Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 17 ans.

Du bretzel au simit

Vivre ensemble en paix et dans le respect mutuel, utopie ou rêve réalisable ?

La rédactrice en chef de SaphirNews, 1er quotidien d'activité en ligne sur le fait musulman, a eu l'amabilité de m'ouvrir leurs colonnes pour partager mon témoignage/point de vue. Ce dernier, dont le texte suit, a été publié le 11 novembre 2020 sur leur site. Un grand merci Hanan !

 

Notre bonne vieille terre et ceux qui y habitent sont mis à rude épreuve, tout particulièrement cette année. Un siècle après la grippe espagnole, une nouvelle pandémie est venue frapper le monde et faire des ravages aux quatre coins de la planète. Les plus puissants dirigeants actuels montrent sans réserve leur soif de pouvoir et leur ego souvent hors normes. Terrorisme, manque de tolérance et de dialogue constructif, caricatures à mes yeux provocantes, meurtres, catastrophes en tous genres dont le tremblement de terre survenu dans la région égéenne et notamment à Izmir, en Turquie, où je vis depuis deux mois après 17 années passées à Istanbul, font la une de l’actualité. Ce sont tous des thèmes plus “vendeurs” que les sujets culturels ou philosophiques pour de nombreux médias de la presse télévisée et écrite dans le monde. De plus, ils permettent aussi d’alimenter sur les réseaux sociaux des échanges d’une verve et d’une haine parfois indescriptible qui ne font que monter les enchères de la violence.

Les relations diplomatiques entre la France, mon pays d’origine, et la Turquie, mon pays d’adoption où je vis et dont j’ai aussi pris la nationalité, ne sont actuellement pas au mieux. Vieilles de 484 ans - suite au traité d’Alliance entre le roi François Ier et le sultan Soliman le Magnifique en 1536 - elles constituent pourtant l’une des plus longues relations diplomatiques de l’histoire… La situation actuelle est-elle vraiment représentative de la vie quotidienne de part et d’autre ? Pour moi, la réponse est non. A mon avis, tant les Français que les Turcs sont bien plus préoccupés par la situation sanitaire et la dégradation économique du pays où ils vivent que celle engendrée par les ires de leurs présidents respectifs.

Arrêter la prolifération d’informations anxiogènes

Stop, arrêt sur images ! Il me semble plus que temps, d’une part, d’arrêter la prolifération d’informations uniquement anxiogènes et, d’autre part, de poser ses valises et de réfléchir sérieusement à ce qu’il faut à chacun d’entre nous pour être heureux et vivre ensemble en harmonie.

Crédit photo SaphirNews

L'histoire ne fait que se répéter, par cycles. L’origine des guerres, mais aussi des révolutions, est souvent le fruit d’une lutte de pouvoirs, de dégradations économiques, de l'intolérance envers ceux qui sont différents de par leur couleur de peau, leur culture, leur religion. Mais finalement, quand ils sont heureux, ils rient comme vous et moi et, lorsqu’ils sont malheureux, ils pleurent comme vous et moi…

Au lieu de pointer du doigt et seulement parler de sujets qui fâchent et de se focaliser sur les affrontements et les oppositions stériles, il me paraît primordial et urgent de mettre son énergie et son temps à profit pour la réflexion et le débat d’idées, ensemble, entre personnes de bonne volonté. Il est temps de développer l’ouverture d’esprit, la philosophie pour les nuls, le respect mutuel, la tolérance, la saine curiosité de l’Autre différent de nous, de par ses habitudes de vie, sa croyance.  Toutes ces valeurs, ajoutées au partage et à la solidarité sont, à mes yeux, profitables à tous.  Nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas et mieux se connaître contribue à ne plus avoir peur de la différence mais à l'accepter comme une richesse ! 

Inverser la balance et plus montrer le beau, l’utile, l’agréable, ce qui fait du bien à tout le monde peut aider ceux qui ont les nerfs à fleur de peau à trouver une source positive et régénératrice. Plus les énergies positives sont réunies et plus nous en profiterons nous-même en premier et pourrons en faire profiter notre entourage. Certes, toutes ces bonnes intentions font pour le moment moins d'écoute et sont moins vendeuses. Mais que faut-il privilégier :  l’entretien de l’ego, du pouvoir, la violence et la haine ou bien un monde où la tolérance, le respect envers la planète, la faune et la flore et ceux qui y habitent vivent en harmonie ?    

« Là où est la haine, que je mette l'amour »

Je souhaite partager ici quelques extraits évoqués par certains intervenants lors de la rencontre de prière et de partage du 22 avril dernier organisée par le Comité du Vicariat Apostolique d’Istanbul pour les relations interreligieuses dont je faisais partie .

 

Rencontre de prière et de partage du 22 avril 2020 organisée par le Comité du Vicariat Apostolique d'Istanbul pour les relations interreligieuses

Hayat Nur Artıran, Présidente de la Fondation Internationale Şefik Can pour l'Education et la Culture de Mevlâna, a notamment rappelé les paroles du prophète « L'humanité entière ressemble à un grand arbre. Les racines de l'arbre, ses branches, ses feuilles, ses fleurs et ses fruits ne se ressemblent aucunement, mais l'arbre tire précisément toute sa valeur de ces différences. » ainsi que le verset 48 de la sourate La Table Servie du Coran où Dieu a dit : « Nous avons donné à chacun d'entre eux une règle et une Loi. Si Dieu l'avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu'il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns et les autres dans les bonnes actions.»

Mgr Rubén Tierrablanca González, vicaire apostolique d'Istanbul, a invité les participants à s'adresser à Dieu avec la prière pour la paix de Saint-François qui commence par : “Seigneur, fais de nous un instrument de ta paix, là où est la haine, que je mette l'amour. Là où est l'offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l'union. Là où est l'erreur, que je mette la vérité…”

Esin Çelebi Bayru, 22ème arrière-petite-fille de Mevlâna, a souhaité terminer son intervention par le message suivant de Rumi tiré du Mesnevi : “Il n'y a point de différence entre les Prophètes puisqu'ils montrent le chemin allant vers Dieu. Leurs chemins est un seul chemin, s'il y a une erreur, elle n'appartient pas au chemin mais à ceux qui l'empruntent.”

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Par ailleurs, dans la Torah, l’enseignement divin dans la religion judaïque, l’extrait suivant “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” que l’on retrouve aussi dans l’Ancien Testament est on ne peut plus nécessaire et d’actualité...

Enfin pour terminer, I have a dream ! Je rêve de mettre en place en Turquie des lieux de rencontres destinés au “Vivre ensemble en paix” où seules auront la place les notions et valeurs citées plus haut… Ce pays devenu le mien, pour moi synonyme de pluriculturalisme si riche et plein d’enseignement, est, me semble-t-il, le lieu idéal pour poser de nouvelles fondations pour demain... Utopie ou rêve réalisable ? L’avenir le dira...

En cliquant ici, vous pouvez lire la version turque de l'article.

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Arnaud 20/11/2020 21:26

Je suis content d'voir entendre une voix de tolérence. Beaucoup de respect à vous Nathalie. Bon courrage.

Nat 21/11/2020 04:19

Merci Arnaud

christiane 16/11/2020 11:39

Merci Nathalie ! Votre texte met du baume au coeur ! Merci infiniment pour ce partage , avec lequel je suis tout à fait d'accord ! Merci d'avoir cité Nur Artiran que j'ai rencontrée plusieurs fois ! et François d'Assise qui est le grand saint de ma vie ! Et si vous créez un centre de rencontre , je reviendrai peut-être en Turquie ... Avec toute mon amitié ..!

Nat 16/11/2020 12:53

Merci Christiane et ravie de savoir que vous avez rencontré Nur Artıran à plusieurs reprises. C'est quelqu'un qui compte beaucoup pour moi... Alors, au plaisir de vous rencontrer en Turquie inşallah...