Mehmet, rémouleur dans les rues d'Istanbul

Samedi dernier, en plein coeur de l'après-midi, mon regard est attiré par un homme circulant dans les rues de mon quartier avec sa meule à pédale sur le dos.

 

Le voyant poser son outil de travail devant quelques commerces, je lâche tout pour aller à sa rencontre, ne voulant pas rater cette occasion de découvrir, et  vous faire découvrir, ce métier en voie de disparition.

 

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                                  Mehmet bey et sa meule sur le dos


Mehmet bey, originaire d'un village de la région de Konya en Anatolie Centrale, exerce le métier de rémouleur - bileyici en turc  - depuis plus de trente ans ! 

 

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                                                 séance d'aiguisage

 

Il aiguise son premier couteau à l'âge de 16-17 ans mais devient rémouleur à 21 ans, après avoir été agriculteur dans son village.

 

Son grand-père, rémouleur  de profession, lui a transmis à la fois son savoir... mais également sa magnifique meule en bois de gürgen qui affiche plus de 50 ans de bons et loyaux services.

 

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                        Des gestes répétés des milliers de fois depuis plus de 30 ans...

 

Actuellement, Mehmet arrive difficilement à joindre les deux bouts. A l'époque où ses affaires étaient florissantes, sa pierre à meuler lui tenait deux mois, à présent, il la remplace ... après plus de six mois d'utilisation.

 

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Pour aiguiser un couteau, il faut compter 10 minutes de travail pour empocher au final 1,5 TL (moins de 0,80 €), pas de quoi faire fortune...

 

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                        Après l'aiguisage, le couteau est bien huilé... et avec le sourire

 

Mehmet parcourt ainsi, depuis 1973, les rues d'Istanbul, après avoir sillonné celles d' Isparta en 1978, de Manisa et d'Izmir en 1985.

 

Arpentant cinq jours par semaine, entre 8 et 10 heures par jour, les quartiers de Cihangir, de Fatih, d'Aksaray, d'Eyüp de Gaziosmanpaşa, il propose ses services à sa clientèle de fidèles, en particulier bouchers et restaurateurs.  

 

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 Combien reste-t-il de rémouleurs en Turquie, très peu c'est certain !

 

Même s'il n'existe aucun chiffre officiel, les couteaux fabriqués en Chine, remplaçant peu à peu le traditionnel couteau fabriqué dans le pays (cf. mon article intitulé Ramazan bey, coutelier à Karamanmaraş),  réduisent  considérablement le travail des rares rémouleurs encore en place.

 

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                        La dernière étape de travail consiste à affûter le couteau


Mehmet bey se souvient qu'il y a 20 ans,  à chaque coin de rue de Beyoğlu, on voyait un rémouleur allant de maison en maison.


Il pourra toucher une retraite - bien méritée - d'ici 3 ans car d'ici là, il aura cotisé à titre individuel assez longtemps pour cela.

 

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                               Mehmet bey, sympathique rémouleur de Cihangir à Istanbul  

 

 

D'ici là, je sais où le trouver pour le saluer car je connais à présent le jour et le créneau horaire  pour le croiser dans les rues de Cihangir. Hayırlı işler size dilerim !

 


 

 

beatrice 28/07/2010 15:37


En effet, je l'ai vu dans le 6eme arrondissement, rue de Sèvres et dans la petite rue Bourbon le château...c'est charmant


Nat 28/07/2010 18:22



Il ne vous reste plus qu'à aller lui parler et faire une petite comparaison entre Mehmet bey et lui... ce serait intéressant...



beatrice 26/07/2010 20:14


Rémouleur, rémouleur ! Quand je suis arrivée à Paris et que j'ai entendu son cri et sa petite clochette, j'ai été très surprise. Il passe toujours ici aussi et les restaurateurs lui confient leurs
précieux couteaux ! Ces métiers sont indispensables comme le cireur de chaussures qui a déserté nos rues ou plutôt qui en a été chassé ...


Nat 28/07/2010 08:01



Agréable surprise de savoir qu'il y a encore au moins un rémouleur, voire plus, qui sillonne les rues de Paris !



fahim chahine 20/07/2010 08:39


bonjour NAT pour huiler le couteau on le passe sur une piere qui vin de l'arcansas qui donne le fil au couteaux;aussi important que la meule .


Nat 28/07/2010 07:59



Hum, il faudra que tu m'expliques cela de vive voix quand tu viendras à Istanbul en septembre, d'ailleurs j'y pense, je ne t'ai pas envoyé de mail avant mon départ à ce sujet, patience, d'ici ce
week-end cela devrait être fait...



Marie39 18/07/2010 09:45


Merci pour ce beau reportage sur un des métiers de rue en voie de disparition. La Turquie évolue, ce qui est normal, mais malheureusement, au détriment de certaines choses... Espérons que ses
hommes y trouvent de quoi vivre décemment. Bises Nath.


Nat 28/07/2010 07:52



Il y a toujours du bon... et du moins bon dans chaque évolution...



Aziyade 17/07/2010 08:39


Que de souvenirs d'enfance à Paris, tu viens de réveiller...disparu il y a bien longtemps. Heureusement que j'aurai dans qqs jours le plaisir de retrouver tous ces petits métiers ambulants
d'Istanbul. Le marchands de Karpuz, le ramasseur de ferrailles et d'encombrants...au son des cris de mouettes et d'aboiement des chiens ! des sirènes de police ! une atmosphère unique qui fait mon
plaisir quand je suis là-bas. Merci pour la balade et aussi pour ta visite sur mon blog cher Nat. Bisous IYI GÜNLER
Chantal


Nat 28/07/2010 07:50



Les bruits ambiants font vraiment partie des souvenirs pour beaucoup d'entre nous...



didier 16/07/2010 17:49


Je me souviens aussi d'un rémouleur à Bruxelles dans les années '70 - le métier a disparu ... Il était sur un vélo coiffé d'une toiture (il pleut beaucoup) - cela me faisait un peu peur , c'était
étrange ...

Je sursaute quand je lis que même en Turquie certains artisanats disparaissent menacés par la production chinoise ... Bigre, si même en Turquie ...


Nat 16/07/2010 19:43



Oh que oui, la Chine fait bien des ravages ici, notamment dans le textile et l'artisanat...  Un rémouleur à vélo, je n'en ai pas encore vu en Turquie, intéressant !



acline 16/07/2010 17:47


Comme il est déjà loin le temps ou l'on entendait le cri du rémouleur,du marchand des quatre saisons, le vitrier, le marchand de glace...cet homme ne gagne pas des millions mais il a l'air serein
et c'est peut être là toute sa richesse


Nat 16/07/2010 19:41



Je suis très attentive à tous ces bruits qui caractérisent aussi Istanbul et que j'aime beaucoup... "Hurdacı, pocağa, Aygaz, boza en hiver, klaxons, cornets de bateau, goélands,... et j'en
passe". Oui, Mehmet bey est une personne bien sereine et charmante, j'ai passé un excellent moment en sa compagnie.



chantal 16/07/2010 15:50


J'ai l'impression de redevenir une gamine pour avoir vu le rémouleur passer chez mes parents à Valenciennes


Nat 16/07/2010 19:39



Décidément, encore des souvenirs... plus lointains cette fois-ci !



Legleg 16/07/2010 15:25


Dommage qu'il ne passe pas près de chez moi, j'aurai quelques couteaux à lui donner...


Nat 16/07/2010 19:39



Cela fait un peu loin pour venir jusqu'à toi...



Danielle de Strasbourg 16/07/2010 09:10


Istanbul moderne,Istanbul traditionnelle....pour combien de temps?


Nat 16/07/2010 19:38



Les paradoxes entre passé et futur sont encore bien présents au quotidien pour qui observe, mais il est vrai que petit à petit, certains métiers sont en voie d'extinction...



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