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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 04:31

 

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 23 mai 2016

 

28 détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul, acteurs, régisseurs, aides, ont vécu depuis le début de l'automne 2015 une belle aventure à travers "La vie consignée", la nouvelle pièce de théâtre montée et interprétée sur place.

 

Le groupe de théâtre composé de détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul avec le directeur Mehmet Çitak et la réalisatrice Pınar Gordie

Le groupe de théâtre composé de détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul avec le directeur Mehmet Çitak et la réalisatrice Pınar Gordie

La première représentation officielle a eu lieu récemment devant un parterre composé, entre autres, de Henri Vantieghem, Consul Général de Belgique à Istanbul, Uğur Seçgin, Substitut du Procureur Général d'Istanbul rive anatolienne et de son épouse, de Zekeriya Şen, Procureur d'Istanbul rive anatolienne, des directeurs des prisons de Maltepe, etc...

 

Les officiels lors de la première représentation de "La vie consignée" à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Les officiels lors de la première représentation de "La vie consignée" à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Début août 2015, l'actrice et réalisatrice Pınar Gordie reçoit un appel de la prison par lequel on lui fait savoir que l'établissement lui demande si elle veut bien enseigner le théâtre et réaliser la 4ème pièce à monter à Ümraniye.

Pınar Gordie, réalisatrice de la pièce de théâtre "La vie consignée" montée et présentée en prison

Pınar Gordie, réalisatrice de la pièce de théâtre "La vie consignée" montée et présentée en prison

Sans hésiter, elle accepte de relever ce défi et de se lancer dans ce pari auquel elle n'était pas préparée un seul instant, n'ayant jamais travaillé auparavant dans un tel environnement.

 

Une fois toutes les formalités administratives accomplies, la première rencontre avec le groupe de détenus se fait de façon très dynamique. De suite, Pınar Gordie les fait monter sur scène et c'est parti pour une séance de travail active !

 

"La vie consignée", une pièce de théâtre pas comme les autres

"La vie consignée", une pièce de théâtre pas comme les autres

Seuls 4 détenus avaient déjà goûté aux planches lors de la réalisation de Definename un an plus tôt et donc de l'expérience en la matière.

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Pour les autres, le travail des deux premiers mois à raison de 3 jours/semaine consiste à apprendre à s'exprimer correctement, à bouger et à entrer dans la peau de différents personnages avec qui il va falloir faire bon ménage.

 

Après cette période indispensable pour tout débutant et néanmoins importante pour les autres aussi, Pınar Gordie cherche une pièce qui évoque la prison et permette aussi de se divertir.

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul
« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Kent Hikayeleri”, autrement dit “Histoires citadines” écrite par le scénariste Ömer Pınar en 2004 sera la pièce retenue. L'auteur explique : « Les vies des personnes peuvent changer très vite. Vous pouvez peut-être faire des plans par rapport à votre avenir mais le destin va trancher et rien ne se passera comme vous l’avez programmé. Je voulais expliquer de façon humoristique qu’il n'est pas facile de connaître l’humain. »

 

Pınar Gordie en tant que régisseur va en changer le nom, enlever des passages et en ajouter d'autres.

 

 

"La vie consignée", pièce de théâtre montée et interprétée par des détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

"La vie consignée", pièce de théâtre montée et interprétée par des détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

L'histoire :

 

Şener travaille pour le chef de clan Zalim surnommé "le cruel". Un jour, ce dernier se dispute avec Şehsuvar, un autre chef, au sujet d'un boeuf et le tue avec son revolver.

 

Pour ce délit, le jeune Şener, âgé de 15 ans, va endosser le rôle du criminel et être condamné à 15 ans d'emprisonnement.

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Les années passent et il sort de prison. On lui avait dit qu'un certain Mahmut Şevket Stendhal lui donnerait un magot à la sortie pour l'indemniser de cette période passée derrière les barreaux. Il rencontre dans un café Mustafa qui val l'aider dans ses recherches mais ce dernier a une dette envers la Mafia.

 

A la recherche de cet homme, Şener et Mustafa vivent plusieurs aventures. A chaque fois, Şener se dit : "Pourquoi suis-je sorti ? J'étais plus en sécurité à l'intérieur." et explique la difficulté et la noirceur de la vie à l'extérieur.

Le jeune Şener et 15 ans plus tard...Le jeune Şener et 15 ans plus tard...

Le jeune Şener et 15 ans plus tard...

Il a quitté la prison avec une petite valise remplie de ses espoirs et de ses rêves mais la malchance ne le quittera pas. Vie consignée...

 

Şener est une jeune homme comme les autres ; quant à Mustafa, on va lui donner raison tout en connaissant ses erreurs. En réalité, la vie consignée, c'est l'histoire de chacun d'entre nous.

 

Une tragédie qui fait beaucoup rire mais aussi réfléchir, voire pleurer...

Le jeune Şener et celui qui sort de prison 15 ans après...

Le jeune Şener et celui qui sort de prison 15 ans après...

Cette expérience unique en milieu carcéral a permis d'apprendre à Pınar Gordie qu'il faut toujours croire et ne jamais flancher.

 

Seul établissement pénitentiaire en Turquie à monter des pièces de théâtre interprétées par des prisonniers, la prison T Tipi d'Ümraniye a souhaité, une fois de plus, faire appel à une femme, les expériences passées ayant montré que celles-ci étaient bien plus productives.

 

 

 

Les régisseurs de la pièce de théâtre "La vie consignée"

Les régisseurs de la pièce de théâtre "La vie consignée"

Henri Vantieghem, Consul Général de Belgique à Istanbul, a livré ses impressions :

« Une visite des plus instructives qui a permis de constater le bon niveau de traitement humain des détenus dans la prison T Tipi d'Ümraniye.

L'activité théâtrale dont nous avons été les témoins, comme d'autres activités auparavant montrées dans le petit film de présentation de l'établissement, est une fenêtre ouverte depuis la prison de l'esprit sur le monde et permet une réflexion sur le sens des actes, même criminels, et sur le sens de la vie en général.

Le détenu, bien qu'il ait été reconnu coupable d'un crime, reste un homme qui durant sa punition, doit avoir la chance de s'améliorer. Le théâtre offre cette possibilité.

Nous avons fait pendant les quelques heures de la visite l'expérience de ce que raconte la vie en prison. Par le théâtre, on nous a parlé des sentiments des détenus et anciens détenus ; de leurs peurs et espoirs, de la privation de la liberté et de la chaleur de la famille. Cette activité évoque aussi quelques bribes de leur passé et leur permet de le revivre ou de le rejouer, pour envisager un futur plus serein et en dehors de la criminalité.»

 

Henri Vantieghem, Consul Général de Belgique à Istanbul avec Pınar Gordie, réalisatrice de "La vie consignée" lors du premier gala

Henri Vantieghem, Consul Général de Belgique à Istanbul avec Pınar Gordie, réalisatrice de "La vie consignée" lors du premier gala

Pour Fehmi Tosun, Procureur Général d'Istanbul rive anatolienne : « L'art est le médicament de l'âme humaine. Parmi les ramures de l'art, le plus important et le plus efficace est le théâtre... miroir de l'être humain. En plus de se découvrir soi-même et en faisant vivre d'autres pensées, cela empêche de rester enfermé sur soi et permet d'aller plus loin, car le théâtre est l'art de mettre en scène nos songes, nos rêves, nos pensées. »

 

Fehmi Tosun, Procureur Général d'Istanbul rive anatolienne

Fehmi Tosun, Procureur Général d'Istanbul rive anatolienne

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Uğur Seçgin, Substitut du Procureur Général d'Istanbul pour la rive anatolienne, explique :

«Une société où il n'y a pas de solidarité, où les individus ne sont pas responsables les uns des autres, est un chaos.

Le développement culturel, dont le théâtre est l'un des facteurs essentiels qui y pourvoit, est important pour les individus et la société. Le théâtre transmet l'art aux individus et le fait vivre. Il éveille les gens sur les problèmes individuels ou de société et transmet des messages. Le développement de l'esprit doit se nourrir avec le théâtre.

En tant que détenus, personnes isolées de la société, aux libertés limitées, aux espoirs affaiblis tant qu'ils sont à l'intérieur de nos établissements, ils seront tournés vers l'avenir avec de nouveaux espoirs grâce aux activités sociales et culturelles. Ceux qui font du théâtre et les spectateurs y gagnent. »

 

 

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Pour Zekeriya Şen, Procureur de la République d'Istanbul rive anatolienne : «Ce genre d'activités artistiques permet sans doute aux détenus de faire preuve de bienveillance, de changer leur comportement et leur redonne confiance en soi.»

 

Quant à Mehmet Çitak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye, voici son avis : « Même si la société reste assez muette et indifférente au sujet des prisons, il faut admettre le délit mais sa prévention existe ; nous travaillons assidûment pour inciter les coupables à suivre des activités sociales et culturelles pour qu'ils se réintègrent dans la société. »

Mehmet Çitak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye

Mehmet Çitak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye

Devrim, un des acteurs, livre ses sentiments : «Dehors, je n'ai jamais été au théâtre, je trouvais ça absurde mais pour que le temps passe plus vite, j'ai commencé à en faire et chaque jour qui passe, c'était un divertissement plus important... Si dehors, on m'avait dit, tu porteras des vêtements de femme, une perruque, tu te maquilleras, jamais je n'aurais accepté de le faire. Je pense qu'avec l'art, la vision du monde d'une personne change. Ici, je ressens de la joie et du bien-être et j'attends avec impatience que mes enfants me voient jouer. Heureusement que j'ai commencé à faire du théâtre...»

 

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Pour Ferhat, jouant un rôle de policier dans la pièce : « J'ai retrouvé avec le théâtre les espoirs que j'avais perdus. Je me suis redécouvert, j'ai changé ma façon de voir la vie. Le théâtre représente les pas qui mes préparent pour l'avenir, comme la joie d'un enfant qui apprend à marcher et qui désire découvrir le monde. »

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Et comme dit Ayhan, autre acteur : «La vie est d'ailleurs une pièce de théâtre, l'existence une scène. En fait, sans nous en rendre compte, nous sommes des figurants sur cette scène.»

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul
« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Trois autres représentations publiques ont été organisées afin qu'un maximum de personnes intéressées, tant par le théâtre que par les efforts de réinsertion culturelle et sociale en faveur des détenus, ainsi que les familles de ceux-ci, puissent passer un moment à la fois agréable et inoubliable dans un univers mal connu.

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul
« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

De ce fait, ce dernier est malheureusement trop souvent dépeint de façon bien plus noire qu'il ne l'est systématiquement. Des actions positives et bénéfiques y sont créées pour des personnes qui, bien qu'ayant commis des actes plus ou moins graves, sont avant tout des êtres humains dotés d'une sensibilité que parfois leur vie a réduite ou modifié...

« La vie consignée » à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

En cliquant ici et , vous pourrez voir deux extraits de cette pièce.

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de l'article.

 

"Tu peux être tout, mais l'important, c'est d'être un homme dans la vie." (Şems Tebrizi)

Published by Nat - dans Publications
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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 04:27

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 16 mai 2016

 

Pour la 5ème année consécutive se tient actuellement à Istanbul et pour la première fois à l'embarcadère de Kadıköy – les années précédentes sur la place de la Liberté à Bakırköy - la foire aux produits et oeuvres artisanales fabriquées dans 77 prisons et centres de détentions turques.

Foire aux produits et oeuvres artisanales fabriqués dans les prisons de Turquie

Foire aux produits et oeuvres artisanales fabriqués dans les prisons de Turquie

Sur les 355 prisons que compte le pays - dont 291 fermées, 54 ouvertes et quelques établissements spécifiques - , 259 d'entre elles possèdent des ateliers de production dans lesquels l'an passé 45 000 détenus ont produit des denrées diverses et variées.

Foire aux produits fabriqués par les détenus des prisons turques à Kadıköy

Foire aux produits fabriqués par les détenus des prisons turques à Kadıköy

5ème Foire aux produits et ouvrages artisanaux fabriqués dans les prisons en Turquie à Istanbul

5ème Foire aux produits et ouvrages artisanaux fabriqués dans les prisons en Turquie à Istanbul

Ainsi, dans la prison “fermée” d'Uşak ce sont des vestes en cuir, dans celle de Konya des chaussures alors qu'à Niğde, on trouve les lampes traditionnelles turques, à Izmir des stores et à Mardin des bijoux traditionnels en argent pour ne citer que quelques exemples.

Vestes en cuir fabriqués par les détenus de la prison d'Uşak

Vestes en cuir fabriqués par les détenus de la prison d'Uşak

Dans les prisons dites “ouvertes” où les détenus sont obligés de travailler en vue de faciliter leur réinsertion et peuvent apprendre un métier s'ils n'en ont pas, les fabrications sont toutes aussi intéressantes qu'originales.

Foire aux produits fabriqués par les détenus des prisons turques à Kadıköy

Foire aux produits fabriqués par les détenus des prisons turques à Kadıköy

A Silivri par exemple, la production de champignons de couche a débuté il y a presque deux mois. Dans leur four, pas moins de 17 000 pains, destinés à alimenter les 10 prisons que comprend le campus carcéral, sont produits en moyenne quotidiennement mais aussi des gâteaux secs, les fameux “kurabiye” turcs.

 

A Edirne, toujours dans la prison “ouverte”, on produit du sucuk – saucisson fumé - , du pastırma – sorte de viande – grâce aux bovins élevés sur place mais aussi du riz, des oeufs, du miel,... vendus dans trois différents magasins de l'établissement pénitentiaire.

 

Sucuk fabriqués par les détenus de la prison "ouverte" d'Edirne

Sucuk fabriqués par les détenus de la prison "ouverte" d'Edirne

Dans celle “ouverte” de Dalaman – la 2ème plus ancienne de Turquie, ouverte en 1942 – on y exploite oranges et citrons et on y cultive tomates, concombres, aubergines, etc en plus de l'élevage de bovins. De même, différentes sortes de fleurs et de plantes vertes sont produites au sein de la jardinerie de cette prison.

Production d'oranges, de citrons et d'oeufs parmi d'autres produits issus de la prison "ouverte" de Dalaman

Production d'oranges, de citrons et d'oeufs parmi d'autres produits issus de la prison "ouverte" de Dalaman

A Ankara également dans la prison “ouverte”, l'imprimerie tourne à plein régime pour fabriquer les livres relatifs à la justice, mais aussi des cahiers scolaires, des carnets de notes,...

Livres et cahiers fabriqués par les détenus de la prison "ouverte" d'Ankara

Livres et cahiers fabriqués par les détenus de la prison "ouverte" d'Ankara

Cette idée du Ministère de la Justice de présenter à la population les productions réalisées au sein de l'univers carcéral a débuté à Ankara en 2001 puis s'est développée petit à petit.

 

A présent, tous les ans, de telles foires ont lieu dans la capitale turque, ainsi qu'à Izmir, Antalya, Elaziğ et Istanbul. Rize et Yozgat figurent également au programme des prochaines exhibitions.

Stand de la prison d'Elazig, roire aux produits fabriqués par les détenus des prisons turques à Kadıköy

Stand de la prison d'Elazig, roire aux produits fabriqués par les détenus des prisons turques à Kadıköy

Les statistiques établies entre 2006 et 2010 ont permis de constater qu'environ 40 % des détenus ayant travaillé durant leur incarcération ont trouvé du travail à la sortie. De nouvelles études sont en cours pour réactualiser ces données.

Stores fabriqués par des détenus de la prison d'Izmir

Stores fabriqués par des détenus de la prison d'Izmir

Les détenus qui travaillent dans ces ateliers de production propres aux prisons bénéficient de l'assurance sociale, d'un salaire et d'une participation aux bénéfices à la fin de l'année.

 

En outre, cette réinsertion par le travail est une étape importante et fondamentale de la réintégration sociale des prisonniers.

Kadıköy, Istanbul - 5ème Foire aux produits et ouvrages artisanaux fabriqués dans les prisons en Turquie

Kadıköy, Istanbul - 5ème Foire aux produits et ouvrages artisanaux fabriqués dans les prisons en Turquie

Cette année, c'est la prison “ouverte” de Maltepe qui est l'établissement organisateur, en collaboration avec la Division de la Promotion de la Direction des Foyers de Travail rattachée au Ministère de la Justice.

Production verrière fabriquée par les femmes détenues à la prison de Gebze

Production verrière fabriquée par les femmes détenues à la prison de Gebze

Les détenus de la prison de Sinop fabriquent des chemises...

Les détenus de la prison de Sinop fabriquent des chemises...

Les responsables de cette Direction souhaiteraient pouvoir disposer d'un appui dans un pays européen afin de pouvoir organiser une version plus réduite de cette foire (15 à 20 prisons) afin de présenter les produits culturels et artisanaux spécifiques aux régions turques (tapis, bijouterie, cotonnades, etc).

 

La foire est ouverte jusqu'au mercredi 18 mai inclus de 10 h à 20 h.

6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 04:40

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 6 avril 2016

 

Comme tous les ans à pareille époque, Istanbul se pare de superbes ornements de tulipes aux quatre coins de la ville. Elle honore cette fleur dont elle a fait son symbole à travers son Festival de la Tulipe dont l'inauguration officielle est prévue le 9 avril 2016 à 13 h au parc d'Emirgan.

 

 

 

Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan, Istanbul

Istanbul s'habille de 1001 tulipes

 

Le sultan Soliman le Magnifique a été le premier, au XVIème siècle, à donner ses lettres de noblesse à cette « plante-turban » - comme elle était appelée en Perse - en organisant chaque printemps, à la pleine lune, des fêtes coûteuses et somptueuses en l'honneur des « lali », premier nom local transformé depuis en « lale ».

Villa jaune au parc d'Emirgan, Istanbul

Villa jaune au parc d'Emirgan, Istanbul

Istanbul s'habille de 1001 tulipes

Les premières tulipes ne viennent pas de Hollande comme beaucoup auraient tendance à le penser mais des prés d'Anatolie et de Mer Noire où elles ont d'abord poussé à l'état sauvage avant d'être produites à Istanbul…

Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan, Istanbul

Par la suite, quelques graines et bulbes sont envoyés clandestinement à Vienne en 1554 - les tulipes n'ayant pas le droit, à l'époque, de quitter la capitale ottomane - par Ogier Ghislain de Busbecq, botaniste flamand et ambassadeur de la monarchie autrichienne auprès de l'empire ottoman, à trois de ses amis.

 

Le résultat obtenu avec ces échantillons convainc l'un d'entre eux qui emmène sa collection de spécimens en Hollande où il s'installe et y débute la commercialisation de la fleur.

Istanbul s'habille de 1001 tulipes
Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan, Istanbul

Si 1588 sortes différentes existaient à cette période au vu du plus ancien ouvrage les recensant, elles se déclinent aujourd'hui dans d'innombrables variétés et couleurs, souvent unies, parfois bicolores.

Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan

Parc d'Emirgan

Du parc de Gülhane au magnifique parc d'Emirgan en passant par celui de Yıldız, du parc de la 60ème année à Göztepe/Kadıköy, celui de Beykoz et les collines de Büyük et Küçük Çamlıca sur la rive asiatique ainsi quelques autres lieux moins connus et courus du grand public, des millions de bulbes ont encore été plantés et pour la 11ème année consécutive, Istanbul va vivre durant trois semaines à l'heure du Festival de la Tulipe.

Parc de Gülhane, Istanbul

Parc de Gülhane, Istanbul

Parc de Gülhane, Istanbul

Parc de Gülhane, Istanbul

A partir du 9 avril, plusieurs artistes turcs vont montrer au public leurs réalisations de papier marbré, de calligraphie et de soufflage de verre sur le thème de la tulipe. Divers autres événements tels que le traditionnel concours de photos, une exposition de tableaux, un tournoi de tennis de la tulipe au parc de Göztepe et un tournoi de football de plage sur la route côtière de Caddebostan sont prévus tout au long de l'édition 2016 du Festival de la Tulipe.

Oeuvre de Yasemin Aslan Bakiri, artiste-verrière, présentée au parc d'Emirgan

Oeuvre de Yasemin Aslan Bakiri, artiste-verrière, présentée au parc d'Emirgan

Comme déjà en 2015, un tapis floral composé de 563 000 unités et d'une surface totale de 1728 m2 sera présenté devant le musée Sainte-Sophie du 10 au 30 avril.

 

Des animations musicales agrémenteront aussi le Festival et les plus férus de tulipes, pour qui les immortaliser à l'aide de leur appareil photo ou de leur téléphone portable ne suffit pas, pourront acquérir bulbes et plantes diverses dans différents points de vente installés dans les lieux stratégiques pour agrémenter intérieurs, balcons et jardins.

Parc d'Emirgan à Istanbul

Parc d'Emirgan à Istanbul

Parc d'Emirgan

Parc d'Emirgan

Tous les détails concernant le Festival sur le site municipal https://istanbulunlalesi.ibb.gov.tr/

10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 11:31

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 11 mars 2016

 

Dans une petite ruelle tranquille de Kadıköy sur la rive asiatique d'Istanbul, à 600 mètres à peine de l'embarcadère, un café parmi tous ceux que compte ce quartier de la ville sort de l'ordinaire, il s'agit de “Komşu Kafe Collective” !

 

Ouvert depuis plus de 2 ans, on peut y boire un thé ou un café qu'on peut se préparer soi-même si on le souhaite, se servir une assiette de plats végétariens ou vegan ou se les préparer soi-même - si la cuisine est libre -, les déguster, étudier, lire, travailler en toute quiétude durant la journée, se réunir pour échanger, parfois écouter de la musique.

Komşu Kafe, Kadıköy/Istanbul

Komşu Kafe, Kadıköy/Istanbul

Tout commence durant l'été 2013 à l'occasion du camp estival “Akdeniz Dayanışma Kampı (Soli-Camp Mediterraneen) qui oeuvre en faveur des activistes de divers pays méditerranéens. A ce camp participent des membres de “Göçmen Dayanışma Mutfağı” d'Istanbul. Ensemble, ils s'occupent de l'organisation des repas du camp, les préparent, apprennent ainsi l'économie alternative et la gestion d'une cuisine collective...

 

Au retour, Ali la Française, Ali le Syrien, Ufuk, Melike et Ercan, les trois citoyens turcs, s'asseyent autour d'une table pour discuter afin de savoir s'ils peuvent monter ensemble un café et c'est ainsi que naît l'idée de Komşu. Nora, une berlinoise, va se joindre à eux. Le projet s'élargit pour se transformer en un concept unique en Turquie, un café formé par une organisation collective indépendante et ouvert comme une entreprise individuelle sur laquelle veillent un comptable et un avocat.

 

Komşu Kafe à Kadıköy

Komşu Kafe à Kadıköy

Une fois l'idée couchée sur le papier, il faut trouver un local... et de l'argent. Le lieu choisi se trouve à Kadıköy et est juste équipé de toilettes et d'un lavabo. Pour démarrer, 10.300 Euros sont nécessaires entre les 3 premiers mois de loyer et le dépôt de garanti demandés par le propriétaire, les frais pour ouvrir une telle structure,...

 

Un dossier est constitué et publié sur Ulule et Indiegogo, deux sites de financement participatif qui vont permettre de récupérer le montant nécessaire.

 

Il faut aussi repeindre les murs, aménager les locaux et les équiper. Pour cela, les amis participent en donnant des meubles, de l'électro-ménager, des accessoires, du matériel et de l'argent.

Damla, une des membres du collectif de Komşu Kafe

Damla, une des membres du collectif de Komşu Kafe

Petit à petit Komşu – qui signifie en turc “voisin” – prend forme et 2 mois et demi après le démarrage du projet, le café ouvre officiellement le 27 novembre 2013. Aujourd'hui, le collectif compte 10 personnes : 4 de Turquie, 2 de Syrie, 1 du Liban, 1 de Croatie et 2 – de France et d’Allemagne – actuellement à l'étranger.

 

Situé sur deux niveaux, l'endroit est habillé de meubles et d'accessoires dépareillés formant au final une harmonie agréable et vivante. Ils ont été récupérés à droite et à gauche tout comme une bonne partie du matériel de cuisine. A la belle saison, une petite cour permet de prendre l'air tout comme la petite table située sur le trottoir.

A l'étage de Komşu Kafe à Kadıköy

A l'étage de Komşu Kafe à Kadıköy

Les manifestes en turc et en anglais accrochés tous deux à l'entrée donnent de suite le ton :

anti-hiérarchique, anti-sexiste, anti-autoritaire, anti-exploitation, anti-discriminatoire, plus de communication !

 

Les objectifs du collectif sont de travailler ensemble dans le cadre d'une économie alternative et de faire de cette adresse un lieu de rencontres et d'échanges. Des groupes divers y organisent par exemple des réunions, des débats. Des voisins, des étudiants viennent y passer un moment sympathique tant pour se restaurer que pour travailler, lire, voire jouer ou écouter de la musique.

A Komşu Kafe Collective à Istanbul

A Komşu Kafe Collective à Istanbul

A l'étage de Komşu kafe à Kadıköy, Istanbul

A l'étage de Komşu kafe à Kadıköy, Istanbul

Tous les lundis a lieu la réunion hebdomadaire du collectif qui permet d'organiser le travail de la semaine suivante. Les jours et heures de travail sont flexibles en fonction des activités de chacun. On y fait le point de la situation, on partage les nouvelles expériences et tout le monde y a les mêmes droits. C'est aussi là que se décident les soirées thématiques organisées hebdomadairement.

 

Si une nouvelle personne souhaite intégrer le collectif et si les besoins sont là, une période d'essai de deux mois est proposée afin de voir tant si le groupe existant peut travailler avec elle que l'inverse. Lors des réunions hebdomadaires sont alors abordés en communautés les ressentis de chacun, les problèmes éventuels. A l'issue des deux mois, le collectif décide d'inclure la personne ou non.

Cuisine ouverte à Komşu Kafe à Kadıköy

Cuisine ouverte à Komşu Kafe à Kadıköy

D'où viennent les gens qui s'y trouvent, leur vie, combien de temps ils ont travaillé auparavant, une éventuelle maladie, rien de cela ne pose problème. C'est un système égalitaire qui a été créé là. Chez Komşu, tout le monde fait la cuisine, s'occupe du bar, du service, du ménage.

 

Tous les membres du collectif perçoivent la même somme pour chaque période de travail accomplie, les journées comprenant 2 ou 3 équipes.

 

Les clients connaissent Komşu Kafe à travers le bouche à oreille, sa page FB ainsi que les reportages qui lui sont consacrés. Ce sont des voisins qui habitent ou travaillent à proximité, de nombreux étudiants, des musiciens, mais aussi des curieux, des touristes,... On peut dire que la moitié des clients sont locaux, l'autre moitié constituée de personnes de diverses nationalités, à l'image de ceux de ses fondateurs.

Le bar de Komşu Kafe à Kadıköy

Le bar de Komşu Kafe à Kadıköy

L'an passé, une soirée a été organisée pour aider un café collectif vegan de Géorgie. Mais compte-tenu de la crise ambiante, il n'est pas possible actuellement d'apporter de coup de pouce financier à d'autres projets similiares.

 

Les produits proposés ont un tarif suggéré comme par exemple l'assiette mélangée à 10 TL, mais les consommateurs décident du prix qu'ils veulent donner.

 

Les ingrédients proviennent du marché, d'une coopérative avec qui ils sont connectés ou directement du producteur. Si les produits nécessaires ne peuvent être trouvés d'une de ces façons, ils sont achetés chez des petits détaillants mais pas au supermarché.

Damla et Ali s'affairent dans la cuisine de Komşu Kafe

Damla et Ali s'affairent dans la cuisine de Komşu Kafe

Komşu kafe à Kadıköy

Komşu kafe à Kadıköy

Les idées de plats émanent de tous les membres et sont ainsi proposés ici soupes, pâtes, riz, plats divers de légumes, salades et desserts qui varient selon les personnes et les envies.

 

Vous ne trouverez pas de viande chez Komşu, c'est un choix pris au départ. La plupart des viandes consommées en Turquie sont industrielles tout comme de nombreux plats proposés dans la restauration. Cette idée ne correspondait pas à celles du collectif dont certains membres sont végétariens et d'autres vegan (produits sans origine animale comme le lait, les oeufs, le fromage). Ils auraient voulu proposer des produits bio mais, compte-tenu des prix élevés, y ont renoncé. Aussi, ils ont choisi de proposer uniquement de la nourriture végétarienne. Mais lorsque ce sont les collègues vegan qui sont au fourneau, les repas proposés sont vegan...

Komşu Kafe à Kadıköy, une adresse bien sympathique

Komşu Kafe à Kadıköy, une adresse bien sympathique

Komşu Kafe est le fruit d'une expérience collective osée et réussie qui peut donner des idées pour créer d'autres projets basés sur ce concept d'égalité et de partage.

 

https://www.facebook.com/komsoKafeCollective/?fref=ts

 

Komşu Kafe

Uzun Hafız Sk No 83A - KADIKÖY/İSTANBUL

Tél. (0216) 418 4679

ouvert tous les jours de 10 h 30 à 23 h (sauf le 1er jeudi de chaque mois en raison de la grande réunion mensuelle)

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de l'article.

 

8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 05:38

Hier après-midi, en marchant tranquillement le nez au soleil pour rentrer chez moi, je pensais à cette journée qui honore tous les ans le 8 mars les femmes dans le monde. J'ai pris ce petit temps de déplacement pour réfléchir quels noms j'écrirais si l'on me demandait quelles étaient les femmes turques que j'ai rencontrées durant mes 12 années de vie en Turquie qui m'ont le plus marquée.

 

J'ai d'abord souri en me disant qu'il me serait peut-être plus facile de trouver deux ou trois noms d'hommes turcs mais j'ai repris ma réflexion plus sérieusement car il ne s'agissait pas d'eux, désolée messieurs...

 

Le premier visage féminin qui m'est presque immédiatement apparu à l'esprit est celui d'Esin Çelebi-Bayru, 22ème arrière-petite-fille de Rumi, le père spirituel des derviches tourneurs et le plus grand penseur et poète mystique. La découverte de la pensée universelle de Mevlâna a profondément changé ma façon de voir la vie et surtout l'être humain.

 

Vice-Présidente de la Fondation Internationale Mevlâna, Esin Çelebi-Bayru incarne à mes yeux une descendante de Rumi qui représente admirablement son aïeul, tant pour faire connaître la vie de celui-ci que sa pensée universelle de tolérance et d'ouverture si précieux et nécessaires, surtout en ces temps mouvementés que vit le monde.

Esin Çelebi-Bayru, 22ème arrière-petite-fille de Rumi

Esin Çelebi-Bayru, 22ème arrière-petite-fille de Rumi

La seconde femme turque à laquelle j'ai pensé, j'ai - enfin - fait sa connaissance le 29 mars 2015 lors d'une rencontre organisée par l'Institut Culturel Français d'Istanbul autour de 3 femmes au parcours exceptionnel, il s'agit de l'écrivain Elif Şafak. Cette femme dont la beauté intérieure est aussi remarquable que celle extérieure est assurément la personne qui m'a fait le plus pleurer.

 

Lorsque j'ai lu “Soufi mon amour”, ce sont des cascades de larmes que j'ai versées sur les pages de son livre du début à la fin. Elif a été touchée lorsque je lui ai fait part, sans aucune honte et en toute simplicité, de ce que la lecture de son ouvrage a provoqué en moi, tant lors de la première lecture qu'à la seconde.

Elif Şafak

Elif Şafak

Une troisième femme turque a également laissé une trace indélébile dans mon coeur et dans mes souvenirs. Son nom n'a jamais été connue du grand public comme les deux précédents ; elle s'appelait Saadet.

 

Cela fait un peu plus de 3 ans qu'elle a tiré sa révérence, trop tôt, trop jeune... Les moments de bonheur passés ensemble lorsque son souffle de vie s'estompait de semaine en semaine m'a beaucoup appris sur la mort mais plus encore sur la vie et la nécessité impérative de la croquer à pleines dents en appréciant chaque jour comme si c'était le dernier et en s'accordant le droit de se faire plaisir.

 

 

Saadet

Saadet

Pour tout ce qu'Esin Çelebi-Bayru, Elif Şafak et Saadet m'ont appris et offert, je souhaite leur dire du fond du coeur “MERCI” !

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 06:01

Article publié dans LePetitJournald'Istanbul.com - Edition du 8 février 2016

 

A quatre reprises durant la dernière semaine du mois de janvier 2016, la pièce de théâtre “Les derniers oiseaux” - “Son Kuşlar” - tirée de l'oeuvre du même nom écrite par Sait Faik Abasyanık, adaptée par F. Aylın Tez et réalisée par Turgay Tanülkü, a été jouée devant les détenus de la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul, réputée notamment pour les pièces montées et présentées sur place depuis plusieurs années par des prisonniers ainsi que pour ses différentes activités culturelles.

 

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée aux prisonniers de la centrale T Tipi d'Ümraniye fin janvier 2016

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée aux prisonniers de la centrale T Tipi d'Ümraniye fin janvier 2016

Le rôle principal est tenu par le célèbre acteur de cinéma, de feuilletons télévisés et de théâtre Turgay Tanülkü qui a lui-même été derrière les barreaux en 1970 à la prison Ulucanlar à Ankara, passage dont il parle lorsqu'il s'adresse à son public avant le début de la pièce : “J'avais un espoir ; si un jour je deviens acteur de théâtre, je reviendrai en prison.”

 

Turgay Tanülkü dans la pièce "Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux") présentée à la prison d'Ümraniye

Turgay Tanülkü dans la pièce "Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux") présentée à la prison d'Ümraniye

Cette pièce très humaniste évoque de façon simple mais juste et percutante la vie mais surtout les états d'âme des détenus dans les années 70-80, la nostalgie de la vie extérieure lorsqu'on est emprisonné : le printemps et l'odeur des fleurs, l'automne en voyant tomber les feuilles mortes, la neige, les chants des oiseaux, l'odeur et la chaleur du thé et du café, les odeurs, celles de ceux des êtres aimés lorsqu'ils repartent, tout ce qui était familier avant... et qui manque après...

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée devant les prisonniers d'Ümraniye

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée devant les prisonniers d'Ümraniye

Les derniers oiseaux” est un projet social et culturel d'une durée de 3 ans réalisé grâce à la collaboration de la Direction Générale des Théâtres Publics et celle des Maisons d'Arrêt et de Détention.

 

Il a permis en 2015 de présenter cette pièce à 60 000 prisonniers dans 75 prisons turques de 25 villes de Turquie.

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée dans les prisons turques

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée dans les prisons turques

La première représentation a eu lieu le 14 février 2015 dans la prison Sincan à Ankara.

 

Depuis, toutes les semaines, la troupe se rend dans une autre maison d'arrêt et la représentation du 29 janvier à Ümraniye a été la 155ème.

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée dans les prisons en Turquie

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée dans les prisons en Turquie

En novembre dernier, la pièce fut présentée aux femmes détenues dans la prison de Bakırköy à İstanbul où se trouvent notamment 225 étrangères originaires de 52 pays différents. A l'heure actuelle, en plus d'activités sportives et socio-culturelles - telles la gymnastique, le basketball, le badminton, la danse folklorique, la miniature, le papier marbré, le théâtre, etc -, 18 cours de formation professionnelle – aide-cuisine, plonge, coiffure, soins du corps et maquillage, graphisme et projet assisté sur ordinateur, comptabilité informatique, etc - sont dispensés dans cet établissement pénitentiaire.

 

Chaque personne, lorsqu'elle sort de prison, est munie d'un certificat qui lui permet de trouver facilement du travail. De même, des cours de turc pour les étrangers et des cours d'anglais sont proposés.

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée pour les prisonniers turcs

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée pour les prisonniers turcs

Mi-janvier 2016, c'est à la prison “ouverte” de Maltepe à Istanbul que “Les Derniers Oiseaux” furent présentés durant quatre jours aux détenus. Cet établissement qui figure parmi les 54 prisons de ce type en Turquie – dont une pour femmes à Bozkurt/Denizli – constitue une transition et un tremplin important d'adaptation et de réinsertion comparé aux maisons pénitentières classiques dites fermées et le retour à une vie normale et active pour les détenus ayant reçu une condamnation maximale de 5 ans.

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée dans les prisons turques

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée dans les prisons turques

Sur place, la vie quotidienne des prisonniers se déroule dans un univers semi-ouvert sans barreaux. Ils travaillent dans un des ateliers de literie, de ferronnerie, d'entretien et de lavage de véhicules, de construction et de peinture, au lavomatique, à la boulangerie, en cuisine, au laboratoire photo,... ou encore à l'extérieur comme par exemple dans le magasin situé dans l'enceinte du palais de justice de Kartal.

 

Ce système repose sur la confiance et le travail des détenus, leur donne une formation et constitue pour eux une chance de se reconstruire : une solution efficace, tant socialement qu'économiquement qui mériterait d'être davantage développée en Europe...

Photos-souvenirs avec Turgay Könültü et des détenus de la prison d'Ümraniye après la présentation de "Son Kuşlar"Photos-souvenirs avec Turgay Könültü et des détenus de la prison d'Ümraniye après la présentation de "Son Kuşlar"

Photos-souvenirs avec Turgay Könültü et des détenus de la prison d'Ümraniye après la présentation de "Son Kuşlar"

Quant à la prison de Tipi d'Ümraniye, c'est la seule prison en Turquie à monter et présenter des pièces de théâtre avec des détenus.

 

En février 2011 y fut présentée par 25 prisonniers la pièce "Duvarların Dili" écrite et réalisée par le détenu Hakan Metin Mercan, après adaptation du court-métrage "Anı Yaşamak", prix spécial du jury au festival du film d'Izmir.

 

"Bana bir şeyhler oluyor", autre pièce écrite par le réalisateur turc Yılmaz Erdoğan a été présentée par des détenus de la prison d'Ümraniye en décembre 2012.

 

En janvier et février 2015 a été présentée la comédie musicale en deux actes de Sinan Bayraktar, "Definename", réalisée par Mihriban Çumralı, Gonca Cilasun et Duygu Urgan.

 

"Definename", une pièce de théâtre montée et jouée par des prisonniers de la centrale T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

"Definename", une pièce de théâtre montée et jouée par des prisonniers de la centrale T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

En guise de conclusion sur les oiseaux privés d'ailes et auxquels on réapprend à voler en Turquie à travers le travail mais aussi les arts et en particulier le théâtre, le club de théâtre de la prison T Tipi d'Ümraniye prépare avec l'actrice et réalisatrice Pınar Gordie une adaptation du roman “Pirinç Hanı” d'Özkan İrman qui sera présentée dans les tous prochains mois.

Mehmet Çıtak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul et Pınar Gordie, réalisatrice de la nouvelle pièce de théâtre "Pırınç" en cours de montage dans la prison d'Ümraniye

Mehmet Çıtak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul et Pınar Gordie, réalisatrice de la nouvelle pièce de théâtre "Pırınç" en cours de montage dans la prison d'Ümraniye

Avec l'acteur Turgay Tanülkü, Mehmet Çıtak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye, Pınar Gordie, réalisatrice de la nouvelle pièce de théâtre "Pırınç" en cours de préparation dans la prison d'Ümraniye et les membres du club de théâtre

Avec l'acteur Turgay Tanülkü, Mehmet Çıtak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye, Pınar Gordie, réalisatrice de la nouvelle pièce de théâtre "Pırınç" en cours de préparation dans la prison d'Ümraniye et les membres du club de théâtre

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 06:13

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 15 janvier 2016

 

Yusuf, un jeune homme de 29 ans, originaire de la petite commune de Kırıkhan d'environ 2000 âmes dans la région de Hatay, troisième d'une fratrie de huit enfants, vit dans le noir depuis plus de 20 ans...

 

A l'âge de 7-8 ans, il contracte un glaucome, 2ème cause de cécité dans le monde. Il perd immédiatement la vue avec son oeil droit. Les médecins d'Antioche l'envoient à Adana pour être suivi. Là-bas, ils veulent sauver son oeil gauche et pour cela, Yusuf subit 3 opérations mais sans succès. Au contraire, la situation empire et il perd aussi l'usage de celui-ci. Jusqu'à il y a 2-3 ans, il percevait tout de même la lumière avec l'oeil gauche mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.

 

Son père, cultivateur d'un petit lopin de terre, sans couverture sociale, va aussi à l'étranger pour travailler et ainsi constituer un petit budget pour construire une nouvelle maison à la place de leur vieille demeure. Mais, lorsque Yusuf devient malade, cet argent accumulé petit à petit durant des années de labeur sert à couvrir tous les frais de santé et opérations qui en découlent.

 

Yusuf démarre sa scolarité, avec environ 2 ans de retard, comme pensionnaire dans une école de Kahramanmaraş accueillant uniquement des enfants aveugles. Une douzaine d'écoles primaires pour non-voyants existent en Turquie (Adana, Gaziantep, Izmir, 2 à Istanbul, 2 à Ankara,…).

 

Yusuf, aveugle d'Istanbul, dans les rues de Kadıköy

Yusuf, aveugle d'Istanbul, dans les rues de Kadıköy

A l'école, Yusuf découvre le goalball, sport de ballon inventé après la Seconde Guerre Mondiale, devenu un sport officiel en 1988 aux Jeux paralympiques à Séoul et pratiqué par des personnes déficientes visuelles. Yusuf se prend de passion pour ce sport qu'il pratique avec ses amis pendant les heures de sport mais aussi durant les récréations. De la 5ème à la 8ème classe de son cursus primaire, il fait partie de l'équipe de goalball de son école et participe à de nombreux tournois où s'affrontent des équipes de différentes écoles ainsi que des clubs.

 

Durant sa dernière année de primaire, il part à Erzurum participer à un tournoi qu'il remporte avec son équipe contre le club d'Istanbul 2-1. Le Président de ce dernier lui propose de le transférer à Istanbul, idée qui était alors pour lui juste un rêve impossible à réaliser.

 

Avec l'accord de son père, Yusuf accepte et arrive seul dans la grande ville en 2004, à l'âge de 17 ans. Il poursuit ses études au lycée et parallèlement le goalball. La première année, il vit dans un foyer, la seconde chez le Président du club puis en colocation avec trois amis voyants. Mais ces derniers, voulant bien faire en remplissant son verre lorsqu'il a soif, en accrochant son linge, l'incommodent car Yusuf ne veut pas que tout lui soit servi sur un plateau.

 

Il décide de partir et s'installe avec un ami aveugle, puis avec un autre, etc. Depuis bientôt 3 ans, il habite à Kadıköy avec Fatih, un autre jeune aveugle qu'il a connu à l'école primaire à Kahramanmaraş et qui est aussi originaire de la région d'Antioche, comme lui.

Yusuf et son ami Fatih en route pour Antioche

Yusuf et son ami Fatih en route pour Antioche

Avec son équipe de goalball, il participe à des matchs et des tournois et finit par intégrer l'Equipe Nationale de Turquie. Le 7 août 2005, il termine 3ème au Championnat du Monde des Jeunes qui a lieu au Colorado. Différents tournois le mènent en Bulgarie, en Angleterre, en Arabie, en Lituanie, en Belgique.

 

Ensuite, il accède avec son équipe au groupe C des équipes championnes européennes, puis celle-ci grimpe dans le groupe B et deux ans après en première division dans le groupe A dont elle fait toujours partie. En 2012, à Londres, aux Jeux Paraolympiques, il termine 3ème. Après cela, Yusuf décide de quitter l'Equipe Nationale en raison de la fatigue que cela engendre mais continue à jouer dans son club afin que celui-ci se maintienne en division A.

27 mars 2011, Yusuf avec son équipe de goalball du club d'Istanbul

27 mars 2011, Yusuf avec son équipe de goalball du club d'Istanbul

Depuis l'école primaire, il joue aussi au football et intègre comme défenseur l'équipe créée dans son club en 2006 et qui va évoluer en championnat de Turquie. Par moments, il joue également dans l'Equipe Nationale de Football de Turquie puis arrête en juin 2015.

 

Il décide en 2014 de poursuivre ses études à l'université d'Istanbul dans la section “gestion sportive”, formation d'une durée de 4 ans. Actuellement, il se trouve en 2ème année. A l'issue de cette période, le diplôme en poche, il ne pourra pas devenir professeur d'éducation physique pour les aveugles car un non-voyant ne peut pas l'être. Par contre, il peut s'inscrire à différents examens lui permettant de grimper les échelons par rapport à son poste d'employé à la Direction Départementale des Sports de la Jeunesse à Kadıköy où il est employé en parallèle de ses études qui l'occupent plusieurs jours par semaine en fonction du calendrier scolaire de sa section.

21 mars 2015, Yusuf avec l'Equipe Nationale de Football de Turquie

21 mars 2015, Yusuf avec l'Equipe Nationale de Football de Turquie

En dehors de toutes ses occupations professionnelles, sportives et scolaires, Yusuf a également été guide pour les visites de l'exposition “Dialog in the dark” (station de métro Gayreteppe) de décembre 2013 à juin 2014 et l'est à nouveau les week-ends.

 

Cette visite guidée en compagnie d'un guide non-voyant permet à des groupes de maximum 10 personnes de se promener avec lui, durant 1 h 30 dans le noir complet dans les rues d'Istanbul, avec un bâton d'aveugle entre les mains, à la découverte du monde dans lequel leur guide évolue au quotidien. Cette exposition fort intéressante - accessible également aux scolaires - donne l'occasion aux participants d'apprendre à se servir de façon plus importante d'autres sens que la vue.

Yusuf, guide pour l'exposition "Diyalog in the dark" à Gayrettepe, Istanbul

Yusuf, guide pour l'exposition "Diyalog in the dark" à Gayrettepe, Istanbul

En tant qu'enfant, Yusuf a facilement accepté son passage du monde des voyants à celui des non-voyants. Ses parents ne l'ayant pas empêché de sortir de peur qu'il tombe ou se blesse, il a gagné rapidement en autonomie, connaissant déjà son environnement avant sa cécité. Il pense que s'il était devenu aveugle à l'âge adulte, il aurait connu des problèmes psychologiques, comme c'est souvent le cas, pour accepter sa nouvelle situation.

 

Sur la rive asiatique d'Istanbul se trouve l'association des Aveugles de Turquie dont fait partie Yusuf, créée en 1974 et présente dans 7 ou 8 autres villes du pays (Muğla, Kahramanmaraş, Gaziantep, Batman, Mersin, Balıkhesir, Çanakkale,...)

 

Cette organisation travaille pour tous les droits sociaux des aveugles, l'aide à tous leurs besoins. Le club sportif dont fait partie Yusuf y est aussi relié. Des activités ludiques telles que des rencontres ou culturelles (piques-niques, fêtes) y sont régulièrement organisées. Des étudiants en universités voyants viennent en tant que bénévoles donner des cours, faire passer des tests, apporter leur aide.

 

Une autre association importante œuvre avec et en faveur des aveugles ; il s'agit de “Altı Nokta” (6 points) dont le siège social est à Ankara et qui possède des antennes dans près de 40 villes du pays. La population non-voyante en Turquie se compose d'environ 800 000 personnes.

 

Yusuf, aveugle d'Istanbul

Yusuf, aveugle d'Istanbul

De nombreux aveugles occupent des postes dans les centrales téléphoniques ou devant un ordinateur et certains occupent même des postes d'avocats. A la connaissance de Yusuf, peu de non-voyants sont sans emploi.

 

Le 7 février 2014, une loi a créé l'EKPSS, en l'occurrence les examens d'entrée à la fonction publique pour les handicapés car auparavant, si un handicapé voulait prétendre à un poste dans l'administration publique, il était obligé de répondre aux mêmes questions que les personnes valides, ce qui n'était pas toujours cohérent selon le handicap.

 

Au niveau du sport, la Fédération de Sports des Aveugles de Turquie a été créée le 7 mars 2000 http://www.gesf.org.tr/ et des Equipes Nationales défendent les couleurs du pays lors des tournois. Si le succès est au rendez-vous pour un handicapé, qu'il soit aveugle ou moteur, il ne reste pas sans travail et l'Etat turc le soutiendra., Hormis au goalball et au football, on trouve aux plus hauts niveaux des aveugles turcs évoluant en athlétisme, au judo, aux haltères, à la natation et aux échecs.

 

Pour Yusuf, vivre à Istanbul est aisé malgré la circulation et la foule. Il aime cette ville, en particulier Kadıköy où il vit et notamment le rivage, sans bruit, sans véhicules où il vient s'asseoir et se reposer lorsqu'il a mal à la tête en raison de tous les bruits environnants auquel il est plus sensible.

 

Dans cette ville, de plus en plus de feux tricolores sont équipés de bandes sonores permettant aux non-voyants de savoir quand ils peuvent traverser et combien de temps il leur reste pour ce faire. Si ce n'est pas le cas dans le quartier où ils habitent, il suffit d'appeler le 153 pour signaler ce manque et le problème est résolu dans la semaine ou la quinzaine suivante.

Yusuf, aveugle d'Istanbul, dans les rues de Kadıköy

Yusuf, aveugle d'Istanbul, dans les rues de Kadıköy

Les transports en commun sont gratuits à Istanbul pour les aveugles ainsi que ceux en train sur tout le territoire. La compagnie aérienne THY leur accorde 20 % de réduction. L'accès aux stations de métro, aux aéroports et sur certains axes est facilité par l'existence de bandes jaunes de guidage permettant aux non-voyants de se diriger aisément avec leur bâton.

 

La ville d'Eskişehir située en Anatolie s'est dotée d'équipements et d'infrastructures en nombre largement au-dessus de la moyenne pour les handicapés et les aveugles.

 

Son ami de classe et actuellement co-locataire Fatih, qui travaille comme opérateur téléphonique à l'université de Marmara et est membre actif au sein de l'Association des Aveugles, s'est fiancé en septembre 2015 avec une jeune femme aveugle et envisage de se marier cette année. Yusuf, quant à lui, n'est pas dans la même situation et n'envisage pas de se marier pour se marier mais pour être heureux, s'il trouve la femme qui acceptera de partager la vie de ce garçon plein d'énergie et intelligent au destin prometteur malgré son handicap.

 

Pour lui, s'il devait se marier, ce sera obligatoirement avec une femme voyante car il pense à l'éducation des enfants qui sera très différente si les deux parents sont aveugles. Aucun ne pourra répondre à certaines questions que forcément l'enfant pose selon ce qu'il voit. Si les deux parents sont aveugles, comme il en connaît, ils enferment leur progéniture dans leur univers et lui transmettre des réflexes de non-voyants - tels la manière de toucher pour attraper un verre ou la façon de se déplacer - et l'enfant vivra alors comme un aveugle et non comme un voyant. C'est pour ces raisons qu'il s'oppose personnellement aux mariages entre deux aveugles... même si son plus proche ami est dans ce cas de figure.

 

Au quotidien, un aveugle utilise ses oreilles comme des yeux. Si en marchant, les bruits se multiplient et sont intenses, il ne peut pas marcher, son équilibre est déstabilisé. Il n'entend pas où il se dirige, il ne perçoit plus rien. Soit il est tenu d'attendre que les bruits s'estompent, soit il avance plus doucement avec plus de précautions. Un non-voyant vit toujours dans le bruit et doit entendre constamment. C'est en écoutant qu'il marche, qu'il vit...

Yusuf et son ami Engin, tous deux guides pour l'exposition "Diyalog in the dark" à Istanbul

Yusuf et son ami Engin, tous deux guides pour l'exposition "Diyalog in the dark" à Istanbul

Les aveugles utilisent les ordinateurs, les téléphones et les réseaux sociaux presque aussi facilement que vous et moi. Pour cela, ils utilisent l'application Voice Over intégrée d'origine dans tous les téléphones Apple. Sur Android, il faut télécharger une application similaire mais qui apparemment est moins performante. Le logiciel Joyce, quant à lui, équipe leurs ordinateurs.

 

La démonstration faite par Yusuf est plutôt édifiante. De la lecture de publications ou de messages postés sur FB et à leurs commentaires ou réponses en passant par le réglage et l'accès aux différentes fonctions habituelles d'un I Phone, le retour est quasiment aussi rapide et se fait soit à l'aide du clavier digital, soit par la voix.

Yusuf, aveugle d'Istanbul

Yusuf, aveugle d'Istanbul

Yusuf est aussi membre de GETEM, bibliothèque en braille ou vocale accessible à l'Université Boğazici d'Istanbul. Que ce soit sur place ou à partir de son téléphone ou de son ordinateur, il peut ainsi de façon très simple lire une revue ou un livre, accéder à des documents ou informations nécessaires dans le cadre de ses études, etc. De même, il a aussi la possibilité de “visionner” des films dont les actions sont expliquées vocalement grâce à GETEM.

 

Les objectifs personnels de Yusuf sont de terminer ses études universitaires afin de pouvoir progresser au niveau de son travail. Peut-être pourra-t-il aussi l'an prochain effectuer un Erasmus. Parfois, il réfléchit également à la possibilité de créer un jour une entreprise avec l'un ou l'autre ami, aveugle ou voyant.

 

Exposition "Diyalog in the dark" à la station de metro de Gayrettepe http://www.dialogistanbul.com/ (en turc et en anglais)

Billetterie sur place et chez Biletix

Visites tous les jours de 9 h 30 à 20 h

Visites en anglais les samedis et dimanches à 14 h, 16 h et 18 h

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 06:12

Hürrem Sultane, plus connue sous le nom de Roxelane, celle que le sultan Soliman va surnommer « Ma Joyeuse » et choisir pour épouse, est arrivée au Harem comme esclave.

 

Elle sait se faire remarquer par celui qui dirige l'extraordinaire Empire ottoman grâce à sa beauté et à son intelligence.

 

Avide de pouvoir, cette femme au destin incroyable va devenir à la fois la mère de 6 enfants mais aussi une redoutable conseillère auprès de celui qu'elle aime, à la fois par amour mais aussi et pour ses propres intérêts.

"La Magnifique" d'Issaure de Saint Pierre, pour connaître l'incroyable destinée de Roxelane

Ce roman permet de plonger dans l'univers impitoyable de la cour ottomane où la lutte est continuelle pour tenir les rênes du pouvoir et où les châtiments les plus cruels n'épargnent pas les plus proches du sultan.

 

Un livre de près de 350 pages à dévorer par tous les amateurs à la fois d'histoire ottomane mais aussi de passion...

17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 04:54

Un soir d'été en 1936, Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République de Turquie, se rend au Splendid Palace Hôtel de Prinkipo, l'actuelle Büyükada, autrement dit la plus grande des îles des Princes au large d'Istanbul... Un rassemblement se forme devant cet hôtel populaire.

On joue de la musique sur la terrasse. Parmi la foule se trouve une très belle et grande femme grecque, bien en chair, portant une robe noire décolletée et accompagnée d’un homme.

Atatürk invite cette femme à danser. Parmi les spectateurs, il y a un homme à la stature grande mais d'allure modeste portant sur son dos un panier en osier rempli de melons et qui regarde Atatürk avec étonnement.

La suite est rapportée à travers les souvenirs de Cemal Granda, le domestique d'Atatürk :

Une fois la danse terminée avec cette femme grecque, Atatürk aperçoit le vendeur de melons et lui fait signe d’approcher… Il lui enlève le panier de melons de son dos et lui demande de danser avec la femme grecque. Celle-ci danse très bien, le vendeur, quant à lui, vêtu de haillons, n'a jamais dansé de sa vie... La danse de ces deux personnes est inoubliable... Lorsque la danse s'achève, Atatürk bat des mains et dit “Bravo, bravo, c'était une très belle danse...”

Mustafa Kemal considérait la danse comme une utilité contemporaine, pas seulement destinée à l'élite mais aussi au peuple...

Si Atatürk vivait encore, tout le monde danserait encore aujourd'hui* au mythique Splendid Palace Hôtel dont on aperçoit, surplombant l'embarcadère, l'imposante façade blanche aux fenêtres habillées de volets rouges et surmontée de deux bulbes gris.

 

Splendid Palace Hôtel, Büyükada

Splendid Palace Hôtel, Büyükada

Cet établissement à l'architecture art déco et qui a su garder jusqu'à ce jour son charme suranné, a ouvert ses portes en 1908. la splendide demeure en bois de quatre étages a été construite sur ordre du maréchal Sakızlı Kâzim Paşa aux ordres du sultan Abdulhamit II par un certain Kaludi Laskaris Kalfa.

 

En 1911, Dikran, Tavit et Onnik, trois hommes originaires de Tokat et connus à Beyoğlu, louent l'hôtel et vont l'équiper. L'ensemble du mobilier sort de la fabrique de meubles austro-ottomane d'Istanbul, la paille utilisée pour la réalisation des fauteuils de l'entreprise Lion. Les couverts en argent monogrammés proviennent de la célèbre entreprise parisienne d'orfèvrerie Christofle. Les verres en cristal, les serviettes, couvertures et tous les autres équipements sont ramenés d'Europe.

 

A cette époque, l'île n'est pas encore équipée en électricité mais la lumière est fournie au Splendid par un générateur.

 

Splendid Palace Hôtel, Büyükada

Splendid Palace Hôtel, Büyükada

Les orchestres les plus célèbres jouent ici, des artistes connus y donnent des concerts et tous les week-end ont lieu les “Nuits Européennes”.

 

Durant une partie de la guerre d'indépendance turque, l'endroit est réquisitionné par l'Etat pour servir d'hôpital avant de redevenir un hôtel à partir de 1921. Comment avant la guerre, les concerts et les bals qui y sont organisés sont très courus. Dârülelhân, le Conservatoire des Femmes, y donne un concert de musique turque le 9 octobre 1921 pour les victorieux de la guerre- les fameux gazi - accompagné par un groupe de joueurs de saz, cet instrument de musique traditionnel à cordes pincées.

Affiche pour un bal donné le 26 août 1923 au Splendid Palace Hôtel de Prinkipo

Affiche pour un bal donné le 26 août 1923 au Splendid Palace Hôtel de Prinkipo

Après la mort de Sakızlı Kâzim Paşa en 1936, l'hôtel passe entre les mains de sa fille Nazire Tokgöz, puis au décès de cette dernière, à sa petite-fille Belma Hatice et à son époux Nihat Hamamcioğlu.

 

Aujourd'hui, à peine franchi le seuil de la porte, la machine à remonter le temps donne l'impression de se retrouver à la belle époque istanbouliote, dans les années 20 à 40.

 

Le comptoir de la réception en bois massif derrière lequel sont suspendues les clés des 70 chambres et des 4 suites donne le ton.

Ömer bey, directeur du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Ömer bey, directeur du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Un décor sobre, une ambiance quiète pour touristes désireux de plonger dans un univers d'une autre époque ou pour les habitués, parfois depuis des décennies qui viennent là passer, qui un week-end, qui une semaine ou plus, voire même toute la saison d'ouverture de l'hôtel qui s'échelonne habituellement de début avril à fin octobre.

 

A gauche, deux portes donnent sur le salon de réception où l'on peut jouer aux cartes, lire tranquillement, boire un verre ou ne rien faire, juste observer tant l'impressionnant tableau signé par l'artiste français Ferdinand Dubreuil.

 

A côté de l'escalier aux marches revêtues d'un tapis rouge flamboyant, la caisse, sortie tout droit du passé et où derrière les petites vitres arrondies se trouvent à proximité d'un vieux poste radio, des photos et affiches anciennes, quelques vieux téléphones à cadran, des accessoires divers et variés qui ont connu leur temps de gloire entre ces murs ....

L'imposante caisse du Splendid Palace Hôtel de Büyükada

L'imposante caisse du Splendid Palace Hôtel de Büyükada

Prenez l'ascenseur, unique en son genre, au bois vernis et dont il faut d'abord pousser la première et lourde porte en fer forgé ornée de coeurs et de motifs floraux avant de glisser en douceur vers les étages, assis sur le strapontin en bois pliable. Il manque juste le groom...

 

Les chambres, dont certaines ont été refaites avec goût, ont su garder également l'ambiance du passé. On peut s'imaginer sans grande peine les femmes y déposer sur une commode leur chapeau à voilette et leurs gants en soie, les hommes accrocher leur veston dans l'armoire et poser leur melon avant d'aller admirer du balcon la vue sur l'embarcadère, la mer de Marmara et la rive asiatique d'Istanbul en écoutant claquer les sabots des chevaux tirant les calèches, les voitures, hormis celles de l'administration n'ayant pas droit de cité ici, coutume qui a perduré fort heureusement.

 

Une des chambres du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Une des chambres du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Depuis plus de 40 ans, Ömer bey, le directeur de cette adresse incontournable de Büyükada, entretient la magie des lieux pour ses clients, dont beaucoup sont devenus des amis au fil du temps.

 

Si une belle piscine orne le charmant jardin, il est aussi agréable de passer du temps, lorsque les soirées sont fraîches, dans le jardin d'hiver agrémenté d'une fontaine en marbre blanc délicatement ouvragée et d'admirer les anciennes photos de Prinkipo qui ornent cette pièce carrée autour de laquelle courent les couloirs et les étages de cette demeure pas comme les autres.

Jardin d'hiver du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Jardin d'hiver du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Le Splendid Palace Otel de Büyükada figure sur la liste des 10 meilleurs hôtels d'Istanbul selon le célèbre journal anglais Guardian.

 

 

* Extrait de l'article de Melih Aşık publié le 9 septembre 2007 dans le quotidien turc Milliyet

 

http://www.splendidhotel.net/eng/index.html

4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 17:43

Une fois n'est pas coutume, je vais laisser la place à un autre narrateur, en l'occurrence au Frère Gwénolé Jeusset, franciscain installé à Istanbul depuis un peu plus d'une dizaine d'années qui nous raconte son récent voyage à Assise et Rome avec des derviches-tourneurs

 

Son article a également été publié dans le magazine « Présence » du mois de mai 2015

 

« 13 avril 2015 : le temps de déposer nos valises à l'Antonianum, l'Université franciscaine près de Saint Jean de Latran, nous pouvions être au rendez-vous fixé par la communauté Sant'Egidio, Piazza Trastevere à 20 h 00. Nous, c'est-à-dire d'un côté sept derviches et Ismail leur bienfaiteur, de l'autre les six frères d'Istanbul, chargés de motiver l'ensemble de l'Ordre au dialogue oecuménique et interreligieux.

Franciscains et derviches tourneurs sur la place Saint-Pierre de Rome, avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Franciscains et derviches tourneurs sur la place Saint-Pierre de Rome, avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Après des années d'amitié, j'avais proposé au chef spirituel de ce groupe de mevlevis, disciples de Mevlâna que nous connaissons sous le nom de Rûmi, d'aller à Konya, la cité où vécut ce mystique musulman, leur inspirateur. Accompagné de deux laïcs de notre diocèse, nous avions ainsi, en mai 2014, passé trente-six heures dans cette ville. Nous avions surtout médité trente minutes en silence côte à côte, le Dede (ainsi sont appelés les cheikh en turc) et moi devant le tombeau. L'idée avait tant plu à un très généreux ami musulman qu'il était prêt à aider pour d'autres initiatives semblables.

 

Alors, pourquoi ne pas faire de même au tombeau de Saint François à Assise, mais avec nos communautés et en passant par Rome ! Nous n'avions pas pu prendre ensemble les billets mais invités par la Communauté Sant'Egidio le premier soir, nous avions décidé de nous rejoindre là. Ils avaient été reçus à l'aéroport par notre ami Mustafa Cenap, dirigeant d'un centre de dialogue à Rome qui fut l'ange gardien de ce pèlerinage comme compagnon des uns et des autres et comme traducteur.

 

Avec l'interreligieux dans ses gènes, la communauté Sant'Egidio avait bien compris notre périple « historique ». Andrea Ricardi, le fondateur, venait vous saluer après la prière, au moment où son compagnon Marco Bartoli et quelques autres nous invitaient à partager leur repas. Cela commençait bien...

Frère Gwénolé et Nail Kesova sheik mevlevi en méditation devant le mausolée de Mevlâna à Konya, mai 2014 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Frère Gwénolé et Nail Kesova sheik mevlevi en méditation devant le mausolée de Mevlâna à Konya, mai 2014 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

De gauche à droite, Frère Gwénolé,  Nail Dede et Murat au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux devant un tableau symbolique de Paul VI recevant des leaders de l'époque - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

De gauche à droite, Frère Gwénolé, Nail Dede et Murat au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux devant un tableau symbolique de Paul VI recevant des leaders de l'époque - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

C.D.P.I.

 

Le jour suivant, mardi 14, nous avions rendez-vous au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux (C.D.P.I.). Tous les derviches étaient là dont certains avaient, pour l'occasion, retardé un enregistrement à la télévision. J'avais estimé que cela nous prendrait une heure, c'en fut deux car le Père Markus Solo, religieux-prêtre indonésien, chargé des relations avec les musulmans d'Asie, sut très vite mettre nos amis à l'aise et les échanges en anglais et turc ne posèrent de problèmes qu'à l'ignare et mal-entendant que je suis.

 

Le soir, devant ce même représentant du C.D.P.I. et devant des frères et sœurs de la famille franciscaine, avait lieu, à l'Antonianum, la célébration que nous faisons le 27 octobre de chaque année à Saint Louis des Français d'Istanbul. L'atmosphère fut prenante et on sentait que le but était atteint ; l'assemblée était conquise et certaines personnes découvraient un nouvel horizon et une nouvelle espérance. A la sortie, Père Markus demanda la permission de mettre de la musique sur une prière que j'ai composée il y a déjà une quinzaine d'années et placée dans notre célébration. Je songe à proposer à mon frère le Dede qui est aussi compositeur d'en faire autant. Musique indonésienne et musique derviche, j'ai hâte d'entendre cela.

27.10.2013 dans l'église Saint-Louis des Français à Istanbul

27.10.2013 dans l'église Saint-Louis des Français à Istanbul

Place Saint-Pierre

 

Le mercredi, à partir du C.D.P.I. où nous attendait le Père Markus, franciscains et derviches gagnent la Place Saint-Pierre en habits religieux. Les deux groupes ne passent pas tout à fait inaperçus tandis qu'ils rejoignent l'endroit réservé par le Conseil Pontifical. Même avec ma vue basse, je voyais bien notre bien-aimé François.

 

Surprise, on vint chercher le Dede et Murat qui parlent italien pour que le Pape les salue à la fin. Murat me raconta avoir eu le temps de glisser : « Nous sommes là comme pèlerins de paix » et François posa une main sur l'épaule de chacun d'eux. Le lendemain, la photo était sur l'Osservatore Romano et pendant deux jours, Murat montrera fièrement le chapelet offert par le Pape, notamment à la Maison générale de notre ordre où, dans la foulée, nous étions invités pour le repas.

Le Pape François posant ses mains sur les épaules du sheik mevlevi de Galata Nail Kesova et du semazen Murat, 15 avril 2015 place Saint-Pierre à Rome - photo publiée dans l'Osservatore Romano

Le Pape François posant ses mains sur les épaules du sheik mevlevi de Galata Nail Kesova et du semazen Murat, 15 avril 2015 place Saint-Pierre à Rome - photo publiée dans l'Osservatore Romano

Assise

 

Le jeudi 16, un minibus nous emporta vers Assise. Le chauffeur, stressé au possible tout au long du parcours avait-il aux tripes la peur ancestrale du Turc dans la péninsule ? Il finit par nous laisser tomber sur une place imprévue.

 

Aux Carceri, les derviches découvrirent les grottes où les premiers « frati » et leur Père se retiraient souvent dans les bois pour rejoindre leur Seigneur. Puis, ensemble, nos avons visité le monastère de Saint-Damien, là où François d'Assise reçut l'appel à « réparer » l'Eglise et où vécut Sainte-Claire qui reçut la visite de mercenaires musulmans de l'empereur chrétien. Notre groupe pacifique et fraternel ne fit peur à personne mais causa peut-être un certain étonnement.

 

Le tombeau de Saint-François

 

Le vendredi 17 avril, nous étions au cœur de notre démarche.

 

Dans la crypte du Sacro Convento, je rappelais : « En mai 2014, Nail dede et moi étions au mausolée de Mevlâna. Nous voici maintenant au mausolée de Saint-François, le moment le plus important de notre voyage fraternel. Nous allons méditer en silence pendant trente minutes comme nous avions fait à Konya, pour demander l'esprit de paix des meilleurs amis de Dieu. » Quand une demi-heure plus tard, on vint me dire que d'autres groupes attendaient, je me croyais encore au milieu du temps prévu. Quelle grâce !

Mevlevis et franciscains  en méditation silencieuse devant le tombeau de Saint François à Assise le 17 avril 2015, photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Mevlevis et franciscains  en méditation silencieuse devant le tombeau de Saint François à Assise le 17 avril 2015, photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Silvestro, un frère roumain responsable du dialogue interreligieux pour les Franciscains Conventuels entraîna tout le monde à travers l'immense couvent de 1230. A un moment, il remit à notre cher Nail dede une lampe à huile offerte à des croyants de toute religion venant ici en pèlerins de paix. Frère Silvestro (merci pour tout, frère !) conduisit ensuite les anciens de la bande sur la place de l'ancien temple de Minerve transformé en église. Un tableau me surprit qui illustre la mort de Saint-Joseph. Nous avons le même en plus grand dans l'église Santa Maria Draperis à Istanbul. Qui possède l'original ?

 

Tout a une fin

 

A 18 h, à deux pas et quelques murs (que j'aurais bien vu sauter) de la chapelle de la Portioncule et de l'endroit où Frère François accueillit en chantant « notre sœur la mort, nous commençons notre célébration commune. Comme à Rome, nous écoutons la lettre du Ministre Général des frères mineurs qui voulait être avec nous dans cette salle.

 

Je suis certain que les fenêtres du ciel sont bien ouvertes et que Fra Francesco et Rûmi sont penchés sur Assise. Un supplément de paradis pour eux surtout au moment de l'Alleluia quand on se donne le baiser de paix. Ils ont sûrement pris dans leurs mains le poids de notre communion pour la faire briller aux yeux de la cour céleste.

A Assise, célébration entre franciscains et mevlevis dans une salle à quelques mètres de l'endroit où est mort Saint François d'Assise, 17 avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

A Assise, célébration entre franciscains et mevlevis dans une salle à quelques mètres de l'endroit où est mort Saint François d'Assise, 17 avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Samedi 18 avril 2015 est le jour du retour. Le rêve a pris fin, notre fraternité toute simple fut constamment visible, notre prière constante, les derviches toujours prêts à me saisir doucement le bras pour éviter que je tombe. « C'est notre père » avait dit Ismail au C.D.P.I. Dans le chaos actuel sur la terre des hommes, aux yeux du Seigneur qui est tendresse, l'amour a triomphé de la haine.

 

Nous laissons nos frères musulmans a l'Antanianum où ils déposent leurs bagages avant de partir visiter le Colisée tandis que nous partons vers l'aéroport. Non sans cette dernière image : ils viennent tous de mettre autour du cou le Tau franciscain que je leur ai distribué sur l'autoroute qui nous ramenait d'Assise à Rome.

Avril 2015, franciscains de l'église Santa Maria de Draperis d'Istanbul et les derviches tourneurs de Galata dans le cloître du couvent bâti près de la basilique et de la crypte où se trouve le tombeau de Saint François - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Avril 2015, franciscains de l'église Santa Maria de Draperis d'Istanbul et les derviches tourneurs de Galata dans le cloître du couvent bâti près de la basilique et de la crypte où se trouve le tombeau de Saint François - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Ce même soir, notre Ministre Général à peine rentré de voyage m’envoyait le message suivant : « Mon cher Gwénolé, que le Seigneur te bénisse et qu'il bénisse aussi nos chers frères derviches.  Je me réjouis du fait qu'ils ont été bien reçus et qu'ils puissent se solidariser avec nous frères mineurs sans difficulté. Mes salutations spéciales aux derviches ! Fraternellement, Michael »

 

Deux jours après, Nail Dede  m’écrivait : “Cher Gwenolé, mon frère, merci infiniment pour ce voyage inoubliable et historique. Allah/Dio était avec nous. Mevlâna Celaleddin Rumi dit : "Dans tous les temples où je suis allé, je l’ai vu » ! Nous aussi nous l’avons ressenti. Nous remercions tous les frères et sœurs que nous avons découvert dans cet extraordinaire climat spirituel. Malgré son absence, nous avons senti la présence de votre Supérieur Général, nous le remercions pour avoir permis notre voyage fraternel. Meilleurs souhaits Nail Dede (Kesova) Al Sheikh ul Mevlevi”.

 

Que dire de plus sinon une supplication pour que cesse la haine et un alleluia jusqu'à l'heure de la grande rencontre où tomberont tous les murs de cette terre.

 

 

Frère Gwénolé, O.F.M.


 

Published by Nat - dans Soufisme
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