Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

La République Turque fête aujourd'hui ses 85 ans d'existence


Mustafa Kemal, né à Salonique en 1881, devient d'abord un héros de guerre en 1916 après sa conduite héroïque aux Dardanelles durant la Première Guerre Mondiale. Cela lui vaut le titre de Pacha.

Après avoir vaincu les Grecs en Anatolie en septembre 1921, il devient "Ghazi" (le Victorieux). La guerre d'Indépendance de 1921 et 1922 sera l'évènement déclencheur de la fondation de la République turque.

                       
                                Mustafa Kemal - Musée du mausolée Atatürk à Ankara

Abdülmecid II est le dernier sultan  et dernier calife de l'empire ottoman, il abdiquera en 1924 après l'abolition du califat en mars 1924.

Après la signature du Traité de Lausanne le 24 juillet 1923, l'Anatolie, à savoir la partie de la Turquie située sur le continent asiatique (soit 96 % du territoire national), devient musulmane à 99 %, suite au départ des Grecs et des Arméniens qui y habitaient depuis des siècles.

La République turque laïque est proclamée le 29 octobre 1923 et Mustafa Kemal Atatürk devient son premier Président.

 
                         Statue située à Arnavutköy - "Liberté et indépendance, c'est mon caractère"

Cet homme, alors âgé de 42 ans, prend toutes les mesures pour transformer, en une vingtaine d'années, son pays en une république moderne  Ce n'est pas pour rien que le peuple turc le considère comme le "Père des turcs" (Atatürk).

   
                    Façade d'immeuble où l'on trouve côte à côte le drapeau turc et l'effigie d'Atatürk
 
Autodidacte, connaissant le français, appréciant la littérature française, Mustafa Kemal (son nom véritable) s'inspire beaucoup de la France. 

Ankara devient la nouvelle capitale de la Turquie au détriment d'Istanbul. C'est là que sera construit le mausolée accueillant la dépouille d'Atatürk à laquelle rendent hommage des milliers de visiteurs tous les ans .

  
                                                       Le mausolée Atatürk à Ankara

La Constitution qui voit le jour en mai 1924 est particulièrement libérale. 

Les réformes d'Atatürk portent aussi sur la culture ; il s'emploie à rapprocher la Turquie de l'Europe. Il fait interdire en 1925 le port du fez et du turban qui seront remplacés par le couvre-chef. Il met en place le calendrier occidental.

                         
Le cénotaphe de marbre en-dessous duquel se trouve le caveau qui abrite la dépouille de Mustafa Kemal Atatürk - mausolée d'Ankara
 

Atatürk veut absolument éduquer son peuple. La population de 1923 qui représente 13,5 millions d'habitants, est analphabète à 89,3 %... 1926 est l'année où l'école devient mixte.

En 1928, l'écriture arabe est remplacée par les lettres latines et les chiffres européens seront imposés. Cette réforme est l'oeuvre personnelle de Mustafa Kemal. C'est lui qui choisit les lettres de l'alphabet, qui prend par exemple son bâton de pèlerin pour enseigner à Sivas aux officiers, aux fonctionnaires, aux écoliers, à la population. L'éducation est un des axes principaux des kémalistes. On transmet dans les écoles les valeurs républicaines, l'esprit positiviste, le patriotisme et le sentiment de l'identité nationale.

   
                          Près de l'embarcadère de Kadıköy à Istanbul, Atatürk l'enseignant

1934 voit l'instauration des noms de famille. Auparavant, le nom comprenait le prénom (Mustafa) suivi d'un nom patronymique (fils de ...) et parfois d'un surnom correspondant aux origines géographiques ou au métier de l'intéressé, ceci pour éviter les confusions.

Les femmes turques obtiennent le droit de vote et d'éligibilité dès 1934, dix ans avant les femmes françaises. Le Parlement turc accueille ainsi 18 femmes dès 1935.

Un Code Civil est adopté en 1936, entièrement inspiré du Code suisse. Les livrets de famille sont rédigés en turc et en français.

 

                       

La polygamie est supprimée, l'égalité des sexes instaurée et les femmes émancipées. Ces réformes font partie des principaux acquis de la République turque.

Aujourd'hui, on fête les 85 ans de cette toute jeune République. De nombreuses manifestations sont prévues dans tout le pays. Les drapeaux sont omniprésents, des bâtiments administratifs aux fenêtres des particuliers. 

  
                                       La place de Taksim a revêtu sa parure de fête

Des dépôts de gerbes, des défilés, des concerts et des feux d'artifice sont au programme, tout cela sous un soleil éclatant... en tout cas à Istanbul.


 Source : livre de Thierry Zarcone "La Turquie - de l'Empire ottoman à la République d'Atatürk"             

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Isis 30/10/2008 10:27

Superbe lecon d'histoire Nath! you are the Best!
Cumhuriyet Bayrami kutlu olsun! (meme si c'etait hier.)
Il y aura tjrs des gens pr polemiquer.... Ces persones devraient d'abord se rendre en Turquie et casser leurs a priori...

Si aujourd'hui nous avions qqn d'aussi charismatique et visionnaire qu'Ataturk on n'en serait pas la! La Turquie serait toute autre !

Nat 31/10/2008 05:32


Comme je le disais à Müge, des Atatürk ou d'autres de sa grandeur, cela ne court pas les rues, ni les époques d'ailleurs...


Müge 30/10/2008 06:51

Chère Nathalie,

Je te remercie pour ce joli post. Si la Turquie avait eu d’autres hommes d’état réformistes comme Mustafa Kemal, on ne serait pas là où nous sommes aujourd’hui je crois.

Amitiés,

Nat 30/10/2008 06:53


Sevgili Müge, des hommes tels qu'Atatürk ou d'autres qui ont marqué l'histoire de leur pays réciproque, sont rares !


Arlette 29/10/2008 22:32

Ne change rien, Nat, les déplacements de population font partie de l'histoire du monde, et c'est bien regrettable, mais il n'y a pas de bonne guerre, et en ce qui concerne ces périodes noires, chacun doit balayer devant sa porte avant de juger les autres pays. Sinon, il faut aussi faire bien d'autres procès! L'Histoire fait partie d'un passé auquel on ne peut rien changer et nul ne peut être tenu pour responsable des agissements de ses ancêtres. C'est l'avenir qui compte, même s'il repose sur le passé.

Nat 30/10/2008 05:46


Je partage absolument ton point de vue. Par contre, j'ai déjà changé ma phrase car je ne veux pas de polémique, ni d'ailleurs de politique, sur mon blog.


rainette 29/10/2008 17:09

Est-ce que c'est toujours aussi parfait aujourd'hui ? le pays semble repartir vers sa culture musulmane et les travers qui peuvent l'accompagner.
Une question à laquelle tu ne pourras peut être pas répondre : que penses-tu des turcs qui ont par exemple émigré en France (Mulhouse par exemple) investi des quartiers entiers (la Cité) allant jusqu'à en chasser s'il le fallait les personnes âgées (ma tante locataire d'un appart d'un vieil immeuble en bon état malgré tout qui avait été vendu par son proprio à une famille turque a été menacée, l'eau lui a été coupée... jusqu'à ce qu'elle parte) ça laisse une impression amère et tu comprends donc ma réticence initiale.
Mais l'histoire comme tu la présentes donne effectivement une toute autre image, d'un pays qui a fait l'effort de s'occidentaliser.

Nat 29/10/2008 17:33


Rien n'est jamais parfait nulle part, ni en France, ni en Turquie, ni dans aucun autre pays sinon cela se saurait. Comment veux-tu que je réponde à un point dont je ne connais pas tous les tenants
et les aboutissants, je m'en garderais bien...


Cat 29/10/2008 14:34

je me demande ce qu'il penserait de la FRANCE telle qu'elle est aujourd'hui, c'est à dire tombée bien bas politiquement, économiquement et culturellement parlant...

Nat 29/10/2008 15:27


Autre temps, autre moeurs...


M&M 29/10/2008 13:19

J'ai repris le fil de tes billets, interrompu par une attaque massive de virus informatiques, pb heureusement réglé depuis peu.
J'ai donc de la lecture en retard...
A+ - Schmoutz

Nat 29/10/2008 15:26


Bonne lecture à présent que le médecin a eu raison des virus...


Mirage 29/10/2008 13:05

De grâce, Gracianne, épargnez-nous avec vos jugements à l’emporte-pièce alors que vous n’avez absolument aucune notion de l’histoire de l’empire ottoman et de la République turque ni apparemment de l’actualité récente.
Sans vouloir remonter au traité de Berlin en 1878, un des points de départ de nombres d’évènements ultérieurs, connaissez-vous les raisons, les clauses et les signataires du traité de Lausanne en 1923 ? Savez-vous seulement que trois ans plus tôt le traité de Sèvres rayait pratiquement la Turquie de la carte ? Les puissances coloniales (France, Angleterre), mais aussi l’Italie et la Grèce se partageant comme des vautours le territoire de l’empire ottoman, ne laissant au milieu qu’une mini-Turquie qui aurait très certainement connue le même sort que le Liban si Atatürk n’avait pas mené contre les occupants mais aussi le sultan la guerre de libération. Et n’oublions pas que les déplacements de population étaient au moins jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale un instrument politique tout à fait courant.

Quant aux relations entre la Turquie et la Grèce actuellement, elles se réchauffent depuis déjà un certain moment et la Grèce fait partie des états favorables à l’adhésion de la Turquie.

Bonne fête de la République à tous les Turcs/Turques et espérons que pour son centenaire, ce sera une Turquie membre à part entière à l’UE !

Nat 29/10/2008 15:25


Je me demandais ce matin en publiant mon billet si j'allais laisser cette phrase concernant les déplacements de population qui étaient monnaie courante durant une période assez longue. Je pense que
finalement je vais la supprimer car ce n'est pas la partie essentielle du texte consacré à la création de la république d'Atatürk.


Chantal 29/10/2008 12:02

Je ne retiens de cet anniversaire que le patriotisme et le nombre incroyable de drapeaux que les turcs déploient à cette occasion. Atatürk a modernisé radicalement son pays et je m'abstiens encore de commentaires pour le reste car je ne fais que découvrir chaque jour un peu mieux la Turquie et son Histoire

Nat 29/10/2008 15:22


Ah les drapeaux ce n'est pas cela qui manque ici comme tu dis...


gracianne BANCON 29/10/2008 08:39

Je vais en rajouter une couche de plus !
Vouloir entrer dans une communauté, suppose l'adhésion à tous ses principes.

Cela ne signifie pas : moi je prends ce qui m'intéresse. C'est à dire profiter des subventions européennes.
Et je ferme la porte à ce qui ne me convient pas : pas de Grecs chez moi, pas de si pas de ça.

Nat 29/10/2008 15:20


Je dois dire que l'objet de mon billet du jour était de faire connaître un tant soit peu l'histoire de la fondation de la République Turque. Je n'ai pas envie que le sujet déraille car les points
que tu abordes ne se résument ni s'expliquent en seulement deux phrases.


gracianne BANCON 29/10/2008 08:17

Si en 1923 Les Turcs et les Grecs ne pouvaient plus cohabiter, obligeant ainsi un échange de leurs ressortissants.
Sans effusion de sang certes, mais j'imagine, pour les uns comme pour les autres, le coeur meurtri.
Il est agréable de constater que 85 ans plus tard, puisque la Turquie aspire à entrer dans la communauté européenne, de comprendre qu'elle ouvrirait largement ses portes et ses bords côtiers à tous les étrangers et immigrants chez elle.
Les frontières n'ont jamais empêché les idées et les hommes de circuler.

Nat 29/10/2008 08:26


Je te laisse maître de tes propos !