Turcs d'Anjou

Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /Déc /2009 14:23

C'est entre 1973 et 1975 que les deux ou trois premières familles turques sont arrivées à Angers et dans les environs, notamment pour travailler dans les mines d'ardoise.

Les turcs souhaitant travailler en Europe déposaient leurs dossiers à l'İşkur, l'équivalent turc de l'A.N.P.E. Les demandes étaient nombreuses pour l'Allemagne, mais selon les besoins des pays "recruteurs", de nombreux turcs ont atterri finalement en France.

Dès 1978, des membres de la communauté turque angevine, qui s'était étoffée entre temps, se retrouvaient entre eux, mais aucune forme associative officielle n'existait alors.


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    Adem officie dans le salon de coiffure turc de l'association culturelle islamique turque d'Angers

C'est ainsi qu'a finalement vu le jour l'association culturelle islamique turque d'Angers de type loi 1901, créée en 1989. Regroupant à ses débuts 130 à 140 familles, c'est aujourd'hui 280 familles qui en sont membres.

Après sa constitution officielle, l'association a acquis auprès de particuliers un terrain et des bâtiments  qui ont permis de réaliser un certain nombre de lieux d'échanges et de rencontres.  Le café, ouvert tous les jours de 11 h à 17 h, a trouvé sa place dans les locaux précédemment occupés par un tel commerce et une épicerie turque y est adjacente. Une salle de billard permet de se défouler à côté du salon de coiffure pour hommes . Une bibliothèque se trouve à l'étage, de même que quelques logements rénovés.

Les garages et le jardin ont été rasés pour faire place à un bâtiment qui abrite la mosquée, inaugurée en 1998 après trois ans de procédure et de travaux. Après l'acquisition des biens immobiliers, un lieu de prière a été aménagé en son temps dans une des salles.

 

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                                      La mosquée turque d'Angers

Adem, originaire de Gümüshane en Mer Noire, est venu à Angers en 2003. En semaine, il occupe un emploi de maçon et tous les samedis,de 12 h à 18 h, depuis près d'un an, il se transforme en coiffeur pour ses compatriotes.

Dans ce petit salon où je retrouve les gestes et habitudes des berber turcs, je croise quelques clients avec qui j'entame la discussion.

Il y a Orhan, 23 ans, venu de Malatya, dans le sud-est de l'Anatolie. Arrivé en 2002 avec sa famille rejoindre son père, il a d'abord vécu à Paris où il a suivi des cours de français. La vie parisienne étant difficile, il est venu s'installer à Angers depuis sept mois et travaille comme carreleur. Orhan estime ne pas avoir connu de problème particulier d'intégration. 

 

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                      Les cheveux d'Orhan entre les mains expertes d'Adem 

Ahmet, la trentaine, est de Muş également dans le sud-est du pays. En 2000, il vient d'Istanbul rejoindre son épouse d'origine turque mais née en France ; pour une fois le regroupement familial bénéficie à l'homme de la maison. Lui aussi oeuvre dans le bâtiment et trouve que son intégration a été facile, même si seulement 10 % de ses copains, selon lui, sont français.

Erkan, quant à lui, est né à Niğde en Cappadoce. Venu à l'âge de 6 ans dans le cadre d'un regroupement familial, il se souvient très bien de sa première année en France passée dans un village près de Lorient, avant l'installation de la famille à Angers.

Dans cette localité de 2000 habitants où seules vivaient deux familles turques à l'époque, il n'a pas oublié le racisme qu'il a subi en tant qu'enfant, les crachats, la préférence affichée des professeurs pour les élèves français. Ce sont finalement les cinq premières années qui auront été les plus difficiles pour Erkan.

 

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                                    Erkan à gauche et Ahmet à droite

Après ce moment passé en compagnie d'Adem et de ses clients, je vais à la rencontre de Turgay, professeur de turc, et de ses élèves qui occupent une salle de la bibliothèque. Le jour de ma visite, quatre adultes, sur les cinq inscrits, assistaient justement à leur second cours.

Depuis au moins 1985, un professeur, envoyé par le Ministère de l'Education Nationale turque, vient donner des cours de turc aux enfants de la communauté qui fréquentent l'école primaire et le collège.

 

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                           Turgay et ses élèves du samedi après-midi

Actuellement, ce sont Turgay et son épouse qui oeuvrent en la matière à raison d'une heure à une trente et demie par semaine dans différents lieux et écoles de la ville.

Compte-tenu de la demande, le professeur a accepté de dispenser des cours supplémentaires, à la fois à des lycéens turcs, à des conjoints français de couples mixtes ainsi qu'à l'une ou l'autre passionnée de la Turquie.

 

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                                  Du vocabulaire à l'ordre du jour

Dans les différents locaux de l'association culturelle islamique turque d'Angers, j'ai ainsi retrouvé mon univers de vie habituel dans une ambiance toute aussi sympathique.

 

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Anjou - Communauté : Turquie
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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /Déc /2009 12:03

Halil amca, autrement dit "oncle Halil", comme il est de coutume d'appeler les hommes turcs d'un certain âge, est originaire de la province de Sivas en Anatolie Centrale.

Arrivé en Anjou en 1973, il a travaillé durant un an et demi dans le secteur du bâtiment puis plus d'un an dans une fonderie de la région.

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                                                     Halil amca

Halil se souvent bien de sa première nuit en France, passée à l'auberge-café du Pigeon d'Or. Il y avait ce soir-là un mariage et l'étranger qu'il était, ne connaissant pas un seul mot de français, a été invité à la noce...

Une femme française d'un certain âge et dont il a oublié aujourd'hui le nom, lui a trouvé un livre, lui a appris les rudiment de la langue de Voltaire. Il n'a pas suivi de cours de français en arrivant, mais a beaucoup appris aux côtés de ses collègues de travail.

Une date reste par contre toujours ancrée dans sa mémoire, celle du 15 septembre 1975, son premier jour de travail sur le site de l'ardoisière des Grands Carreaux de Trélazé, commune limitrophe d'Angers.

A son embauche, 8 ou 10 compatriotes turcs y travaillaient, nombre qui est passé à une soixantaine les mois suivants.

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              Le chevalement d'une mine d'ardoise entre Saint-Barthélémy d'Anjou et Trélazé

Les trois premières semaines, Halil les passera au fond de la mine, en période d'essai. Son estomac n'apprécie pas les odeurs de gaz qui se dégagent de là. Le travail du fond, bien que moins fatiguant qu'en surface, se révèle plus dangereux, l'air manque, combien de mineurs ont perdu la vie suite aux éboulements... De nombreux turcs de la région ont d'ailleurs quitté la mine pour travailler dans le secteur du bâtiment...

Ce n'est qu'après son embauche à la mine qu'il découvre l'existence de l'
A.P.T.I.R.A., Association pour la Promotion et l’Intégration dans la région d’Angers. C'est par ce biais-là, finalement plus de deux ans après son arrivée en France, qu'il suivra des cours de langue en soirée, après ses journées de travail, durant près d'un mois. 

Cette association, au service de la population immigrée depuis 1968, est bien connue par les habitants de 55 nationalités différentes recensées de nos jours à Angers et dans les environs. Des cours d'alphabétisation donnés à l'origine aux hommes - puis aux femmes venues dans le cadre du regroupement familial, au soutien scolaire mis en place pour les enfants en 1975, l'association oeuvre également, à partir de 1987, pour l'accompagnement à l'emploi, lorsque les besoins en main d'oeuvre baissent dans la région.

Mais revenons à Halil amca qui poursuit le reste de sa carrière professionnelle à la surface de la mine d'ardoise. Au bout de cinq années, il devient chef d'équipe et va rester aux Grands Carreaux jusqu'à sa retraite, à l'âge de 57 ans, en mai 2005.

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En surface, le travail se révèle plus important et pénible, sa santé va en pâtir. Cette tranche de vie de trente ans lui aura coûté l'ouïe d'une oreille, un dos complètement abîmé (il a d'ailleurs subi il y a quelques jours une intervention chirurgicale suite à ces dégâts) et une prothèse au niveau de la rotule consécutive à une chute de pierre. Halil s'est vu reconnaître une invalidité de 10 % pour le dos et une de 10 % pour son genou.

Père de trois enfants issus de deux mariages, il pose fièrement devant le maillot d'un de ses fils footballeur professionnel d'abord à Bursaspor et qui joue à présent dans l'équipe de Sivas.

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                                   Devant le maillot de son fils footballeur

Depuis qu'il est retraité, Halil amca partage son existence entre la France durant les six mois d'hiver et en Turquie à la belle saison. Comme beaucoup d'autres expatriés turcs, il est considéré comme étranger sur la terre qui l'a accueilli autant que dans sa région natale.

Pour ma part, je retiens notamment une anecdote concernant son épouse, venue le rejoindre en 1987.  Durant un an, elle n'a pas défait sa valise, pensant  repartir au pays...


 

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Anjou - Communauté : Turquie
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 10:25

Vous avez fait connaissance, il y a quelques jours, avec Reyhan Ropars, d'origine turque, qui vit depuis 33 ans tout près de la ville d'Angers, pleine d'énergie et de volonté pour rapprocher les cultures.

Pour la seconde année consécutive, Reyhan préside l'association Cultures-Elles, créée en mars 2006, et dont sa soeur a assuré la présidence les deux premières années.

Cette association forte de 55  adhérentes, toutes des femmes, la plupart turques, mais aussi des françaises, des marocaines et une africaine, siège au Centre Social Ginette Leroux de Trélazé, lieu qui porte le nom d'une assistance sociale devenue député du Maine-et-Loire en 1986 et décédée durant son mandat l'année suivante.

 

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        Le Centre Social Ginette Leroux de Trélazé qui accueille une quinzaine d'associations

Le but initial de cette assemblée était de mélanger les cultures, notamment la turque, afin de les faire découvrir, et donner également la possibilité aux femmes turques de participer à des activités en dehors de leur domicile.

Un groupe folklorique né de Cultures-Elles et animé par la pétillante Döndü, membre du bureau, participe aux célébrations annuelles du 23 avril, à l'occasion de la fête des enfants en Turquie. Il intervient également sur demande d'autres associations locales et angevines ou émanant de la mairie de Trélazé.

Au niveau social, un certain nombre d'actions ponctuelles ont vu le jour depuis la création de l'association telle l'organisation de cours de langue française dispensés le soir aux hommes turcs, après leur journée de travail, grâce à des bénévoles issus de l'enseignement ou pas.

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                Reyhan, la présidente de Cultures-Elles, nous ouvre la porte de son association

Durant six mois, une initiation à l'informatique a permis à un groupe constitué d'une douzaine de femmes de se familiariser avec ce milieu très usité par leurs enfants et qui représentaient souvent pour elles un monde inconnu.

Depuis octobre 2008, des cours de code sont dispensés par un moniteur d'auto-école français qui se déplace deux fois par semaine au centre, secondé par une traductrice turque. Lors de la première session, 26 femmes ont ainsi pu suivre ces cours qui ont fait l'objet d'une autorisation préfectorale et d'une convention signée avec le centre qui met à disposition les locaux ainsi que l'auto-école.

16 femmes ont participé à la seconde session qui vient de se terminer ce mois-ci. Elles auront déboursé chacune une participation de 90 € en échange d'une formation de 3 mois qu'elles n'auraient pu suivre, leur niveau de connaissance de la langue française ne leur permettant pas d'être acceptées dans un cycle normal.

 

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      Réunion de travail à Cultures-Elles : de gauche à droite, Zübeyde, Reyhan, Fatiha et Döndü

Des soirées destinées à présenter la culture turque sont régulièrement organisées avec les représentants de la quinzaine d'associations du centre Ginette Leroux.

Plusieurs actions humanitaires ont aussi été montées grâce au dynamisme du bureau exécutif de Cultures-Elles. Fin 2007, 5.200 € ont ainsi pu être envoyés à une association d'enfants leucémiques en Turquie grâce à l'organisation sur deux jours d'une kermesse dans la salle de la Maraîchère ainsi qu'au marché de Noël de Trélazé.  Outre des délices turcs, des broderies et chaussons faits main, des tissus divers proposés à la vente, des commerces locaux, des artisans turcs ainsi que la municipalité ont participé financièrement à cette manifestation.

 

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 Cultures-Elles tenait un stade le 6 décembre dernier au marché de Noël du musée de l'Ardoise de Trélazé.


Une nouvelle action humanitaire est prévue pour début 2010. Le projet consiste à récolter vêtements et jouets qui seront ensuite acheminés dans un orphelinat situé à l'est de la Turquie.


Même si Reyhan et les membres du bureau de l'association ne manquent pas d'idées, elles souhaiteraient pouvoir insuffler un peu de leur énergie à d'autres femmes turques pour assurer le relais et la mise en place de réalisations et d'activités.

Souhaitons-leur de perdurer encore longtemps dans leur rôle d'actrices de la vie associative trélazéenne qu'elles ont endossé avec succès
!



Par Nat - Publié dans : Turcs d'Anjou - Communauté : Turquie
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Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /Déc /2009 12:52

Dès le premier contact téléphonique avec Reyhan Ropars, d'origine turque et habitant dans la couronne d'Angers, j'ai senti qu'à l'autre bout du fil, se trouvait une personne d'exception.

Née il y a 36 ans de cela, dans un village de la Mer Noire proche d'Of, dans le nord-est de la Turquie, Reyhan arrive à Trélazé  à l'âge de 3 ans avec sa mère, ses 4 frères et sa soeur rejoindre, dans le cadre du regroupement familial, son père arrivé en France trois ans auparavant. A l'époque, deux ou trois familles turques vivaient dans cette petite ville de la banlieue d'Angers qui compte aujourd'hui plus de 12 000 habitants.

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                                                Reyhan Ropars                     

De sa scolarité en France, elle se souvient qu'une personne s'occupait d'elle et d'autres enfants en dehors des cours pour parfaire leur connaissance de la langue de Molière et les aider à faire les devoirs, les parents n'ayant pas un niveau suffisant de français pour cela.

Avec son BEP de comptabilité en poche, Reyhan effectue plusieurs formations avant de passer 5 ans comme emballeuse dans une usine de fabrication d'ordinateurs d'Angers. C'est là qu'elle fait la connaissance de Cédric qui deviendra son mari et le père de leurs deux garçons, Semih, âgé aujourd'hui de 11 ans, et Aydın, 7 ans.

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                                           Reyhan et son fils cadet, Aydın

Autant les proches vivant en Turquie ne s'étonnent pas que l'élu de son coeur soit français, autant cela n'a pas été une mince affaire de le faire accepter au sein de sa propre famille à Trélazé. Enceinte de cinq mois, elle fuit durant deux mois les siens à qui elle a réussi à cacher sa grossesse jusque là et vit en concubinage.

L'intervention de l'imam de Trélazé auprès des parents va permettre à Reyhan de les revoir et Cédric va finir par être accepté. Il se convertit à l'islam, un mariage religieux est célébré.  Petit à petit, le temps fait son oeuvre et les frères de Reyhan adressent à nouveau la parole au petit canard noir de la famille. Aujourd'hui, les plaies sont cicatrisées et le mari a trouvé sa place au sein de tout ce petit monde. 

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                              Le sourire quitte rarement le visage de Reyhan

La communauté turque de Trélazé a bien grandi depuis 1976 et il existe une demande émanant des femmes de celle-ci pour, entres autres, se retrouver et partager leur culture. Au printemps 2006, l'association "Cultures Elles" voit le jour, créée notamment par Reyhan, qui assure les fonctions de trésorière au début, et sa soeur, qui en sera la Présidente durant deux ans. Depuis 2008, Reyhan préside "Cultures Elles" que je vous présenterai d'ici quelques jours.

Secrétaire à mi-temps dans une entreprise de maçonnerie turque de la place, elle partage son temps entre sa famille, son travail, l'association et... d'autres occupations. En effet, Reyhan fait partie des 12 médiateurs en santé publique de la ville de Trélazé ainsi que du Conseil consultatif des citoyens trélazéens étrangers, structure fondée par la municipalité en 2003, première du genre dans le département de Maine-et-Loire, et qui compte aujourd'hui 20 nationalités représentées pour 5 à ses débuts.

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                              Préparation d'un thé produit dans sa région natale

Reyhan a rejoint avec dix autres femmes méritantes des Pays de Loire, la galerie de "Femmes en résistance" du monde entier saluées et présentées à Nantes de février à mai 2009 par Pierre-Yves Ginet, photojournaliste, qui a également réalisé sa biographie.

Le 23 février 2009, à l'occasion de l'inauguration de l'exposition précitée, le Président du Conseil Régional des Pays de la Loire a remis à Reyhan la médaille de Citoyenne d'Honneur pour la récompenser de ses actions en faveur des femmes et de sa lutte contre les différences.

  médaille                            Une reconnaissance dont Reyhan peut être fière

Cette jeune femme énergique oeuvrant pour améliorer le quotidien de ses compatriotes, se considère comme une turque moderne, évoluée et active, libre de ses actes et de ses mouvements. Les encouragements, qu'elle aurait apprécié recevoir des siens, auront finalement été donnés par les pouvoirs publics du pays où elle a passé la majorité de sa vie...

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Tanıştığımız için çok memnun oldum !

Par Nat - Publié dans : Turcs d'Anjou - Communauté : Turquie
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 11:33

Un mercredi pluvieux au marché Lafayette d'Angers, j'apprends qu'un commerçant turc s'y trouve et il va de soi que j'aille à sa rencontre.

Au milieu des primeurs et des stands où les délices de la région attisent l'envie des chalands, un étalage sort du lot, proposant, entre autres, olives, fruits secs et épices. Les odeurs et les couleurs de la Turquie sont bien là ! Sylvie me présente son mari Ercan, ainsi que leur employé Ahmet.

                   
                                                  Ercan

Cette première rencontre, bien sympathique, me donne envie de faire plus ample connaissance avec cet homme affable d'une cinquantaine d'années qui vit depuis près de 30 ans dans l'hexagone. Me voici ainsi de retour sur le marché Lafayette samedi, munie de mon appareil photo et de mon calepin.

J'ai cru un moment qu'il avait renoncé ce jour-là à tenir son commerce en raison de la fête du sacrifice. Il n'en est rien, simplement son emplacement varie selon les jours.

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Ce n'est pas le stand du Lion d'Angers mais celui d'Ercan en ce samedi matin - Gülnaz, sa fille de 17 ans,  donne exceptionnellement un coup de main

A défaut d'un thé, c'est autour d'un café qu'Ercan va me raconter les épisodes de sa vie. Né à Akşehir en Anatolie Centrale, il se considère comme étant d'Izmir, où il a vécu la majeure partie de sa jeunesse.

En 1980, année du 3ème coup d'Etat militaire en Turquie, il est devenu difficile d'étudier et Ercan arrive seul à Paris en vacances, muni d'un visa de trois mois. A l'issue de celui-ci, il ne retourne pas au pays et se retrouve, comme un certain nombre de ses compatriotes de l'époque, en fraude en France.

                      

L'année d'après, il bénéficie de l'amnistie présidentielle et un employeur juif turc, possédant une entreprise de textile, l'embauche. Ercan connaît déjà un peu ce milieu, son père étant tailleur de chemises. Sa situation administrative régularisée, il se voit délivrer un premier permis de séjour d'un an, suivi d'un autre de trois, puis d'un de dix ans. 

Entre-temps, en 1984, sa route va croiser, toujours à Paris, celle de Sylvie qui va devenir son épouse et la mère de leurs deux enfants.

Il travaille jusqu'en 1988 dans le milieu du prêt-à-porter, traverse ensuite une période de chômage d'un an avant de diriger, à son compte, durant une année également, un atelier textile.

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                          Ercan et son employé Ahmet venu en France en 2000

Quelques petits boulots se succèdent ensuite en 1990 et 91 comme garçon de restaurant, agent de sécurité à Eurodisney. Il suit même une formation comme agent de tourisme...

En 1992, Ercan acquiert un camion et fait du transport court et long courrier dans toute la France. L'année suivante, le couple, fatigué de la vie parisienne, décide de venir s'installer à Angers, une ville connue en rendant visite à un ami qui y habite. Sylvie, qui travaille comme aide-soignante, demande sa mutation et rejoint son mari quelques mois plus tard.

Dès son arrivée en Anjou, Ercan décide de faire les marchés et commence petit à petit sa nouvelle vie. Aujourd'hui, hormis le marché Lafayette bi-hedomadaire, il propose ses saveurs orientales et ensoleillées le jeudi sur la place Bichon et le dimanche à Monplaisir.

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                 Ercan a su fidéliser sa clientèle et échange quelques mots avec chacun 

Son épouse, après avoir poursuivi sa carrière médicale à Angers jusqu'en 2007 et aidé Ercan les week-ends au marché, démissionne. Ensemble, ils achètent un restaurant à une cinquantaine de kilomètres de là. Mais la vie de restaurateur est encore bien plus éprouvante que celle de commerçant et un an plus tard, ils vont revendre l'enseigne. Depuis lors, Sylvie travaille de façon permanente aux côtés de son mari en tant que conjoint collaborateur.

Ercan qui a appris le français dans la rue, au contact des autres, sans suivre aucun cours, n'a jamais connu de problème avec quiconque en France, ni au quotidien, ni avec sa belle-famille.

Bénéficiaire de la double nationalité depuis 1994 et après presque 30 années de vie en France, il ne se sent ni vraiment turc, ni vraiment français : "Je suis turc avec un mode de vie à la française, je vis avec un corps en France mais laissant un coeur en Turquie", son pays natal où il retourne en vacances tous les ans.

                             
En touchant des produits qui ont vu le jour en Turquie, difficile de ne pas laisser un bout de son âme au pays...    

Ercan, qui rêve en turc même à Angers, souhaite, autant que sa femme, partager sa vie la moitié de l'année en Turquie et l'autre en France lorsque leurs enfants auront terminé leurs études, d'ici quatre ans maximum.

Né un 14 juillet, cela ne m'étonne finalement pas que j'ai fait sa connaissance en France...

 


Par Nat - Publié dans : Turcs d'Anjou - Communauté : Turquie
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