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Portraits d'expatriés

Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 13:54

Depuis un peu plus de deux ans, Jean-Marc Arakelian, français d'origine arménienne, arpente les rues d'Istanbul, à la découverte de nouvelles perspectives.


"Istanbul est vraiment l'endroit où je devais être afin que quelque chose puisse se révéler... Ma grand-mère maternelle est d'Istanbul, mes autres grands parents de Kahramanmaraş en Turquie, mes racines sont ici. C'est sans doute pour cela que je perçois là des choses intenses, particulières. Je me fonds bien dans le pays et je dirais que quelque part je me sens plus chez moi ici qu'en France..." me confie-t-il.

 

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                          Jean-Marc Arakelian dans les rues de Fener à Istanbul       


S'il commence à voyager dès l'âge de 18 ans, c'est seulement en 1999 que Jean-Marc entreprend une démarche très personnelle, une quête de sa particularité artistique, dont le Liban, où il va vivre durant un an, est le point de départ.


De l'Arménie, où il se rend à plusieurs reprises, à la Jordanie, de Jérusalem en Colombie,  de l'Inde à l'Iran,  du Tadjikistan au Japon, ce voyageur dont le thème de voyage est le passage, observe, s'enrichit en s'abreuvant de ses expériences particulières de vie, au contact de ses rencontresqu'il fait son chemin.

 

C'est entre le Proche-Orient et l'Asie que ses recherches prennent forme et "la Turquie est aujourd'hui le pays évident où il devait venir", selon lui.

 

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                           Auto-portrait de Jean-Marc Arakelian en Inde


Descendant d'une lignée de créateurs - son père était un grand joaillier - Jean-Marc Arakelian dispose à la base d'une formation cinématographique qui aiguise son oeil.

 

Réalisateur de plusieurs films, surtout expérimentaux, tant en France qu'à l'étranger, cet amoureux de l'image, aime les contraintes techniques, apprécie de découvrir et de repousser les règles universelles pour trouver de nouvelles formes d'images et d'angles, cherchant à attraper la lumière d'une autre façon.

 

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                                       Sainte-Sophie à Istanbul


Il explique l'importance de cette lumière : " La base de l'image, c'est la lumière qu'on peint chacun différemment, avec un pinceau, à travers la musique ou une photo. Mon outil, c'est la caméra.

 

Pendant quelques temps, je n'y ai pas touché, c'était voulu, pour me laisser pénétrer justement par ce que je voyais, par la mise en scène, par les gens, la lumière, et l'Inde notamment a été fondamental car c'est un pays où les villes sont de mouvements, de couleurs, de scénographie et la lumière y est très intense."

 

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                            Scène de vie en Inde par Jean-Marc Arakelian


Si en Inde, il a beaucoup photographié avec un argentique, les prises de vues réalisées depuis qu'il vit à Istanbul ne le sont pas avec un appareil classique mais avec son portable, un simple Sony Ericsson, seul capteur d'images à portée de main un soir d'octobre 2009, six mois après son arrivée à Istanbul.

 

Il se trouve alors confronté à Fener - le quartier où il habite - à une mise en scène imprévue : une femme descend un escalier et un homme s'approche d'elle, deux événements indépendants, mais où les yeux de Jean-Marc sont attirés par l'esthétique qui se dégage de cette situation. "Je n'avais pas ma caméra, simplement mon portable et j'ai pris la photo avec celui-ci, dans les pires conditions qu'on puisse avoir, avec très peu de lumière. En observant le résultat, j'ai vu qu'il y avait quelque chose de particulier qui ressortait..." explique-t-il.

 

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  La première photo prise par Jean-Marc Arakelian avec son portable, première d'une longue série


Il poursuit son expérience photographique avec son téléphone et découvre alors une façon de faire qui permet de changer les angles, de trouver de nouvelles perspectives sans utiliser aucun logiciel de retouche.

 

Il utilise son portable comme un pinceau, obtenant des résultats étonnants, des distorsions, des déformations qui lui permettent de redessiner le Bosphore à 180 degrés, de faire bouger les pierres, de changer l'apparence des gens qu'il croise dans la rue,...

 

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                           Le Bosphore comme vous ne l'avez jamais vu....

 

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La technique qui lui permet de réaliser ces photos hors du commun est à l'inverse de la normale. En principe, un photographe est statique et son appareil rapide. Dans son cas, Jean-Marc Arakelian fait tout le contraire d'un photographe.

 

C'est lui qui va donner le tempo, sa main et son corps vont se mouvoir très rapidement, impulsant ainsi de la vitesse au portable. C'est finalement une technique de cinéma qu'il utilise à présent au quotidien, celle des mouvements de caméras.

 

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                              Jean-Marc Arakelian en pleine action


Jean-Marc précise : "Je me suis aperçu qu'il faut voir les images bien avant de les prendre, parce que déclencher un portable ne se déclenche pas comme un appareil reflex. Je le rends comme tel  mais pour cela, la lumière est nécessaire. Prendre de telles photos ne peut pas marcher dans un pays comme la France, cela ne peut fonctionner que dans un pays où il y a beaucoup de lumière, comme c'est le cas à Istanbul, mais aussi en Inde."

 

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                                    Le simit sous toutes ses formes...


Depuis sa première prise de vue nocturne à Fener, c'est près de 100 000 clichés qu'il a réalise avec ce portable, en Inde, en Iran, en France mais surtout à Istanbul. Un tiers environ est archivé comme un livre d'images extraordinaire qu'on feuillette avec délectation.

 

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                                  Une glace au parfum très particulier


Istanbul a ainsi été une véritable découverte très influente au niveau de l'image pour Jean-Marc, tant au niveau de l'intensité de la lumière que de la scénographie très riche à chaque détour de rue.

 

 

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              Cheval à 5 pattes croisé par Jean-Marc Arakelian à Heybeliada

 

Pour lui, réaliser des photos avec son portable, permet de travailler une technique et de découvrir de nouvelles perspectives avec sa propre poésie, mais aussi de s'échauffer cinématographiquement.

 

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                                      Porteur de thé d'Istanbul


En effet, il prépare un film qui sera tourné principalement en Inde sur un nouvel itinéraire de la route de la Soie découvert à travers deux sources, une scripturale, en l'occurrence un livre biblique "L'histoire de Tobie", et une autre, picturale, à savoir une miniature indienne peinte au XVIème siècle appelée "L'ange de Tobie".


Il y a 3 ans, de manière tout à fait imprévue, il participe et remporte le premier prix d'un concours photos international au Tadjkistan.

 

En février dernier, un article portant le titre "Picturing Istanbul from a new perspective" est publié dans le Daily News du quotidien turc Hürriyet qu'il va présenter à la Mairie de Beyoğlu en demandant s'il lui est possible de participer à une exposition.

 

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                   Violoniste rom dans les rues de Balat à Istanbul


C'est à cette période qu'a lieu la sélection des artistes qui participeront à la 2ème édition du Festival des Dialogues Interculturels à travers les Arts organisé par la Mairie, manifestation d'envergure qui accueille 33 villes et 17 pays issus de quatre continents.

 

Jean-Marc se voit offrir une place de choix sur la place de Galata, à côté de cette tour génoise qui accueille des visiteurs du monde entier, au coeur même de cette ville cosmopolite.


Il expose ainsi pour la première fois, depuis hier et jusqu'au 24 juin 2011, une importante sélection de ses prises de vues, la majorité prises à Istanbul, notamment durant le Festival de la Tulipe de cette année, mais aussi une autre série réalisée en Inde.

 

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Hier soir, lors de l'inauguration du festival devant la Tour de Galata où expose de Jean-Marc Arakelian


Ses origines arméniennes ne lui ont jamais posé de problème quelconque depuis son arrivée sur la terre de ses ancêtres, bien au contraire selon lui. Lorsqu'on l'interroge sur les origines de son nom, c'est par cette phrase "Bienvenue en Turquie" qu'il est accueilli dans les bureaux de la mairie de Beyoğlu par exemple. Ce cadeau que lui offre la municipalité, Jean-Marc le reçoit comme une sorte de Welcome, un véritable signe de bienvenue.


Tous les voyages effectués par Jean-Marc Arakelian depuis des années, toutes ses expériences qu'elles soient dans le domaine de l'humanitaire - auprès des lépreux indiens, des enfants handicapés au Sri Lanka, des adultes atteints de handicaps moteurs lourds au Japon - ,  qu'elles soient esthétiques, spirituelles mais également sensorielles, ce qu'il a vu, écouté, entendu, touché, avalé, se révèle et se développe ici, à la lumière d'Istanbul.

 

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                   Jeune mariée au bord du Bosphore par Jean-Marc Arakelian


Définir ses photos, c'est un peu comme percer le mystère de la balance, mêler le fluide et le statique dans la même image, réinventer un équilibre, recréer une harmonie différente tant aux monuments qu'aux scènes de la vie quotidienne, rendre visible l'invisibilité d'Istanbul...

 

Voir autrement, c'est assurément l'invitation proposée par  cet artiste de l'image, ce peintre impressionniste dont le pinceau est un téléphone portable.

 

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                   Festival des Tulipes 2011 d'Istanbul par Jean-Marc Arakelian


Outre son projet de film sur ce nouvel itinéraire de la route de la Soie, Jean-Marc espère bien encore réaliser en Turquie un travail sur le visage, non pas en studios photos, mais dans des décors naturels, que ce soit la nuit dans la rue ou dans des lieux particuliers tels des caravansérails, des endroits où l'homme qui travaille se trouve mêlé à la mise en scène improvisée par le photographe et son modèle.


La Turquie représente pour Jean-Marc bien plus qu'une simple étape, comme les autres pays où il est allé, même si certains d'entre eux ont été plus importants que d'autres, comme l'Inde, le Japon, Israël ou l'Iran.

 

Il compare Istanbul, cette ville d'images, à une arrivée, avant de continuer, une plaque tournante telle qu'elle l'est géographiquement de façon concrète et naturelle, entre l'Occident et l'Orient...

 

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        Jean-Marc Arakelian devant le fameux escalier de Fener à Istanbul où tout a commencé

 

D'après lui, Istanbul ferait partie de ces lieux de passage inévitables où l'on se pose pour observer le passé, se remettre en question, s'abreuver, reprendre des forces, découvrir, se découvrir, un passage au sens spirituel, un passage d'une vie à une autre, différente...


Cette ville qui ne ressemble à aucune autre aurait-elle cette particularité de révéler des talents cachés, parfois méconnus, ne demandant qu'à naître et à grandir, grâce à cette lumière agissant indirectement sur notre corps ? C'est là toute la magie et le mystère d'Istanbul...


 

Ce diaporama vous permet de prolonger la visite d'Istanbul à travers les yeux de Jean-Marc Arakelian.

 

D'autres photos en cliquant ici.

 

Erratum : L'exposition de Jean-Marc Arakelian est déplacée et sera visible à compter du lundi 20 juin jusqu'au 25 juin à "Beyoğlu Belediyesi Sanat galerisi" - 217, İstiklal Caddesi - Beyoğlu.

Heures d'ouverture : du lundi au samedi de 9 h à 19 h


 


Par Nat - Publié dans : Portraits d'expatriés - Communauté : Istanbul
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Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 16:50

 

Pour de nombreux voyageurs d'hier et d'aujourd'hui, Istanbul  reste un passage quasi obligé lorsqu'on se rend en Orient.


C'est ainsi que, dans le cadre de leur voyage d'un an qui a débuté le 1er août, une sympathique petite famille fait escale depuis hier à Istanbul pour 2 ou 3 jours avant de reprendre la route direction Ankara, la Cappadoce, le Sud-Est puis vers la Géorgie dont la frontière se trouve au nord-est de la Turquie.


Sur leur véhicule déjà rôdé au voyage, leur histoire se résume en quelques mots "Route 111 - 1 an - 1 famille - 1 camping-car - de Barcelone - où ils habitent depuis quelques années - à Sydney en Australie."


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    Chut, il n'est pas encore 8 h, la famille dort visiblement encore, aucun bruit ne sort du camping-car...

 

Patrick, anglo-belge, Anja, son épouse allemande et leurs deux filles Zoé  - 5 ans - et Maya - 7 ans - forment déjà à eux quatre une famille très internationale. Nos échanges le sont tout autant, la langue de Molière se mêle à celle de Goethe, en passant par celles de Shakespeare et Cervantès.


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                             De gauche à droite Patrick, Zoé, Anja et Maya à Istanbul


Comme l'expliquait Patrick dans un de ses premiers courriels, "le fil conducteur de notre voyage est d´aller à la rencontre de personnes qui mettent sur pied des projets originaux, qui font une différence et qui font avancer les choses, que se soit au niveau écologique, artistique, humanitaire,.... des personnes intéressantes qui pourraient nous inspirer pour penser et faire différemment."


Nul doute que dans le cadre d'une si longue route qui va les emmener durant un an dans des pays aux cultures diverses et variées, Patrick et Anja, ouverts au monde et pour qui communiquer est on ne peut plus facile,  vont rencontrer des personnes aussi enthousiastes et avides de partages qu'ils le sont.


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                          Des yeux plein de gaieté et de curiosité chez les grands...

 

Ceci est valable également pour Zoé et Maya qui, en un clin d'oeil, lient connaissance avec chats et chiens d'Istanbul, font littéralement craquer nos voisins de table, difficile de résister à ce charme juvénile naturel !


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                 ... mais aussi chez les petits, l'ayran et le çay plaisent à ces demoiselles

 

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                                                       Afiyet olsun Zoé !


Une fois leur périple achevé, d'ici août 2011, le retour s'effectuera non pas à l'intérieur de la poche d'un kangourou géant, mais en bateau pour le camping-car et en avion pour nos quatre voyageurs.


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            Encore un peu de repos sur un parking de Taksim à Istanbul avant de traverser la Turquie


Cette expérience d'une richesse inégalée laissera des marques durant des années. Quel sera le fruit recueilli de cette récolte de rencontres multiples, un livre, un film ou peut-être seulement des souvenirs ? Mais quels souvenirs !

 

Leur site en espagnol permet de suivre leur périple en temps réel et un groupe au nom de Road 111 ouvert sur Facebook donne l'occasion de communiquer régulièrement.


Yolunuz açık olsun et ravie d'avoir fait votre connaissance... grâce à un autre ami voyageur que je remercie au passage.

 


 

Par Nat - Publié dans : Portraits d'expatriés - Communauté : Turquie
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Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /Août /2010 12:43

 

 

Jean Marcou et la Turquie, une longue histoire pour ce professeur de droit public à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble qui vient d'achever un séjour de quatre années en tant que chercheur pensionnaire à l'I.F.E.A.


Sa première découverte de la Turquie remonte à 1975. Etudiant alors âgé de 20 ans,  connaissant déjà quelques pays du bassin méditerranéen, il est désireux de savoir à quoi ressemblait cette destination à la réputation mauvaise à l'époque. Il parcourt une bonne partie du pays avec un ami en transports en commun et durant six semaines, d'Istanbul - où ils débarquent du train -, au sud égéen, puis l'Anatolie Centrale, l'Est et le Nord-Est.

 

Ce voyage assez hardi pour l'époque, lui permet de découvrir un pays attachant où il découvre qu'on peut communiquer avec des gens sans nécessairement parler leur langue.  "Il suffit pour cela d'être ouvert au monde et prêt à communiquer, à écouter, à regarder les gens vivre, avoir envie de les connaître..." 

 

 

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Les souvenirs de cette autre Turquie qu'aujourd'hui sont encore bien vifs et je pourrais noircir de nombreuses pages d'écriture pour évoquer ses rencontres et moments partagés avec des villageois, des pêcheurs, autour d'une table, d'un jeu de cartes, d'un verre de thé brûlant...


Enthousiasmé par cette riche approche, Jean Marcou revient l'année d'après en voiture cette fois-ci, avec sa petite amie de l'époque.

 

Sa vie professionnelle et familiale l'éloigne de la Turquie jusqu'en 1988. Il dispose alors d'une semaine de réflexion pour répondre à une proposition de poste dans le cadre de la création du premier département universitaire francophone à l'Université de Marmara d'Istanbul. C'est finalement, d'abord quelques mois tout seul, puis rejoint par son épouse Isabelle et leurs trois enfants âgés de 1 à 6 ans, que la famille Marcou vient s'installer à Istanbul. Jean oeuvre la première année au campus universitaire de Göztepe, sur la rive asiatique, avant d'intégrer le site actuel de Tarabya.

 

 

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Jean se souvient des séquelles encore visibles du Coup d'Etat de 1980. "Il n'y avait pas la liberté ni la vitalité intellectuelle d'aujourd'hui même s'il y avait déjà un dynamisme économique". Les librairies se comptent alors sur les doigts d'une main, les livres disponibles dans les universités une denrée rare et de type académiques, les publications universitaires quasi inexistantes,... Le quotidien est également plus dur durant cette première tranche de vie en Turquie, les déplacements en transports en communs sans fin et compliqués, les ciels hivernaux pollués par les chauffages au charbon rendant l'air irrespirable.


Ce premier séjour ne fait que renforcer l'intérêt de Jean pour la Turquie, qui de par ses fonctions à la fois de management mais aussi de professeur de droit constitutionnel comparé et de politique comparée, est amené à découvrir le fonctionnement institutionnel du pays, sa politique,... et à travailler dans un cadre turc qui lui permet de faire connaissance avec étudiants mais aussi intellectuels locaux.

 

Après ces 4 années passées en Turquie, Jean Marcou poursuit en France d'abord, en Egypte ensuite, ses travaux sur le sujet, les spécialistes de la Turquie en France étant alors peu nombreux. De même, il continue à collaborer avec l'Université de Marmara et participe régulièrement à des colloques qui y sont organisés.

 

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            Les discussions avec Jean Marcou sont passionnantes et passionnées

 

Il vit six ans au Caire - de 2000 à 2006 - où il travaille comme Directeur de la Filière francophone d'Economie et de Sciences Politiques de l'Université, branche concernant environ 250 étudiants.

 

Durant cette période en Egypte, les regards posés sur la Turquie par les égyptiens - mais aussi le sien  - sont différents et intéressants, vus d'un autre continent. Cela permet de comparer la géopolitique régionale, le fonctionnement de pays musulmans très différents, mais aussi de relativiser beaucoup de choses. "Lorsqu'on vit en Egypte et qu'on vient à Istanbul, on est en Europe..." Les récents visiteurs venus du pays des pyramides le confirment encore.

 

Le séjour effectué à l'I.F.E.A. d'Istanbul et qui vient de s'achever, s'explique par l'envie  de Jean de vivre une expérience de recherche et d'en faire son activité principale durant quelques années. Un poste de chercheur contemporain s'ouvre à l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes  d'Istanbul en 2006, année où il termine sa mission en Egypte et, fort de plusieurs publications sur la Turquie, il pose sa candidature qui est retenue.

 

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                              Le bâtiment qui abrite l'I.F.E.A. à Istanbul

 

Chaque chercheur pensionnaire laisse une empreinte de son passage et Jean Marcou  devient "Monsieur OVIPOT", l'Observatoire de la Vie Politique Turque. Née en 2005, cette plate-forme de recherche se développe sous sa houlette.

 

Soucieux de donner plus de visibilité aux travaux de l'OVIPOT, Jean crée un blog  qui voit le jour en janvier 2007, permettant ainsi  au grand public de s'enrichir des analyses et investigations  en temps réel - contrairement aux publications habituelles des chercheurs - sur la vie politique turque intérieure et étrangère.

 

"L'idée ne consiste pas à être un site d'actualité, mais de sensibiliser les lecteurs autrement que par l'actualité sur les évolutions politiques de la Turquie... pays assez particulier, assez riche, mal connu en Europe et en particulier en France... Lorsqu'on regarde les débats politiques de beaucoup de pays européens, on s'aperçoit qu'il y a souvent, même chez les spécialistes, même chez les politiques, une ignorance parfois stupéfiante de certaines réalités de ce pays... à la vie politique assez active,  aux nombreux débats du monde contemporain sur notamment les questions des minorités, des identités, les rapports entre la religion et la sphère publique, le droit des femmes,..."

 

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                                     Jean Marcou derrière son bureau de l'I.F.E.A.

 

Comme le dit aussi à juste titre Jean Marcou, "Il y  a un véritable défi aujourd'hui pour les chercheurs et les universitaires de mettre leurs travaux à la portée du grand public, avec parfois des réticences justifiées par le fait de ne pas "vendre" tout et n'importe quoi... Il y a une réelle demande des gens qui attendent de s'informer, de s'instruire et de découvrir... Cela peut permettre également de vérifier la pertinence des analyses publiées."

 

En conclusion, lorsque je souhaite avoir son avis quant aux trois changements les plus significatifs, à ses yeux, entre la Turquie de 1988 et celle de 2010, ses réponses peuvent faire l'objet de débats longs et passionnés ainsi que d'analyses et de publications encore bien nombreuses, voyez plutôt : le changement de mode de vie au quotidien, une décrispation très nette sur les sujets tabous de l'histoire, des minorités et des identités ainsi que la création d'une classe moyenne turque...


Réaffecté à Grenoble dès le 1er septembre 2010, Jean répond à ceux qui lui ont demandé récemment ses impressions à l'aube du départ "Je n'ai pas vraiment l'impression de partir de la Turquie". Travaillant sur différents programmes et continuant à alimenter le blog de l'OVIPOT, il sera amené à revenir nous voir avant la fin de cette année. Görüşmek üzere, yol açık olsun !

 


 


Par Nat - Publié dans : Portraits d'expatriés - Communauté : Turquie
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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /Juil /2009 13:21


Gisèle, dont je vous ai fait découvrir hier un des ouvrages http://dubretzelausimit.over-blog.com/article-33428186.html, est née dans le sud de la France, à Cannes plus précisément, où elle va suivre sa scolarité.

A 10 ans, elle écrit son premier roman durant les vacances de Pâques, deux ans plus tard, elle passe à la poésie qu'elle pratique durant une bonne dizaine d'années.

                             

Sa plume est récompensée très tôt puisqu'elle gagne le Grand Prix de Poésie du Président de la République Française à l'âge de 16 ans.  Des études de lettres vont précéder un CAPES en lettres modernes.

En 1983, elle vient s'installer à Istanbul pour rejoindre celui qui deviendra trois ans plus tard son mari. Durant ses premières années en Turquie, ils vont vivre tous deux en concubinage dans le quartier de Fatih... Ceux et celles qui vivent ici connaissent le côté conservateur de ce coin d'Istanbul qui, dans les années 50, était bourgeois. A l'époque où Gisèle y a vécu, c'était un mélange de petite bourgeoisie et de côté traditionnel. Elle garde un bon souvenir de cette période, les personnes du quartier y étaient gentilles et bienveillantes.

Durant 9 ans, à partir de sa deuxième année de vie en Turquie, elle exerce en tant que Professeur de Littérature au Lycée Saint-Michel d'Istanbul. Elle intégre ensuite le Lycée français Pierre Loti comme Professeur de Lettres où elle enseigne toujours.

                               

Gisèle dit qu' "Ecrire, c´est oublier, s´abstraire, se désennuyer. C´est lutter contre l´angoisse, la morosité... Contre l´effroyable ennui des heures perdues dans les corvées. La mortelle gangue des obligations. De tout ce temps qu´on nous dérobe, ces heures à jamais perdues et arrachées à notre temps de vie. Ecrire, c´est se révolter. C´est faire sa psychothérapie sans psychothérapeute." O combien je partage cette idée sur l'écriture !

"Fenêtres sur Istanbul", sa première publication, est achevée en 96 mais les multiples envois à des maisons d'éditions françaises ne connaissent pas de suite favorable. Suite à cette déception, elle décide de ne plus faire la chasse aux éditeurs. Le premier livre de la Trilogie d'Istanbul sera finalement publié seulement... en 2003, suivi en 2006 par "Grimoire d'Istanbul " puis "Secrets d'Istanbul" en 2008, les trois composants de la Trilogie sont réunis !

              

Entre temps, en 2004, le mari de Gisèle va créer sa propre maison d'éditions. La même année sera publié "La sultane Mahpéri", roman historique où l'on plonge dans l'Anatolie du XIIIème siècle, en compagnie des personnages de l'histoire moyennâgeuse turque. Ce livre, fruit de plusieurs années de travail et de recherche, a nécessité des déplacements sur les lieux de l'action, dont le palais de Kubadabad situé sur les rives du lac de Beyşehir, que je vais découvrir dans quelques semaines...

                           
                                 La couverture de l'édition turque de "La sultane Mahperi"

Gisèle travaille depuis une dizaine d'années sur un alphabet d'Istanbul, recueil d'essais et de nouvelles sur cette  ville qui ne ressemble à aucune autre. 2010 devrait pouvoir lui donner vie !
De même, une suite est prévue pour "La sultane Mahpéri", les projets ne manquent pas...

                            

Gisèle a une seconde passion, la musique. Le piano et l'accordéon sont d'autres moyens d'expression qui lui vont sans doute aussi bien que l'écriture qu'elle manie si adroitement ! En tout cas, elle a transmis au moins le virus de la musique à un de ses deux fils...

Par Nat - Publié dans : Portraits d'expatriés - Communauté : Istanbul
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