Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

Rendez-vous funèbre inattendu avec l'âme de Hrant Dink

Tous les 1er novembre,  les catholiques honorent leurs saints et il est de tradition de rendre visite aux défunts dans leur dernière demeure ce jour-là, bien que la fête des morts ait lieu le 2 du mois. 


En ce jour de Toussaint, c'est dans un cimetière d'Istanbul que je vous emmène, celui-même où je me suis rendue un matin d'ensoleillé en août dernier avec mon amie Gisèle.

 

  1er-NOVEMBRE-2011 3821 copy

                              Une allée du cimetière arménien Balıklı à Istanbul


Ce jour-là,  nous décidons d'aller à la rencontre d'une absente dont l'histoire nous a beaucoup touchées.


Un peu plus loin, le quartier de Merkez efendi, situé en bordure des murailles qui entourent la péninsule historique de la ville, abrite des cimetières de taille pour la plupart imposante où des défunts de toutes confessions reposent pour l'éternité.


Si j'ai une attirance toute particulière pour le petit cimetière Hamuşan contigu au tekke de Yenikapı, je n'avais jamais mis les pieds au Balıklı ermeni mezarlığı.


C'est en fait la vision de l'église située dans l'entrée de la nécropole qui m'amène à proposer à Gisèle d'aller voir de plus près à quoi elle ressemble, malgré le peu de temps dont nous disposons.

 

  1er-NOVEMBRE-2011 3820 copy

                          L'église du cimetière arménien Balıklı à Istanbul


De construction récente, cet édifice religieux aux lignes contemporaines s'intègre harmonieusement dans ces lieux où la végétation luxuriante se mêle avec bonheur aux bancs sur lesquels des noms arméniens vous invitent à vous poser.

 

  1er-NOVEMBRE-2011 3839 copy

                               Même les bancs parlent ici en arménien...

  

Mon regard est immédiatement attiré par une tombe peu conventionnelle qui se profile au loin,  abritant un visage taillé dans le marbre qui se dessine et semble nous chuchoter quelques mots à l'oreille "Venez, approchez-vous..." 

 

  1er-NOVEMBRE-2011 3822 copy


Nous sommes prises toutes deux d'une vive émotion en nous approchant. Nous nous trouvons devant la tombe de Hrant Dink, ce journaliste et écrivain d'origine arménienne assassiné le 19 janvier 2007 à Istanbul devant le bureau du journal Agos dont il était le fondateur...

 

               1er-NOVEMBRE-2011 3826 copy

                                       La tombe de Hrant Dink


Tous les ans, à la date anniversaire de sa mort, les visiteurs sont nombreux à venir rendre hommage à la mémoire de cet homme qui a consacré sa vie à défendre les droits des minorités et à représenter la communauté dont il est un des noms les plus illustres.

 

               1er-NOVEMBRE-2011 3837 copy

                                           Hrant Dink repose là

 

Le jour de notre passage, personne d'autre ne se recueillait là, nous laissant ainsi seules à nos pensées, à nos émois. 

 

               1er-NOVEMBRE-2011 3830 copy

                                    Le visage de Hrant Dink sur sa tombe

 

En ce 1er novembre, ce sont juste deux femmes françaises ayant épousé la nationalité turque qui ont envie, à leur façon, de se souvenir de Hrant Dink...

 

 


Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Laura 17/11/2011 11:26


Bonjour,
Je lis votre blog très régulièrement, et j'ai écouté avec beaucoup d'intéret le récit de votre installation à Istanbul sur France Bleu Alsace. Je me demandais quelle était l'école où vous aviez
pris 3 mois de cours de turc à votre arrivée ?
Merci.


Nat 17/11/2011 11:36



Il s'agit de l'école de langues Dilmer à Gümüşsuyu. Tömer est également une valeur sûre.



Hervé 12/11/2011 11:21


Merci pour cet article, Le blanc reste dominant dans ce cimetière, je trouve cela apaisant (c'est bien le lieu...).


Chantal 06/11/2011 19:08


Belle idée de promenade pour un jour de Toussaint


Bedros B. 04/11/2011 16:53


Milles mercis à ces deux visiteuses de nous faire découvrir le cimetière de Balikli où mon grand-père repose. Merci de nous faire vivre la quiétude ce lieu reflet d'une communauté apaisée. J'invite
tous les Hays de la diaspora à visiter les hauts lieux de l'Arménité en Turquie, de faire une introspection qui les aidera à se débarrasser de l'enfermement génocidaire que les activistes
diasporiques essayent de nous confiner.

Pour méditation, je reprendrais les propos de Garéguine Pasdermadjian, docteur en chimie de l’université de Genève, dirigeant de premier plan de la Fédération révolutionnaire arménienne, écrivit
ainsi dans Why Armenia Should Be Free, Boston, Hairenik Press, 1918, p. 43 :
« Imaginons que les Arméniens aient adopté une attitude exactement opposée à celle fut alors la leur ; en d’autres termes, imaginons qu’ils aient pris, en 1914, fait et cause pour les Allemands et
les Turcs, exactement comme firent les Bulgares en 1915. Quel cours auraient pris les évènements au Proche Orient ? [...] D’abord, ces horribles massacres d’Arméniens n’auraient pas eu lieu. Tout
au contraire, les Allemands et les Turcs auraient tenté de gagner les sympathies des Arméniens par tous les moyens, jusqu’à la fin de la guerre. »
Pasdermadjian a si amèrement regretté cette politique du pire qu’il a sombré dans une dépression nerveuse dès la fin de 1920, avant de mourir en 1923, année du traité de Lausanne.

Plus cynique, Aram Turabian, responsable du recrutement des volontaires arméniens dans la Légion étrangère, très proche de la FRA pendant la Première Guerre mondiale, écrivait dans Le Soleil du
Midi du 9 février 1916 :
« Les Arméniens sont les victimes volontaires de leur sympathie envers les Alliés ; en refusant le pacte des Jeunes-Turcs, et connaissant à fond le caractère sanguinaire des janissaires [sic]
turcs, ils savaient très bien à quoi ils exposaient les habitants inoffensifs des régions de l’Arménie sous domination turque, mais dans l’histoire d’un peuple, il y a des moments où il est
impossible de s’arrêter à mi-chemin, où il devient nécessaire de sacrifier, au besoin, une partie de la génération actuelle pour la sauvegarde de l’avenir de la race. »
Activistes de la diaspora, méditez !


Nat 05/11/2011 17:08



Merci Bedros...



Martine 01/11/2011 09:24


Une pensée particulière aujourd'hui pour tous "ceux qui se sont tus"...