait cravates et chapeaux de circonstance.

 

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                                Détail de la décoration chez Markiz à Istanbul


L'architecture intérieure et la décoration des lieux font aussi partie du prestige de cette adresse. Quatre panneaux en faïence style Art-Nouveau, illustrant les différentes saisons, ornent depuis les années 20, les murs en bois. Créés sur la base de dessins signés J.A. Arnoux, leur fabrication relève de la société "Hippolyte Boulenger & Cie" à Choisy-le-Roi, célèbre faïencerie française.

 

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                                      Les deux symboles de la pâtisserie Markiz


"L'automne" et "le printemps" sont aujourd'hui encore les symboles de l'ancienne pâtisserie de luxe. Le sort réservé aux deux autres panneaux est un bien grand mystère... La rumeur court qu'ils auraient été détruits à l'occasion d'un déplacement...


Quelques vitraux signés Mazhar Resmor ainsi que des cartons-pierres joliment décorés datant de 1945, oeuvres d'un certain Cezaliryan, font également partie du paysage de cette illustre adresse.

 

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                   Un des vitraux ornant la vitrine donnant sur İstiklal Caddesi


A la mort d'Avadis Çakır, tous ses biens sont donnés aux forces armées turques et la pâtisserie Markiz ferme ses portes dans les années 70.

 

Durant un temps, on vend ici des pièces de rechange automobile jusqu'à ce que le Comité des Oeuvres et des Monuments Antiques décide de placer les lieux sous sa protection en 1977 en raison de leur décoration particulière. Après un rachat et des travaux de remise en état, la pâtisserie Markiz réouvre ses portes en décembre 2003, apportant ainsi sa touche de nostalgie du passé glorieux de Pera.

 

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Aujourd'hui, la porcelaine de Limoges et l'argenterie Christofle ne sont plus que de lointains souvenirs


Au bout de quelques années laborieuses d'exploitation, une chaîne de restauration rapide reprend finalement les rênes en 2007.

 

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       Mars 2008, à l'approche de Pâques, la vitrine de la pâtisserie Markiz se garnit d'oeufs peints

 

Si le décor a été préservé, les produits servis aujourd'hui dans cet environnement mythique de Pera ont perdu une partie de leur saveur d'antan.

 


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philae 24/03/2011 13:39


superbe lieu et ravissants les oeufs de paques


Nat 24/03/2011 17:37



Les vitrines de la pâtisserie étaient toujours superbes !



Pascal 23/03/2011 20:30


Bonsoir Nathalie,

Mon fils serait heureux de voir de près ces décors art nouveau, je vais luis montrer ton article


Nat 24/03/2011 06:23



Tu me diras s'il a aimé le décor



Gülseren Türkben 23/03/2011 18:31


Très belle architecture construite en 1880 qui reprend vie.
L'histoire est un mélange de passé et de présent....


Nat 23/03/2011 19:33



Une autre histoire est greffée dans ma tête quand je vois cette pâtisserie, ce sera l'objet de mon prochain article...



chantal 23/03/2011 15:46


les décors sont magnifiques, j'y étais allée avec Tûlay mais dommage que ce ne soit plus une patisserie


Nat 23/03/2011 17:54



En fait, c'est toujours une pâtisserie au rez-de-chaussée et la restauration autre se fait à l'étage si je ne m'abuse.



Christian Langlais 23/03/2011 11:14


Pour moi qui suis tellement gourmand, ce lieu évoque les fastes foods d'antan ! Mais , attention avec les douceurs : après avoir dégusté moult tatlılar, on tâte le lard !


Nat 23/03/2011 17:43



Le lard étant rare par ici, on peut bien se laisser aller...



didier 22/03/2011 18:56


Merci pour ton reportage - j'ai du passer devant car j'ai remonté à pied tout Istiklal Caddesi (ce n'est pas très long)le dernier jour de mon séjour à Istanbul en 2009 (à pied en fait depuis Taksim
jusqu'à mon hotel à Sultanahmet).

Je trouve cet endroit ravissant - c'est dommage pour le fast food mais c'est déjà une vicotire d'avoir pu restaurer ce bel endroit.

Peut-être un jour parleras-tu pas loin d'un petit boui boui
où l'on boit un merveilleux jus d'ananas frais pressé , sur Cukuk Hendek Cad. juste à coté de la Tour de Galata.


Nat 22/03/2011 19:04



Pas très turc le jus d'ananas... mais c'est là aussi, entre autres, où l'on boit du jus de grenade...



selma 22/03/2011 14:25


Comme on dit si bien en turc: "Tatli yiyelim, tatli konusalim"
Je suis d'accord que si Markiz était restée une patisserie, ou une chocolaterie, tout aurait été beaucoup plus agréable (pour le moral), et savoureux....
Mais vu toutes les belles choses que nous n'arrivons pas à préserver en Turquie, c'est déjà un petit souvenir qui résiste au temps...
Çikolatali, tatli günler dilerim ...


Nat 22/03/2011 14:27



Evet katılıyorum, sıfırdan daha iyi... et heureusement qu'il reste les souvenirs...



selma 22/03/2011 13:56


J'apprécie beaucoup vos articles, et surtout votre façon de présenter les personnages, et les lieux.
Quand à la pâtisserie Markiz, je l'associe d'abord avec Péra-une autre époque (biensûr) et tout aussi vite avec son cheese-cake, que j'adore (pas très traditionnel:)je vous l'accorde.
mais qui va bien avec le lieu, je trouve, et vu le rapport qualité prix et surtout le cadre, je trouve très agréable de s'y rendre quand il n'y a pas foule pour profiter de cet air du passé et
s'évader pour une autre époque...
Encore merci pour vos beaux articles et bonne continuation.
Cordialement, Selma.


Nat 22/03/2011 14:09



Sağol Selma, il est fort possible que son cheese-cake soit délicieux mais honnêtement je me vois mal avaler un hamburger dans un lieux aussi chargé d'histoire. Sevgiler