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Pierre Loti

Lundi 4 juillet 2011 1 04 /07 /Juil /2011 12:45

 "C'est donc vrai que je vais revoir Stamboul... C'est bien réel et prochain, ce pèlerinage auquel, depuis dix ans, je rêve... Depuis dix ans que les hasards de mon métier de mer me promènent à tous les bouts du monde, jamais je n'ai pu revenir là, jamais : on dirait qu'un sort, un châtiment sans merci m'en ait constamment éloigné. Jamais je n'ai pu tenir le solennel serment de retour qu'en partant j'avais fait à une petite fille circassienne, abîmée dans le suprême désespoir."

                                   Extrait de Fantôme d'Orient, Pierre Loti 

 

Cela fait bien longtemps que je souhaitais aller à la recherche d'Aziyadé, ce Fantôme d'Orient qui révèle les talents de romancier de Julien Vaud, officier de marine, plus connu sous le pseudonyme de Pierre Loti.


C'est ainsi qu'un jour de printemps 2011, un ami  m'accompagne sur les traces de la dernière demeure de Hatice, rebaptisée Aziyadé par celui qui ne l'oubliera pas jusqu'à son dernier souffle.

 

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                       L'ancien cimetière de Topkapı où repose Aziyadé


Munis de quelques précieuses informations quant à la localisation de la sépulture d'Aziyadé, décédée à l'âge de 21 ans le 23 octobre 1880, près de trois ans et demi après le départ de Loti, ce n'est pas à dos de cheval ni revêtus d'un costume turc brodé que nous prenons la direction de l'ancien cimetière de Topkapı situé de l'autre côté des murailles de la péninsule historique d'Istanbul, mais nantis des appareils qui vont servir à immortaliser cette rencontre insolite.


"Aziyadé m'avait fait jurer aussi que je reviendrais avec ce costume-là, qu'elle le reverrait, et, depuis des années, je m'étais dit que je le reprendrais, même pour aller visiter sa tombe au cimetière." 

                                                                           Extrait de "Fantôme d'Orient", Pierre Loti

  

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                                La tombe recherchée n'est plus bien loin...   

  

La chance nous sourit, l'entrée par laquelle nous accédons est la bonne. Les gardiens de cette immense région des sépulcres, où des passagers vers l'au-delà résident depuis plus de six siècles, nous emmènent sur notre lieu de rendez-vous.

 

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La végétation est dense, les roses de velours qui ornent certaines tombes dégagent des fragrances délicates.

 

Le chant des oiseaux et le martèlement du bec du pic épeiche sur les bois creux alentours offrent une ambiance pleine de sérénité, presque joyeuse, malgré l'endroit.

 

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                                 Robe délicate d'une rose au cimetière de Topkapı


"Je regarde autour de moi les tombes, les plus rapprochées et aussi les plus lointaines, cherchant et interrogeant les moins vieilles, celles qui sont restées un peu blanches et où brille un peu d'or, celles qui n'ont pas encore pris l'uniforme teinte gris roux de l'ensemble de tout cet immense ossuaire... Depuis bien des années, j'avais prévu, deviné cette promenade funèbre, tout ce qui est réel aujourd'hui..."                                                                  

                                                                 Extrait de "Fantôme d'Orient", Pierre Loti

 

Petite sépulture, difficilement repérable de l'allée principale, il faut enjamber plusieurs rangées de tombes pour découvrir, à l'ombre d'un arbre, celle que je voulais voir depuis si longtemps.

 

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              La dernière demeure d'Aziyadé au cimetière de Topkapı, Istanbul

 

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Arrivés sur place, nous nous asseyons près de la dernière demeure de la petiote, "qui a espéré pendant plus d'un an... quelque chimérique retour, avec un enlèvement peut-être...", aventure impossible à l'époque pour celui qu'elle aime. "Peu à peu, elle décline ensuite, perd ses couleurs de saine jeunesse, courbe la tête, se croyant oubliée et abandonnée d'âme pour toujours..."


Aziyadé, j'aimerais revenir te voir avec un bouquet d'immortelles aux couleurs vives et éclatantes et te montrer ces livres qui narrent ton amour impossible, mais je ne l'ai pas encore fait... Celui qui se rappellera de toi jusqu'à son dernier souffle, lui est revenu seul le lendemain.

 

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"Je m'étends doucement et embrasse cette terre, au-dessus de la place où doit être le visage mort... Notre longue entrevue muette traverse des phases différentes, qui semblent de plus en plus nous rapprocher l'un de l'autre. Maintenant, je suis tout entier à l'impression que nos corps sont de nouveau presque réunis, après avoir été tant séparés, par les années, par les distances, par les courses à travers le monde et par l'indéchiffrable mystère qui enveloppait pour moi sa destinée à elle ; je sens que nous sommes là, tout près voisins, séparés seulement par un peu de cette terre, dans laquelle on l'a couchée sans cercueil."  

                                                                        Extrait de "Fantôme d'Orient", Pierre Loti


Comme lui, nous sommes restés bien longtemps sur la tombe d'Aziyadé, plusieurs heures à vrai dire, au milieu de cet environnement bucolique offert aux sens des vivants.

 

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Au moment de repartir, je demande à cet ami qui m'a accompagné la raison pour laquelle il a été aussi méditatif que moi à rester simplement autour d'une tombe aussi longuement. Il me répond : "Comme Loti, moi aussi je suis un grand voyageur et je ressens l'amour qu'il a pour cette femme..."


Avant de terminer cette visite hors du commun au royaume de l'au-delà et du souvenir, je souhaite prendre quelques photos de l'itinéraire à l'intérieur du cimetière menant à la tombe. C'est alors que cet ami, qui est dans le domaine de l'image, me propose de filmer ce cheminement avec mon appareil photo habituel.   

 

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De là est né ce court-métrage d'une dizaine de minutes qui m'a étonnée et bouleversée à la fois et que je vous invite à découvrir.

 

 

"De cet instant, j'ai l'illusion délicieuse qu'elle sait que je suis revenu là et qu'elle a tout compris..."                                                                        

                                                                      Extrait de "Fantôme d'Orient", Pierre Loti

 


 



Par Nat - Publié dans : Pierre Loti - Communauté : Pierre Loti, le turcophile
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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 07:40

Fantôme d'Orient, ouvrage de Pierre Loti publié en février 1892, relate l'histoire de son pélerinage de 3 jours à Istanbul entamé le 6 octobre 1887 -  il y  a tout juste 123 ans aujourd'hui, jour pour jour - dix ans après avoir quitté cette ville.

 

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Il y a laissé celle dont il était épris, la belle Aziyadé - Hatidje de son vrai nom - jeune circassienne âgée de 18 ans à peine lorsqu'il la quitte en 1877, il en a alors 27...         

 

Elle fut un des plus grands amours de sa vie et leur histoire est retracée dans son premier ouvrage Aziyadé, publié en 1879, deux ans après son précédent retour d'Istanbul.

 

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Deux portraits d'Aziyadé, de face et de profil, la tête voilée - sous les portraits se trouvait en caractères arabes, la transcription d'un extrait de poème "l'Ode au printemps" du poète ottoman Mesihi - dessin non localisé mais souvent reproduit depuis 1923 - dessin de 230 x 145 mm, ancienne collection Bernadac, illustration et commentaire extraits du livre "Ressam Pierre Loti, Uzun bir yolculuk - Le peintre Pierre Loti, un long voyage" d'Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier

 

Il débarque ainsi à nouveau à Istanbul, pour enfin tenir sa promesse de revenir la voir.  Depuis environ 8 ou 9 ans, il n'a plus de nouvelles, leur correspondance difficile a cessé.

 

Avant son départ, il se souvient de cette période de vie si lointaine et si proche à la fois, lorsque les souvenirs gardés font revivre le passé.

 

Après avoir pris le train de Paris à Bucarest où il fait une courte halte, sa route se poursuit jusqu'à Varna au bord de la Mer Noire où il prend un bateau qu'il l'emmène vers celle qu'il a aimée.

 

Il n'a que peu de temps pour trouver sa belle, à peine plus de deux jours, avant de devoir repartir.

 

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Portrait d'Aziyadé à l'huile, exposé dans le salon turc de la maison de Loti à Rochefort, attribué à Marie, soeur aînée de Loti. Certainss éléments laissent croire que cette oeuvre aurait pu être faite en Turquie, avant le départ de l'écrivain - extraits du livre ""Ressam Pierre Loti, Uzun bir yolculuk - Le peintre Pierre Loti, un long voyage" d'Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier

 

La lecture de Fantôme d'Orient nous emmène notamment dans les rues de Pera (l'actuelle Beyoğlu), mais aussi à Stamboul - comme on appelait alors la péninsule historique -, à Eyoub (Eyüp) où il a vécu une bonne partie de sa romance, à Kassim-pacha (Kasımpaşa) et Hadjikeui - (Hasköy) et Phanar (Fener), des quartiers fréquentés durant son précédent séjour de 7 mois et demi à Istanbul, avec pour toile de fond la Corne d'Or, et ses caïques.

 

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Eyoub, février 1877, la petite place sur laquelle donnait la maison à terrasse habitée par Loti (au centre du dessin) dessin de 205 x 95 mm- collection particulière - extraits du livre "Ressam Pierre Loti, Uzun bir yolculuk - Le peintre Pierre Loti, un long voyage" d'Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier

 

Il cherche d'abord les traces d'une vieille femme arménienne qui l'amènera au fil des heures d'une course contre le temps, sur les pas d'un fantôme d'Orient...

 

Il apprend en effet au crépuscule de son premier jour de séjour à Istanbul qu'Aziyadé a quitté ce monde au printemps, sept ans plus tôt. Le lendemain, grâce aux dernières forces de Kadidja, esclave noire au service de la belle, renvoyée plus d'un  an avant que sa maîtresse ne meurt, recluse derrière les fenêtres du sombre logis de son époux, Loti a enfin rendez-vous à la dernière  demeure de celle pour qui il a revêtu, comme elle le lui avait fait jurer quand il reviendrait, son costume turc savamment brodé et son fez...

 

Kadidja est la seule personne qui puisse encore, en fouillant dans ses souvenirs, lui donner des informations sur les derniers mois passés au service d'Aziyadé. Loti l'interroge sur les échanges de courriers réalisés durant un temps grâce à son aide entre les deux amants, apprend les espoirs d'Aziyadé nourris pendant plus d'un an... quant au retour de celui qu'elle a attendu.

 

Il revient le lendemain matin, avant son départ d'Istanbul, embrasser la terre sous laquelle repose la jeune femme, enfin seul avec elle... Il ira d'ailleurs à plusieurs reprises, lors de ses courts voyages à Istanbul les années suivantes, se recueillir sur la sépulture.

 

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Photo de Loti dans le cimetière en-dehors des murs de la vieille ville où repose Aziyadé - extraite du livre "A Stamboul avec Pierre Loti" de Faruk Ersöz

     

La stèle funéraire originale, que Loti fait enlever et remplacer par une autre, prend la direction de la France en 1905 après avoir séjourné un moment à bord du Vautour, paquebot stationnaire de l'Ambassade de France à Istanbul aux commandes de l'officier de marine Viaud.

 

Pierre Loti installe ce souvenir insolite dans la mosquée de sa maison natale de Rochefort, ouvert au public depuis 1973 en tant que musée et classée monument national depuis 1990. Cette pièce, commencée en décembre 1895 et achevée au printemps 1897, reconstitue de façon très théâtrale un lieu de culte musulman.

 

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Stèle provenant de la tombe d'Aziyadé - Photo extraite du livre "La maison de Pierre Loti à Rochefort"

 

A des invités dans sa maison, Loti raconte une histoire de revenant, se voulant le propriétaire d'une maison hantée : Voici (...) la stèle d'Aziyadé ; cette pierre dressée où brûle une petite lampe de verre. Il y a bien des années qu'elle est morte, Aziyadé ; mais est-on sûr de mourir ? Pour moi, je pense qu'il y a des êtres qui, même vivants, sont pourtant morts et certains morts qui vivent toujours. (...) Tous les matins, il y a sur le marbre, devant ce bassin, l'empreinte humide d'un petit pied de femme. Dans cette vasque, quelqu'un se baigne et je n'entends rien, pas un rire, pas un soupir, même pas les éclaboussures de l'eau où le fantôme de la jeune fille vient tremper ses pieds d'enfant...Vous croyez que j'invente peut-être ? Ou bien vous vous dites que je suis le jouet d'hallucinations extravagantes... Patience... Demain, je vous ferai voir les pas d'eau sur les dalles". Texte extrait du livre "La maison de Loti à Rochefort"

 

Le 27 décembre 1921, dix-huit mois avant de mourir, Loti, affaibli par une hémiplégie, reçoit à Rochefort la visite officielle d'une délégation turque menée par  Madame Mufidé Feride, épouse de l'ambassadeur d'Ankara à Paris.


Celle-ci, voyant le portrait d'une dame turque voilée, lui demande si ce n'est pas son amie d'autrefois. Ne recevant pas de réponse, elle poursuit "Vous ne vous rappelez peut-être plus..." Pierre Loti lui rétorque alors avec moult difficulté :  "Oh si ! Je me rappelle... et je me rappellerai toujours... Ce sera même la dernière chose qui s'effacera de ma mémoire, dans la minute où je mourrai."  

 


Par Nat - Publié dans : Pierre Loti - Communauté : Pierre Loti, le turcophile
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Mercredi 26 mai 2010 3 26 /05 /Mai /2010 10:50

 

Cet article a été basculé sur mon blog infos le 2 octobre 2010.

 

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Stamboul 5 février 1877, changement de grand vézir, arrivée d'Edrem Pacha au grand vézirat - mine de plomb sur papier - collection particulière

 


Par Nat - Publié dans : Pierre Loti - Communauté : Pierre Loti, le turcophile
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 12:03

Vous avez fait la connaissance, il y a bien lontemps déjà, d'Aziyadé, cette jeune et belle circassienne qui habitait dans un harem d'Istanbul à la fin du XIXème siècle.

Elle a été aimée passionnément - mais silencieusement - par Pierre Loti, ce jeune officier de marine qui devint le plus célèbre des turcophiles français.

Du prénom de sa bien-aimée, Il a fait le titre d'un de ses ouvrages les plus célèbres
.


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 Représentation d'Aziyadé réalisée par Pierre Loti visible dans la maison qu'il a occupée quelques mois à Istanbul sur Divan Yolu

Aziyadé ne survit pas au départ de celui qu'elle aime et se laisse mourir de chagrin.  Lorsque Loti revient à Istanbul et cherche à revoir celle qu'il n'a pas oubliée, il apprend son décès.

Il se rend sur sa tombe et décide de voler la stèle funéraire de la sépulture de son amour d'Orient et la remplace par une autre. Cette stèle trône depuis dans la pièce-mosquée aménagée par l'écrivain dans sa maison familiale de Rochefort-en-Mer, en France.

                      
Stèle d'Aziyadé dans la maison de Loti - reproduction d'une photo du livre "La maison de Pierre Loti à Rochefort"

J'ai visité à deux reprises, il y a bien longtemps, cette bien curieuse maison de voyageur qui exhale un parfum d'Orient bien prononcé.

Je me souviens parfaitement de la surprise et de l'émotion qui étaient miennes en découvrant cet intérieur la première fois, en 1986, n'imaginant guère à l'époque que je marcherais sur les pas de Pierre Loti et d'Aziyadé.

 


Par Nat - Publié dans : Pierre Loti - Communauté : Istanbul
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 07:54

Pierre Loti de son nom d'écrivain, Jules Viaud pour l'état civil, continue de faire couler beaucoup d'encre, lui qui a tant aimé la Turquie et son peuple.

Son sixième et avant-dernier séjour à Istanbul a lieu en 1910, après son admission à la retraite au début de la même année. Le 15 août, il arrive à Stamboul, cette ville qu'il a laissée derriere lui en 1903. Il séjourne d'abord chez ses amis Ostrorog à Kandilli, sur la rive asiatique du Bosphore.

 

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                              Loti accueilli à sa descente de bateau

Il vient en fait pour essayer de comprendre le mystère autour de la mort de Leyla, qui se serait tuée par amour pour lui et par refus de se marier avec un autre homme qu'on veut lui imposer pour époux. Loti veut absolument se loger dans la vieille ville. Mais aucun des hôtels  qu'il visite ne lui convient.

Des amis lui trouvent finalement une maison à louer qui appartient alors à Kemal bey, jeune officier de l'armée turque, dont la famille est absente pour un moment, et qui accepte de la mettre à sa disposition.

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                               La façade rénovée de l'immeuble

Cette demeure se trouve à Çemberlitaş, au 15 de Yeniçeriler Caddesi (appelée aussi Divan Yolu), la grande avenue que tout le monde connaît à Istanbul, habitants ou touristes de quelques jours. De nos jours, le tramway venant de Sultanahmet en direction du Grand Bazar, y passe.

Pourtant, combien d'entre nous sont passés devant sans lever le nez pour y voir la plaque commémorative apposée en juillet 1920 par la mairie d'Istanbul en souvenir de l'hôte qui y a habité durant quelques mois ?

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                          Lors de la pose de la plaque de marbre en 1920 

Le confort était plus que modeste, quelques nattes sur le sol seulement. C'est avec son personnel composé d'Osman et de deux turcs à son service, connus lors de son précédent séjour, qu'il emménage là.

 

Cet emplacement en plein coeur de la ville lui permet de vivre comme il aime, fréquenter les mosquées environnantes à l'appel du muezzin, fumer le narguilé sur la terrasse des cafés du quartier...

 

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Lorsque Loti doit rendre les clés de la maison au retour de l'officier et de sa famille, il séjourne un moment dans la maison de campagne du Consul de France à Ortaköy, se remettant d'une forte fièvre qui le terrasse le premier jour du Ramadan.

La maison habitée à Çemberlitaş par cet amoureux de la Turquie est la seule que l'on peut encore voir aujourd'hui à Istanbul. Elle était occupée partiellement par le restaurant-café Gazel et actuellement mar le restaurant Vuslat ainsi que par des ateliers aux étages supérieurs ajoutés à la fin des années 60. 

 

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Un projet de transformation du premier étage en musée-café Pierre Loti existe. Le propriétaire du bâtiment ainsi que le directeur ont déjà été en contact, il y a un peu plus d'un an, avec la maison-musée Pierre Loti à Rochefort-sur-Mer, susceptible de leur mettre à disposition des objets habituellement visibles dans la maison de famille française de l'écrivain.

Affaire à suivre...

Note : le livre de Faruk Ersöz "A Stamboul avec Pierre Loti" m'a permis de trouver un certain nombre de renseignements concernant le séjour de 1910 évoqué dans cet article.


Par Nat - Publié dans : Pierre Loti - Communauté : Pierre Loti, le turcophile
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Dimanche 13 juillet 2008 7 13 /07 /Juil /2008 09:30

Après avoir publié récemment mon billet sur Pierre Loti, je n’ai pu m’empêcher de relire son œuvre la plus connue, Aziyadé.

 

Extrait :

 

Nous traversons en courant Sali-Bazar (Salı pazarı), Tophané (Tophane), Galata. Nous voici au pont de Stamboul. La foule se presse sous un soleil brûlant ; c’est bien le printemps, pour tout de bon, qui arrive comme moi je m’en vais. La grande lumière de midi ruisselle sur tout cet ensemble de murailles, de dômes et de minarets, qui couronnent là-haut Stamboul ; elle s’éparpille sur une foule bariolée, vêtue des couleurs les plus voyantes de l’arc-en-ciel.

Les bateaux arrivent et partent, chargés d’un public pittoresque ; les marchands ambulants hurlent à tue-tête, en bousculant la foule.

……Nous nous arrêtons à Stamboul, sur la grande place de Jeni-djami, devant la mosquée. Pour la dernière fois de ma vie, je jouis du plaisir d’être en Turc, assis à côté de mon ami Ahmet, fumant un narguilhé au milieu de ce décor oriental.

 

  
                                  La mosquée de la Valide et la Jeni Djami ne font qu'une

Ce roman quasi biographique paraît en janvier 1879 sous l’anonymat le premier roman d’un jeune marin rochefortais : Aziyadé, Stamboul 1876-1877.
L’auteur, Julien Viaud, n’est pas encore Pierre Loti. Mais la Turquie est déjà sa « seconde patrie », et l’amour pour Aziyadé une passion.

 

On a beaucoup écrit sur cette femme mystérieuse,  sur l’impossibilité pour une musulmane de harem d’avoir eu pareille aventure amoureuse avec un chrétien de passage.

 

                 

Loti croise treize ans plus tôt la route de celle qui donne le titre à son livre. Cette jeune femme circassienne appartient au harem d’un riche vieillard d’Istanbul. Elle rencontre d’abord le jeune officier à Salonique ; un amour interdit et impossible commence alors. Loti lui promet d’attendre son retour en Turquie puisqu’il doit s’y rendre.


Avec ce livre, on plonge dans le quotidien d'Istanbul, on y retrouve les bruits, les couleurs, les odeurs, le pouls de la ville. L'auteur y décrit ces quartiers que je connais bien, Foundoucli (Fındıklı, juste en bas de chez moi), Eyoup (Eyüp) et Fanar (Fener).

 

Le récit se déroule sur fond historique et politique : le sacre tumultueux du sultan Abdülhamid, la crise des Balkans, le traité de San Stefano qui met la Turquie hors du territoire européen (!). Le turcophile Loti réussit à l'époque, avec ce livre, à retourner l'opinion occidentale en faveur des turcs.... 


   
                                    Les caïques et les bateaux au temps de Loti

 La fin de l’histoire est presque l’entière et triste vérité ; quand Loti reviendra à Istanbul  dix ans plus tard, il y apprendra qu’Aziyade est morte d’amour, ne pensant jamais le revoir. Sauf que l’auteur ne mourra pas au combat comme dans son livre…

Second extrait :

 

Aziyade te fait dire qu’elle ne vit pas sans toi ; qu’elle ne voit pas le moment de ton retour à Constantinople ; qu’elle ne croit pas qu’elle puisse jamais voir tes yeux façe à face et qu’il lui semble qu’il n’y a plus de soleil.

 

  
                   
                          Reproduction du livre "La maison de Pierre Loti à Rochefort" 

                               Loti dans le salon turc de sa demeure rochefortaise


Ce roman fait l’objet d’une suite titrée : Fantôme d’Orient paru en 1892. Il ne me reste plus qu’à le lire …


Par Nat - Publié dans : Pierre Loti - Communauté : Pierre Loti, le turcophile
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Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 20:00

Tout le monde ne le connaît peut-être pas sous son vrai nom mais si je vous dis Pierre Loti, je suis presque certaine que vous en avez forcément un jour ou l’autre entendu parler.

 

Officier de marine et écrivain, Julien Viaud est né à Rochefort-en-Mer le 14 janvier 1850. J’ai découvert une première fois sa maison natale devenue musée en1986. Bien que troublée et fascinée par cette demeure hors normes, je ne pouvais m’imaginer à cette époque que je reviendrai la voir en 2003, quelques semaines avant de venir m’installer à Istanbul.


                        

                       Reproduction extraite du livre "La maison de PIerre Loti à Rochefort"

Une vie de voyages, de livres, de la découverte et d’une passion pour un pays, la Turquie. Il en a fait sa deuxième patrie et rêve de devenir autochtone, de vivre à la turque, d’être Turc…. Il se fait passer pour, habillé comme les locaux de l’époque, il en apprend la langue et ne cessera de louer Istanbul, ses quartiers, ses cafés, son art de vivre…

                   
                       Loti en guerrier turc, extrait du livre "La maison de Pierre Loti à Rochefort"


  
                            Le pont de Galata en 1905 tel qu'a du le voir Pierrre Loti
 

Il rencontre l’amour de sa vie, Aziyadé (Hatice) qui vit au harem. De cette merveilleuse aventure naîtra sans doute son livre le plus connu et qui porte le nom de sa douce, publié en 1879 et qui sera son premier grand succès.

 

Il séjourne en Turquie en 1880, en 1900, habite Istanbul de 1903 à 1905, principalement dans le quartier d’Eyüp (Eyoub à l’époque). Pour rester ici, il songe même à devenir officier turc alors que son navire doit repartir… Il reviendra dans son pays d’adoption après sa retraite, en 1910 et en 1913.


 
                                              Dans le quartier d'Eyüp, 1909 
 


Il soutient l’Empire ottoman en tant que journaliste et écrivain, pourtant ennemi sérieux de la France à cette époque.

 

Le 27 décembre 1921, une délégation menée par l’épouse de l’ambassadeur d’Ankara à Paris rend visite à l’écrivain qui a tant défendu le peuple turc. Elle lui remettra un tapis tissé par des jeunes filles orphelines dont les pères sont morts en martyrs lors de lutte pour l’indépendance, présent très symbolique.

 

Combien d’insultes, de menaces, Pierre Loti a-t-il affronté durant ces années à défendre les Turcs, ce peuple qui lui a tant donné…


             
                 Portrait de Loti paru dans le journal "Le Monde illustré" du 9 avril 1892,
                         extrait du livre "La maison de Pierre Loti à Rochefort"
 


Cet homme hors du commun meurt à l’âge de 73 ans, en 1923, dans sa maison d’Hendaye. Il sera inhumé à Saint-Pierre d’Oléron dans le jardin de la demeure de ses aïeules, selon ses dernières volontés.

 

C’est un peu un père spirituel pour moi ; à ma façon, je suis ses traces et j’aime autant que lui ce pays qui ne ressemble à aucun autre. J’écris, je photographie, j’ai aussi dessiné déjà… tout comme il l’a fait et je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin…

 

     

               La mosquée bleue et l'hippodrome, que Loti a cité dans ses ouvrages, Reproduction
 

"Être Turc, c'est aussi être divisé, être dédoublé, entre l'Europe et l'Asie." 

                                                                      Pierre Loti

 


 

Par Nat - Publié dans : Pierre Loti - Communauté : Pierre Loti, le turcophile
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