Serge Mantelet, réflexions d'un artiste-artisan

 

Article publié dans le journal mensuel "Aujourd'hui la Turquie" du mois de mars 2008


 

 

Il a grandi dans un milieu modeste dont la bonne éducation était la priorité de ses parents. A l’âge de 17 ans, il décide de monter à Paris avec son C.A.P. de coiffure en poche. Son rêve fût de travailler pour le meilleur coiffeur de l’époque, Alexandre. C’est dans un salon du IXème arrondissement qu’il commença sa vie professionnelle. Quelques années plus tard, il fut engagé par la Société Défossé, avenue Matignon. La direction du salon le mit alors en contact avec la grande maison de haute couture Coco Chanel qui l’engageât afin de coiffer ses mannequins pour 4 collections.


A 30 ans, son rêve se réalisa. Il fût engagé par Alexandre dont il devient le premier coiffeur puis son directeur artistique. Après une dizaine d’années de collaboration avec le maître, il décidât de reprendre sa liberté. Il travailla pour le théâtre d’art et d’essai puis pour apprendre à vivre avec d’autres cultures et d’autres savoir-faire, il partit en direction de New York puis de Rome.


Serge Mantelet, par son travail et ses recherches, a eu la chance de voir passer entre ses mains de nombreuses têtes célèbres telles que Madame Bernadette Chirac, Michèle Morgan, Romy Schneider, Peter Ustinov et bien d’autres.


Il partage à présent son temps entre Paris et Istanbul où il réside.

 

 

A quand remonte votre premier contact avec la Turquie ?


Sur mon chemin de recherche personnelle, j’ai fait la rencontre en 1980 d’une femme de nationalité turque. Nous nous sommes liés d’amitié puis un jour elle m’invita en Turquie pour satisfaire ma curiosité. Je fus immédiatement fasciné par la beauté de ce pays et la gentillesse des Turcs toujours intéressés par la découverte de ce qui est étranger à leur culture.


Deux mois après cette première expérience, j’eus la chance de faire un voyage en goulette sur la Mer Egée. Ce « tour bleu » fut pour moi un des chocs que la beauté de la nature a pu m’offrir, entre autres la propreté de l’eau où l’on peut percevoir le fond, ce qui n’est plus le cas en Méditerranée, devenue la côte du tourisme industriel.

 

                  

Depuis quand résidez-vous à Istanbul et pourquoi ?


En 1983, j’étais arrivé à un autre tournant important de ma vie où j’avais un désir profond de vivre d’autres expériences pour grandir émotionnellement. Le choix s’est imposé de lui-même.  

Les Turcs ont un cœur d’enfant, s’émerveillent et s’étonnent. La curiosité ne leur manque pas mais comme les enfants, ils manquent d’organisation.


Dès mon arrivée, j’ai pu voir et je peux voir encore toutes les sollicitations que l’étranger a pu amener. Elles ne sont, en grande majorité, pas positives. Avec le temps, les Turcs pourront faire un tri. L’adaptation à la nouveauté exige de la patience pour trouver les nouvelles directions à prendre.


J’aime vivre ici. En Europe, les gens ne s’étonnent plus. Quand la vie ne nous étonne plus, nous perdons en amabilité. Et perdre son amabilité, c’est tronquer la partie la plus merveilleuse de soi.


Européen de naissance, je ne me suis jamais senti « agressé » ici par ma différence.


 

 

Que pensez-vous des relations franco-turques ?


Je ne pense pas que les relations franco-turques et européennes soient aussi négatives que le laisse paraître les médias.


Les politiques, les journalistes qui ont un jugement négatif au sujet de ce pays, devraient faire un long séjour en Turquie pour en découvrir les mœurs et coutumes.


Comment peut-on parler de choses sans en avoir vécu l’expérience ?


Cela m’a toujours laissé perplexe. Aller voir avant d’émettre des pensées négatives sur telles ou telles attitudes d’humains vivant sur cette planète n’est pas sérieux.  

 


Quels sont vos projets en Turquie ?


Je suis heureux de vivre en Turquie et continue à y vivre. J’ai un projet de livre sur le travail manuel, le mettre en valeur en racontant l’histoire d’un coiffeur qui a anobli ce métier. Ce personnage a eu une influence importante sur l’évolution des comportements et attitudes de ses contemporains

 


Que souhaitez-vous pour la Turquie ?


Que des écoles professionnelles soient ouvertes pour donner les structures de bases indispensables afin que la jeunesse turque soit en compétitivité avec ses pays voisins. Les nouvelles générations composent la très grande majorité de ce pays. Les idées nouvelles ne leur manquent pas. Mustafa Kemal Atatürk avait compris il y a longtemps que l’enseignement libère l’humain de sa condition enfantine. Bonne chance au peuple turc.

 

 

 

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