Du bretzel au simit

Du bretzel au simit

Faire connaître la Turquie et ses habitants avec les yeux d'une alsacienne qui y vit depuis 14 ans

Merve et Begüm, une tranche de vie de deux Erasmus turques à Mulhouse

En juin dernier, vous avez fait la connaissance de deux charmantes étudiantes turques, Merve et Begüm, parties toutes deux à Mulhouse, dans mon memleket, pour y réaliser un semestre dans le cadre de leurs études pour devenir traductrices-interprètes.


Merve part la première le 5 septembre dernier et atterrit à l'aube, accueillie par un couple d'amis mulhousiens venus la cueillir à la descente de l'avion. Ils ont immédiatement répondu "présents" lorsque j'ai adressé un mail à toutes mes connaissances alsaciennes pour les informer que cette jeune étudiante ne pouvait de suite intégrer sa chambre universitaire et cherchait une solution de dépannage à l'arrivée.


Sa première impression fut un sentiment de peur, du fait d'être seule, sans amis à ses côtés. "Où suis-je, qu'est-ce que je fais ici ?" sont les questions qui lui sont venues à l'esprit.


Un tour de ville lui permet de prendre quelques repères, de faire connaissance avec cet environnement inconnu.

 

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     Merve fait connaissance avec Emma, la célèbre cigogne ! Crédit photo Hubert Longépé


Le lendemain, Merve se rend au foyer de l'Université de Haute-Alsace où elle sera logée. Peu d'étudiants étrangers sont arrivés, les cours débutant le 13 septembre. Le premier soir sur place, des larmes vont couler sur ses joues. Malgré ses 20 ans, Merve est autonome depuis presque trois ans, puisqu'elle fait ses études à Istanbul alors qu'elle est originaire de Bursa. Mais là, le fait d'être à l'étranger, de ne connaître personne, de ne pas pouvoir appeler un proche, change forcément la donne.


Begüm arrive le 9 septembre avec son père et sa venue ressemble plus, sur le moment, à des vacances. Après une escapade d'une journée tous les trois à Paris, puis à Strasbourg. nos deux Erasmus se retrouvent dans leur petite chambre universitaire. 

 

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                Begüm devant la collégiale de Thann - crédit photo Hubert Longépé


Tous les amis que Merve et Begüm se sont faits depuis qu'elles vivent à Mulhouse sont... étrangers. Les premiers d'entre eux, avec lesquels Merve fait connaissance à son arrivée , sont une jeune italienne et un marocain qui effectue un master. Et les étudiants français, dans tout ça ? Dans le bâtiment où elles sont hébergées, il n'y a que des étrangers, soit.


Les cours certes ne sont pas vraiment prévus pour qu'on y parle... autre chose que ce qui est nécessaire, mais durant les récréations ou le déjeuner,... elles sont "comme des étrangères". La communication ne se fait pas comme en Turquie, de manière spontanée... Les échanges entre ces ceux catégories d'étudiants restent strictement "scolaires" et en-dehors, ils ne se fréquentent pas... et c'est bien dommage !


Seule une jeune franco-espagnole vivant en Espagne et qui a terminé sa période estudiantine mulhousienne en décembre était plus proche.

 

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            A la découverte des marchés de Noël alsaciens - crédit photo Hubert Longépé


Hormis certains de mes amis alsaciens qui ont la bienveillance et la gentillesse d'inviter nos deux charmantes étudiantes, qui à partager un repas, qui à leur faire visiter un peu la région, les échanges avec la population locale reste bien limités...


Nos deux Erasmus mettent ce peu d'entrain de la plupart des Français, notamment des étudiants, à aller vers l'autre, à communiquer avec l'étranger, sur le compte de la timidité...


Merve et Begüm devaient rester jusqu'au 25 janvier en Alsace. Leurs professeurs mulhousiens estiment que 4 mois sont insuffisants pour parfaire la langue. Une seule des deux peut, au départ, prétendre rester jusqu'en juin. Finalement, grâce à l'intervention d'Oya Soner, leur dynamique professeur de français de l'Université de Marmara à Istanbul, elles peuvent chacune bénéficier d'une extension jusqu'à la fin de l'année scolaire.

 

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              A vélo dans le vignoble du Rangen = crédit photo Hubert Longépé


Pour financer ces frais supplémentaires imprévus, elles doivent trouver des petits boulots. Les premières recherches n'ont pas abouti, ni dans le domaine du fast food, ni pour du baby-sitting... Peut-être que des restaurateurs ou des épiciers turcs de Mulhouse pourront leur proposer quelques heures de travail rémunérées par semaine...


Concernant la ville où elles passent le plus clair de leur temps depuis septembre, contrairement à la frénétique Istanbul, à 21 h à Mulhouse, voire même plus tôt "il n'y a plus un chat dehors".

 

Les sorties en soirée sont rares, car les dessertes en transports en commun... le sont aussi, passée l'heure du dîner. Après les cours qui se terminent en général à 17 h, elles préparent le repas, puis regardent un film sur l'ordinateur, jouent au poker ou papotent avant d'aller s'endormir dans les bras de Morphée.

 

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Les apprenties-cuisinières dans la cuisine commune de l'étage - crédit photo Hubert Longépé


Les week-ends, les activités sont peu nombreuses, les magasins étant fermés le dimanche et la ville endormie, tout comme Merve et Begüm... bien souvent !


Lorsque je leur demande, quelle est à leurs yeux la plus grande différence entre la Turquie et la France, les réponses sont très différentes. Pour Merve, c'est le petit déjeuner ! Dans son pays d'origine, celui-ci est salé, accompagné de thé alors que dans l'hexagone, la tendance est plutôt aux croissants, aux céréales, au Nutella et au café. De même, le fait de terminer les repas principaux en France par le fromage l'a beaucoup étonnée !


Pour Begüm, c'est le comportement des automobilistes qui s'arrêtent pour laisser traverser les piétons et ignorent visiblement qu'ils disposent d'un klaxon. On est bien d'accord, ça change radicalement d'Istanbul !

 

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                   Begüm et Merve durant leurs vacances semestrielles à Istanbul


Elles ont aussi constaté que dans les cafés, la musique est en sourdine alors qu'il est parfois bien difficile de trouver un lieu vraiment tranquille en Turquie où le téléviseur, ou la musique, est branché en permanence et offre ses décibels aux clients.


Certaines découvertes culinaires régionales telles le bretzel, la quiche lorraine et le vin blanc d'Alsace... ont plu aux papilles turques, contrairement au munster et à son odeur...


Le plus mauvais souvenir à ce jour, a un visage bien différent pour chacune.  Merve a eu un choc lorsque le jour de son inscription dans l'établissement scolaire, on lui a fait la remarque que c'était la première fois qu'il y avait une étudiante turque alors que son pays d'origine ne faisait pas partie de l'Union Européenne ! Bienvenue en France !

 

De même, lors d'un cours spécifique pour les Erasmus, le professeur demande à chaque élève d'évoquer le principal problème selon lui dans son propre pays. Une étudiante répond qu'avant il y avait le communisme, maintenant l'islam... Merve et Begüm étant alors les seules musulmanes de la classe, le professeur change de sujet, estimant celui-ci sans doute trop sensible...

 

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                     Deux jolies fleurs turques au milieu des fleurs alsaciennes


Begüm a eu quelques soucis administratifs pour la délivrance de sa carte de séjour et s'est retrouvée confrontée à une employée de l'O.F.F.İ. à Strasbourg peu aimable et serviable. Grâce aux interventions téléphoniques d'un autre étudiant, puis de la responsable des étudiants Erasmus à Mulhouse, tout a fini par rentrer dans l'ordre heureusement.


Hormis ces petits désagréments, les bons moments sont bien plus nombreux. Quelques sorties, organisées, soit pour les Erasmus, soit entre amis, leur ont permis de découvrir Strasbourg, Colmar, la route du Vin et certains villages, la proche ville de Freiburg en Allemagne, mais aussi Amsterdam (vive les low-cost) et Barcelone où elles iront en février.

 

Si Merve a l'habitude d'une certaine forme de liberté, son amie apprécie cette expérience... même si elle aime aussi la vie en famille, les deux apportant des aspects positifs et négatifs. La distance aidant, il est tout de même plus difficile de refuser à sa fille d'aller à Barcelone que de l'empêcher d'aller voir une amie qui habite dans le quartier voisin...

 

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                      Escapade à Kaysersberg - crédit photo Hubert Longépé

 

Mais revenons au cours - une vingtaine d'heures/semaine - qui se déroulent en français, hormis ceux de langue étrangère évidemment. Merve s'est mise à l'espagnol depuis la rentrée, langue apprise depuis un an par Begüm, en plus de l'anglais que toutes les deux pratiquent.


Certains cours, dispensés uniquement aux Erasmus, et qui suivent le même programme qu'auraient Merve et Begüm dans leur classe en Turquie, accueillent environ 25 élèves. Les autres, auxquels assistent une trentaine de jeunes, la plupart français, permettent à Merve et Begüm d'étudier par exemple les techniques d'expression française orales et écrites, la critique littéraire. La littérature francophone, facultative, est dispensé à 3 élèves, un vrai cadeau pour nos deux charmantes étudiantes qui ont quasiment le professeur pour elles toutes seules ! Les unités manquantes, telles par ex. la littérature turque, devront être rattrapées au retour à Istanbul pour leur validation.


Des examens semestriels ont eu lieu en décembre pour chaque cours et les résultats sont plus qu'encourageants pour toutes les deux. Les professeurs français ont en tout cas la cote et semblent faire preuve de patience et de bon vouloir pour que leurs élèves étrangers puissent suivre les cours de façon satisfaisante.

 

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     Sourire aux lèvres à l'heure de notre rendez-vous devant le Consulat de France d'Istanbul


Begüm aimerait bien poursuivre ses études, à l'issue de l'année qu'il lui reste à faire en Turquie, avec un master en France. Merve serait bien tentée aussi par le même parcours à la Sorbonne, mais tout est question de finances, car faire des études, qui plus est à l'étranger, est bien coûteux !


Même si Merve et Begüm ont été ravies de passer leurs vacances semestrielles dans leurs familles respectives, Mulhouse et leurs amis venus des 4 coins de l'Europe leur manquent. Begüm est repartie hier et Merve viendra la rejoindre le 2 février pour attaquer cette seconde partie de l'année scolaire après avoir rechargé les batteries en Turquie.

 

Kolay gelsin kızlar !

 


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plomberie paris 17 29/01/2015 16:33

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

merve et serhat 05/05/2011 11:33


bonjour
nous sommes deux etudiants turcs de marmara et nous partons egalement dans votre memleket pour l an prochain.
nous avons beaucoup aimé la lecture de votre site et si possible pourriez vous nous donner les coordonées de merve et begum pour que nous puissions les contacter car nous avons encore beaucoup de
questions avant notre depart (logements surtout tres problematique).
J espere vraiment que vous pourrez nous aider
merci d avance
merve et serhat


Nat 05/05/2011 18:38



Je viens de vous envoyer un message sur FB au sujet de votre demande. Kolay gelsin et je vous souhaite d'ores et déjà un bon séjour à Mulhouseköy !



chantal 29/01/2011 09:22


je ne suis pas en ALsace mais si tu connais des étudiantes sur Toulouse dis le moi !


Nat 29/01/2011 12:08



Je n'en connais pas d'autres...



Kathia 26/01/2011 09:51


Finalement, je viens de découvrir ton article...sur facebook!
merci à toi, toujours fort intéressant.
je susi ravie que ces deux jeunes filles puissent prolonger leur séjour à Mulhouse.
Moi aussi je leur souhaite beaucoup de joie et de réussite!


Nat 26/01/2011 17:31



Merci pour elles !



acline 25/01/2011 14:41


L'expérience Erasmus semble différente selon le pays mais aussi la ville; j'ai 3 enfants et ils sont tous partis en Erasmus,un seul est revenu!il était à Sarragosse mais il n'avait pas beaucoup de
contact avec les étudiants espagnols, à Grenade ou Istanbul là pas de problème d'ailleurs les filles ont épousé un "régional"! je crois aussi que les villes avec une vie nocturne facilite les
rencontres car maintenant c'est la première chose que mes enfants me disent ici c'est mort le soir!
En tous les cas bonne continuation à ces deux charmantes étudiantes et si elles passent en Bretagne,je veux bien faire le guide,je dois bien cela aux turcs....


Nat 25/01/2011 16:27



C'est certain que le lieu où l'on fait son Erasmus influe sur beaucoup de points. Tous les étudiants français qui viennent ici s'éclatent en général plutôt bien et ont beaucoup d'amis turcs par
contre, il faut dire que le contact est totalement différent ici et que la communication est facile.



Gülseren Türkben 25/01/2011 12:07


C'est une bonne expérience de vivre à l'étranger: découvrir une autre culture, une autre langue, c'est essentiel pour le multiculturisme.


Nat 25/01/2011 16:23



Tout à fait d'accord...



Christian Langlais 24/01/2011 22:58


Dommage qu'elles soient à 900 km de chez nous. Marie-José et moi aurions eu l'immense plaisir de les recevoir, même si notre hospitalité n'arrivera jamais au niveau de celle de leur pays. Je
comprends la difficulté de se retrouver loin de son pays, de sa famille, de ses amis. La politique négative des dirigeants français vis à vis de la Turquie n'arrange rien à cela. Je leur souhaite
le meilleur et je leur dis " Fransa da, Hoş geldiniz".


Nat 25/01/2011 07:11



Je ne doute pas un instant que vous leur auriez offert du temps...



Melly 24/01/2011 22:53


c'est très touchant - une superbe expérience pour ces jeunes filles -


Nat 25/01/2011 07:10



Sans aucun doute une belle expérience !



mademoiselle istanbul 24/01/2011 20:29


Heureuse de découvrir le parcours authentique de ces deux turques en France loin de l'image "Auberge Espagnole" avec leurs petites difficultés au quotidien et l'accueil plus ou moins chaleureux de
la population.

www.mademoiselleistanbul.com


Nat 25/01/2011 07:10



C'est effectivement loin de l'"Auberge Espagnole"...



didier 24/01/2011 18:38


Très vivant ton reportage. Oui on se met à leur place !!
Elles ont l'air en tout cas bien sympa !


Nat 24/01/2011 18:40



Elles sont super sympas !