Nord et Nord-Est

Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /Nov /2009 07:14


Ce matin, j'ai découvert un message laissé en commentaire sur un vieil article mais qui a réveillé en moi plein d'heureux souvenirs. Il était question de ces petits bonheurs très simples mais si réels, de ceux qu'on n'oublie pas !

J'ai voulu replonger quelques minutes dans cet univers des yayla, ces alpages situés tout au nord-est de la Turquie, à environ 3000 mètres d'altitude, près de la frontière géorgienne.

Je revois cet homme à cheval, descendu des alpages et surgissant de nulle part, au milieu de cette steppe où les fleurs sauvages sont plus nombreuses que les hommes.

 

                   Quatrieme-jour-006-copy.jpg

Je me souviens du ciel menaçant, prêt à déverser des trombes d'eau au-dessus de ces constructions utilisées seulement durant les mois d'été.

 

   Quatrieme-jour-061-copy.jpg
       
Je me souviens des parties de fou rire avec mes jeunes amis. Nous nous tenions tous par la main, courant dans les champs, escaladant des rochers sur lesquels je n'aurais jamais songé à monter toute seule, puis faisant une pause dans l'herbe, de vrais moments de bonheur...

 

    Quatrieme-jour-047-copy.jpg
       

Je me souviens de la petite Damla, la dévoreuse de fleurs comme je l'appelais ! Aussi fraîche que la rosée du matin, aussi gaie qu'un pinson, je la voyais grimper, dégringoler, courir, sauter comme un chamois dans cet environnement qu'elle connaît par coeur.

 

                      Quatrieme-jour-043-copy-copie-1.jpg

                                                     Damla, ses fleurs, son sourire...

Je me souviens de ces maisons dans lesquelles j'ai vécu des heures intenses, joie d'être ensemble, de partager, d'échanger, de se connaître, quel cadeau ! Même le ciel s'y était mis, offrant un arc de couleurs...

 

     Quatrieme-jour-064-copy.jpg
         
J'aurai l'occasion de reparler de ces yayla où j'ai rencontré ou revu des hommes, des femmes, des jeunes au coeur immense, et dont le souvenir reste toujours présent dans le mien.


Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Samedi 21 février 2009 6 21 /02 /Fév /2009 08:05

 

A 120 kilomètres d'Erzurum, la route principale et tortueuse qui part vers le nord en direction de Yusufeli, mène d'abord au lac Tortum.

 


Tortum şelalesi Türkiye - cascade de Tortum 

 

Celui-ci s'est formé au milieu du XVIIIème siècle, suite à un important glissement de terrain.

 

    lac-de-Tortum-copy.jpg
         
Au nord de celui-ci, un panneau indique la direction de Tortum Şelaleri, les cascades du même nom.

 

    -a-coule-copy.jpg

 

   
C'est au printemps, lorsque l'eau est abondante et qu'elle se jette du haut de ses 48 mètres, que la vue est la plus spectaculaire.

 

                vue-verticale-copy.jpg

 

Tant le lac Tortum que les cascades sont à présent intégrés dans un parc national.

 

   l-eau-donne-des-couleurs-diff-rentes---la-roche-copy.jpg
          

 

                    le-lac--provient-d-un-im-copy.jpg  



Ces cascades, au débit plus ou moins fort en été, sont tout de même bien agréables. Le jour de notre visite, un arc-en-ciel est venu apposer ses couleurs sur la roche...

 

   arc-en-cielvisible-dans-la-partie-basse-copy.jpg

 

En quittant ce lieu où l'eau et la nature se donnent en spectacle pour le plaisir de ceux qui savent l'apprécier, l'imagination fait son effet au détour de la route.

Ne voyez-vous pas, comme moi, dans le rocher de droite, se profiler la tête d'un crapeau qui semble admirer la montagne face à lui ?

 

    le-profil-d-un-crapaud-copy.jpg
            
   

Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Jeudi 18 septembre 2008 4 18 /09 /Sep /2008 06:47



Même si une carte a été publiée au début de mon périple pour situer la région de Kars et d'Ardahan, du temps a passé depuis et de nouveaux lecteurs sont arrivés entre temps.

Voici donc à nouveau la carte de la Turquie avec le nom de toutes les provinces et qui permet de localiser ce coin du pays où j'ai traîné mes guêtres le mois dernier durant une semaine. Le village d'Aşağı Aydere Köyü ainsi que les alpages sont situés un peu au nord-est d'Ardahan, près de la frontière géorgienne et sont localisés plus ou moins précisément sur la carte...



 Aşağı aydere köyü, Hanak, Türkiye


Lorsqu'on est dans les alpages, on voit régulièrement plusieurs tentes visibles souvent de bien loin de par leur taille, ce sont celles des "çoban", les bergers.

Ils viennent là en famille en mai et restent jusqu'à mi-septembre en général. Ils sont soit kurdes, soit türkmen.

 

Tous les ans, en avril, les maires des villages descendent à Hanak, la ville la plus proche et rencontrent des bergers qui proposent leur candidature pour garder les troupeaux durant la belle saison.

Les personnes susceptibles de faire l'appel iront ensuite avec les maires dans les villages mêmes finaliser leurs affaires avec les propriétaires concernés.
  
 

Lorsque je suis allée aux alpages d'Aşağı Aydere Köyü, j'ai immédiatement localisé les tentes des bergers et ai émis le souhait d'aller à leur rencontre afin de passer un petit moment avec eux.


 

   

Seule mise en garde qui m'a été faite, les chiens, les fameux "kangal" qui peuvent être très féroces et dont il faut se méfier.... mais à l'heure de la sieste, il n'y a pas trop de soucis à se faire !

  

Comme partout, l'accueil est chaleureux. Mehmet, le berger avec qui je parle en premier, est kurde et vient d'Iğdir, près de la ville d'Ağri située à proximité du mont Ararat.

Ils sont en tout une quinzaine de personnes à s'occuper des bêtes du village.

                

Sa ravissante épouse me propose de venir avec elle car une autre femme est en train de préparer du pain derrière les tentes. Là, je retrouve  cette technique de four à ciel ouvert que j'ai déjà vue par ailleurs et que je trouve particulièrement intéressante.


                    

Un trou aménagé dans le sol, on y fait du feu et lorsque les braises sont suffisantes, on plaque les fines galettes de pain contre la paroi en faisant attention de ne pas se brûler bien entendu.

                

Quelques minutes suffisent pour que les pains croustillants et savoureux soient cuits. On m'en offre un que je manipule avec précaution tant il est brûlant et Mehmet demande immédiatement qu'on y rajoute un fromage de leur propre fabrication.

Accompagnée par les enfants et par l'épouse de Mehmet, nous allons  faire un tour sous la tente principale. Comme dans les maisons, le poêle est présent là aussi, posé à l'entrée.

 

Une fois de plus, j'aurais passé un moment agréable mais bien trop court à mon goût avec ces personnes qui ont une vie particulière mais combien utile à la population locale. La femme de Mehmet aurait aimé tuer un agneau en mon honneur si elle en avait eu un à portée de main, j'en suis touchée.

                

Une des mignonnes petites au sourire éclatant nous accompagne quelques pas, intimidée et curieuse à la fois.

Ces quelques jours de bonheur simple mais intense s'achèveront le lendemain, toutes les bonnes choses ont une fin. 

                

Là encore, comme au village, en compagnie de Tamile, de Ferman, d'Ismail, de Ballı teze et de hanım nine entre autres, comme aux alpages des türkmen avec mes petites amies Yağmur et Birgül que vous connaissez maintenant également, je ne manquerai pas de revenir. 

 

Merci pour tous ces moments passés avec cette grande famille d'adoption qui m'a tendu les bras avec tant de chaleur et d'amitié comme on sait si bien le faire en Turquie.

Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /Sep /2008 06:47

Chaque village de montagne possède ses alpages où une bonne partie de la population passe les trois mois d'été. C'est là que les troupeaux paissent tranquillement en journée et retournent soit dans leurs abris respectifs la nuit, soit dans des endroits aménagés autour des habitations.

 

C'est aussi ici que sont fabriqués les fromages, le yaourt, le beurre et le kaymak, ce délice réalisé à partir de la graisse contenue dans le lait.

              
    Cemal teze, l'épouse de l'oncle Ismail, sépare la graisse du lait pour en faire du kaymak

Faute de temps, je n'avais pas eu l'occasion l'été dernier de découvrir les alpages d'Aşağı Aydere Köyü. Il était donc grand temps de remédier à cette lacune.

Nous y sommes montés assez nombreux ce matin-là, certains en voiture, afin de ramener des vivres, les autres à pied. Quelle que soit la façon dont on y grimpe, la route est difficile. Le véhicule butte sur les petits rochers qui parfois encombrent le chemin, traverse des cours d'eau, il faut s'arrêter régulièrement afin de laisser reposer le moteur mis à dur épreuve et vérifier qu'aucune partie ne soit endommagée.

A pied, ce n'est pas guère mieux, il faut grimper durant près de deux heures, parfois à travers les rochers. Mais quelle récompense au bout du compte lorsqu'en en contrebas d'un flanc de montagne, on aperçoit enfin au loin les alpages du village.

 

Les constructions au confort rudimentaire datent du XIXème siècle et sont en pierre. Elles sont constituées de deux parties accolées, l'une servant d'habitation, l'autre étant destinée au bétail.

 


D'ailleurs, c'est le moment d'envoyer les veaux au pâturage. Ils se fraient un passage entre les coqs, poules et oies qui encombrent la route.

 


Ils iront rejoindre leurs congénères qu'on aperçoit au loin, formant une tache de différentes couleurs dans le paysage. 

              

C'est l'occasion de faire connaissance avec de nouveaux membres de la famille et de retrouver certains avec grand plaisir, telle qu'Hülya, une autre cousine d'Enver que j'ai eu l'occasion de revoir à Istanbul en automne puisqu'elle y habite.

 

Toutes les occasions sont bonnes pour manger... et goûter par exemple au helva maison et au kaymak qui n'a absolument rien à voir avec celui que je connais à Istanbul, deux délices de plus !

               
                                   Hülya coupe des parts de helva

Je peux enfin rencontrer Cemal, l'épouse de l'oncle Ismail, celle-ci descendant peu au village durant la belle saison, forte occupée à ses activités quotidiennes qui nécessitent beaucoup de temps.

 

Aussi adorable que son mari, elle affiche un sourire angélique qui ne laisse aucun doute sur sa gentillesse.

             

Je ne connaissais pas encore Muhübbet hanım, la charmante kaynana (belle-maman) d'Enver qui, elle aussi, passe la majeure partie de l'été dans les alpages.

               

Dans cette univers plutôt féminin, Ferman, le mari de Tamile, et leur fils Fatih, sont bien tranquilles, on ne les entend presque plus... assis près du poêle et de la cheminée où l'on cuit habituellement le pain.

   

Il est hors de question d'arriver chez quelqu'un sans être aussitôt invité à partager un repas et avaler au moins quelques thés.

 

Dans les maisons des alpages, il n'y a qu'une seule pièce à vivre où tout le monde se retrouve, tant en journée que la nuit. L'espace est somme toute assez petit, selon le nombre de personnes qui s'y trouvent.

   

Il y a de nombreuses visites à faire, en particulier à  la joyeuse Süsi entourée de ses deux filles, Tamile et Muazzez, qui ne manquent pas de lui prodiguer beaucoup de tendresse.

   

Mais comme toujours, les heures s'écoulent bien trop vite. Le ciel s'assombrit et l'orage menace, il est urgent de prendre congé pour ne pas se retrouver en pleine nature au mauvais moment. 
 

 

Les séparations nécessitent toujours un certain temps, nous voilà en plein orage et la grêle s'abat sur nos têtes, après avoir parcouru  une bonne moitié de la route seulement.

Et ce que craignait Ferman arrive, nous voilà embourbés dans le chemin, les roues patinent... Il faut attendre que l'orage passe tant il est violent pour tenter de sortir du bourbier, sans succès. Heureusement, comme par miracle, un tracteur apparaît ... et nous sort de ce fameux guêpier.

 

Je n'ai pu m'empêcher d'immortaliser ces instants où les nerfs des hommes ont été mis à rude épreuve. Heureusement, nous sommes finalement rentrés sans encombre, juste les vêtements bien salis et mouillés...

Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Mardi 16 septembre 2008 2 16 /09 /Sep /2008 08:02



Ces maisons sont souvent bien plus que centenaires. Faites à l'origine de pierre et de bois, elles sont presque toutes semi-enterrées pour mieux résister aux rudes et longs hivers de la région. Il ne faut pas oublier qu'on est à 2600 m d'altitude et en septembre déjà, la neige fait souvent son apparition pour quelques mois. 

   

C'est ainsi qu'on distingue, lorsqu'on déambule sur le toit, les anciennes fenêtres, toutes petites. D'autres ouvertures sont aménagées pour le passage du foin. Il vient remplir une pièce complète où sera stocké le nécessaire pour les bêtes pendant l'hiver puisqu'il est souvent impossible de sortir de chez soi.

   

   
                        Au fond l'accès - ici la pièce est bientôt remplie, les foins se terminent

Vous avez déjà fait connaissance avec la cuisine où Tamile ou sa belle-maman réalisent des mets succulents. C'est une petite pièce que j'aime beaucoup. A l'entrée de celle-ci se trouve un soba, le poêle qui permet de chauffer cette aile de la maison.

 


Juste à côté se trouve le salon où l'on se retrouve tous pour manger, parler, regarder les informations télévisées. La nuit, la pièce se transforme en chambre à coucher.

 

On défait les épaisses couches très confortables et on les couvre de couettes douillettes avec lesquelles il est impossible d'avoir froid. Cette pièce est une des plus récentes de la demeure.

   

Dans le long couloir qui permet d'accéder d'abord aux deux ailes (cuisine, salon, sdb d'une part et deux immenses chambres de l'autre qu'un autre poêle alimente), une porte sur la droite attire l'attention.

 

Elle donne sur le dépôt de nourriture. Ici, on entasse les sacs de farine, de riz, de pâtes, on oublie les courses quotidiennes au supermarché.

  


Souvent, le chat vient se reposer juste devant la porte, il semble faire office de concierge.

Je croise ma mère l'oie et son petit qui ne sont pas encore sortis au grand air ce matin-là. Des oies, il y en a partout dans les villes et villages de la région. A l'automne, on les gave durant deux mois, en général en septembre et en octobre. Quand vient le mois de novembre, on les tue. Une fois nettoyée, la viande est mise à sécher à l'extérieur, puis salée en décembre et fumée dans de grandes cheminées. On réalise aussi l'équivalent de confits d'oie ou de canard français...

Ces délices sont ensuite conservés soit dans les réserves, soit dans des malles posées dans la neige et on les consomme petit à petit durant l'hiver. Raison de plus pour moi d'essayer de faire un saut durant les grands froids, gourmande que je suis.

              

Une autre porte extérieure donne sur un couloir aménagé spécialement pour le passage des bêtes. Au fond de la maison se trouve l'étable compartimentée pour les vaches, boeufs mais aussi les veaux.

              

Je m'imagine les bovins foncer à qui mieux mieux et se frayer un passage tant bien que mal. En cette saison, il n'y a pas de locataires puisque le bétail se trouve encore dans les alpages.

 

En regardant d'un peu plus près dans les coins et recoins de l'étable, je découvre ceux où logent les poules....

 
               Du producteur au consommateur, difficile d'avoir des produits plus frais

A côté de l'étable se trouve l'ancienne et unique pièce à vivre de la maison. Il y faisait bien sombre, les fenêtres minuscules laissant passer peu de lumière. A présent, elle sert également pour les animaux en hiver.

 

La dernière pièce indispensable, ce sont les toilettes, cette petite cabane qu'on voit à l'extérieur de chaque maison, située en général près du tas de bouses de vaches qui sèchent au soleil avant d'être stockées également à l'intérieur pour l'hiver. 

 

La visite guidée est terminée pour aujourd'hui !

Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /Sep /2008 07:00

Dans ce village que vous découvrez avec moi au fil des billets, les quelques dizaines de personnes qui y habitent en permanence ont déjà un certain âge.

Durant la belle saison, les familles s'y retrouvent pour quelques semaines et les jeunes découvrent une vie différente de celle qu'ils vivent au quotidien. Parmi ces gens qui reviennent ici pour quelques mois seulement, il y a Hanım nine, autrement dit grand-mère Hanım.

                 

Son âge exact, comme pour la plupart des villageois nés dans des coins aussi reculés, n'est pas connu de façon certaine. A l'époque, le muhtar ou maire du coin, ne venait que rarement recenser ses âmes et les actes d'état civil reposaient sur le souvenir d'évènements plus que sur des dates précises.

Toujours est-il que Hanım nine a dépassé allègrement les 90 ans et qu'elle est la grand-mère maternelle de mon ami Enver.

Il me tardait de faire sa connaissance ; j'avais entendu parler d'elle en termes plus qu'élogieux quant à sa lucidité et son humour permanent. On dit bien que l'humour conserve et après avoir passé un moment avec elle, je ne peux que le confirmer.

                 
                                  Elle tricote encore un peu, Hanım nine

En hiver, Hanım nine vit sa petite vie tranquille dans la grande Istanbul aux côtés de son fils Cansever, mais quand arrive l'été, elle ramène avec malice son brin de bonne humeur au village.

Les hommes sont occupés pour l'instant à l'extérieur et nous faisons connaissance. Comme toute femme qui se respecte, ses questions sur mon état civil fusent. : "Tu es venue sans ton mari ? Ah bon, tu es divorcée, mais pourquoi ? Et tu ne t'es pas remariée ?..." Je suis surprise par l'analyse de "Hanım nine" qui, après réflexion, me donne raison dans mes choix de vie... Quelle ouverture d'esprit !

                

Mise à l'aise par sa verve, j'ose lui demander pourquoi elle ne s'est pas remariée. Veuve depuis plus de 30 ans, ce ne sont pas les prétendants qui manquaient, me répond-elle. Pétillante comme elle l'est encore à son âge avancé, je peux m'imaginer à quel point elle l'était auparavant... et pouvait ainsi séduire la gente masculine. Mais finalement aucun n'était assez riche et beau, me dit-elle en plaisantant.

Pendant qu'elle sirote son thé, je la surveille du coin de l'oeil,  elle a l'air pensive tout à coup.

                      

Les hommes reviennent à la maison et la conversation se poursuit dans la bonne humeur. Son fils est mis au courant de nos manigances et ne semble pas plus étonné que cela. 

 
               De gauche à droite, Ali bey, le beau-père d'Enver, Hanım nine et son fils Cansever

Il est malheureusement déjà l'heure de continuer notre route. Rendez-vous est pris pour l'été prochain avec pour mission de lui dénicher L'HOMME qui répond à tous ses critères de sélection, ce qui nous fait bien rire toutes les deux. Si je trouve chaussure à son pied, je lui promets de lui faire parvenir des photos.

Hanım nine se fait un devoir de nous raccompagner un petit bout de chemin à l'extérieur. Si ce n'était même que juste pour elle, je reviendrais au village pour la voir prendre encore son air coquin, regarder ses yeux malicieux et enjoués, prendre du plaisir à la taquiner autant qu'elle m'a taquinée, et recueillir des souvenirs de sa jeunesse passée.

               

J'ai vraiment tenu à lui dédier ce petit billet, car même à l'autre bout du pays, il y a des dizaines d'années déjà, des femmes de caractère savaient se faire respecter... et je suis convaincue qu'elle faisait partie de celles-là.

Hanım nine , n'oubliez pas d'être là pour notre prochain rendez-vous, j'y tiens !

               

Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 07:35


La journée s'annonçait pourtant belle ce matin-là à Aşağı Aydere Köyü. Rien ne laissait présager que le ciel s'abattrait sur nous quelques heures plus tard, mais en altitude le temps peut changer si vite.

J'avais hâte de retourner dans les alpages des türkmen à une bonne heure de route à pied du village. Les tirages papier des photos prises l'an passé étaient prêts. Lorsque nous sommes partis, nous avons décidé d'emmener des parapluies... 

 
                                                 Ciel gris dans les yayla

Parfois les sentiers sont tracés, à d'autres moments c'est à travers champs qu'il faut passer. Quelques hommes fauchent encore, en cadence, avant que la pluie n'arrive. Il ne s'agit pas de perdre le rythme car un accident est vite arrivé. Le tempo est parfaitement orchestré.

  

Des nuages noirs viennent assombrir le ciel, il faut marcher plus vite.


  
                                  

Heureusement que nous arrivons dans les alpages car la pluie commence à tomber, quelques gouttes éparses d'abord.

 

Une dernière pente à dévaler avant de foncer dans la première épicerie d'un des trois villages türkmen qui ont ici leur alpage estival.

La jeune Burcu s'empresse de nous préparer un thé pour nous réchauffer car la température a dégringolé avec l'humidité ambiante. Les gouttes de pluie se font entendre au-dessus de nos têtes et il faut isoler au mieux les toits pour éviter les infiltrations, tant des trombes d'eau s'abattent en quelques minutes, transformant en gadoue bien glissante les chemins des alentours.

Une jeune fille arrive, trempée ! Même si je ne connais pas son nom, je la reconnais immédiatement pour l'avoir photographiée l'an passé. Elle s'appelle en fait ... Yağmur et porte bien son nom... Elle aussi se souvient de moi et aussitôt nous fouillons dans les photos pour trouver celles qui la concernent ainsi que ses soeurs.

 
                             Burcu et sa casquette ainsi que la charmante Yağmur


La pluie ne semble pas vouloir cesser, nous allons donc faire quelques pas de deux sans tomber pour chercher la maison de Birgül, autre charmante jeune fille qui nous avait accueillis l'an passé avec une gentillesse extrême.

Yağmur nous y emmène directement, ici tout le monde se connaît. Quel bonheur de revoir Birgül et son sourire permanent aux lèvres. Elle nous présente son fiancé... que nous ne connaissions pas encore et dont la gentillesse identique à celle de sa bien-aimée transpire au premier contact.

  
                                  Öskan, le fiancé, la maman de Birgül et cette dernière

La maman de Birgül nous prépare du thé et de l'ayran. Si la pluie ne devait s'arrêter, nous trouverions refuge ici pour la nuit sans souci. C'est un grand bonheur de revoir ces personnes qui nous ont ouvert leur maison l'an passé avec simplicité et chaleur. Birgül m'écrase presque les doigts durant ces minutes passées ensemble, main dans la main, heureuses de nous retrouver.

Un petit bout, trempé comme une soupe dans son survêtement rose, vient rejoindre Yağmur, sa petite soeur au nom tout aussi mignon, Damla, la goutte, suivie un peu plus tard par l'aînée, Bahar, le printemps, un trio féminin des plus attachants.

 

Il est difficile de partir mais une autre visite nous attend. C'est promis, je reviendrai encore passer plus de temps avec mes petites copines des alpages.

Enver retrouve avec joie Kazım bey avec qui il a passé beaucoup de temps dans son enfance. Une belle moustache, le béret sur la tête comme il se doit, il affiche un sourire radieux en compagnie de son adorable épouse.


 


Il faut quitter les alpages, la route est encore longue et il pleut à présent un peu moins fort. C'était bien trop court, j'aurais aimé passer des heures ici. Le temps semble s'être arrêté, l'air y est différent, il a le goût de l'amitié franche et sincère, comme tant d'endroits en Turquie.

Au moment de partir, une femme attire mon regard. C'est une vieille dame türkmen de plus de 75 ans, au minois attendrissant. Avec sa canne qui la porte, elle me dit "mais je ne te connais pas" lorsque je m'approche d'elle.

 
                 

Ce n'est pas grave, lui ai-je répondu. Son visage parle pour elle, son regard et son sourire suffisent à m'émouvoir. Elle porte sur elle des foulards resserrés aux bras, autour du cou un pendentif qui marque ses origines! Ah mamie, je te trouve si belle !

                 

Yağmur et Damla nous accompagnent un bout de chemin mais nous les invitons à rentrer chez elle, elles sont déjà tellement mouillées.

 

Nous pressons le pas et nous éloignons des villages. C'est à ce moment-là qu'en nous retournant une dernière fois, nous voyons arriver vers nous une petite tache rose qui grandit, tant elle court à perdre haleine sous la pluie qui vient de redoubler. 

Damla porte dans sa main un petit bouquet de fleurs séchées du coin, Yağmur l'a chargée de me le remettre, en souvenir de notre amitié. Ce sont d'autres gouttes qui tombent alors... Ce petit bouquet très symbolique est bien arrivé à Istanbul et est posé dans la cuisine. Souvent, je le regarde en me disant que finalement le bonheur tient parfois à peu de choses et qu'il faut peu de choses pour être heureux ...

Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /Août /2008 11:05


En revenant de notre belle promenade à travers les champs alentours, nous apercevons deux femmes dont une qu'Enver connaît très bien.

 

Il s'agit de Ballı teze (tante Balli) chez qui il a passé beaucoup de temps étant très jeune enfant. Que de doux moments ont-ils vécu ensemble et il reste cet attachement, cette complicité que je décèle au premier regard.

                  

Elle nous invite dans sa maison que l'apparence extérieure ne différencie d'aucune autre. Mais à l'intérieur, quel ravissement dans cette demeure plus que centenaire.

Les portes du salon donnent sur la cuisine et lorsqu'on les referme, on pourrait penser qu'un simple placard se cache derrière.

                 

Un plafond de bois tel que je les aime, de la dentelle toujours en bois qui en fait le tour, le sol composé de larges planches de bois également,  le poêle au milieu de la pièce, et quelle pièce ! Nous voilà dans ce qu'on appelle la "köy odası", la pièce du village.



Imaginez-vous une quarantaine d'années en arrière. Les tapis jonchaient alors le sol et les villageois se retrouvaient là le soir pour les veillées, les adultes assis tout autour dans la pièce et les enfants par terre.

 

Un des anciens racontait les histoires du passé, véridiques ou légendaires, et le sas, instrument de musique traditionnel turc, meublait les intermèdes musicaux.



Au moment de reprendre la parole, le conteur demandait comment continue son histoire. Si personne ne répond, il reprenait lui-même la suite... Mais si un enfant, tel que cela a été le cas pour Enver, disait connaître la suite... et que finalement ce n'était pas le cas, il fallait donner quelques pièces de monnaie au conteur pour poursuivre son récit...

                 

Mais aujourd'hui, les mamies s'intéressent à la technologie. Quel est donc cet appareil magique qui sert de téléphone et d'appareil photo à la fois ?



Un test photo est fait immédiatement et l'amie de Ballı teze offre son joli visage de pomme ridée par le temps à l'immortalité.



Après un bon thé et du pain frais fait maison tout croustillant et encore tiède, il faut revenir à la maison. Au passage, nous croisons Zeker dede, que vous connaissez déjà à présent, qui me lance un p'tit salut du béret.

                 


Ce soir, quelques hommes de la famille se retrouvent devant la maison pour papoter et rigoler autour d'un thé. Tous chapeautés, ils sont plein d'humour et j'ai fort à faire pour avoir le dernier mot avec eux.

 

Ainsi s'écoule la vie du village, après la journée de travail dans les champs, on se retrouve, le plus nombreux possible et l'on devise... on refait le monde.

Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Vendredi 29 août 2008 5 29 /08 /Août /2008 06:20


Aujourd'hui, faute de temps, je n'écrirai pas grand chose mais je vous montrerai juste ce que dame nature a créé tout près d'Aşağı Aydere Köyü, ce village que j'ai commencé à vous faire découvrir.

Ne me demandez pas leur nom, je l'ignore, mais ces petites grappes de fleurs presque transparentes, à la forme originale, me plaisent bien.

 

Nous nous sommes croisées tout près de la rivière où les foins étaient ramassés, leurs fleurs et moi.

 

Je me suis assise au bord de l'eau pour écouter le croassement des grenouilles qui abondent par là, regarder les nuages jouer parfois à cache-cache derrière les montagnes, observer l'ombre qu'ils provoquent en passant devant le soleil.

 

Pendant ce temps, Enver cueille des espèces de roseaux pour faire, entre autres, une flûte destinée à son neveu. Les enfants de la ville, en France ou ailleurs, savent-ils encore jouer avec des petits riens quand ils n'ont pas de jeux électroniques, je m'interroge... Ici, les cailloux, les fleurs, les branches se transforment au gré de l'imagination des petits... et des grands.

                 


Les fleurs sont nombreuses par ici. Qu'elles soient blanches, jaunes ou bleues, elles forment un tapis multicolore au bord des chemins et c'est un ravissement pour les yeux ... et pour pour le nez aussi.

                 

Le vent qui souffle assez aujourd'hui ne me facilite pas la tache pour attraper au vol la délicatesse et "l'architecture" de ces petites fleurs.

                


Un peu plus loin, elles sont mauves à présent et se balancent toujours autant dans le vent.

                      

Jusqu'aux abords du village, c'est une symphonie de couleurs où les fleurs se mêlent aux cailloux en accentuant cette sensation de douceur et de calme qui règne ici.


 

Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /Août /2008 06:55

 
C'est au mois d'août qu'on fait le foin et qu'on le rentre, une fois séché, afin d'être paré pour l'hiver.

Les journées de travail commencent tôt, c'est bien souvent vers 5 ou 6 h que les hommes partent avec les tracteurs pour dévaler les pentes et entasser sur leur engin des meules immenses. Les manipulations sont importantes ; les fourches et les rateaux ont fort à faire.

Ce matin-là, au-dessus du toit de la maison, Ismail amca, Ferman et quelques autres venaient de ramener un premier chargement à rentrer.

 


Il ne s'agit pas de lambiner car après ce tas-là, il y en aura bien d'autres tout au long de la journée et ce durant plusieurs jours.

 

 Une fois le petit déjeuner pris, une promenade est prévue dans les alentours pour aller  retrouver ce petit monde reparti avec le tracteur près d'une des rivières proches pour continuer le ramassage.

En cours de route, nous croisons d'autres voisins occupés aux mêmes tâches. Un bonnet enfoncé sur les oreilles, la bonne humeur est toujours de mise malgré la rudesse du travail.


                  

Lorsque le véhicule s'est déplacé un peu plus loin pour ramasser une nouvelle meule, j'aurais aimé pouvoir enregistrer cet homme perché sur son tas de foin chantant un vieil air du pays au milieu de cette immensité.



Nous continuons notre route et tout à coup, au lointain, un homme à cheval précède un autre tracteur venu de nulle part et qui dégringole la montagne.



Après être descendu vers la rivière, nous rejoignons l'équipage qui ne cesse de s'activer.



Que ce soit les mini-bus locaux ou les tracteurs, ils ont tous une marque de "design" local.

A l'intérieur des fleurs en plastique entourées d'animaux aux couleurs fashion et bien sûr le nazar boncuk en plein milieu du volant, pour protéger du mauvais oeil.




Il a fier allure ce véhicule et le lasso est fin prêt pour le service !

                        

En regardant d'un peu plus près, un autre nazar boncuk est accroché à l'extérieur également.

                        

A l'abordage ! La corde permet en fait de ficeler toutes ces meules au mieux pour éviter qu'elles ne tombent... et vu la route qu'elles vont emprunter, il vaut mieux prendre ses précautions.

C'est sportif, je vous le garantis car il faut se pendre de toutes ses forces pour serrer un maximum le tout. Mais quand on est fort comme un turc, pas de soucis !



                       

Une fois que tout est savamment accroché, il y a lieu d' aider le convoi à traverser le bras de rivière, ce qui demande à la fois technicité, dextérité et... un peu de chance.


 

Ca y  est, le passage est une fois de plus réussi, le gars perché sur le chargement est bien secoué mais les chocs sont amortis.

 


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Par Nat - Publié dans : Nord et Nord-Est - Communauté : Turquie
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