Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 13 ans

Décembre 1969 dans les alpages au-dessus d'Aşağı Aydere Köyü


Cet hiver-là, suite à la sécheresse de l'été, il y a très peu de foin pour les animaux. Comme les vivres sont insuffisants, on laisse partir les chevaux en espérant que les plus robustes résisteront à l'hiver rigoureux de la région.

   

Les trois chiens de l'oncle Ismail, Dobur, Çumulu et Çember, sont de robustes kangals qui servent à protéger et entourer les troupeaux. Ils sont très libres de leurs mouvements, jamais attachés.

Tellement libres... qu'ils ont fait une fugue depuis deux mois en se nourrissant des chevaux morts qu'ils trouvent sur leur chemin. Parfois aussi, ils tuent les loups des alentours qui agressent les rares voyageurs en cette saison.

  
                               Un univers différent en hiver lorsque la neige est omniprésente

Ismail amca (l'oncle), alors adolescent, et son cousin Şeref, veulent à tout prix retrouver leurs chiens ; cela fait bien trop longtemps qu'ils sont partis. Munis de lampes à pétrole et de fusils, ils quittent le village d'Aşağı Aydere Köyü à pied en direction des alpages des villages türkmen.

               
                                                         Les alpages des türkmen

La neige est importante et il est difficile d'avancer, la nuit est tombée, l'air est glacial. Un chat blanc comme neige surgit de nulle part. Ses miaulements prononcés invitent les deux jeunes hommes à le suivre. Arrivés à l'emplacement actuel d'une des épiceries des alpages, personne autour d'eux ... mais une musique qui s'élève dans le ciel ! Le son d'un davul (tambour) et d'un zurna (instrument à vent de la famille des hautbois) déchirent le silence.

                       

  
                     
                    En compagnie de Burcu dans une épicerie des alpages türkmen

Pris de panique, le cousin Şeref arme son fusil et veut tirer... mais le coup ne part pas. Après plusieurs tentatives, Ismail amca prend le fusil à son tour et pour conjurer le mauvais sort, prie "Bismillah" (afin que l'action entreprise se passe bien) ! Le coup part dans les cieux, plus un bruit, la musique s'est envolée comme elle est arrivée,... sans prévenir.

                  
                                             Arc-en-ciel à la tombée de la nuit sur le village

A ce moment précis, les trois chiens apparaissent au loin, Dobur, le chef de la meute en tête ! Ils sont agressifs, grognent et s'arrêtent à quelques mètres de leur maître.

Dobur observe attentivement dans la nuit ce jeune homme qu'il finit par reconnaître. Il s'approche, lui saute dessus pour lui lécher le visage.

Ismail et Şeref ne reviendront pas bredouilles au village puisque c'est en compagnie des trois kangals qu'ils feront la route en sens inverse.
                   
                                                              Aşağı Aydere Köyü

Cette histoire vécue, c'est l'oncle Ismail lui-même qui me l'a racontée un soir d'août dernier, après le dîner. Que ce soit lui ou d'autres habitants du village, tous en ont plein leur mémoire, des vraies et des légendes.  

                            
                                                                   Ismail amca


J'ai retrouvé ce soir-là l'ambiance des veillées du passé, nous étions une dizaine autour de lui. Bien sûr, tous les autres la connaissait déjà mais étaient aussi captivés que moi, de l'entendre, de la revivre...



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Jean-Yves 08/09/2008 12:47

La première photo est tout simplement fantastique.

Je me demandais où tu allais en lisant ton reportage.
J'ai connu aussi ces veiller autour d'un feu en Colonnie de vacances. Je devais avoir à peine plus de 10 ans. On est toujours plus impressionnable à cet âge... des histoires qui faisaient peur, la tienne finie bien !

Nat 08/09/2008 14:25


Les jolies colonies de vacances, merci papa, merci maman, tous les ans on voudrait qu'ça recommence .... tout comme des séjours aussi merveilleux que celui que j'ai vécu...


zeg 08/09/2008 11:35

Belle histoire et belles images...

Par contre Nat, j'entends pour la premiere fois ces noms de chien "Dobur" et "Çumulu"!! Ils sont tres beau comme nom. Avez vous appris peut etre leur significations ?

Amities

Nat 08/09/2008 14:24


Je ne connais pas encore la signification de ces noms mais je me renseigne. Suite au prochain épisode.... Amicalement.
Voici la réponse à votre question : "Dobur" signifie "fort", par contre "Çumulu" n'a pas de signification.


cecile dossetto 08/09/2008 10:25

Merveilleuses histoires comme ces personnes d'après moi.
merci
cécile

Nat 08/09/2008 14:23


Elles le sont, ces personnes... et ces histoires !


Isis 06/09/2008 21:39

Ah!Nat ah!
Cela me rappelle les histoires que ma mere grand nous racontait en hiver lorsque nous etions enfants au coin du "soba" ( poele). La tele n'existait pas encored et nous n'avions pas acces aux livres donc c'etaient les personnes qui nous contaient les "metel" ou "hikaye" comme l'on dit en Turc.Unfortunately, il ne reste presque plus de personnes agees dans mon village pour conter leurs aventures vecues ou imaginaires.De plus, ls jeunes de maintenant preferent passer du temps devant la TV ou le PC. On en perd ainsi un peu la memoire des villages.
Si je pouvais je ferais des recits de vie avec les qq personnes agees qui reste.

Bonne soiree et bises

Nat 07/09/2008 07:43


Allez, vas-y fonce, n'attends pas que les dernières personnes âgées ne soient plus là pour raconter leurs souvenirs...


Umran 06/09/2008 15:51

J'aime beaucoup écouter les amca et teyze raconter les histoires de leur jeunesse souvent, les histoires du village, les souvenirs de famille.
En Turquie, quand la famille est réunie, on ne de lasse pas d'écouter les personnes autour de soi raconter et renchérir une histoire commune, d'en rire avec eux et parfois d'en être fasciné.
Ca fait partie de mes vacances d'été et ça me plaît beaucoup.

Nat 07/09/2008 07:43


Ce sont des moments que j'apprécie autant que toi.