Du bretzel au simit

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Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 13 ans

Le Létôon, un sanctuaire lycien au goût bucolique - partie 1

Article réalisé avec le concours d'Yves-Marie Laouenan et de LDSlogo

 

A cinq kilomètres à peine de Xanthos, l'ancienne capitale de la Lycie, le superbe site du Létôon a été érigé sur la rive droite du Xanthe, visiblement sur les lieux d'une source noyée de nos jours par la montée des eaux souterraines.


Ce lieu, également inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO depuis le 9 décembre 1988 tout comme son voisin, a été le principal sanctuaire religieux et fédéral des Lyciens et un lieu de pèlerinage de premier ordre construit en hommage à Léto et à ses enfants.

 

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                         L'eau et la pierre se marient harmonieusement au Létôon

 

 La légende entourant cette déesse, maîtresse de Zeus, ne manque pas de piquant. Héra, épouse trompée et assoiffée de vengeance, va obliger  Léto à s'enfuir. Elle accouche d'Apollon et Artémis, jumeaux fruits de cet amour interdit avec le roi des dieux, à Délos, dans les Cyclades, où elle s'est réfugiée. Poursuivant sa fuite avec ses enfants jusqu'en Anatolie, elle désire un jour abreuver ses petits dans une source mais des bergers l'en empêchent.


Furieuse, elle transforme ces derniers en grenouilles et des loups viennent à son secours pour la guider jusqu'à Xanthos où elle peut enfin donner à boire à ses enfants en toute quiétude. En guise de remerciement, elle va consacrer le fleuve à Apollon et baptiser la région Lycie, du grec lykos, le loup. Les coassements nocturnes des innombrables grenouilles qui hantent les nuits du Létôon seraient-ils ceux des descendants de ces bergers ayant subi les foudres de Léto ?

 

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                    Imaginez-vous les coassements des grenouilles dès la nuit tombée...  

 

 L'histoire du sanctuaire remonte à la même époque que celle de Xanthos. En effet, des poteries trouvées sur place, enfouies très profondément, attestent de la présence humaine aux environs de 700 av. J.-C.

 

Des aménagements successifs seront réalisés et des traces laissées par différents souverains de la capitale lycienne toute proche, notamment le roi Arbinas. En effet, des inscriptions sur pierre, découvertes lors des fouilles, évoquent, parfois en grec, son intervention quant à l'hellénisation du culte prodigué sur place.


C'est notamment grâce à Arbinas, à la fin du Vème siècle av. J.-C. que le modeste lieu voué à l'origine aux Elyanas, déesses féminines des eaux, va prendre de l'ampleur. Xanthos administre alors le Létôon où trois temples, respectivement dédiés à Léto et à ses enfants, vont être construits.

 

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                                       Le temple érigé en l'honneur de Léto

 

 De grands portiques prendront place progressivement ainsi qu'un théâtre érigé au milieu du IIème siècle av. J.-C.  Probablement, un stade, qui n'a pas encore été mis au jour, a complété le site.


Durant l'époque romaine, un lieu de culte dédié à l'empereur Hadrien sera adjoint au nymphée réalisé à cette période.


Plus tard, au VIème siècle, une église protobyzantine sera construite au sud des temples dont les pierres vont être utilisées, causant ainsi la destruction des édifices à la gloire d'Apollon et d'Artémis.

 

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                          A l'avant-plan, l'emplacement du nymphée romain


Le rôle fédéral de ce sanctuaire durant la période lycienne, alliant ainsi la religion et la politique, explique le nombre important de trouvailles épigraphiques faites par la mission française archéologique qui oeuvre sur place depuis 1962. Henri Metzger dirige le premier les fouilles du Létôon avant que Charles Le Roy ne devienne son successeur.


C'est ensuite Jacques des Courtils, directeur de la mission de Xanthos, qui en devient le responsable en 1996 avant que ne soit nommé en 2008 un chef de mission indépendant pour le site en la personne de Laurence Cavalier, Maître de conférences à l'Université de Bordeaux et qui travaille déjà depuis 1999 à ses côtés.

 

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 De gauche à droite Alim Karaca, maire de Kumluova, commune sur laquelle se trouve le Létôon, et son épouse, en visite sur le site, Hakan, archéologue et Maître de conférences à l'Université d'Ankara, Laurence Cavalier, responsable de la mission française archéologique du Létôon et Sevim, commissaire du Létôon

 

Dans le prochain article, nous déambulerons sur ce site très bucolique, abandonné au VIIème siècle, durant l'époque byzantine, pour des raisons ignorées à ce jour, et redécouvert en 1840 par Charles Fellows, ce voyageur anglais évoqué dans les précédents reportages.


 

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Richard LEJEUNE 06/01/2011 19:09


Passionnante cette série d'articles sur les fouilles archéologiques ...


Nat 08/01/2011 08:08



La série n'est pas encore terminée...



chantal 06/01/2011 09:18


tu vas faire naître des vocations d'archéologue?
Merci pour tes magnifiques reportages


Nat 08/01/2011 08:08



La vocation, on l'a ou on ne l'a pas...