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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 04:20

Article publié sur www.lepetitjournal.com d'Istanbul - Edition du 25 novembre 2016

 

Tout commence le 27 novembre 1856 ! Ce jour-là, la mère supérieure Louise Weywada et 10 autres soeurs de Sion, arrivées en Turquie le 7 octobre de la même année, s'installent dans un pensionnat pour filles appelé « Maison du Saint-Esprit » afin de le diriger. Situé à côté de la cathédrale du même nom dans le quartier de Pangaltı, l'établissement est tenu depuis 16 ans par la congrégation des Filles de la Charité.

Une classe de Notre-Dame de Sion à Istanbul en 1872

Une classe de Notre-Dame de Sion à Istanbul en 1872

Comment les sœurs de Sion sont-elles venues à Istanbul ? Le père Théodore Ratisbonne né en 1802 à Strasbourg, second fils d'une famille juive, se convertit au catholicisme. Avec l'autorisation de l'évêque, il est baptisé le 14 avril 1827 par Louise Humann, sa mère spirituelle, et rentre dans les ordres.

 

En 1843, il fonde dans sa ville natale une institution religieuse dans laquelle est dispensée l'éducation de fillettes juives confiées par leurs familles respectives. La communauté, qui devient religieuse, s'appellera à partir de 1846 «Oeuvre de Notre-Dame de Sion », en référence à ce nom, souvent répété dans les psaumes et qui évoque le mont Sion à Jérusalem, un lieu qui bénéficie de la présence divine. En 1852, Alphonse Ratisbonne, également converti puis rentré dans les ordres, vient rejoindre son frère Théodore à Sion.

 

Le père Théodore s'intéresse à Constantinople et souhaite y ouvrir un collège. En effet, cette ville correspond tout à fait à l'esprit de la communauté d'aller aux quatre coins du monde et d'établir des liens avec les musulmans, les chrétiens non catholiques et bien entendu les juifs.

Théodore Ratisbonne, fondateur de la congrégation de Notre-Dame de Sion.

Théodore Ratisbonne, fondateur de la congrégation de Notre-Dame de Sion.

Revenons fin 1856 à Istanbul qui enchante les nouvelles venues. Une semaine après leur arrivée, Soeur Aimée, faisant partie du voyage, écrit « Nous ne pouvons détacher nos yeux de ce panorama magique ! »

 

Comme dans les autres lieux où les Soeurs de Sion sont présentes, une école gratuite pour les familles moins aisées et d'autres confessions est ouverte le 2 janvier 1859 à côté du pensionnat. 90 enfants y seront accueillis et bientôt on prévoit de l'agrandir pour faire face à la demande.

 

Sur la rive asiatique, en face de l'église catholique des Assomptionnistes à Kadıköy, les sœurs décident de fonder une autre école en 1862.

A gauche une classe en 1926 et à droite une autre durant l'année scolaire 1938-39A gauche une classe en 1926 et à droite une autre durant l'année scolaire 1938-39

A gauche une classe en 1926 et à droite une autre durant l'année scolaire 1938-39

Après avoir pris le nom de Notre-Dame de Sion, l'école d'Istanbul, qui, à ses débuts, accueille seulement une soixantaine de filles de familles catholiques, admet peu à peu des filles de notables d'autres communautés. Les noms des premières élèves musulmanes apparaissent dans les années 1880.

 

Une maison d'été est construite en 1889 à Feriköy, près du pensionnat, dans le jardin acheté trois ans plus tôt. Des ateliers de couture et de broderie ouvrent le 1er octobre 1889 au sein de l'école pour offrir à des jeunes filles pauvres du quartier la possibilité d'apprendre un métier.

 

La maison d'été de Notre-Dame de Sion à Feriköy en 1908

La maison d'été de Notre-Dame de Sion à Feriköy en 1908

NDS, qui figure parmi les plus anciennes écoles françaises en Turquie, est l'une des rares à ne pas avoir interrompu ses activités, hormis durant la Première Guerre Mondiale qui occasionne la fermeture du pensionnat et de l'école, puis le départ de certaines soeurs.

 

Durant une partie de cette période, les bâtiments sont occupés par une école d'ingénieurs, puis par un hôpital où des sœurs travaillent. Mère Constantina, alsacienne, qui a pu rester, est la responsable. Arrêtée en mai 1915 comme « allemande, espionne au service de la France », elle évite un long séjour en prison grâce à l'intervention énergique de Monsieur Morgenthau, Ambassadeur des Etats-Unis. Elle revient en 1919 avec ses collègues pour rouvrir l'école, puis l'internat.

Dortoir de l'internat de Notre-Dame de Sion à Istanbul

Dortoir de l'internat de Notre-Dame de Sion à Istanbul

En 1932, la communauté achète à un prix symbolique à la princesse égyptienne Kadriye, apparentée à la famille des souverains ottomans, « Hüber Köşkü », magnifique propriété située à à Tarabya. La proposition est acceptée après une longue période de location des lieux permettant d'évaluer son intérêt.

 

Une loi du 3 décembre 1934 interdit le port du vêtement religieux, certaines sœurs préfèrent quitter le pays. L'établissement de Kadıköy ferme ses portes l'année d'après suite à des difficultés financières et ayant trop peu d'étudiants.

 

La maison de Feriköy devient inhabitable ; une autre grande demeure, "Ayşe Sultan Köşkü" à Bebek, est louée à la place de 1926 à 1928. En été, la belle demeure de Tarabya accueille soeurs et enfants ainsi que des familles amies n'ayant pas les moyens de quitter la ville en été. En raison de coûts d'entretien trop élevés, cette demeure est vendue le 1er juin 1973 à une société d'Ordu.

 

Hüber Köşkü à Tarabya/Istanbul, ancienne propriété de Notre-Dame de Sion

Hüber Köşkü à Tarabya/Istanbul, ancienne propriété de Notre-Dame de Sion

L'enseignement à NDS et ses élèves

 

Outre le français, la littérature, la géographie, l'histoire et le latin, les élèves reçoivent aussi une éducation où se conjuguent la conception libérale de l'époque des Lumières associée à la rigueur des familles bourgeoises.

 

En 1915, la nouvelle réglementation concernant les écoles privées impose que certains cours – le turc, la géographie et l'histoire du pays – soient donnés par des professeurs turcs. Mais en raison de la guerre, cette législation n'entre pas en vigueur. C'est seulement après l'instauration de la République que ces règles seront applicables.

 

Notre-Dame de Sion reçoit dans ses murs les enfants de grandes familles de l'époque ottomane, comme par exemple Alléon, Parma, Della Suda, ainsi que de riches aristocrates russes chassées lors de la Révolution de 1917.

A gauche la salle de gymnastique et à droite la salle de dessin de Notre-Dame de Sion à IstanbulA gauche la salle de gymnastique et à droite la salle de dessin de Notre-Dame de Sion à Istanbul

A gauche la salle de gymnastique et à droite la salle de dessin de Notre-Dame de Sion à Istanbul

Après la création de la République turque en 1923, les établissements scolaires privés sont rattachés au Ministère de l'Education Nationale turc l'année suivante.

 

Des noms célèbres de la jeune République vont aussi fréquenter cette école dont, à partir de début janvier 1927, Rukiye, une des quatre filles adoptives d'Atatürk et qui sera ensuite rejointe par Nebile et Afet, deux de ses autres filles adoptives. Dans les registres d'élèves de l'établissement figurent à côté de la signature de l'illustre fondateur de la République les mentions suivantes : nom Gazi Mustafa Kemal Paşa, adresse : Ankara, Çankaya, Profession : Reis-i Cumhur Hazretleri (Président de La République).

Le registre des élèves de Sion comportant comme parent Mustafa Kemal AtatürkLe registre des élèves de Sion comportant comme parent Mustafa Kemal Atatürk

Le registre des élèves de Sion comportant comme parent Mustafa Kemal Atatürk

De nombreuses illustres femmes contemporaines turques, protagonistes du processus d'occidentalisation du pays, sont diplômées de NDS. Parmi elles, on peut citer Neveser Kökdeş, première-femme compositeur de l'ère de la République, Adile Ayda, première femme sénateur et ambassadrice, les pianistes-jumelles Güher-Süher Pekinel, d'innombrables médecins, chercheurs, juristes, femmes d'affaires, journalistes, écrivains, ingénieurs, architectes,...

 

Des centaines de religieuses de Sion enseignent à Istanbul, notamment Mère Elvira, la légendaire supérieure d'avant et après la Première Guerre Mondiale et Soeur Emmanuelle qui y passe 27 années. Cette dernière prononce ses vœux de religieuse dans la congrégation en mai 1931, enseigne la littérature de 1931 à 1954 à Istanbul, puis de 1959 à 1963 après un passage en Tunisie. En 1971, elle décide de s'installer dans les bidonvilles du Caire. Celle qu'on surnomme la « petite sœur des chiffonniers du Caire » devient une des plus dignes représentantes des plus pauvres jusqu'à sa mort le 20 octobre 2008.

Soeur Emmanuelle, portrait réalisé au fusain par Soeur Marie-François Lin de la congrégation de Sion

Soeur Emmanuelle, portrait réalisé au fusain par Soeur Marie-François Lin de la congrégation de Sion

En 1937, suite aux nouvelles directives gouvernementales concernant les écoles étrangères en Turquie, arrive la première directrice adjointe turque de NDS à côté de la directrice française.

 

En raison de la réduction des effectifs religieux, l'atelier de couture et de broderie situé dans la rue derrière l'école ferme ses portes en 1944.

La cour d'honneur de Notre-Dame de Sion, par le passé et aujourd'hui
La cour d'honneur de Notre-Dame de Sion, par le passé et aujourd'hui

La cour d'honneur de Notre-Dame de Sion, par le passé et aujourd'hui

Dans les années 50, le nombre d'élèves chrétiennes, juives et musulmanes est proportionnellement répartie, témoin du respect d'équilibre entre les différentes confessions prôné par les fondateurs de l'école. Les valeurs humaines universelles telles que respect de l'autre, tolérance, ouverture d'esprit, font partie intégrante de l'enseignement dispensé à NDS et continuent d'être inculquées.

 

En 1964, l'école primaire gratuite ferme suivie en 1971 par les classes primaires du collège. 1972 sonne le glas de l'internat, restent alors 650 élèves dans le collège-lycée.

La façade sur rue de Notre-Dame de Sion à Istanbul par le passé et aujourd'hui
La façade sur rue de Notre-Dame de Sion à Istanbul par le passé et aujourd'hui

La façade sur rue de Notre-Dame de Sion à Istanbul par le passé et aujourd'hui

La chapelle construite par Mère Elvira est transformée en salle de sport, sa vocation initiale n'ayant plus de raison d'être au vu du nombre de religieuses et d'élèves catholiques encore sur place. Le sport prend en effet de l'ampleur et les sportives de NDS, notamment les volleyeuses, vont monter sur la plus haute marche du podium en championnat de Turquie.

 

Lorsqu'en 1989, la directrice prend sa retraite, la Congrégation n'a personne à proposer pour la remplacer et décide de faire appel à un laïc. Richard Tampigny prend alors ses fonctions à la rentrée de la même année et dirige l'établissement jusqu'à sa retraite en 2004.

 

L'école devient mixte à partir de l'année scolaire 1996-97. Suite à la réforme de 1997 sur la durée de l'enseignement primaire obligatoire dans une école turque passant de 5 à 8 ans, les classes de collège vont progressivement être fermées. En 2001, l'école primaire « Neslin Değişen Sesi » (aux initiales de Sion), issue de la Fondation éducative du lycée née la même année, ouvre ses portes.

La cour Sainte-Agnès de Notre-Dame de Sion Istanbul jadis et aujourd'hui
La cour Sainte-Agnès de Notre-Dame de Sion Istanbul jadis et aujourd'hui

La cour Sainte-Agnès de Notre-Dame de Sion Istanbul jadis et aujourd'hui

En 2004, la direction est confiée à Yann de Lansalut qui entreprend d'importants travaux : déménagement, transformation et agrandissement de la médiathèque, aménagement d'une galerie destinée aux expositions dans l'ancienne bibliothèque au rez-de-chaussée. La chapelle transformée en salle de sports devient une magnifique salle de spectacles le 26 novembre 2006 où sont organisés depuis concerts, représentations théâtrales et autres manifestations.

 

2008 voit la naissance d'Orchestra'Sion, orchestre du lycée composé de musiciens professionnels, l'un des seuls exemples dans le pays. Le Prix Littéraire Notre-Dame de Sion est créé la même année avec pour objectif de renforcer les liens littéraires entre la France et la Turquie en attribuant une année le Prix à un écrivain turc et l'année suivante à un auteur francophone traduit et publié en Turquie. A l'image du Prix Goncourt des lycéens en France est lancé en 2013 le Prix Littéraire NDS des lycéens, seul de ce genre dans le pays.

 

En novembre 2013 est organisé le Premier Concours International de Piano Orchestra'Sion dont la programmation est prévue tous les deux ans à la même époque.

 

Un complexe sportif flambant neuf comportant une salle de sport, une de danse, une de fitness, un mur d'escalade et une piscine sortie de terre complètent l'ensemble en février 2014.

L'escalier d'honneur de Notre-Dame de Sion à Istanbul hier et aujourd'hui
L'escalier d'honneur de Notre-Dame de Sion à Istanbul hier et aujourd'hui

L'escalier d'honneur de Notre-Dame de Sion à Istanbul hier et aujourd'hui

Aujourd'hui, NDS compte 85 enseignants, 677 élèves - 221 garcons et 456 filles - et 5455 diplômés depuis 1930 (les élèves promus avant ne figurent pas dans la base de données informatique) contre 48 enseignants, 512 élèves et 4000 anciens diplômés enregistrés il y a 10 ans.

 

Autour de Soeur Monique représentant la Congrégation, Yann de Lansalut, proviseur et Suzan Sevgi, directrice-adjointe turque, professeurs et lycéens continuent de faire rayonner ce prestigieux établissement qui fête ses 160 ans d'existence !

De gauche à droite Suzan Sevgi, directrice-adjointe turque, Yann de Lansalut, proviseur de NDS et Soeur Monique représentant la Congrégation

De gauche à droite Suzan Sevgi, directrice-adjointe turque, Yann de Lansalut, proviseur de NDS et Soeur Monique représentant la Congrégation

L'Association des Anciens de NDS (NDS'liler Derneği), créée en 1987 et présidée actuellement par Lale Murtezaoğlu, effectue un travail remarquable pour entretenir les relations des anciens et nouveaux diplômés à travers de nombreuses activités culturelles et amicales.

 

Sources :

- livre "140 Ans Notre Dame de Sion" de Türköz Erdoğuş

- livre "Yüz Elli Yılın Tanığı Notre Dame de Sion" de Saadet Özen (YKY),

- archives NDS

- archives personnelles Sr Monique

- Lale Murtezaoğlu.

15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 04:49

ou l'histoire romancée de Michel-Ange, invité à Constantinople par le sultan Beyazit II pour concevoir un pont enjambant la Corne d'Or...

 

Venu de Rome où il laisse en chantier la réalisation d'un tombeau commandé de son vivant par le pape guerrier et mauvais payeur Jules II, l'artiste arrive dans le port de Constantinople le 13 mai 1506. Il y restera un mois et demi durant lequel il s'aventure finalement peu en ville et où il fait néanmoins des rencontres perturbantes.

 

Durant son séjour, il craint les représailles du Saint-Siège, voire l'excommunication pour avoir accepté l'invitation de celui qui règne sur l'empire ottoman de 1481 à 1512. Avant Michel-Ange, Léonard de Vinci a été mandaté pour la même mission mais les plans présentés n'ont pas convaincu le sultan qui les a refusés.

 

 

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, magnifique roman de Mathias Enard

La base de l'histoire de Mathieu Enard est bien réelle. Ascanio Condivi, le biographe et ami de Michel-Ange, tout comme Giorgio Vasari, peintre architecte et écrivain toscan, évoquent l'invitation de Beyazit II. Les lettres de l'artiste à son frère et à l'ingénieur florentin Giuliano de Sangallo, mentionnées dans le livre, existent bien.

 

Dans la bibliothèque apostolique du Vatican se trouvent les plans de Sainte-Sophie adressés à Michel-Ange par Sangallo. Cet édifice l'a profondement marqué, notamment sa coupole tout comme celle de la mosquée de Beyazit ; il s'en s'inspirera d'ailleurs pour réaliser le dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Coupole de Sainte-Sophie à Istanbul

Coupole de Sainte-Sophie à Istanbul

Les vies de Beyazit II, de son vizir Ali Pacha et de son page génois Menavino (Falachi dans le roman) sont largement relatées dans de nombreux documents et écrits.

 

Dans les archives ottomanes a été récemment découverte l'esquisse du projet de pont sur la Corne d'Or effectuée par Michel-Ange ainsi que l'inventaire des biens personnels qu'il a laissés dans sa chambre d'Istanbul en repartant en secret pour l'Italie une nuit de fin juillet ou début août 1506.

L'esquisse du pont sur la Corne d'Or dessiné en 1503 par Michel-Ange

L'esquisse du pont sur la Corne d'Or dessiné en 1503 par Michel-Ange

Le tremblement de terre qui a frappé Istanbul en 1509 provoque d'importants dégâts. Des milliers de morts sont à déplorer, 109 mosquées dont celle de Beyazit ainsi que l'hospice attenant destiné aux pauvres et une importante partie du complexe de ladite mosquée sont détruits, de même que 1070 maisons.

 

L'enduit recouvrant les mosaïques byzantines - restées intactes - de Sainte-Sophie tombe et révèle les portraits des évangélistes.

Mosaïques de Sainte-Sophie, Istanbul

Mosaïques de Sainte-Sophie, Istanbul

Les piles, la butée et les premières arches du pont de Michel-Ange, affectées par les secousses, s'effondrent et sont emportés par les eaux vers le Bosphore pour disparaître à tout jamais.

 

Quant au reste du roman, il s'agit d'une histoire qui évoque la ville-monde dans laquelle l'italien va évoluer quelques semaines, la rencontre d'un homme de la Renaissance avec les beautés de l'univers ottoman. L'écrivain dresse également le portrait d'un artiste au travail, en quête d'idées de création.

 

Ce livre publié en 2010 reçoit le Premier Goncourt des Lycéens en novembre de la même année et en 2012 le Prix Littéraire NDS Istanbul pour sa traduction et sa publication en turc.

Mathias Enard au Palais de France d'Istanbul en 2012, photo site NDS

Mathias Enard au Palais de France d'Istanbul en 2012, photo site NDS

L'écrivain qui a effectué de longs séjours au Moyen-Orient, a rendu là un bel hommage aux échanges entre la Sublime Porte et l'Occident, tout comme l'artiste qu'il évoque et dont le voyage à Istanbul va rester imprégné et l'influencer, tant en peinture qu'en architecture.

2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 04:54

Article publié sur www.lepetitjournal.com d'Istanbul - Edition du 2 novembre 2016

 

Le 26 octobre dernier, le lycée Notre-Dame de Sion d'Istanbul a accueilli Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens pour son roman « L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » (en turc « Bir Ikea dolabında mahsur kalan hint fakiri'nin olağanüstü yolculuğu »).

 

NDS, qui va célébrer ce mois-ci son 160ème anniversaire, a lancé en 2008 avec son Association des Anciens le Prix Littéraire Notre-Dame de Sion, attribué une année à l’œuvre d’un auteur turc écrite en langue turque puis, l’année suivante, à l’œuvre d’un auteur francophone, écrite en français et traduite en turc. Le jury est composé d’écrivains, de journalistes et d'académiciens, tous diplômés du lycée.

 

A l’image du prix Goncourt des Lycéens et fort de son expérience, l'établissement décide, en 2013, d’organiser un Prix Littéraire NDS des Lycéens. Chaque année à la rentrée, un jury d'élèves est formé sur la base du volontariat. Tout au long de l'année, il lit et évalue les livres présentés et choisit en juin le bénéficiaire du Prix.

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens à Istanbul

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens à Istanbul

Après avoir reçu son Prix des mains de deux membres du jury, de même qu'Ebru Erbaş, ancienne diplômée de l'établissement, également primée pour la traduction de l'ouvrage en turc, Romain Puértolas prend le micro et donne immédiatement le ton.

 

Enjoué, plaisantin et charmeur à la fois, l'écrivain doté de beaucoup d'humour et d'humanisme qu'il mélange avec bonheur, est immédiatement en communion avec le public qui écoute avec intérêt ses paroles dans un silence quasi religieux, par moments troublé d'éclats de rires.

 

D'entrée, Il explique qu'il ne pensait pas se retrouver un jour à Istanbul et recevoir un prix pour son roman – son 8ème, les 7 précédents rédigés en espagnol n'ayant intéressé aucune maison d'édition en Espagne où il vivait alors – écrit sur son téléphone portable. Il se dit être « un écrivain de maintenant » qui rédige dans le train, dans le métro, dans le RER,… la plupart du temps sur son mobile mais aussi sur tous les papiers qui traînent autour de lui, qu'il s'agisse de post-it, d' emballages de chewing-gum, de cartes de restaurant,...

 

 

Romain Puértolas, un écrivain qui écrit sur son téléphone portable

Romain Puértolas, un écrivain qui écrit sur son téléphone portable

Il poursuit : " J'ai essayé de ne pas me formater. Je lis très peu d'ouvrages français ; je ne me retrouve pas dedans, c'est très sérieux. Moi, j'aime bien les choses qui sont plus rigolotes. Il y a quand même un message, mais dit d'une manière un peu plus légère. Dans le paysage de la littérature française, on aime bien écrire des choses plus complexes, montrer que nous sommes les descendants de Balzac ; moi, je serais plutôt du côté héritier de Jules Verne, c'est-à-dire un monde complètement fantaisiste qui s'inscrit quand même dans le monde réel, mais avec une touche d'exotisme, d'aventure, de voyage.

 

Ce sont des thèmes qu'on retrouve beaucoup dans mes livres et il y a toujours un avion, peut-être parce que j'ai toujours aimé les avions. D''ailleurs, j'ai travaillé dans le contrôle aérien en Espagne. J'ai aussi appris à piloter en Angleterre, c'est quelque chose qui me tenait vraiment à coeur, parce que quand il fait mauvais, quand il pleut, quand il y a des nuages, au-dessus, il fait toujours soleil. J'ai toujours aimé le soleil et quand vous êtes en avion et que vous le pilotez, vous êtes au-dessus des nuages, là où il fait toujours beau."

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens et Ebru Erbaş, traductrice du roman en turc

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens et Ebru Erbaş, traductrice du roman en turc

L'auteur a commencé à écrire à l'âge de 7-8 ans et a créé à ses débuts des livres d'une page : « J'en ai de quelques pages mais j'étais fan des livres d'une page, car j'étais tellement perfectionniste que quand j'arrivais à la fin de la 1ère, je refaisais tout à plusieurs reprises et je réécrivais chaque fois avec des styles complètement différents. »

 

Très inspiré par la lecture, lorsqu'il lisait par exemple du Giono ou Agatha Christie, ses écrits ressemblaient à ceux des écrivains lus. «Tout comme lorsqu'on commence à peindre, on s'inspire de grands peintres pour faire des reproductions, c'est pareil pour les autres arts, dont l'écriture puis avec votre connaissance, votre expérience, vous vous forgez un style propre. C'est ce que j'ai fait en mélangeant plein de styles.» dit-il.

 

Romain Puértolas, un écrivain résolument optimiste

Romain Puértolas, un écrivain résolument optimiste

Après avoir eu le concours de police et être revenu vivre en France où il est né, Romain Puértolas a continué à écrire en français cette fois-ci et a proposé « L'extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » à des maisons d'édition françaises que l'une accepte de publier.

 

Après avoir été DJ, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien et policier à la police des frontières, c'est le thème des migrants abordé dans son roman primé et décrit comme un véritable phénomène d'édition, publié depuis dans 36 pays, qui va changer sa vie.

 

«  L'écriture était ma passion, m'a tout le temps accompagné et du jour au lendemain, j'ai pu me consacrer uniquement à l'écriture, raconter des histoires aux gens ; c'est merveilleux de pouvoir transformer une passion en travail, de pouvoir amener les gens dans votre monde à vous. »  ajoute-t-il avec son enthousiasme naturel.

 

«C'est ce que j'essaie toujours de transmettre dans mes livres ; il y a beaucoup de positivisme, beaucoup d'aventures, quelque chose que vous ne pouvez pas vivre dans votre quotidien. Pour moi, quand on va au cinéma ou quand on ouvre un livre, c'est pour s'évader. Quand j'écris un livre, c'est pour m'évader aussi, pour ne pas être où je suis à ce moment-là.

 

Le livre primé en 2016 par les lycéens de NDS à Istanbul et écrit par Romain Puértolas

Le livre primé en 2016 par les lycéens de NDS à Istanbul et écrit par Romain Puértolas

Par exemple quand j'écrivais le fakir, j'étais dans le RER parisien à 7 h30 pour aller au travail. J'ai été obligé d'écrire mon livre sur mon téléphone debout, écrasé par plein de gens qui vont au boulot, qui ne sont pas forcément très contents de s'y rendre, et justement quand j'écrivais là, j'étais ailleurs, dans mon aventure, ce fakir enfermé dans une armoire Ikea, qui va voyager en Angleterre et va rencontrer d'autres personnes du monde qui viennent en Europe, des immigrés.

 

Je voulais changer un peu cette façon de penser des gens qui ne veulent pas d'étrangers chez eux, alors que c'est justement une richesse de se mélanger. Et nous sommes tous un immigré quelque part.

 

Il n'y a que les gens qui ne sortent pas de chez eux qui ne sont pas des migrants mais quand vous voyagez, vous avez cette ouverture, vous rencontrez des gens merveilleux, vous découvrez d'autres cultures, d'autres langues, c'est ce que véhicule aussi pour moi la littérature, un condensé de ces voyages-là.  »

 

Romain Puértolas au lycée Notre Dame de Sion d'Istanbul, 26 octobre 2016

Romain Puértolas au lycée Notre Dame de Sion d'Istanbul, 26 octobre 2016

Romain Puértolas explique aussi avoir pris ce fakir parce qu'à l'époque, il publiait sur un compte Youtube très suivi des films expliquant les tours des magiciens dont il a compris les trucs très jeune.

 

«  Je suis quelqu'un de très logique et très observateur et je ne regarde jamais là où on veut que je regarde. Je voyais justement tout et au fil des années, j'ai compris que généralement les gens se font bluffer par les magiciens. Je voulais leur démontrer que c'est très facile de trouver tous les trucs avec un peu de logique et j'essayais surtout de lutter contre les charlatans qui exploitent un peu notre crédibilité en faisant payer des gens et en leur faisant croire des choses.

 

Romain Puértolas, un écrivain au passé atypique

Romain Puértolas, un écrivain au passé atypique

Dans ce programme, j'avais justement des parties sur les fakirs, qui sont des magiciens et c'est ce personnage-là que j'ai choisi pour mon livre car j'aime bien les personnages atypiques.

 

J'en prends toujours des très colorés qu'on ne rencontre pas au quotidien et qui vivent des situations un peu rocambolesques, un peu fantaisistes. Je joue énormément avec les stéréotypes parce que j'aime beaucoup ça, c'est amusant d'utiliser les clichés. »

Romain Puértolas à NDS Istanbul, 26 octobre 2016

Romain Puértolas à NDS Istanbul, 26 octobre 2016

Romain Puértolas, qui n'est guère avare d'explications, poursuit : « Dans mon livre, c'est fait exprès, mes personnages sont très stéréotypés, très clichés. C'est justement une manière de combattre le cliché, de montrer que les gens sont des personnes, des individus et non pas des nationalités, des ethnies.

 

Ils représentent d'abord eux-mêmes, leurs propres personnes et avec ce livre, c'est ce que j'ai essayé de faire en parlant de l'immigration illégale parce que je travaillais à l'époque dans la police, dans un service qui démantelait les réseaux de passeurs faisant traverser la frontière à des personnes qui croient en un grand futur, en un pays merveilleux qui va les aider.

Romain Puértolas, un ancien policier - entre autres - devenu écrivain

Romain Puértolas, un ancien policier - entre autres - devenu écrivain

J''avais toute la journée des clandestins en face de moi. Je ne voulais plus être le policier, je voulais être juste l'être humain qui n'est pas né ici mais ailleurs, me mettre à leur place et voir que ce sont des gens comme les autres. Dans la police, on travaille sur ce qui va à l'encontre de la morale comme le vol, le terrorisme,... Moi, par contre, j'étais à la police des frontières et ce n'est pas amoral de passer dans un autre pays sans avoir un petit bout de papier qu'on appelle un visa ou un passeport.

 

Les gens qui traversent clandestinement, c'est généralement pour aller travailler, pour essayer de vivre une autre vie. C'est ce message que je voulais faire passer dans le fakir, mais d'une manière, telle que j'aborde la vie, positive, fantaisiste et colorée, très humoristique. Je pense que les messages sérieux passent toujours mieux quand ils sont dits d'une manière rigolote parce que cela fait un contraste auquel les gens ne sont pas forcément habitués, qu'on vous dise une vérité ou une chose grave avec le sourire ou sur le ton de la comédie. » conclut-il.

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens à Istanbul

Il y a 3 mois est sortie en Turquie la version turque de « La petite fille qui a avalé un nuage plus grand que la Tour Eiffel », roman également traduit par Ebru Erbaş, et qui aborde le thème de la maladie, un ouvrage plus poétique que celui du fakir, comprenant plus d'émotions.

 

Ce livre figure déjà en bonne place dans les gondoles, que ce soit en librairie… et même dans les distributeurs de livres installés dans la gare routière d'Istanbul...

Le dernier livre en version turque de Romain Puértolas au milieu du premier rang dans ce distributeur de la gare routière d'Esenler, Istanbul

Le dernier livre en version turque de Romain Puértolas au milieu du premier rang dans ce distributeur de la gare routière d'Esenler, Istanbul

Un autre livre est sorti depuis en France et la publication du prochain est prévue l'année prochaine.

 

Une belle et riche rencontre que celle de jeudi dernier avec Romain Puértolas pour tous ceux et celles, jeunes et moins jeunes, qui ont pu écouter et échanger avec ce jeune homme au parcours atypique et qui a plus d'un tour dans son sac, normal pour un ancien magicien !

24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 04:46

2 août 2016 fin de matinée, dans la région de Çorum en Anatolie Centrale sur la D190 entre Sungurlu et Alaca. A défaut de pouvoir trouver un transport en commun, me voilà en train de faire du stop pour rejoindre le village de Boğazkale où se trouve l'extraordinaire site de Hattuşa, ancienne capitale hittite, qu'il me tarde enfin de découvrir.

 

La première voiture qui passe s'arrête et oh surprise, une plaque française, kısmet (la chance) ! Au volant, Yunus Demiralan habitant à Montélimar et né à Boğazkale en 1978, revenu au memleket (lieu d'origine) pour les vacances. A côté du chauffeur, sa maman et à l'arrière la grande soeur à côté de qui je prends place. C'est tout naturellement que je les accompagne jusqu'à l'hôtel familial (encore kısmet) où je vais poser mon sac à dos pour deux nuits.

 

Yunus Demiralan, né à Boğazkale en Turquie et vivant à Montélimar en France

Yunus Demiralan, né à Boğazkale en Turquie et vivant à Montélimar en France

Yunus n'a pas fait de longues études, il a arrêté l'école après ses années de lycée dans son village natal. En 1997, il a l'occasion de travailler durant la saison de fouilles du site, pendant 3 mois, sur la partie de Büyükkaya.

 

En 2000, il arrive avec son frère Bayram à Aubenas en Ardèche. Tous deux viennent en effet rejoindre leurs épouses respectives, Fatma et Zekiye, vivant déjà en France depuis 1992. Le père de ces dernières est venu travailler dans l'hexagone au début des années 1970 sur le chantier d'un barrage dans la région et ne revenant pas en Turquie, il a bénéficié d'un regroupement familial.

 

Ni Yunus, ni Bayram ne connaissent la langue de Molière à leur arrivée mais se débrouillent en anglais. Yunus suit deux mois de cours de français dans une école de langue et après avoir passé quatre semaines à découvrir son nouvel environnement, commence à travailler avec le frère de Fatma dans la maçonnerie générale.

Yunus Demiralan

Yunus Demiralan

Dix mois après son arrivée à Aubenas, la famille déménage pour Montélimar où les possibilités de travail sont plus importantes et où la communauté turque de la ville leur apporte son aide.

 

Durant 1 an et demi, il est employé dans une entreprise française de peinture où il retrouve quelques compatriotes, puis dans une entreprise turque pendant 2 ans. Il décide de construire sa propre maison à Montélimar et devient maçon dans une autre société turque, également durant 2 ans.

 

Ensuite, il travaille à son compte avec un ami pendant une année avant de créer avec son frère en 2006-2007 leur propre entreprise de maçonnerie. Bayram devient patron, Yunus ouvrier et à ce jour, la société emploie 14 salariés. En 2012, Yunus obtient la nationalité française par mariage.

Le fait d’avoir rencontré à Boğazkale pendant 14 ans des touristes venus des 4 coins du monde a sûrement facilité l’intégration de Yunus en France où il n'a pas connu de problème de racisme ou de discrimination.

L'hôtel Başkent Demiralan à Boğazkale, une entreprise familiale

L'hôtel Başkent Demiralan à Boğazkale, une entreprise familiale

Aujourd’hui, 2 fois/semaine, lui et son frère font du football en amateurs (Yunus comme attaquant) avec des copains tous français d'origine. Le reste du temps, il se livre en famille à des activités au bord de la mer à la belle saison et au ski en hiver.

 

A Montélimar, sur une population d'environ 32 000 habitants, environ 800 sont turcs dont 350 ont la double nationalité. La communauté dispose en ville de leurs propres infrastructures : une association, depuis 1984 une mosquée, un magasin d’alimentation ouvert en 1994, un café turc, un professeur de turc et un imam.

 

Plusieurs manifestations sont organisées tous les ans par l'association, notamment le 23 avril à l'occasion de la fête de la Souveraineté Nationale et des Enfants, des repas de ruptures du jeûne durant le mois du Ramadan, lors des fêtes religieuses, les différents “kandil”,... En outre, deux kermesses annuelles auxquelles assistent les personnalités politiques de la ville ainsi que les voisins font partie du calendrier annuel et permettent de déguster des plats traditionnels turcs, d'acheter livres et vêtements, de faire connaissance avec des artistes venus de Turquie et de passer un bon moment ensemble.

Fête de la Souveraineté Nationale et des enfants du 23 avril organisée à Montélimar par l'Association franco-turque

Fête de la Souveraineté Nationale et des enfants du 23 avril organisée à Montélimar par l'Association franco-turque

Yunus se sent bien en France et se dit heureux d’y vivre avec sa famille et ses 3 enfants, Ekin et Orhan, faux-jumeaux âgés de 14 ans et Acelya, sa fille de 11 ans, nés tous trois à Montélimar.

 

Peut-être qu’à la retraite, comme beaucoup d’aînés turcs, il passera plus de mois en Turquie tout en restant une partie de l’année en France.

Yunus Demiralan, son épouse Fatma et ses enfants, Ekin, Orhan et Acelya, une bien sympathique famille franco-turque

Yunus Demiralan, son épouse Fatma et ses enfants, Ekin, Orhan et Acelya, une bien sympathique famille franco-turque

Il se considère comme moitié turc et moitié français et a des échanges sympathiques avec les voisins, tels des repas où les invitations se font dans les deux sens. Pour lui, la transmission aux enfants de la culture turque et des valeurs est importante à ses yeux, afin que ceux-ci sachent d’où ils viennent.

 

Deux fois par an, Yunus revient à Boğazkale où vit toujours une partie de sa famille et il y reste deux semaines en hiver et 6 semaines en été.

Vue sur Hattuşa et sur le village de Boğazkale depuis l'hôtel Demiralan

Vue sur Hattuşa et sur le village de Boğazkale depuis l'hôtel Demiralan

Sur le site de Hattuşa, l''hôtel Demiralan de Boğazkale se voit de loin, ici à l'arrière-plan

Sur le site de Hattuşa, l''hôtel Demiralan de Boğazkale se voit de loin, ici à l'arrière-plan

Depuis, un bel hôtel avec piscine a remplacé la pension, le camping existe toujours (emplacement pour les tentes et 80 places pour caravanes avec toute l’infrastructure nécessaire telle que douches, électricité, …) et ses deux fils sont associés dans l’affaire.

Son père, né là, est retraité du musée du village et a ouvert en 1986 une pension avec 6 chambres, un restaurant de 200 places ainsi qu'un camping situés à la sortie du village en direction de Yazılıkaya.

 

 

Trois générations Demiralan réunies à Boğazkale, de gauche à droite Yunus, son père et Ekin, un de ses fils

Trois générations Demiralan réunies à Boğazkale, de gauche à droite Yunus, son père et Ekin, un de ses fils

Piscine de l'hôtel Başkent Demiralan à Boğazkale

Piscine de l'hôtel Başkent Demiralan à Boğazkale

Durant des années, cet endroit a accueilli de nombreux groupes étrangers venus de France, de Hollande, d’Allemagne, du Canada, du Japon (entre 20 et 25 000 japonais sont venus à Hattuşa l'an passé, recevant une contribution de leur pays lorsqu'ils se rendaient en vacances en Turquie...) et d'ailleurs.

 

Cette année, compte-tenu de la situation dans le pays, les touristes étrangers sont rares ; heureusement, quelques familles turques viennent visiter la région.

A l'hôtel Başkent Demiralan de Boğazkale

A l'hôtel Başkent Demiralan de Boğazkale

C'est donc à l'hôtel Demiralan que j'ai fait connaissance avec la sympathique famille de Yunus, de même que celle de Bayram, également venue pour les traditionnelles retrouvailles estivales.

Bayram Demiralan & co, Boğazkale
Bayram Demiralan & co, Boğazkale

Bayram Demiralan & co, Boğazkale

Un beau souvenir et une belle rencontre avec cette famille que j'espère bien revoir, Hattuşa ayant été un de mes coups de coeur de l'été 2016.

10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 04:25

Article publié sur www.lepetitjournal.com d'Istanbul - Edition du 10 octobre 2016

 

Siméon II de Bulgarie, devenu roi à l'âge de 6 ans en 1943 à la mort de son père, a passé quelques jours à Istanbul pour la publication de ses mémoires en version turque, l'occasion de rencontrer cet homme au destin très particulier.

 

Le roi Siméon II de Bulgarie à Istanbul

Le roi Siméon II de Bulgarie à Istanbul

N.R. : Majesté, vous avez quitté Sofia pour Istanbul où vous êtes arrivé avec votre mère, votre soeur et une de vos tantes en gare de Sirkeci le 17 septembre 1946 avant de poursuivre votre route le soir même pour Alexandrie où vous vivez jusqu'en 1951 avant de vous installer en Espagne. Depuis votre retour en Bulgarie le 25 mai 1996 après 50 ans d'exil, êtes-vous déjà revenu en Turquie et que représente Istanbul pour vous ?

 

Siméon II de Bulgarie : Oh non, je suis venu très souvent, la première fois vers 1967-68, mais après mon retour en Bulgarie, à de nombreuses reprises. Istanbul a toujours été une capitale, nous l'appelons d'ailleurs en bulgare la ville des rois – tsarigrad, cela veut tout dire ! Son passé durant les différents empires, romain, byzantin, ottoman lui a conféré un rôle de capitale et culturellement y venir a toujours été un pélerinage pour moi. Outre le fait d'y avoir des amis, d'avoir beaucoup lu sur l'histoire qui fatalement se passe souvent à Istanbul, il y a vraiment un lien très très fort ici.

 

Ma mère, lorsqu'elle était en exil, venait assez souvent ici parce qu'elle avait des amis de la famille impériale et quelques amis turcs d'Egypte. Elle disait toujours : “Tu vois, ici c'est le second place ! Je ne peux pas aller en Bulgarie, mais ici cela me rappelle tellement le pays, ses coutumes,...” Elle venait ici avec une sorte de nostalgie, ce qui vous montre comme ces deux voisins ont des analogies. Par temps clair, elle se rendait au bord de la Mer Noire pour regarder la Bulgarie... C'est drôle comme ces choses restent...

Siméon II de Bulgarie à Istanbul, 6 octobre 2016

Siméon II de Bulgarie à Istanbul, 6 octobre 2016

N.R. : Vos mémoires, écrites en collaboration avec Sébastien de Courtois, ont été publiées en français fin 2014 chez Flammarion et viennent de paraître en turc aux éditions Yapı Kredi. Quelles sont les autres versions existantes ou à venir et quelle importance accordez-vous à ces éditions française et turque ?


 

Siméon II de Bulgarie : La version initiale en bulgare est sortie deux semaines avant la française. J'avais des notes, des enregistrements et énormément de documents que nous avons réunis pour en tirer un récit. Le livre a aussi été publié en juin 2016 en espagnol compte-tenu de mon attachement à ce pays et une version en anglais est espérée pour 2017.

 

La langue française est pour moi tellement importante, je suis un produit du lycée français, comme mes 5 enfants du reste. Ce récit leur est dédié ainsi qu'à mes petits-enfants afin qu'ils connaissent mieux leurs origines et puissent grandir avec. Etant devenu, malgré moi, comme un trait d'union avec le passé précommuniste de mon pays, je me devais de “transmettre” après 70 ans de vie politique.

 

J'ai remarqué si souvent que les gens écrivent de façon sélective et la facilité se tourne toujours en direction du sensationnel. Mais si on laisse l'histoire seulement aux vainqueurs, ce n'est pas suffisant. J'ai donc voulu témoigner à travers ma mémoire vivante, même si rien ne m'est plus difficile que de mettre en avant ce “moi” car je pense que nous ne sommes rien seuls, la vie étant faite de rencontres et de hasards.

 

Lisant beaucoup sur l'histoire, je me suis rendu compte que la vie d'un personnage était souvent manipulée après sa mort et j'ai ainsi tenu à déjouer cette habitude de voir les gens jugés sur des approximations ou des rumeurs, plutôt que sur ce qu'ils ont écrit ou réalisé eux-mêmes.

 

Je suis aussi très heureux de cette publication en turc, ayant toujours été très intéressé par et senti très proche de ce pays voisin important.

25 mai 1996, retour triomphal à Sofia de Siméon II de Bulgarie après 50 ans d'exil

25 mai 1996, retour triomphal à Sofia de Siméon II de Bulgarie après 50 ans d'exil

N.R. : En Bulgarie, il y a aujourd'hui une importante minorité turque, notamment issue des migrations forcées de l'ère communiste. Pensez-vous que les turcs de Bulgarie et de Turquie peuvent jouer un rôle de pont entre les deux voisins ?

 

Siméon II de Bulgarie : Il y a, d'après les statistiques, 8 % de turcophones chez nous. Le lien est là et depuis des siècles. La Bulgarie est sur le chemin direct et physique de l'Europe pour la Turquie, il y a donc déjà des raisons pratiques et géographiques. Il y a aussi des investissements turcs chez nous et par conséquent, il y a de toute manière un pont.

 

Je ne crois pas que notre communauté d'origine turque - je n'aime pas le mot minorité - se sente particulièrement comme un pont. Ils ont les liens mais je crois qu'au fond, ils se sentent très autochtones car ils sont là depuis des siècles, ce sont des gens qui étaient venus d'Anatolie au XVIème siècle. Mais je suis sûr qu'en même temps, il y a une communication. D'ailleurs, il y a une bonne quantité de bulgares d'origine turque qui habitent la Turquie et reviennent périodiquement au pays ; certains peuvent aussi voter, c'est-à-dire qu'il y a de toute façon une symbiose.

Le roi Siméon II de Bulgarie

Le roi Siméon II de Bulgarie

N.R. : J'ai une affection toute particulière pour la ville de Plovdiv pour y avoir organisé en 2012 mon premier événement culturel autour de Mevlâna et si Dieu le veut, y refaire un event encore plus important en 2019 lorsque Plovdiv sera Capitale Culturelle Européenne. Avez-vous un projet pour faire découvrir cette année-là ce pan d'histoire de la Bulgarie où elle fut un royaume de 1908 à 1946 et que finalement les bulgares d'aujourd'hui et les étrangers qui vont venir à Plovdiv ne connaissent peut-être pas ?

 

Siméon II de Bulgarie : Plovdiv est une très jolie ville qui a une influence marquée, surtout dans l'architecture ottomane de la fin du XVIII et du XIXème siècles, qui lui donne une classe tout à fait spéciale. Plovdiv va effectivement être Capitale Culturelle Européenne en 2019, nous en sommes très fiers et je soutiens ce choix des deux mains. Le maire de Plovdiv est une personne très énergique et débrouillarde qui relèvera ce challenge.

 

J'ai dans mon bureau à Sofia une magnifique sculpture d'un derviche tourneur que je regarde souvent. C'est un cadeau d'Ahmet Dogan qui était le chef bulgare d'origine turc du parti des droits et des libertés.

 

Franchement, je n'ai pas pour l'instant de projets pour 2019 et vu mon âge, il ne faut quand même pas en faire à trop long terme (rire) mais je dois voir avec la commission chez nous.

 

Quant à la période monarchique de la Bulgarie, pour une certaine tranche d'âge, c'est déjà de la préhistoire (rire...) !

Musée ethnographique régional de Plovdiv en Bulgarie

Musée ethnographique régional de Plovdiv en Bulgarie

N.R. : En ce qui concerne la période ottomane en Turquie, elle a vraiment un attrait grandissant de jour en jour ici. On l'a vu notamment à travers la série télévisée sur Soliman le Magnifique produite dans de nombreuses autres langues. Est-ce que vous avez une idée comment cette période de l'histoire est perçue par les Bulgares aujourd'hui ?


 

Siméon II de Bulgarie : Eh bien, je peux dire que c'est assez varié, mais très récemment, il y a eu un débat au Parlement sur les nouveaux manuels scolaires d'histoire pour savoir s'il fallait dire la domination ottomane, la présence ottomane, le passage ottoman, la servitude,... tout cela pour mettre un terme qui explique la présence ottomane durant près de 5 siècles. C'est normal en quelque sorte et si on veut l'exploiter, c'est encore plus normal, car on peut tout de suite trouver un ennemi ou quelqu'un qui vous a opprimé.

 

N'importe qui peut réciter des passages de “Sous le joug”, une des pièces de notre littérature du XIXème la plus populaire écrite par Ivan Vazov qui est un grand écrivain. Sous le joug, ça veut dire ce que vous voudrez mais ce n'est pas forcément quelque chose de brimant. C'est une période où nous étions sous ça. C'est intéressant car jusqu'à la moitié du XIXème, il n'y a pas eu grand chose d'écrit car cela se passait très bien. Tant qu'on payait les impôts et qu'on respectait le sultan, il n'y avait pas grand chose à redire. C'est une petite période où il y a eu des exactions, des réactions et de la contre-réaction, ce qui est normal pour un empire qui domine. La période est tellement courte par rapport aux 5 siècles qu'il faut vraiment savoir diluer et en même temps aussi être rationnel. Pour les jeunes, c'est déjà quelque chose de tellement lointain mais c'est dommage qu'il y ait des gens qui essaient de l'inculquer, de montrer surtout ce moment-là... Nous avons fait partie d'un empire et il y a tout de même eu une influence à tous points de vue, la culture notamment, l'architecture,...

 

L'autre jour, j'étais étonné lorsqu'étant dans un petit village du sud-est de la Bulgarie où toutes les maisons sont uniformes, la partie basse en pierre, le haut en bois, comme un décor de cinéma tellement c'est joli. Là, par exemple, on parlait de l'époque ottomane et de ce qui s'est passé. Il y a là-bas une magnifique église construite en 1760, ce qui est assez tôt. On voit ainsi qu'il y avait aussi des églises et ce n'était pas simplement le côté des bachi bouzouks. Le village à côté lui est entièrement musulman, mais musulman bulgare ethniquement, et ils s'entendent parfaitement.

 

C'est un passé qui est là, qu'on ne peut pas diaboliser comme certains essaient maintenant de le faire à cause des événements, de la politique contemporaine, où on en rajoute... Il faut s'en tenir aux faits et finalement penser qu'on a tout intérêt à être en bonnes relations, non seulement les deux pays, mais les gens.

 

Ce matin-même, un homme insistait pour me cirer les souliers. Cela me gêne, je me sens comme si nous sommes d'une race supérieure et je lui ai dit “non merci.” Il me demande alors “Where are you from ?” et lorsque je lui réponds “Bulgaristan”, j'ai eu droit à un sourire jusque derrière les oreilles et il m'a dit “Ah komşu ! (ah, le voisin !)”. Cela montre qu'au fond, il y a une affinité naturelle entre les pays.

Le roi Siméon II de Bulgarie intervievé par la chaîne de télévision turque NTV

Le roi Siméon II de Bulgarie intervievé par la chaîne de télévision turque NTV

N.R. : Quel est votre rôle aujourd'hui en Bulgarie et, après avoir été Premier Ministre de 2001 à 2005 suite à la victoire aux législatives le 17 juin 2001 du parti que vous avez créé et présidé, puis vous être retiré de la scène politique en 2009, envisagez-vous de jouer un nouveau rôle politique dans votre pays ?


 

Siméon II de Bulgarie : Non, d'abord car ce n'est pas le moment, secundo je n'en vois pas l'utilité et aussi il faut aussi penser à mon âge. Il y a les élections présidentielles en novembre. L'an passé, on m'a dit “Si si, vous devez !” J'ai répondu “Considérez mon âge” et on m'a rétorqué “Oui, mais voyez Adenauer ou d'autres.” Mais là, on citait des exemples qui sont des exceptions.

 

Je n'ai qu'une seule envie, c'est de prendre ma retraite, pouvoir voir mes petits-enfants plus souvent, lire davantage. Mais voilà, je suis constamment sollicité, de plus en plus dans mon rôle qui était mon métier principal et à l'origine, alors qu'à une époque, j'étais le vilain Premier Ministre. Tellement de visiteurs viennent de l'étranger et demandent à me voir. C'est un autre rôle aujourd'hui mais je ne sais pas à quoi le comparer. Les gens ont confiance en ce qu'on dit, entendre notre opinion, peut-être parce qu'on est âgé et plus sage. Il y a toutes les raisons possibles et je suis malheureusement très et trop occupé, je m'en rends compte.

 

Ma femme et mes enfants me font souvent des remarques “Mais enfin tu as fini, tu ne peux pas dire non une fois pour toutes aux gens et trier un peu ?” mais c'est très difficile. Je peux tout de même continuer car je le vois avec vos collègues pour des questions politiques, ma mémoire vivante couvre les deux époques, l'avant communisme et l'époque post et démocratique, cela représente tout de même un pontage...

Le roi Siméon II de Bulgarie et son épouse la reine Margarita

Le roi Siméon II de Bulgarie et son épouse la reine Margarita

N.R. : Les livres d'histoire bulgares actuels évoquent-ils de nouveau la période monarchique et les rois de Bulgarie alors que pendant la période communiste, cela avait été supprimé ?


 

Siméon II de Bulgarie : Là, c'est très délicat, il y a un certain complexe, on a tellement été forcé à dire des horreurs de l'époque de la monarchie, que c'était une autocratie, etc, ce qui fait que la monarchie est quelque chose dont on ne sait pas très bien comment parler, du 1er, du 2ème et du 3ème royaume. Au temps du communisme, on utilisait la formule “Premier, Second Etat” et jusqu'à aujourd'hui, certaines personnes n'arrivent pas à dire “le troisième royaume”, non pas pour m'énerver ou par manque de culture, mais parce que c'est dans le subconscient. Néanmoins, dans beaucoup de conférences, je le vois, les choses évoluent.

 

L'autre jour, j'étais à l'ouverture de l'année universitaire ; deux professeurs ont pris la parole et ont dit quelque chose sur le royaume en s'adressant à moi et c'est peut-être la preuve que doucement, on revient à la terminologie normale sans pour autant devenir moins républicain. Ce sont tout de même des générations qui ont été forcées à penser ou à agir autrement. Les gens parfois même tendent à oublier pour ne pas se compliquer l'existence, ne pas trop réfléchir, alors ils prennent ce qui est à la mode, le base word au lieu de se demander pourquoi, comment, quoi ?

 

Mais dans les livres d'histoire, pour l'instant, on parle encore du Troisième Etat et puis quand ils parlent de moi, c'est le Premier Ministre Saxe-Cobourg (son nom d'origine étant Siméon Borissov de Saxe-Cobourg-Gotha ou Sakskobourggotski). Dans les journaux, souvent déjà on dit le roi, mais aussi de nouveau M. Saxe-Cobourg, car là on a l'impression de ne pas trahir la République.”

Le roi Siméon II de Bulgarie, auditorium des éditions Yapı Kredi à Istanbul

Le roi Siméon II de Bulgarie, auditorium des éditions Yapı Kredi à Istanbul

Pour la sortie de la version turque des mémoires de Siméon II de Bulgarie traduites du français par Saadet Özen, la maison d'éditions Yapı Kredi a organisé dans son auditorium vendredi 6 octobre 2016 une rencontre avec cet homme au destin hors du commun, d'une approche facile et d'une gentillesse exquise.

 

Y ont assisté S.S. Bartholomeos 1er, patriarche oecuménique de Fener ainsi que Mgr François Yakan, vicaire patriarcal des Assyros-Chaldéens de Turquie.

 

SS Bartholoméos 1er, Patriarche oecuménique de Fener à côté du roi Siméon II de Bulgarie et de son épouse la reine Margarita

SS Bartholoméos 1er, Patriarche oecuménique de Fener à côté du roi Siméon II de Bulgarie et de son épouse la reine Margarita

C'est à l'éminent Professeur Docteur Ilber Ortaylı qu'est revenue la mission de présenter le souverain et d'entretenir avec lui la conversation pour faire connaître une infime partie de cet homme au destin si particulier.

Le Pr Dr İlber Ortaylı parlant du et avec le roi Siméon II de Bulgarie
Le Pr Dr İlber Ortaylı parlant du et avec le roi Siméon II de Bulgarie

Le Pr Dr İlber Ortaylı parlant du et avec le roi Siméon II de Bulgarie

A l'issue de cet échange et d'une période destinée à répondre à quelques questions du public, Siméon II s'est volontiers plié à une séance de dédicaces et un échange avec les personnes qui souhaitaient l'approcher.

 

Cliquez ici pour lire la version turque de l'article.

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 05:09

Article publié sur www.lepetitjournal.com d'Istanbul - Edition du 28 septembre 2016

 

En janvier 2016, les levantins d'Istanbul ont décidé de créer Levantine Heritage Foundation – IST, antenne locale de la Fondation Levantine Heritage née en 2010 et basée à Londres, présidée actuellement par Quentin Compton Bishop.

 

L’équipe istanbouliote, composée de sept membres dont trois levantins, a organisé le week-end dernier à Beyoğlu son premier événement dans le but de promouvoir la culture levantine, d'expliquer les origines, le développement et l'apport des levantins dans la société et d'annoncer les futures activités du groupe.


 

1ère conférence sur les Levantins de Beyoğlu à Istanbul des 23 et 24 septembre 2016

1ère conférence sur les Levantins de Beyoğlu à Istanbul des 23 et 24 septembre 2016

Le programme, composé de la 1ère conférence sur les Levantins de Beyoğlu qui s'est tenue vendredi après-midi et samedi toute la journée au Centre Culturel Italien d'Istanbul et dimanche de visites guidées de Pera, Galata et du cimetière latin catholique de Feriköy, a remporté un intérêt certain et un vif succès pas seulement auprès des levantins, mais aussi d'étudiants et de personnes curieuses d'en savoir plus.

Le public a répondu présent au programme proposé par les levantins d'Istanbul en septembre 2016
Le public a répondu présent au programme proposé par les levantins d'Istanbul en septembre 2016

Le public a répondu présent au programme proposé par les levantins d'Istanbul en septembre 2016

Pour beaucoup, le terme de levantin reste encore bien flou et donne lieu parfois à des erreurs d'interprétation. Lorsqu'on les évoque en Turquie, il s'agit en fait de familles catholiques de rite latin, issues du bassin méditerranéen - plus particulièrement de la France et de l'Italie - qui, à partir de la seconde moitié du XVème siècle, sont venues s'installer ici pour y travailler et y vivre, cercle qui s'est ensuite quelque peu élargi.

le quartier de Galata où les premiers Levantins sont venus s'installer à partir de 1453

le quartier de Galata où les premiers Levantins sont venus s'installer à partir de 1453

Cette premiere manifestation culturelle au titre évocateur "Levantins de Beyoğlu, effets et contributions des Levantins dans le développement de Beyoğlu, Pera/Galata et environs - Un long héritage de commerce, d'art et de vie sociale depuis 1453", organisée par l'antenne locale de la Fondation avec la collaboration et le soutien de la Mairie de Beyoğlu, de l'Institut Culturel Italien, de la Fondation "Culture Ville" et bien entendu de la Fondation-mère à Londres, a été une véritable réussite.

 

Cette dernière implique de saluer l'important travail fourni par Nuri Çolakoğlu, membre du Conseil d'Administration de la Fondation et Hugh Jonathan Beard, également membre du C.A. et Président Honoraire de l'antenne locale.

Les levantins d'Istanbul donnent de la voix

Ahmet Misbah Demircan, maire de Beyoğlu et principal supporter de la conférence, a assisté à l'ensemble des interventions de vendredi, de même que Robert Schuddeboom, Consul Général de Hollande à Istanbul, et s'est montré fort intéressé par le sujet. Il a aussi offert une réception aux organisateurs et participants à l'issue de la journée d'ouverture.

Les officiels lors de la journée d'ouverture de la 1ère conférence sur les levantins de Beyoğlu

Les officiels lors de la journée d'ouverture de la 1ère conférence sur les levantins de Beyoğlu

Les présentations du vendredi 23 septembre ont été faites par le Prof. Dr Ahmet Haluk Dursun, Secrétaire d'Etat du Ministère de la Culture et ancien directeur des musées de Ste-Sophie et de Topkapı, qui a évoqué les levantins d'Istanbul, Rinaldo Marmara, historien officiel et attaché culturel de la Conférence Episcopale Catholique turque et écrivain levantin dont l'intervention a porté sur le langage commun, les traditions religieuses des levantins pérotes – habitants de Pera, ancien nom de Beyoğlu – et la tolérance et l'hospitalité dont ils ont bénéficié durant l'Empire ottoman, puis Mert Sandalcı, écrivain spécialiste de l'histoire de la pharmacologie en Turquie qui a parlé des pharmacies levantines de Pera.

 

 

 

le Prof. Dr Ahmet Haluk Dursun

le Prof. Dr Ahmet Haluk Dursun

Rinaldo Marmara

Rinaldo Marmara

Mert Sandalcı

Mert Sandalcı

Samedi, des sujets aussi divers que les magnats levantins de la mer, l'emprise des biens étrangers dans la capitale ottomane, les librairies levantines de Pera, l'art et l'architecture de Pera et de Galata, l'héritage architectural levantin avec pour exemple celui laissé par Alexandre Vallaury, la musique apportée aux sultans par la famille Selvelli, les peintres d'Occident à Pera, la culture et l'éducation à Pera et Galata, apprendre et enseigner le turc à Beyoğlu, l'éducation chez les levantins et les écoles étrangères de Pera, la presse levantine de Beyoğlu,... ont été abordés par les intervenants.

Les levantins d'Istanbul donnent de la voix

Ces derniers sont pour certains eux-mêmes des levantins comme par ex. Fabrizio Casaretto et Jonathan Beard, d'autres, tel Quentin Compton Bishop, Président de la Fondation-mère à Londres, ou Luis Miguel Selvelli, ont des membres de leur famille qui le sont, d'autres encore comme Paolo Girardelli, Marie Bossaert, Luca Orlandi, Norman Stone,... sont des chercheurs, écrivains, architectes... tous intéressés, voire passionnés par la richesse de l'héritage levantin laissé à Istanbul.

Fabrizio Casaretto

Fabrizio Casaretto

Marie Bossaert

Marie Bossaert

Les sorties ont attiré dimanche matin près de 90 personnes réparties en deux groupes pour admirer les places occupées ou construites par des levantins à Pera et Galata, visites fort intéressantes et menées par Paolo Girardelli et Luca Orlandi.

La visite guidée menée par Luca Orlandi
La visite guidée menée par Luca Orlandi
La visite guidée menée par Luca Orlandi

La visite guidée menée par Luca Orlandi

L'après-midi, une bonne trentaine de curieux ont visité sous la conduite de Rinaldo Marmara le cimetière latin catholique de Feriköy, lieu pouvant être comparé à un véritable livre d'histoire à lui tout seul.

La visite menée par Rinaldo Marmara dans le cimetière latin catholique de Feriköy
La visite menée par Rinaldo Marmara dans le cimetière latin catholique de Feriköy
La visite menée par Rinaldo Marmara dans le cimetière latin catholique de Feriköy

La visite menée par Rinaldo Marmara dans le cimetière latin catholique de Feriköy

Dans les prochains mois, de nouvelles conférences et visites seront organisées par l'antenne istanbouliote de la Fondation londonienne ainsi que des dîners pour Noël et carnaval.

Une partie du reste des murailles génoises de Galata à Istanbul

Une partie du reste des murailles génoises de Galata à Istanbul

26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 05:07

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 26 septembre 2016

 

Jeudi 22 septembre 2016, la salle de congrès Lutfi Kırdar à Harbiye/Istanbul accueillait la soirée du 8ème Prix International Hrant Dink Award à laquelle ont, entre autres, assisté John Bass, Ambassadeur des USA en Turquie et Federica Ferrari Bravo, Consule Générale d'Italie à Istanbul.

Theresa Kachindamoto et le Barreau de Diyarbakir, lauréats du 8ème Prix International Hrant Dink

Cette manifestation est d'habitude organisée tous les ans le 15 septembre - jour de naissance de Hrant Dink, journaliste et intellectuel arménien assassiné en 2007 - par la Fondation qui porte désormais son nom et dont la Présidente est son épouse Rakel Dink mais cette année, en raison de la fête du sacrifice, la date a dû être déplacée.

De gauche à droite Şirin Tekeli, membre du jury, Rakel Dink, Présidente de la Fondation Hrant Dink et John Bass, Ambassadeur des USA en Turquie

De gauche à droite Şirin Tekeli, membre du jury, Rakel Dink, Présidente de la Fondation Hrant Dink et John Bass, Ambassadeur des USA en Turquie

Autour de cette dernière, le jury pour cette année était composé de l'activiste Samar Badawi et du directeur de KAOS GL, lauréats 2015, du scénariste et producteur Atom Egoyan, du philosophe Etienne Balibar, du directeur général de Reporters sans Frontières Christophe Deloire, du philosophe Michel Marian, du poète, écrivain et critique littéraire Murathan Mungan et de l'activiste et auteur féministe Şirin Tekeli.

Remise des 8èmes Prix Internationaux Hrant Dink dans la salle Lutfi Kirdar à Harbiye/Istanbul

Remise des 8èmes Prix Internationaux Hrant Dink dans la salle Lutfi Kirdar à Harbiye/Istanbul

Le jury octroie tous les ans deux Prix à des personnes ou des organismes qui travaillent activement pour un monde libre et sans discrimation, sans racisme et sans violence en respectant les droits humains et le droit en général. Ces distinctions mettent en valeur le travail réalisé et encouragent tous ceux et celles qui contribuent à un monde pacifique en leur montrant qu'ils ne sont pas seuls à se battre pour leurs idéaux.

Un des lauréats potentiels

Un des lauréats potentiels

Le Prix International a été remis par Michel Marian et par le représentant de Kaos GL à Theresa Kachindamoto, chef du district de Dedza au Malawi, pays africain petit et pauvre  situé entre le Mozambique, la Zambie et la Tanzanie.

 

Theresa Kachindamoto
Theresa Kachindamoto

Theresa Kachindamoto

Cette femme à l'humour certain, surnommée la “Terminator des mariages précoces” par les médias locaux et internationaux, oeuvre pour les droits à l'éducation et les droits humains notamment pour les jeunes. Grâce à sa ténacité, elle a ainsi réussi à faire annuler 850 mariages d'enfants dans son pays particulièrement touché par ce fléau.

Theresa Kachindamoto, chef du district de Dedza au Malawi, lauréat 2016 du Prix International Hrant Dink

Theresa Kachindamoto, chef du district de Dedza au Malawi, lauréat 2016 du Prix International Hrant Dink

Le Prix Turquie a été, quant à lui, décerné au Barreau de Diyarbakir qui a particulièrement oeuvré pour les droits et libertés dans le cadre des conflits qui ébranlent depuis 1 an et demi les secteurs de Şırnak, Sur, Silvan, Cizre, İdil, Yüksekova et Nusaybin et suite au coup d'Etat du 15 juillet dernier. Il a été remis à son représentant par Rakel Dink et Ahmet Özmen.

Remise du Prix au représentant du Barreau d'Istanbul par Rakel Dink et Michel Marian

Remise du Prix au représentant du Barreau d'Istanbul par Rakel Dink et Michel Marian

Le jury d'International Hrant Dink Award et les lauréats 2016

Le jury d'International Hrant Dink Award et les lauréats 2016

Mehmet Erdem, le groupe Bajar et le choeur Istanbul Mosaique Orientale ont assuré la partie récréative de cette soirée.

Le groupe Bajar et le choeur Istanbul Mosaique Orientale
Le groupe Bajar et le choeur Istanbul Mosaique Orientale

Le groupe Bajar et le choeur Istanbul Mosaique Orientale

6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 17:20

Symposium international sur le thème : ”Approche spirituelle pour un monde plus harmonieux”

 

 

Les 28 et 29 août 2016 s'est tenu à Beykoz, sur la rive asiatique d'Istanbul, un symposium international sur le thème “Approche spirituelle pour un monde plus harmonieux”, organisé conjointement par le Conseil Universel Soufi basé en Hollande et la Fondation Internationale Şefik Can - Mevlâna Culture et Education, présidée par la sheika mevlevi Nur Artiran.

 

Durant ces deux jours, se sont réunis autour d'une table 19 hommes et femmes originaires de différents pays (France, Hollande, Allemagne, Turquie, Algérie, Maroc, Pakistan, Mexique, Inde, USA, île Maurice, Sri Lanka, Arabie Saoudite) mais aussi de différentes confessions (musulmane, catholique, juive, juive orthodoxe, bouddhiste,...) pour travailler sur le sujet.

 

 

Les participants au Conseil Universel Soufi organisé à Istanbul les 28 et 29 août 2016

Les participants au Conseil Universel Soufi organisé à Istanbul les 28 et 29 août 2016

Après l'ouverture du symposium par Nur Artıran, hôte des lieux et membre exécutif du Conseil, puis par le Dr Murshid H.J. Karimbakhsh Witteveen, Président dudit Conseil au passé important aux Pays-Bas (Ministre des Finances, Vice-Premier Ministre puis Directeur Général du Fonds Monétaire Européen), la parole fut donnée à Brigitte van Baren venue aussi de Hollande, écrivain et enseignant la zen attitude, qui, après avoir lu quelques poèmes, a expliqué notre profonde interdépendance entre nous tous avant d'inviter l'assemblée à une séance de respiration commune.

Brigitte van Baren

Brigitte van Baren

Murshid Karimbakhsh Witteveen est ensuite intervenu sur le sujet “Pouvoir regarder toute chose de deux façons différentes, avec son propre regard et celui de l'Autre” en faisant ainsi preuve d'empathie tant au niveau des sentiments et des émotions de l'Autre que de ses états non-émotionnels, comme par exemple ses croyances.

 

Il a souligné l'importance de la compréhension des personnes et ajouté qu'une grande partie des problèmes du monde peuvent, selon lui, être surmontés aujourd'hui si nous pouvons voir les choses de la façon dont elles sont vues par l'Autre.

Dr H.J. Karimbakhsh Witteveen

Dr H.J. Karimbakhsh Witteveen

Les commentaires sur cette question importante évoquée pour mieux vivre ensemble ont été apportés par Tenzin Gendun, moine bouddhiste venu de France et d'origine sri lankaise.

Tenzin Gendun, moine bouddhiste

Tenzin Gendun, moine bouddhiste

Les échanges d'idées se sont poursuivis avec l'intervention de Pir Shabda Kahn, chef spirituel de Sufi Ruhaniat International, une branche de la lignée spirituelle du Pir-o-Murshid Hazrat Inayat Khan, fondateur du « Soufisme Universel », mouvement spirituel basé sur l'unité de tous les peuples ainsi que de toutes les religions, puis celle de Syed Salman Chishty venu d'Inde, engagé dans des études de recherches pratiques sur les traditions soufies de par le monde et leur interaction avec les cultures et traditions mondiales.

 

Pir Shabda Kahn

Pir Shabda Kahn

Syed Salman Chishty

Syed Salman Chishty

Ce fut ensuite au tour de Kadir Troelstra, conseiller politique indépendant, membre de l'association Soufi-contact basée à Harlem et du Dr Abdellah Cherif Ouazzani du Maroc, Président de la Fondation Moulay Abdellah Cherif pour les études et la recherche scientifique et un des leaders de la communauté soufie Shadili au Maroc, de prendre la parole.

Kadir Troelstra

Kadir Troelstra

Dr Abdellah Cherif Ouazzani

Dr Abdellah Cherif Ouazzani

Le programme de la première journée du symposium a continué avec Michael Derkse, venu de Hollande, psychothérapeute, chercheur et traducteur des deux premiers volumes du Mesnevi - l'oeuvre majeure de Rumi - en néerlandais, et qui a présenté “Une approche psychologique pour développer des relations paisibles”, ou comment offrir un environnement serein freinant la violence.

 

Cette présentation était basée sur des principes de bases de la psychologie et des études d'observations comportementales menées par l'intervenant.

Michael Derkse

Michael Derkse

Les commentaires sur cette intervention ont été faits par Pamela Frydman, rabbin américaine, fondatrice de la Communauté Or Shalom Jewish de San Francisco et première femme Présidente en 2002 de l'Association des Rabbins pour le Renouveau Juif.

Pamela Frydman, rabbin américaine

Pamela Frydman, rabbin américaine

Une seconde session d'échanges a d'abord été débutée par Monseigneur Ruben Tierrablanca, ordonné vicaire apostolique d'Istanbul le 11 juin 2016.

 

Il s'est exprimé sur sa participation faisant partie de la recherche de fraternité et de solidarité de l'Eglise catholique avec d'autres religions et l'amitié sincère avec la communauté mevlevi de Galata et notamment le sheik mevlevi Nail Kesova, chemin prolongé à présent avec tous les participants avec qui il a souhaité partager une des bases de la foi chrétienne quant à la reconnaissance de la dignité de l'être humain dans son origine venant de Dieu et qui marche vers ce dernier. L'homme ne vit pas seul, mais avec ses semblables donnés par le Divin comme des frères et des soeurs et qu'il faut aimer comme soi-même.

Mgr Ruben Tierrablanca, vicaire apostolique d'Istanbul

Mgr Ruben Tierrablanca, vicaire apostolique d'Istanbul

Cherif Cheikh Sidi Brahim El Khalil Tidjani, 4ème petit-fils du Sheikh Sidi Ahmet Tijani et leader du Mouvement Cercle des Souffles au Maroc a ensuite pris la parole avant que cette première journée ne se poursuive avec Nur Artıran.

Cherif Cheikh Sidi Brahim El Khalil Tidjani

Cherif Cheikh Sidi Brahim El Khalil Tidjani

La sheika mevlevi s'est exprimée sur les heurts entre les religions en insistant sur l'importance de l'unité, le créateur étant unique. Elle a rappelé ce qu'a dit le prophète quant à la diversité : “Tous les hommes de par le monde sont semblables à un arbre. Les feuilles ne ressemblent pas aux fleurs, les fleurs ne ressemblent pas aux fruits, les fruits ne ressemblent pas aux racines de l'arbre et le noyau du fruit ne ressemble pas du tout à l'arbre. Les racines ne ressemblent pas aux ramifications, aux branches. Mais lorsque tous ces différents éléments sont assemblés, ils composent un arbre.”

 

La diversité est une grâce de Dieu, le plus beau des cadeaux. Nous devons l'accepter. Mais à force de dire “la religion, la religion”, nous avons oublié le propriétaire. La religion est un véhicule, pas un but. Notre objectif est que tous les composants habillant l'homme vivent dans l'unité.” a ajouté la vénérable sheika Nur Artıran.

 

Elle a également expliqué les ressemblances des bases du monde avec le corps humain : "Les différentes parties d'un corps vont ressentir la souffrance d'un endroit de celui-ci, tout comme le monde entier endure les souffrances de certaines parties du globe. Elle a terminé son intervention en déclarant que le petit doigt d'une personne est bien petit, mais s'il souffre, le corps tout entier va souffrir."

Sheika mevlevi Nur Artıran

Sheika mevlevi Nur Artıran

Rafiq Hatteea venu de l'île Maurice, Président depuis 1989 du Cercle Islamique des Mourides de l'Océan Indien a ensuite pris la parole suivi par le sheik Khaled Bentounes, 46ème guide spirituel depuis 1975 de la confrérie soufie Alawiyya, fondateur en 2001 d'AISA (Association internationale soufie Alawiyya) à Drancy dont il est le Président.

Rafiq Hatteea

Rafiq Hatteea

Reconnue comme ONGI par l'O.N.U. et ayant acquis le statut consultatif spécial auprès du Conseil Economique et Social de ce même organisme, cette association a pour vocation principale d'œuvrer à l'émergence d'une société du mieux vivre ensemble, en s'appuyant sur un héritage spirituel et humaniste et en donnant notamment de l'importance aux femmes, au développement social et à l'environnement.

Sheik Khaled Bentounes, 46ème guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya

Sheik Khaled Bentounes, 46ème guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya

L'éducatrice pakistanaise Fakhira Najib, réalisatrice d'une chaîne radio, qui a conçu et mis en oeuvre le programme d'instruction interactif radiophonique “Classe élargie – Ecouter pour apprendre” destiné aux enfants et à leurs droits, à l'amélioration de l'éducation et la consolidation de la paix durable a présenté une projection sur cette action.

Fakhira Najib

Fakhira Najib

Les différentes interventions de cette journée, qui s'est achevée en musique et en chansons avec Pir Shabda Kahn, ont mises en avant un message de paix, d'unité universelle et d'écoute active, notions indispensables pour une meilleure compréhension et acceptation de l'Autre.

Pir Shabda Kahn

Pir Shabda Kahn

Lundi 29 août, la seconde journée, introduite en musique par Pir Shabda Kahn, s'est poursuivie avec la lecture par Ni'mah Nawwad d'Arabie Saoudite, femme poète et auteur d'un ouvrage “Paix et Harmonie d'un point de vue islamique”, de plusieurs de ses poèmes.

 Ni'mah Nawwad

Ni'mah Nawwad

Le sheik Khaled Bentounes a ensuite abordé le thème du conflit interreligieux, du manque de tolérance et de la confiance aveugle illustrés avec les différentes notions de “Toi et moi”, “Toi c'est moi et moi c'est toi” et “Ni toi ni moi mais Lui”, ainsi que les interactions entre Adam, Noé, Abraham, Moise, Jésus et “Lui”, chaque ère, chaque race et chaque langue se complétant.

 

Pour imager ses propos, il a évoqué les lettres de l'alphabet, toutes différentes mais qui une fois associées, permettent de signifier quelque chose et achevé son intervention en insistant sur le besoin d'unité en un seul Dieu.

Sheik Khaled Bentounes
Sheik Khaled Bentounes

Sheik Khaled Bentounes

Syed Salman Chishty qui a également à maintes reprises représenté à l'étranger l'ordre soufi Chishty dont il est le dirigeant, a commenté cette présentation avant de laisser la parole au Prof. Dr Abdellah Cherif Ouazzani qui a souligné l'importance de l'éducation et le fait que l'existence des conflits sectaires dans le monde a des origines politiques injectées dans les esprits de la jeunesse.

 

Ce dernier a insisté sur le besoin de mettre en oeuvre un système éducatif comportant des conditions plus efficaces pour mieux vivre ensemble et non se faire la guerre.

Syed Salman Chishty, représentant de l'ordre soufi Chishty

Syed Salman Chishty, représentant de l'ordre soufi Chishty

Prof. Dr Abdellah Cherif Ouazzani

Prof. Dr Abdellah Cherif Ouazzani

A l'occasion de sa nouvelle intervention, Mgr Ruben Tierrablanca a évoqué l'ère du dialogue interconfessionnel ouvert avec le Conseil Oecuménique Vatican II lorsque le Pape Jean XXIII - qui a vécu 10 ans en Turquie  – a appelé tous les évêques du monde à ouvrir les fenêtres pour recevoir un air nouveau et propre et à assumer les défis des temps nouveaux. Dans le document “Nostra Aetate” publié il y a 50 ans, l'Eglise catholique déclare officiellement que sa tâche est l'unité et la charité humaine parmi les peuples et l'acceptation de la vérité sacrée de toutes les autres religions.

 

L'évêque d'Istanbul a ensuite parlé de la réunion des leaders de toutes les religions organisée le 27 octobre 1986 à Assise, terre de Saint-François, afin de diffuser un message de fraternité universelle et qui a lieu depuis à plusieurs reprises dans différentes parties du monde. Pour la quatrième fois depuis 30 ans aura lieu à Assise le 20 septembre 2016 le rassemblement des représentants des différentes religions organisé par la Communauté S. Egidio.

 

Il a poursuivi son intervention en rappelant que durant la Cinquième Croisade pour la possession de la Terre Sainte, François d'Assise est parti au Moyen-Orient sans armes mais avec un coeur ouvert pour proclamer la paix et la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans est issue de sa rencontre en Egypte avec le Sultan Malik Al Kamil en septembre 1219. Afin de développer cette mission dans l'esprit de Saint-François d'Assise a été créée une Fraternité Franciscaine Internationale à Istanbul il y a 13 ans. Mgr Tierrablanca a conclu que la vie de l'Eglise catholique en Turquie et à titre personnel son engagement à Istanbul est un voyage d'espoir et de recherche universelle et fraternelle.

Mgr Ruben Tierrablanca, vicaire épiscopal d'Istanbul

Mgr Ruben Tierrablanca, vicaire épiscopal d'Istanbul

Le Prof. Dr Erdal Toprakyaran, enseignant au Centre Islamique de Théologie de l'Université de Tübingen et auteur de nombreuses recherches notamment sur le mysticisme islamique et les relations islamo-chrétiennes, s'est ensuite exprimé sur l'enseignement et comment réussir une intégration plus séduisante de la jeunesse musulmane par l'Ouest malgré les différences culturelles, propos commentés par Gabriel Hagai, rabbin orthodoxe français et membre du comité interreligieux de la Famille Franciscaine et du Conseil des Sages de l'Association parisienne “Tout est un”.

Prof. Dr Erdal Toprakyaran

Prof. Dr Erdal Toprakyaran

Gabriel Hagai, rabbin orthodoxe

Gabriel Hagai, rabbin orthodoxe

Les conclusions de toutes les interventions ont été les suivantes :

  • la religion du monde est la religion de l'humanité : le créateur est unique, les saints prophètes sont un, le peuple est un, la religion est unique.

  • Pour un monde plus harmonieux, nous devons pouvoir être capables d'écouter les points de vue des autres comme compléments à nos propres points de vue, apprendre à sortir de cette prison qui existe dans nos esprits et dans nos coeurs.

  • Si nous n'agissons pas, nous abandonnons nos responsabilités. Il va falloir être courageux et oeuvrer pour la conservation et la transmission de la sagesse de nos traditions et héritages.

  • Deux défis importants sont à relever :

- l'ignorance : pour être contrée, des efforts devront être faits pour améliorer la qualité de l'enseignement général et des enseignements religieux, attirer également l'attention dans nos propres communautés sur la transmission des traditions spirituelles et religieuses

  • la fragilité psychologique et sociale, notamment des jeunes.

De gauche à droite le sheik Khaled Bentounes, Dr Abdellah Cherif Ouazzani , Brigitte van Baren et Rafiq Hatteea

De gauche à droite le sheik Khaled Bentounes, Dr Abdellah Cherif Ouazzani , Brigitte van Baren et Rafiq Hatteea

La sheika Nur Artıran, également membre cofondateur de la Fondation Mondiale pour le Handicap et membre du Conseil Scientifique de la Fondation Internationale Mevlâna, a expliqué que le travail de ces deux jours ne va pas rester lettre morte.

 

Tous les propos et échanges seront analysés par les réalisateurs grâce aux enregistrements son et vidéos réalisés afin que ce symposium soit suivi de réalisations concrètes, notamment la rédaction d'une déclaration commune approuvée par tous les participants, qui sera transmise aux Nations Unies, à l'Unesco, au Pape François, au Daila Lama ainsi qu'à divers autres représentations institutionnelles et leaders religieux.

Sheika mevlevi Nur Artıran

Sheika mevlevi Nur Artıran

Voici une partie des propositions concrètes des participants et qui composeront la déclaration :

  • Organiser de grands rassemblements en y invitant les politiciens.

  • Créer des groupes de réflexions pour obtenir une compréhension plus profonde de l'extrémisme et comment le contrer.

  • Nous dépendons tous l'un de l'autre. Dieu et le monde sont un et nous devrions nous comprendre en écoutant aussi le point de vue d'autrui.

  • Nous devons d'urgence agir pour défendre et atteindre l'Unité, chacun avec nos talents et nos possibilités, par exemple en visitant des écoles, en organisant des réunions portant sur cette nécessité d'Unité partout dans le monde.

  • Encourager et appuyer des actions et programmes déjà existants tels les initiatives et projets du sheik Khaled Bentounes. En aidant ceux qui servent déjà, on économise du temps et de l'énergie.

  • Voir où les services sont nécessaires et y répondre.

Crédit photo S.E. Fondation Internationale Şefik Can Mevlâna Education et Culture

Crédit photo S.E. Fondation Internationale Şefik Can Mevlâna Education et Culture

  • Créer un Fonds International pour la protection de l'héritage soufi.

  • Créer l'opportunité de dialogue interreligieux afin de connaître l'Autre.

  • Organiser des concerts, des expositions, etc pour créer l'opportunité de transmettre le message que nous sommes Un monde et Une famille.

  • Eveiller les consciences que nous ne sommes pas les propriétaires de l'environnement mais que nous l'avons hérité des générations précédentes et devons le transmettre en bon état aux générations futures.

  • Créer des programmes pour développer l'estime des êtres humains, le bien-être...

  • Participer à des conseils interreligieux existants et joindre des initiatives de religions réunies.

  • Edifier une maison mondiale pour l'enseignement, la santé et l'écologie (le plan et le concept existent mais sans avoir été exploités à ce jour).

  • Préparer aujourd'hui l'avenir de la jeunesse avec notamment un document et un message sur le “Vivre ensemble” en respectant les valeurs et les traditions, en expliquant le partage de nos points communs, un document d'humanité à distribuer à tous les jeunes.

Les voix du soufisme réunies à Istanbul pour trouver la voie

Zebunnissa Voestermans, membre exécutif du Conseil Universel Soufi, qui après sa retraite, s'est rapprochée du soufisme et fait partie depuis 2003 du Mouvement International Soufi, a clôturé le symposium.

 

Ces deux jours auxquels ont assisté de nombreux scientifiques, des leaders spirituels et des universitaires ayant avancé leurs avis et idées pour trouver une réponse à “Que pouvons-nous faire pour un monde plus harmonieux ?” représentent un instrument et un espoir dans la création de la base pour un monde de paix.

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de l'article.

24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 06:09

Il y a 13 ans jour pour jour, le 24 août 2003, j'arrivais à Üçhisar en Cappadoce pour passer mes premiers jours comme résidente en Turquie et établir mon premier permis de séjour touristique à Nevşehir.

Üçhisar en Cappadoce et son fameux château réalisé sur le rocher du village

Üçhisar en Cappadoce et son fameux château réalisé sur le rocher du village

A l'époque, c'était plus simple dans certaines villes du pays qu'à Istanbul même et c'est accompagnée de mon plus vieil ami turc – et francophone - Murat, que je connais depuis 1998, que je me suis rendue à la police des étrangers pour déposer ma demande, boire un thé avec les policiers au passage et récupérer le précieux sésame deux jours après...

Mon plus vieil ami turc Murat

Mon plus vieil ami turc Murat

C'est de la terrasse de Taka Evi, le magnifique hôtel de Murat, que j'admire aujourd'hui la vue extraordinaire sur la Vallée des Pigeons et le Parc National de Göreme inscrit en 1985 sur la liste du Patrimoine Mondial de l'Unesco.

 

A l'occasion de cet anniversaire, j'ai décidé de revenir aux sources et de faire une petite pause ici en observant le chemin parcouru et tout ce que j'ai vécu depuis 13 ans au pays du simit...

De la terrasse de Taka Evi à Uçhisar

De la terrasse de Taka Evi à Uçhisar

En 1998, lorsque j'ai mis la première fois les pieds en Turquie, je ne pouvais guère m'imaginer à l'époque que ce pays allait m'accueillir quelques années plus tard et m'offrir une seconde vie bien différente de la première.

 

Que de belles rencontres, qu'il s'agisse de turcs habitant ici ou dans d'autres pays, de Français, de Belges, d'Italiens, de Syriens, d'Irakiens et bien d'autres personnes venues des quatre coins de la planète et que j'ai croisées à Istanbul ou ailleurs lors de mes voyages.

 

Combien de lieux magiques m'ont émerveillée, enchantée, interpelée, parlée, tant dans la ville monde dont le Bosphore relie l'Europe à l'Asie dans un environnement unique qu'en Anatolie ou en Roumélie, la partie européenne de la Turquie.

La Cappadoce fait partie de ces lieux magiques que j'aime tant

La Cappadoce fait partie de ces lieux magiques que j'aime tant

Que de moments voire d'événements émouvants et forts vécus au fil de ces 13 années, que jamais je n'aurais imaginé connaître durant mon existence et qui continuent de me transformer.

 

Il me faudrait bien 10 vies pour découvrir et faire découvrir ce pays que j'aime tant, qui m'a donné bien plus que simplement la nationalité.

Taka Evi à Üçhisar, là où j'ai posé mes valises pour mes 13 ans de vie en Turquie

Taka Evi à Üçhisar, là où j'ai posé mes valises pour mes 13 ans de vie en Turquie

Toutes ces rencontres et ces découvertes ne sont finalement, à mon sens, pas le fruit du hasard mais bien le kısmet (la chance) et le kader (le destin) qui sont les miens ici.

 

Je suis heureuse d'avoir en moi cette moitié de bretzel et cette moitié de simit qui vont bien de pair, cette double culture d'une richesse inestimable, des valeurs précieuses à entretenir et dont je vais continuer de faire bon usage.

Un vieux rêve réalisé ce matin à l'aube pour fêter mes 13 ans de vie en Turquie, un vol en montgolfière

Un vieux rêve réalisé ce matin à l'aube pour fêter mes 13 ans de vie en Turquie, un vol en montgolfière

Merci aussi à ceux et celles - pas nombreux au début - qui ont cru en cette aventure que j'ai décidé de vivre en venant m'installer en Turquie et tous ceux et celles qui depuis font partie de mon quotidien, que j'ai eu l'occasion de connaître grâce à ce site ainsi qu'au groupe FB qui porte le même nom, pour tout ce qu'ils m'ont apporté, tous nos échanges, les liens amicaux tissés, les rencontres visuelles qui ont parfois suivi les rencontres virtuelles.

 

Avec ces 13 ans au pays du simit, j'ai de quoi écrire des centaines de pages pour constituer un ou plusieurs livres.

 

En cliquant ici, vous pourrez accéder à la version turque de cet article.

 

http://www.takaev.com/

 

 

10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 17:07

Troisième lecture achevée de "Soufi mon amour" d'Elif Shafak, ce livre qui m'a le plus marqué à ce jour et auquel je n'avais pas encore consacré d'article par faute de temps ou peut-être parce que ce n'était pas encore le moment...

 

Par où commencer ? Il y a tant de choses à dire sur cet hymne à l'amour...

 

“Soufi mon amour” d'Elif Shafak

Deux rencontres, une connue du grand public, celle de Rumi le 31 octobre 1244 avec son miroir le derviche errant Shams de Tabriz, le genre de rencontre qu'on ne fait qu'une fois dans sa vie... et une autre, contemporaine, celle d'Ella, la quarantaine, mariée, mère de famille à la vie confortable et tranquille, trop tranquille.

 

Cette femme, chargée par une maison d'éditions de procéder à la lecture du roman “Doux blasphème” écrit par Aziz - un photographe soufi - va découvrir à la fois un monde de philosophie et de tolérance qu'elle ignorait totalement mais aussi l'Amour... Une autre rencontre qu'on ne fait également qu'une fois durant son existence.

 

Deux destins passionnants, à des années-lumière l'un de l'autre...

“Soufi mon amour” d'Elif Shafak

Les leçons de vie se succèdent au fil des pages et des chapitres d'une part à Konya où Mevlâna Celâleddin Rumi et Shams se découvrent, se trouvent enfin, des mois durant lesquels le derviche errant va transmettre à son miroir ses connaissances, mais aussi sagesse, compassion, patience et l'abandon de l'ego, sans aucun doute la chose la plus difficile pour chacun d'entre nous.

 

 

Règle 19 de Shams de Tabriz : "Si tu veux changer la manière dont les autres te traitent, tu dois d'abord changer la manière dont tu te traites. Tant que tu n'apprends pas à aimer, pleinement et sincèrement, tu ne pourras jamais être aimé. Quand tu arriveras à ce stade, sois pourtant reconnaissant de chaque épine que les autres pourront jeter sur toi. C'est le signe que, bientôt, tu recevras une pluie de roses."

Elif Şafak, İstanbul mars 2015

Elif Şafak, İstanbul mars 2015

Cette tranche de vie et la disparition de l'être aimé va transformer Mevlâna en poète mystique, en écrivain de l'amour, en un des plus grands penseurs et sages de tous les temps...

 

Quant à Ella, sa rencontre avec Aziz, d'abord à travers les feuilles du livre qu'il a écrit, puis par échanges électroniques avant de faire réellement sa connaissance, va amener cette femme à changer de vie, à découvrir en elle une autre personne ouvrant grand la porte à l'Amour.

“Soufi mon amour” d'Elif Shafak

Règle 38 de Shams de Tebriz : "Il n'est jamais trop tard pour se demander : "Suis-je prêt à changer de vie ? Suis-je prêt à changer intérieurement ?" Si un jour de votre vie est le même que le jour précédent, c'est sûrement bien dommage. A chaque instant, à chaque nouvelle inspiration, on devrait se renouveler, se renouveler encore. Il n'y a qu'un moyen de naître à une nouvelle vie : mourir avant la mort."

Précepte de Rumi

Précepte de Rumi

Chacun de nous a un jour la possibilité de changer sa façon de voir le monde, de regarder l'Autre avec des yeux nouveaux et d'adopter les 40 règles de l'Amour de Shams de Tabriz qui ponctuent les moments forts de ces deux histoires.

 

Difficile de ne pas rester insensible à cet appel à une nouvelle façon de vivre, à la résonance des mots, du sens de la vie, à tirer profit de cette leçon qui peut donner un éclairage nouveau sur l'essence même du mot “Amour”... A chacun d'écouter son coeur et d'ouvrir une nouvelle page de sa propre histoire, si c'est le moment.

“Soufi mon amour” d'Elif Shafak

Règle 40 de Shams de Tebriz : "Une vie sans amour ne compte pas. Ne vous demandez pas quel genre d'amour vous devriez rechercher, spirituel ou matériel, divin ou terrestre, oriental ou occidental. L'amour n'a pas d'étiquettes, pas de définitions. Il est ce qu'il est, pur et simple. "L'amour est l'eau de vie. Et un être aimé est une âme de feu ! L'univers tourne différemment quand le feu aime l'eau."

 

Cliquez ici pour lire la version turque de l'article.

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