Turcs d'Alsace

Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /Avr /2010 09:23

Parmi les 25 jeunes qui ont participé au raid VTT Bischwiller - Istanbul organisé par le Collège-Lycée André Maurois de Bischwiller dans le Bas-Rhin, j'ai souhaité donner la parole à certains d'entre eux.

 

Vous allez ainsi faire connaissance avec Melek, Nicolas, Gülcan et Züheyl.

 

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De gauche à droite Züheyl, Melek, Gülcan et Nicolas, reçus avec le reste de l'équipe au Palais de France à Istanbul

 

 Melek, au sourire permanent, est en classe de seconde. D'origine turque, née en Alsace, elle m'explique que ses parents ne voulaient tout d'abord pas la laisser participer à ce raid, craignant qu'il ne lui arrive quelque chose sur la route. Habitués à venir en Turquie en voiture, ils connaissent les dangers du parcours.


Le père de Melek a assisté à la réunion organisée au début de la rentrée scolaire. Il lâche un petit "oui" en proposant à sa fille d'aller aux entraînements (plus de 2000 kms pour chacun) et "on verra bien". Il pensait qu'elle allait abandonner en cours de route, compte-tenu des conditions particulièrement rigoureuses de l'hiver alsacien où pluie, neige et grand froid étaient au rendez-vous.

 

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                                                   Melek

 

Melek poursuit : "Je suis super contente d'avoir réussi, j'ai vu mes limites. Je ne croyais pas vraiment que j'allais pouvoir rouler sous la pluie et que j'étais capable de faire pas mal de choses en vélo. Je n'ai plus peur de la pluie, de la boue et quand je vois une flaque, je roule maintenant dedans".


Son meilleur souvenir reste le passage à l'école française à Belgrade. Barbecue et gâteaux au programme ainsi qu'un accueil très chaleureux. Le moins bon souvenir, c'est la chute près de Bratislawa. Un prof suivi par 4 élèves, dont Melek, ont vu d'un peu trop près le sol. Au final, plus de peur que de mal, heureusement.

 

Lorsque j'ai discuté avec Melek la première fois, elle n'avait pas encore vécu un autre souvenir marquant, celui qui l'attendait le jour de ses 16 ans, le 23 avril, au Palais de France d'Istanbul...

 

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Hervé Magro, Consul Général de France à Istanbul, informé par les sources diplomatiques alentours, souhaite un excellent anniversaire à Melek qui aura eu droit à une chanson de circonstance de la part de toutes les personnes présentes


Nicolas, alsacien de souche, paraît bien sérieux, avide de questions, curieux de tout. Elève de 1ère S, il a passé les épreuves du BAC de français durant le raid (certaines organisées en mairie, d'autres dans des hôtels).

 

De cette expérience vécue durant les semaines passées, il retient le souvenir des paysages des 10 pays traversés, l'ouverture à d'autres cultures. "C'est vraiment important de voir autre chose dans la vie, de rencontrer d'autres personnes, c'est quelque chose de génial avec le côté sportif en plus" dit-il.

 

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                                                    Nicolas

 

Tout comme Melek, il utilise habituellement le vélo pour se rendre au Lycée André Maurois de Bischwiller. Avec ses compagnons de route, il envisage déjà d'organiser d'autres sorties en VTT le week-end.

 

Les meilleurs souvenirs de Nicolas sont les rencontres avec le Consul Général de France à Istanbul, avec l'Ambassadeur de France à Budapest. et avec les lycéens des différents lycées français à l'étranger.. Le moins bon, c'est sa blessure au genou - apparemment les tendons - pas encore guérie à ce jour. En raison de ce problème, il n'a pu pédaler que par demi-journées durant la dernière semaine. Souhaitons lui un prompt rétablissement afin qu'il puisse bientôt pouvoir profiter pleinement du moyen de transport utilisé près d'un mois de façon intensive.

 

Züheyl, dont la famille est originaire de la région de Giresun en Mer Noire, est né et a grandi à Bischwiller. Aujourd'hui, en classe de 1ère S, il s'est retrouvé désigné traducteur lors de la réception organisée par la mairie de Beyoğlu et reconnaît la difficulté du métier.

 

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                                                Züheyl, apprenti traducteur

 

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 Bien que connaissant les membres du raid depuis les classes de primaire, il a apprécié le  partage et le respect mutuel des uns et des autres durant cette épreuve commune.

 

Les grands yeux noirs de Gülcan, élève de seconde, dont les parents sont originaires d'Aydın, s'illuminent lorsqu'elle évoque ses meilleurs souvenirs du raid : "Il y en a trop ! La relation entre les profs et les élèves, les petits délires, les blagues, du genre le matin, on cache le vélo d'un adulte ou on pique sa roue qu'il cherche durant 10 mn avant qu'on ne la lui rende, les parties de rigolade à table."

 

Par ailleurs, la traversée de la Roumanie, les personnes en galère, la pauvreté apparente, auront visiblement marqué la jeune fille.

 

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                                                   Gülcan

 

Gülcan, au franc-parler dénotant un caractère visiblement bien trempé, explique aussi : "Les français ne connaissaient pas bien nos origines, notre culture, tout ce qui est relation avec la Turquie. Cette expérience leur a ouvert les yeux, leur a permis de voir où et comment nos parents ont vécu".

 

Nicolas confirme : "Maintenant, qu'on est en Turquie, on voit  vraiment les gens ici, c'est différent quand on est dans le pays en fait.  On voit comment les gens vivent et on s'aperçoit que par rapport à une grande ville comme Strasbourg, il n'y a pas beaucoup de diffférences apparentes et les gens sont comme nous."

 

Melek se souvient que beaucoup de ses amis français pensaient qu'il n'y avait que des femmes voilées partout et croyaient que tout était interdit dans le pays ; ils ont découvert une image européenne.

 

J'aurais aimé pouvoir m'entretenir plus longuement avec ces quatre jeunes ainsi que leurs compagnons de route. De ces quelques échanges, j'ai ressenti beaucoup d'humanisme et de respect, deux valeurs indispensables à mes yeux pour construire le futur.

 

Bravo les jeunes pour cette belle leçon et bon vent à vous tous ainsi qu'aux autres participants !

 


Par Nat - Publié dans : Turcs d'Alsace - Communauté : Turquie
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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /Déc /2008 08:48


La population turque de Mulhouse, qu'on peut estimer actuellement à environ 5000 personnes, vient essentiellement d'Anatolie Centrale, de Mer Noire, de l'Est et du Sud-Est du pays.
   
           
                      La Porte Jeune en plein centre de Mulhouse avec la Tour de l'Europe

Les premiers turcs sont arrivés là au début des années 70 pour subvenir aux besoins en personnel de Peugeot et des entreprises du bâtiment. En 1973, la communauté turque était de 700 personnes.

Pour s'intégrer, que ce soit à Mulhouse ou ailleurs, il faut accepter les autres. Faire un pas en avant en direction des autres est indispensable, à condition que celui-ci soit accepté en face. Il s'agit ensuite de découvrir cet autre univers en y vivant, en se débrouillant économiquement, en se logeant, en apprenant la langue française, en éduquant ses enfants.

Mulhouse s'est dotée, il y a déjà bien longtemps, de structures adaptées à l'accompagnement de l'importante population immigrée d'origines très diverses qui y habite. Le Centre Socio-Culturel Papin en est un exemple. Situé dans le quartier de la ville appelé "Cité" où réside la majorité de la communauté turque, il dispose d'un service de médiation interculturelle créé en 1992. L'équipe est composée de douze personnes à la tête de laquelle se trouve Semiha Sipahi que je vous ai présentée hier.

           
                          La place des Vosges à Mulhouse, dans le quartier de la Cité

Les objectifs sont de taille : "J'habite à Mulhouse, en France, je respecte les droits et obligations, je deviens citoyen, on m'inculque les valeurs républicaines mais je garde mon identité. Pour savoir où je vais, je dois d'abord savoir d'où je viens et qui je suis." comme le dit bien Semiha.

           
                   Groupe de parentalité du mardi après-midi au Centre Socio-Culturel Papin

Le service de médiation est un trait d'union, un pont entre les différents habitants du quartier, afin qu'ils apprennent à mieux se connaître, à mieux vivre ensemble sans oublier leurs origines respectives. La double culture est une richesse, un plus à transmettre aux générations futures.

           
                                                     Groupe de parentalité        
     
Au Centre Papin, tous les mardis après-midis durant 2 heures, le groupe de parentalité composé d'une petite vingtaine de femmes turques se retrouve là à la fois pour apprendre le français mais aussi pour découvrir et participer aux coutumes locales (comme la participation au marché de Saint-Nicolas qui se préparait lors de mon passage fin novembre ou la visite du marché de Noël de Strasbourg). C'est aussi l'occasion de discuter, d'échanger, de se rencontrer.

            
                       Christine, de l'équipe de médiation, participe à l'animation des groupes

Semiha pense que le grand problème des immigrés vient surtout du fait qu'ils arrivent sans projet réel et sans être préparés à ce qui les attend. On arrive souvent pour des raisons économiques, pensant trouver l'eldorado. Sans connaître sa propre culture, il est plus difficile de trouver sa place dans un pays qui n'est pas le sien et qui fonctionne différemment. 

            
                  De nombreux thèmes sont abordés durant ces réunions, y compris la santé

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Alsace - Communauté : Turquie
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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /Déc /2008 07:56

 

Je ne pouvais dresser quelques portraits de turcs d'Alsace sans faire celui de Semiha Sipahi.

J'ai fait sa connaissance en octobre 2002, lorsque je suis allée prendre mes premiers cours de turc à l'Université Populaire de Mulhouse. L'énergie de cette femme au sourire permanent, qui, en plus de ses nombreuses activités, a oeuvré là de 1995 à 2006, n'a fait que renforcer mon envie d'apprendre les rudiments de cette nouvelle langue que je devais apprivoiser.

                                  


                            
Semiha est née à Aksaray, en plein coeur de la Turquie. Son père, avocat à la Karayoları (équivalent de la Direction Départementale de l'Equipement en France), était chargé à l'époque des préemptions de terrain pour la création des routes. De ce fait, elle a grandi dans différentes villes de la Mer Noire (Tirebolu, Trabzon, Giresun), en fonction des endroits où son père était amené à intervenir. A partir de 1970, la famille s'installe à Ankara et Semiha intègre le lycée de jeunes filles avant d'étudier Sciences-Po.

 

Elle apprend le Code Civil Suisse et le Code Pénal Italien et baigne déjà dans la culture française en étudiant et lisant Voltaire, Rousseau, Zola et Balzac.

 

Semiha arrive à Paris en 1985 à l'âge de 28 ans avec son fils de 2 ans et demi. Elle vient y rejoindre son mari Adem venu, lui, fin 1982. Le Coup d'Etat Militaire a incité le départ de cet intellectuel qui demande l'asile politique dès son arrivée à Paris avant de se rendre à Dijon pour suivre des cours de français en vivant dans un foyer.  


                               
                                  
 Que faire une fois la famille réunie ? Rester à Paris ou aller en Alsace où une importante communauté turque est déjà installée ? La deuxième solution est adoptée. A leur venue à Mulhouse, la famille loge durant les deux premiers mois dans différentes familles turques avant qu'un pasteur ne leur propose d'occuper un studio appartenant à sa propre famille.

Les débuts ne sont pas faciles, Semiha se souvient des escaliers nettoyés à l'époque pour la modique somme de 5 Francs. Le même pasteur trouve un emploi d'ouvrier agricole pour son mari. Pendant ce temps, Semiha réussit à faire reconnaître son diplôme et poursuit ses études durant un an à l'Université Louis Pasteur de Strasbourg pour obtenir une maîtrise en économie.

Fin 1987, Adem décide de suivre une formation de technicien agricole et toute la famille part pour Besançon durant un an. Semiha sera la première ouvrière optique turque à travailler dans la célèbre entreprise de Marc Lamy à Morez. La petite famille va finalement rester dans la région 3 ans et demi et leur second enfant naîtra là-bas.

            
 Retrouvailles début novembre 2008 à Istanbul avant de se revoir à Mulhouse quelques semaines plus tard

Leurs anciens propriétaires devenus amis et venus leur rendre visite en Franche-Comté proposent de leur louer un F4 dans leur immeuble.  Le retour à Mulhouse se fait en 1991.

Semiha commence par donner bénévolement des cours de français aux femmes de la communauté turque au centre culturel du quartier Bel-Air et à servir d'interprète. En 1992, Semiha propose sa candidature comme médiatrice interculturelle, poste créé au centre Papin par la Ville de Mulhouse et le Fonds d'Action Sociale. Ce poste, qui lui est finalement confié, est destiné à favoriser les relations entre les habitants du quartier et à travailler en relation avec les structures scolaires et administratives.

De nombreuses actions voient le jour : contacts avec et par les écoles, suivi des démarches administratives des étrangers, cours de français, développement de l'identité et de l'autonomie, organisation de soirées culturelles, rencontres avec les autochtones.

           
                         Semiha anime le groupe parentalité du mardi au centre Papin

Semiha utilise les bagages acquis durant sa jeunesse pour comprendre les difficultés des personnes déracinées. Elle a été nommée récemment dans l'Ordre National du Mérite, elle qui se définit comme étant d'origine turque et de nationalité française, dans ce pays dont elle est devenue citoyenne.

Même si les débuts en France n'ont guère été faciles, la volonté de réussir et de s'intégrer a gagné. Semiha peut être fière du chemin parcouru, son optimisme et son dynamisme n'y sont pas pour rien, j'en suis certaine ! Comme elle me le disait à juste titre "Vouloir, c'est pouvoir !"

 

 

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Alsace - Communauté : Turquie
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Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /Déc /2008 07:21


J'ai rencontré Yavuz et son épouse Songül par le plus grand des hasards en rendant une visite-surprise à une copine qui travaille au service de l'Action Territoriale de la Ville de Mulhouse.

Après notre discussion, je leur demande si je peux les rencontrer un peu plus longuement pour discuter ensemble. Et c'est ainsi que je suis invitée à déjeuner quelques jours plus tard.

             
 Autour de la table familiale avec Nafiye, la soeur de Songül et ma copine de la mairie, invitée elle aussi

En sortant du collège, Yavuz, qui est originaire de la région de Tokat en Anatolie Centrale, a fait du commerce de légumes avec son père durant 12 ans. Après son mariage avec Songül en 1998, cette dernière tente en vain de lui trouver du travail en Alsace où elle a grandi. A plusieurs reprises, elle vient voir son mari en Turquie durant les deux ans qui suivent.

En 2000, Yavuz vient à Istanbul avant de monter dans un autobus bulgare pour se rendre clandestinement en France après avoir versé 5000 Euros à un passeur. Arrêté par la police en Italie, on lui délivre une autorisation de résidence de 3 mois. Après avoir passé quelques jours à Vintimille chez des membres de sa famille, il arrive à Paris avant de se rendre à Mulhouse.

Il loue avec sa femme une maison auprès d'un propriétaire turc. La demande d'asile politique est rejetée et une sommation de quitter le territoire dans les 30 jours lui est présentée. 

                        
                                                           Yavuz

Songül, avec qui il a déjà un premier enfant, travaille alors comme aide-cuisinière dans une taverne. Une personne membre de la C.I.M.A.D.E., Service d'entraide oecuménique aux étrangers migrants en voie d'expulsion,  intervient et constitue un dossier de demande de regroupement familial en insistant sur le fait que la présence de Yavuz est nécessaire pour garder son enfant pendant que sa femme est au travail. Yavuz peut rester en France... et au bout de deux ans durant lesquels il sera "père au foyer", obtient enfin un permis de travail. 

Les périodes de travail comme manoeuvre et maçon (dans une entreprise turque durant 1 mois, puis 1 an dans une autre, puis 2 ans dans une entreprise italienne) alternent avec des périodes de chômage. Actuellement, il est sans emploi depuis juillet 2008. Au début, il était facile de trouver un emploi dans une entreprise turque de bâtiment, mais ce n'est plus le cas.

Yavuz a pris des cours de français au centre socio-culturel Papin mais il ne maîtrise pas bien cette langue difficile à apprendre quand on est adulte et qu'on n'a jamais appris aucune langue étrangère. 
                          
                      
                      
L'année dernière, Yavuz a acheté une maison en Turquie, dans sa ville d'origine. Il aimerait y emmener sa femme et ses trois enfants pour reprendre une vie "normale" avec une activité professionnelle régulière, comme cela a toujours été le cas dans son pays. 

Lui qui se sent 100 % turc, ne trouve aucun plaisir, ne se sent pas très bien en France. Son intégration n'est pas réussie et son sourire a un goût d'amertume. Lorsqu'il travaille, il a le moral, sinon celui-ci est en chute libre. Il vit ici comme s'il vivait au pays, mais cherche vainement ses repères.

Je lui souhaite vivement de trouver la voie qui le conduira à une vie meilleure, plus en harmonie avec ses aspirations.

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Alsace - Communauté : Turquie
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 07:52


Meryem, cette jeune lectrice du blog, qui habite Cernay près de Mulhouse, ne savait pas ce qui l'attendait ce vendredi 22 novembre.

 

Je l'avais mise en contact à la rentrée avec deux autres lectrices venues à Istanbul fin août (Catherine et Sandrine) et qui habitent la même commune ; depuis lors, Meryem leur donne un cours de turc hebdomadaire, en l'occurrence ... le vendredi soir, chez l'une d'entre elles.

 

Elle avait bien lu que je serai de passage et voulait d'abord m'envoyer un mail pour me dire que si j'avais le temps, elle aurait plaisir à me rencontrer. Finalement, pensant que je serais bien assez occupée, elle a renoncé.

 

                               

              Comme la plupart des jeunes filles de son âge, Meryem n'aime pas du tout être prise en photo 

 

 

Le "scénario" était prêt et je m'étais fait discrète, tapie dans le canapé. A son arrivée, il lui est demandé si une troisième élève pouvait exceptionnellement assister au cours et Meryem n'y a vu aucun inconvénient. Mais lorsqu'on lui annonce que celle-ci est derrière elle et qu'elle se retourne, des mots d'étonnement sortent de sa bouche. La surprise était réussie !

 

Je voulais en savoir plus sur cette jeune fille que je considère un peu comme "ma fille de coeur" et avec qui j'avais déjà eu des échanges intéressants. Je vous propose de la découvrir avec moi.

 

                                   

                        

 

Elle est née à Thann dans le Haut-Rhin, il y a à peine 18 ans, de père français et de mère turque musulmane alévi (branche de l'Islam), originaire de Sivas, en Anatolie Centrale.

 

Depuis l'âge de 4 ans jusqu'à cet été, elle n'avait pas remis les pieds en Turquie. C'est en compagnie de son ami, d'origine turc également, qu'elle est partie passer une semaine de vacances dans le sud de la Turquie, à défaut de pouvoir se rendre à Istanbul cette fois-ci.

 

Meryem, dont le prénom s'est transformé en Myriam pour ses papiers français, se sent turque ! "Je suis totalement en décalage avec les gens d'ici" dit-elle. 

 

"Avant de partir, je me sentais déjà plus turque que française et maintenant je suis confortée dans mes idées. Le décalage entre ma mère et moi est énorme, elle n'est plus turque, ça fait 25 ans qu'elle est en France."

 

                         

 

 

Sa mère, venue à l'époque en tant que réfugiée politique, n'a pas vu d'un bon oeil le départ de sa fille. Peut-être n'a-t-elle pas compris à quel point la recherche de ses racines était importante pour Meryem.

 

Meryem, du haut de ses 18 ans,  ne mâche pas ses mots "j'aurais préféré naître entièrement turque qu'être métissée". Le passage le plus dur aura été celui de ses 14-15 ans. "Pour les Turcs, on est des filles faciles  et pour les Français, on est des étrangers".

 

De confession évangéliste jusqu'à l'âge de 14 ans, elle décide alors de se convertir à l'Islam, un choix tout à fait personnel. "C'est la religion dans laquelle je me sens bien" rajoute-t-elle. Pratiquante, faisant le Ramadan, là encore, elle se met en porte-à-faux avec sa maman de religion alévie qui a bien du mal à comprendre sa fille.

 

 Meryem est en terminale au lycée Montaigne à Mulhouse et prépare son Bac. Pour gagner quelques sous, elle travaille également au Mac Donald's proche de chez elle. Si tout va bien, elle ira à Strasbourg à la rentrée prochaine pour préparer sur 5 ans un master en turcologie.  Avec son caractère bien trempé et son envie de réussir, je ne doute pas qu'elle sera, d'ici quelques années, la professeur de turc qu'elle rêve d'être.

 

                          

 

"J'aimerais bien enseigner en Turquie et je voudrais plutôt vivre là-bas. Si je reste en France, ce sera pour mes enfants." L'avenir nous dira où le chemin de la vie va la mener.

 

Bon vent à toi sevgili Meryemcim, tu sais que je suis toujours à ton écoute et que si tu passes à Istanbul, ma maison t'est ouverte....

 

 

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Alsace - Communauté : Turquie
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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /Nov /2008 06:47

 

Tous ceux qui le côtoient connaissent Paşa, mais finalement peu d'entre eux savent comment il s'appelle réellement. Sur ses papiers d'identité, mon ami Fevzi porte en fait les deux prénoms de Fevzi et Paşa. Il hérite du surnom de Paşa donné au maréchal Mustafa Fevzi Paşa, premier chef d'état-major lors de la création de la République de Turquie.

 

Né en 1971 à Kahramanmaraş, dans le Sud-Est du pays, il vient en 1979 à Besançon rejoindre son père maçon, dans le cadre du regroupement familial.

 

                           

                                            Paşa et son sourire permanent

 

 

Deux ans après, la famille s'installe à Wittenheim, dans la proche banlieue mulhousienne, pour être plus proche de la communauté turque, aucun compatriote n'habitant à Besançon.

 

Après les années de collège, son père, avec qui il est en froid, l'envoie vivre chez sa grand-mère à Karamanmaraş de 1984 à 1987. Après une année scolaire en Turquie, il entreprend une formation en menuiserie auprès d'un "usta", un maître. Au bout de ces trois années, ses cousins vont convaincre son père de le laisser revenir auprès d'eux... le seul problème étant que ce dernier a détruit tous les papiers de son fils.

 

 A son arrivée en France, Fevzi se voit délivrer un visa d'un mois après quoi, il vivra comme clandestin durant environ un an et demi, le temps que son dossier soit régularisé. Pendant ce temps, il ne quittera guère le quartier, fera des petits boulots au noir, évitera de se montrer dans des lieux publics, des cafés ou autres pour ne pas risquer un contrôle par les services de police.

 

 

                    

                               Papa attentif et câlin à la fois, ici avec Iman, la petite dernière

 

Une fois son permis de séjour en main, il travaille un peu en intérim avant d'intégrer la SIPP à l'âge de 20 ans où je fais sa connaissance en 2000. Dans cette entreprise d'impression sur textile de linge de lit et de maison alors prospère, il commence comme aide sur machine à impression, puis est polyvalent sur différentes machines avant de devenir chef d'atelier, puis chef d'équipe, puis contremaître.

 

Entre-temps, en 1990, il rencontre Fadhila, d'origine algérienne qui devient sa femme 3 ans après. De cette union naissent 4 enfants très attachants, Adem (14 (ans), Sofia (13 ans) Kemal (7 ans) et la petite dernière Iman, âgée de 4 ans, dont vous avez déjà fait connaissance.

 

  

                   Paşa et Fadhila, un couple dont les origines différentes sont devenues une richesse pour eux

 

 

La famille de Fadhila a bien accepté Paşa, l'inverse a été plus dur jusqu'à la naissance de leur premier enfant. Devenir grands-parents a été le déclic pour porter la mère de leur petit-fils dans leur coeur.

 

"Je suis turc de coeur mais français dans l'âme ! Je ne renierai jamais cette partie de moi qui m'est chère." me répond-il quand je lui demande comment il se sent.  Plus jeune, il se sentait davantage français, à présent il ressent l'appel nostalgique de ses origines.  

 

Il ne retourne pas souvent au pays, en 1993, puis en 2000 seulement et enfin cet été. C'est ce dernier voyage qui lui fait prendre conscience du manque de chaleur humaine, d'odeurs,...

 

 

 

                         

                                        La nostalgie est perceptible dans son regard 

 

 

 A la maison ou au travail, il ne parle pas le turc et ses enfants ne connaissent d'ailleurs pas la langue de leurs aïeuls paternels. Ce qui est le plus important pour Paşa, c'est l'avenir de ses enfants, leur scolarité : "Je ne veux pas qu'ils galèrent comme moi."

 

Le fait que ses enfants ne connaissent pas le turc est souvent abordé entre copains. Ces derniers reconnaissent toutefois que leurs propres enfants ont plus de difficulté à maîtriser les deux langues.

 

Paşa n'a pas connu le racisme, ni les problèmes d'intégration et il s'estime 100 % intégré. Il confirme toutefois que pour être reconnu dans la société française, il faut fournir bien plus d'efforts.

 

A l'époque de son arrivée en France, il se souvient que les gens autour de lui rêvaient de venir vivre en Europe, d'y réussir leur vie. "Qu'ils arrêtent de croire que l'Europe est paradisiaque, on te suce ton sang" souhaite-t-il faire passer comme message à ceux qui rêvent encore.

 

           

                                                                     La famille au grand complet 

 

 

 

Sa maison de 180 m2 construite il y a 8 ans dans un lotissement de Kingersheim a été réalisée à 90 % en famille. Son père a fait la maçonnerie et officié comme chef de chantier. Un charpentier extérieur est venu. Les travaux de couverture ont été réalisés en un week-end avec ses frères et des connaissances turques.

 

Passer quelques heures en compagnie de Paşa et de sa petite famille a été pour moi un vrai moment de bonheur. Discuter, réfléchir sur son vécu, prendre le temps de communiquer et de partager comme savent si bien le faire les turcs, sağol.

 

 

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Alsace - Communauté : Turquie
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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 07:01

 

 

Kebab 2000 est un des premiers, sinon le tout premier snack de döner du centre-ville de Mulhouse.  Je ne me souviens plus en quelle année j'y ai mangé mon premier kebab, mais cela fait bien longtemps. C'est sans nul doute une des meilleures adresses de la place en la matière. 

 

Ce petit commerce, où trois ou quatre petits coussins posés à même un banc accueillent ceux qui veulent manger sur place, est tenu depuis 1995 par Çelebi Zeynel, originaire de Gümüşshane, dans le nord-est de la Turquie.

 

                

 

Çelebi émigre à Mulhouse à l'âge de 9 ans avec sa famille dont le père est maçon. Il réside alors dans l'une des tours de la Zup à Dornach, un des quartiers où la mixité de la population est la plus forte.

 

Il étudie au collège Jean Macé, puis au lycée Brustlein avant d'arrêter ses études.

 

                       

 

Il travaille comme chauffeur de bus et de camion durant 8 ans, avant d'ouvrir Kebab 2000 il y a 13 ans déjà. Pourquoi ce lieu de restauration rapide qui n'a aucun rapport avec le métier exercé jusqu'alors ? A l'époque, il existe un seul kebab à Mulhouse, mais situé hors du centre-ville, d'où l'idée d'en créer un dans un lieu plus passant.

 

Çelebi crée ainsi sa petite entreprise individuelle. La première année est difficile mais la mayonnaise finit par prendre. Depuis 2-3 ans, l'activité a toutefois ralenti. Selon lui, la concurrence est à présent bien trop importante dans ce domaine.

 

                       

                                         Çelebi Zeynel en coupe des lamelles de kekab, tous les jours

 

Ils sont à deux à y travailler et sa femme Çiğdem, originaire d'Istanbul, vient les aider pour le rush du déjeuner. La clientèle est composée essentiellement d'étudiants mais surtout d'habitués et un döner de 20 kilos est écoulé chaque jour. "Tant que je peux en vivre, je le fais",  me répond-illorsque je lui pose la question de savoir s'il fera ça jusqu'à la retraite. 

 

                        

                                                                     Çiğdem, sa charmante épouse

 

Lorsque je lui demande ce qui est facile et ce qui est difficile pour lui en France, il me répond après réflexion : "tout est facile et tout est difficile ; si on veut ,on peut tout faire ; ce n'est pas une question de moyens, mais le plus dur est de faire des études".

 

Il estime ne pas avoir connu de problèmes d'intégration.

 

Çelebi qui habite à présent en ville avec sa femme et leurs trois enfants âgés respectivement de 9, 7 et 4 ans, dit avoir pris la mentalité des gens d'ici (de Mulhouse). Il me donne en fait cette explication après la gentille réflexion que je n'ai pu m'empêcher de faire comme quoi je trouvais qu'il avait perdu un peu de cette "chaleur" qu'ont pratiquement tous les turcs que je connais.

 

                       

 

Tous les deux ou trois ans, il retourne au pays pour un mois comme beaucoup de ses compatriotes. "Pour les vacances, c'est bien, mais je ne pourrais plus vivre en Turquie, ma vie est ici".

 

J'aurais bien aimé prolonger la discussion pour en savoir plus sur ses ressentis, mais les premiers clients arrivent. Laissons Çelebi reprendre sa machine à couper les lamelles de döner, le client ne doit pas attendre...

 

 

Kebab 2000

Çelebi Zeynel

5, rue Engelmann - 68100 MULHOUSE

Tél 03 89 56 01 81

 

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Alsace - Communauté : Turquie
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Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /Nov /2008 19:06

 

Mulhouse, cette ville industrielle du sud de l'Alsace où je suis née, est composée d'environ 112 000 habitants. Après m'être jetée sur le premier bretzel venu (de chez Poulaillon, le fabricant le plus connu, si déjà), je me suis intéressée durant une partie de mon séjour à la communauté turque qui y habite.

 

                           

 

 

Les premiers turcs sont venus s'y installer au début des années 70, pour travailler en particulier  à l'usine Peugeot de Sausheim ainsi que dans le secteur du bâtiment.

 

A l'heure actuelle, la communauté turque de Mulhouse est estimée à peu près à 5000 personnes.

 

                    

                               Une souriante fillette d'origine turque âgée de 3 ans

 

J'aurais bien aimé les rencontrer tous... mais dans un laps de temps aussi court, ce n'était guère possible.

 

J'ai tout de même pris le temps d'aller à leur rencontre, certains que je connais (tels que Paşa ou Semiha), d'autres que je connais sans connaître (Çelebi ou Meryem), mais aussi quelques inconnus (Songül et Yavuz, des ouvriers dans la rue, une douzaine de femmes rencontrée hier après-midi).

 

                    

                                                          Iman, la cadette de mon ami Paşa

 

Dans les jours à venir, je vous présenterai certains d'entre eux. Vous découvrirez leur parcours loin d'être facile, leur histoire, leurs racines... mais aussi leur déracinement...

 

La plupart a gardé la chaleur naturelle si caractéristique du peuple turc et j'ai eu grand plaisir à passer un moment avec chacun d'entre eux.

 

 

             Groupe de travail "parentalité" au centre socio-culturel Papin de Mulhouse dirigé par Semiha

 

 

 

 

 

 

 

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Alsace - Communauté : Turquie
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