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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 17:43

Une fois n'est pas coutume, je vais laisser la place à un autre narrateur, en l'occurrence au Frère Gwénolé Jeusset, franciscain installé à Istanbul depuis un peu plus d'une dizaine d'années qui nous raconte son récent voyage à Assise et Rome avec des derviches-tourneurs

 

Son article a également été publié dans le magazine « Présence » du mois de mai 2015

 

« 13 avril 2015 : le temps de déposer nos valises à l'Antonianum, l'Université franciscaine près de Saint Jean de Latran, nous pouvions être au rendez-vous fixé par la communauté Sant'Egidio, Piazza Trastevere à 20 h 00. Nous, c'est-à-dire d'un côté sept derviches et Ismail leur bienfaiteur, de l'autre les six frères d'Istanbul, chargés de motiver l'ensemble de l'Ordre au dialogue oecuménique et interreligieux.

Franciscains et derviches tourneurs sur la place Saint-Pierre de Rome, avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Franciscains et derviches tourneurs sur la place Saint-Pierre de Rome, avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Après des années d'amitié, j'avais proposé au chef spirituel de ce groupe de mevlevis, disciples de Mevlâna que nous connaissons sous le nom de Rûmi, d'aller à Konya, la cité où vécut ce mystique musulman, leur inspirateur. Accompagné de deux laïcs de notre diocèse, nous avions ainsi, en mai 2014, passé trente-six heures dans cette ville. Nous avions surtout médité trente minutes en silence côte à côte, le Dede (ainsi sont appelés les cheikh en turc) et moi devant le tombeau. L'idée avait tant plu à un très généreux ami musulman qu'il était prêt à aider pour d'autres initiatives semblables.

 

Alors, pourquoi ne pas faire de même au tombeau de Saint François à Assise, mais avec nos communautés et en passant par Rome ! Nous n'avions pas pu prendre ensemble les billets mais invités par la Communauté Sant'Egidio le premier soir, nous avions décidé de nous rejoindre là. Ils avaient été reçus à l'aéroport par notre ami Mustafa Cenap, dirigeant d'un centre de dialogue à Rome qui fut l'ange gardien de ce pèlerinage comme compagnon des uns et des autres et comme traducteur.

 

Avec l'interreligieux dans ses gènes, la communauté Sant'Egidio avait bien compris notre périple « historique ». Andrea Ricardi, le fondateur, venait vous saluer après la prière, au moment où son compagnon Marco Bartoli et quelques autres nous invitaient à partager leur repas. Cela commençait bien...

Frère Gwénolé et Nail Kesova sheik mevlevi en méditation devant le mausolée de Mevlâna à Konya, mai 2014 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Frère Gwénolé et Nail Kesova sheik mevlevi en méditation devant le mausolée de Mevlâna à Konya, mai 2014 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

De gauche à droite, Frère Gwénolé,  Nail Dede et Murat au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux devant un tableau symbolique de Paul VI recevant des leaders de l'époque - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

De gauche à droite, Frère Gwénolé, Nail Dede et Murat au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux devant un tableau symbolique de Paul VI recevant des leaders de l'époque - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

C.D.P.I.

 

Le jour suivant, mardi 14, nous avions rendez-vous au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux (C.D.P.I.). Tous les derviches étaient là dont certains avaient, pour l'occasion, retardé un enregistrement à la télévision. J'avais estimé que cela nous prendrait une heure, c'en fut deux car le Père Markus Solo, religieux-prêtre indonésien, chargé des relations avec les musulmans d'Asie, sut très vite mettre nos amis à l'aise et les échanges en anglais et turc ne posèrent de problèmes qu'à l'ignare et mal-entendant que je suis.

 

Le soir, devant ce même représentant du C.D.P.I. et devant des frères et sœurs de la famille franciscaine, avait lieu, à l'Antonianum, la célébration que nous faisons le 27 octobre de chaque année à Saint Louis des Français d'Istanbul. L'atmosphère fut prenante et on sentait que le but était atteint ; l'assemblée était conquise et certaines personnes découvraient un nouvel horizon et une nouvelle espérance. A la sortie, Père Markus demanda la permission de mettre de la musique sur une prière que j'ai composée il y a déjà une quinzaine d'années et placée dans notre célébration. Je songe à proposer à mon frère le Dede qui est aussi compositeur d'en faire autant. Musique indonésienne et musique derviche, j'ai hâte d'entendre cela.

27.10.2013 dans l'église Saint-Louis des Français à Istanbul

27.10.2013 dans l'église Saint-Louis des Français à Istanbul

Place Saint-Pierre

 

Le mercredi, à partir du C.D.P.I. où nous attendait le Père Markus, franciscains et derviches gagnent la Place Saint-Pierre en habits religieux. Les deux groupes ne passent pas tout à fait inaperçus tandis qu'ils rejoignent l'endroit réservé par le Conseil Pontifical. Même avec ma vue basse, je voyais bien notre bien-aimé François.

 

Surprise, on vint chercher le Dede et Murat qui parlent italien pour que le Pape les salue à la fin. Murat me raconta avoir eu le temps de glisser : « Nous sommes là comme pèlerins de paix » et François posa une main sur l'épaule de chacun d'eux. Le lendemain, la photo était sur l'Osservatore Romano et pendant deux jours, Murat montrera fièrement le chapelet offert par le Pape, notamment à la Maison générale de notre ordre où, dans la foulée, nous étions invités pour le repas.

Le Pape François posant ses mains sur les épaules du sheik mevlevi de Galata Nail Kesova et du semazen Murat, 15 avril 2015 place Saint-Pierre à Rome - photo publiée dans l'Osservatore Romano

Le Pape François posant ses mains sur les épaules du sheik mevlevi de Galata Nail Kesova et du semazen Murat, 15 avril 2015 place Saint-Pierre à Rome - photo publiée dans l'Osservatore Romano

Assise

 

Le jeudi 16, un minibus nous emporta vers Assise. Le chauffeur, stressé au possible tout au long du parcours avait-il aux tripes la peur ancestrale du Turc dans la péninsule ? Il finit par nous laisser tomber sur une place imprévue.

 

Aux Carceri, les derviches découvrirent les grottes où les premiers « frati » et leur Père se retiraient souvent dans les bois pour rejoindre leur Seigneur. Puis, ensemble, nos avons visité le monastère de Saint-Damien, là où François d'Assise reçut l'appel à « réparer » l'Eglise et où vécut Sainte-Claire qui reçut la visite de mercenaires musulmans de l'empereur chrétien. Notre groupe pacifique et fraternel ne fit peur à personne mais causa peut-être un certain étonnement.

 

Le tombeau de Saint-François

 

Le vendredi 17 avril, nous étions au cœur de notre démarche.

 

Dans la crypte du Sacro Convento, je rappelais : « En mai 2014, Nail dede et moi étions au mausolée de Mevlâna. Nous voici maintenant au mausolée de Saint-François, le moment le plus important de notre voyage fraternel. Nous allons méditer en silence pendant trente minutes comme nous avions fait à Konya, pour demander l'esprit de paix des meilleurs amis de Dieu. » Quand une demi-heure plus tard, on vint me dire que d'autres groupes attendaient, je me croyais encore au milieu du temps prévu. Quelle grâce !

Mevlevis et franciscains  en méditation silencieuse devant le tombeau de Saint François à Assise le 17 avril 2015, photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Mevlevis et franciscains  en méditation silencieuse devant le tombeau de Saint François à Assise le 17 avril 2015, photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Silvestro, un frère roumain responsable du dialogue interreligieux pour les Franciscains Conventuels entraîna tout le monde à travers l'immense couvent de 1230. A un moment, il remit à notre cher Nail dede une lampe à huile offerte à des croyants de toute religion venant ici en pèlerins de paix. Frère Silvestro (merci pour tout, frère !) conduisit ensuite les anciens de la bande sur la place de l'ancien temple de Minerve transformé en église. Un tableau me surprit qui illustre la mort de Saint-Joseph. Nous avons le même en plus grand dans l'église Santa Maria Draperis à Istanbul. Qui possède l'original ?

 

Tout a une fin

 

A 18 h, à deux pas et quelques murs (que j'aurais bien vu sauter) de la chapelle de la Portioncule et de l'endroit où Frère François accueillit en chantant « notre sœur la mort, nous commençons notre célébration commune. Comme à Rome, nous écoutons la lettre du Ministre Général des frères mineurs qui voulait être avec nous dans cette salle.

 

Je suis certain que les fenêtres du ciel sont bien ouvertes et que Fra Francesco et Rûmi sont penchés sur Assise. Un supplément de paradis pour eux surtout au moment de l'Alleluia quand on se donne le baiser de paix. Ils ont sûrement pris dans leurs mains le poids de notre communion pour la faire briller aux yeux de la cour céleste.

A Assise, célébration entre franciscains et mevlevis dans une salle à quelques mètres de l'endroit où est mort Saint François d'Assise, 17 avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

A Assise, célébration entre franciscains et mevlevis dans une salle à quelques mètres de l'endroit où est mort Saint François d'Assise, 17 avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Samedi 18 avril 2015 est le jour du retour. Le rêve a pris fin, notre fraternité toute simple fut constamment visible, notre prière constante, les derviches toujours prêts à me saisir doucement le bras pour éviter que je tombe. « C'est notre père » avait dit Ismail au C.D.P.I. Dans le chaos actuel sur la terre des hommes, aux yeux du Seigneur qui est tendresse, l'amour a triomphé de la haine.

 

Nous laissons nos frères musulmans a l'Antanianum où ils déposent leurs bagages avant de partir visiter le Colisée tandis que nous partons vers l'aéroport. Non sans cette dernière image : ils viennent tous de mettre autour du cou le Tau franciscain que je leur ai distribué sur l'autoroute qui nous ramenait d'Assise à Rome.

Avril 2015, franciscains de l'église Santa Maria de Draperis d'Istanbul et les derviches tourneurs de Galata dans le cloître du couvent bâti près de la basilique et de la crypte où se trouve le tombeau de Saint François - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Avril 2015, franciscains de l'église Santa Maria de Draperis d'Istanbul et les derviches tourneurs de Galata dans le cloître du couvent bâti près de la basilique et de la crypte où se trouve le tombeau de Saint François - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Ce même soir, notre Ministre Général à peine rentré de voyage m’envoyait le message suivant : « Mon cher Gwénolé, que le Seigneur te bénisse et qu'il bénisse aussi nos chers frères derviches.  Je me réjouis du fait qu'ils ont été bien reçus et qu'ils puissent se solidariser avec nous frères mineurs sans difficulté. Mes salutations spéciales aux derviches ! Fraternellement, Michael »

 

Deux jours après, Nail Dede  m’écrivait : “Cher Gwenolé, mon frère, merci infiniment pour ce voyage inoubliable et historique. Allah/Dio était avec nous. Mevlâna Celaleddin Rumi dit : "Dans tous les temples où je suis allé, je l’ai vu » ! Nous aussi nous l’avons ressenti. Nous remercions tous les frères et sœurs que nous avons découvert dans cet extraordinaire climat spirituel. Malgré son absence, nous avons senti la présence de votre Supérieur Général, nous le remercions pour avoir permis notre voyage fraternel. Meilleurs souhaits Nail Dede (Kesova) Al Sheikh ul Mevlevi”.

 

Que dire de plus sinon une supplication pour que cesse la haine et un alleluia jusqu'à l'heure de la grande rencontre où tomberont tous les murs de cette terre.

 

 

Frère Gwénolé, O.F.M.


 

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 15:34

Article publié sur le site du journal Zaman France - édition du 20 avril 2015

 

Samedi 11 avril 2015 aux environs de 18 h sur la scène installée dans le choeur de Sainte-Irène, première cathédrale de Constantinople, un autre choeur, composé celui-là d'une soixantaine d'hommes et de femmes issus de diverses confessions, répète en vue du concert prévu le soir même, il s'agit du célèbre Choeur des Civilisations d'Antioche.

 

Juifs, chrétiens arméniens, catholiques et orthodoxes, musulmans sunnis et alévis, chantent ensemble depuis 8 ans et pas n'importe quoi. En effet, ce sont à la fois des airs populaires mais surtout des chants religieux très connus au sein de chaque confession qu'ils entonnent avec force et plaisir et le résultat donne assurément des frissons.

Concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène d'Istanbul le 11 avril 2015

Concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène d'Istanbul le 11 avril 2015

A la tête de ce choeur pas comme les autres, Yılmaz Özfırat, un homme dont l'énergie semble inépuisable et qui dirige sa troupe non pas de main de maître mais de main d'Homme, tout simplement...

 

Dans cette chorale, c'est en effet l'Homme qui prime, l'être humain et c'est bien ce qui en fait sa richesse.

11 avril 2015, répétition du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène, Istanbul

11 avril 2015, répétition du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène, Istanbul

Tout a commencé en 2007 lorsque le Ministère de la Culture et du Tourisme Turc a choisi de présenter la province d'Antioche dans le cadre de la traditionnelle et annuelle semaine touristique” explique Yılmaz. “De la réunion organisée avec la Préfecture de Hatay (un des deux noms turcs de la ville, tout comme Antakya) est né un projet de choeur dont l'idée a germé à partir du film turc “Selamsız Bandosu”.

 

Yılmaz continue : “Bien que la ville d'Antioche soit pleine de ressources, elle n'a jamais vraiment eu l'attention qu'elle mérite et cela a renforcé l'idée de créer une chorale bien spécifique. Le Sous-Préfet m'a chargé de la coordination de ce projet dont j'ai fait part à Şeyda Koyaş, professeure de musique. Durant 5 semaines, nous avons rendu visite aux différentes communautés, écouté leurs avis, leurs idées et leurs pensées qui ont été très utiles pour l'élaboration de ce projet et au final le choeur a vu le jour le 15 avril 2007.

Yılmaz Özfırat, le dynamique chef du Choeur des Civilisations d'Antioche

Yılmaz Özfırat, le dynamique chef du Choeur des Civilisations d'Antioche

Par la suite, Şeyda s'est mariée et a déménagé à Istanbul. Je me suis retrouvé à la tête de la chorale qui comprenait 2 imam, 2 prêtres orthodoxes ainsi que des professeurs, des avocats, des médecins, des femmes au foyer, des retraités, des étudiants, des infirmiers, des marchands de tissus, monsieur et madame tout le monde...”

 

Yılmaz Özfırat poursuit ses explications : “Au début, chaque communauté interprétait ses propres chants et les derniers morceaux l'étaient par tous. Mais nous avons constaté que cela dissociait en fait les groupes, ce qui n'était pas le but, bien au contraire. Aussi, nous avons décidé que la chorale au grand complet chanterait les chants religieux de chaque communauté.

11 avril 2015, salle comble à Sainte-Irène, Istanbul, pour le concert annuel du Choeur des Civilisations d'Antioche

11 avril 2015, salle comble à Sainte-Irène, Istanbul, pour le concert annuel du Choeur des Civilisations d'Antioche

Après le premier concert, nous avons également ressenti la lourdeur de la bureaucratie et afin de disposer d'une plus grande liberté, il a été décidé de nous constituer en association en 2008. Le choeur qui s'appelait à l'origine la “Chorale de l'arc en ciel” devient finalement à ce moment-là le “Choeur des Civilisations d'Antioche.”

 

La ville d'Antioche et ses environs ont assurément des particularités historiques culturelles et religieuses. L'église Saint-Pierre taillée dans la roche est une des premières églises au monde, c'est aussi là qu'a été utilisé pour la première fois le mot “chrétien”. La première mosquée d'Anatolie se trouve également ici et c'est aussi à Antioche qu''un nom de personne non musulmane, en l'occurrence Habibi Neccar, a été donné à une mosquée de cette cité pas comme les autres où la tolérance est un principe de base.

 

En outre, c'est aussi non loin de là qu'existe Vakıflı Köyü, le seul village 100 % arménien en Turquie qui n'a jamais été assimilé ou dominé.

 

A ses débuts, la chorale comprenait 75 membres, tous amateurs, répartis équitablement entre membres juifs, orthodoxes, musulmans sunnites, alévis et catholiques. Depuis, elle s'est étoffée et compte aujourd'hui 120 personnes dont toutes ou partie se déplacent lors des différents concerts donnés tant en Turquie qu'à travers le monde.

 

Un chant mystique accompagné par des derviches tourneurs lors du concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène, Istanbul - 11 avril 2015

Un chant mystique accompagné par des derviches tourneurs lors du concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène, Istanbul - 11 avril 2015

Yılmaz Özfırat explique également : “Notre but est d'attirer l'homme vers le droit chemin et la beauté. Les guerres de religion font du bruit, pourtant celles-ci sont inacceptables du point de vue de Dieu. Nous aimons tout ce qui a été réalisé par le Créateur et à partir de là nous souhaitons montrer l'exemple de la Turquie au monde.

 

Lorsqu'on nous demande comment nous avons réussi, nous répondons simplement “Comment avez-vous échoué ?” Nous essayons de faire ce qui est juste. Notre répertoire comprend des chants sunnis, alévis, orthodoxes, catholiques, arméniens et juifs ainsi que des chansons populaires. Nous présentons uniquement des chansons louant Dieu.”

Une partie du Choeur des Civilisations d'Antioche en concert à Istanbul

Une partie du Choeur des Civilisations d'Antioche en concert à Istanbul

İbrahim Cemal, de confession juive presque septuagénaire, fait partie du choeur depuis le début. Originaire d'Antioche, il a passé sa vie à vendre du tissu jusqu'à sa retraite et à fréquenter la synagogue de sa ville. Ce sont le Président de sa communauté et celui du choeur qui l'ont choisi à l'époque avec d'autres camarades pour faire partie de la chorale. “Beaucoup de choses ont changé pour moi depuis 2007” dit-il.

 

“Nous avons établi entre tout le monde des liens d'amitié très forts et vivons comme des frères. Croyez-moi, nous formons un très bel ensemble. Malgré mon âge, je n'arrive pas à me détacher du choeur car nous formons tous une famille et nous nous aimons beaucoup. Pour moi, cela ne me pose aucun problème de chanter des chants religieux de différentes confessions car dans chacune c'est le nom de Dieu qui revient et je chante volontiers tous les chants.”

Séance photo du Choeur des Civilisations d'Antioche devant l'ancienne église Sainte-Irène à Istanbul, 11 avril 2015

Séance photo du Choeur des Civilisations d'Antioche devant l'ancienne église Sainte-Irène à Istanbul, 11 avril 2015

Jan Dellüller officie comme prêtre à l'église grecque orthodoxe Saints Pierre et Paul et a également rejoint le choeur dès sa naissance avec entre autres le père Dimitri. Il se souvient des débuts de la formation consécutive à l'ouverture de la semaine du Tourisme à Hatay. “Aujourd'hui, le monde a besoin d'amour et de paix et à chaque endroit où nous donnons un concert, nous donnons l'occasion de faire connaître les chartes d'une manière de vivre.”

11.04.2015 - Concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Istanbul

11.04.2015 - Concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Istanbul

Ahmet Yatmaz, imam de la mosquée Ordu à Yayladağı dans la province d'Antioche tout près de la frontière syrienne, fait partie de la chorale depuis 2012. “Lorsque j'ai eu connaissance de l'existence de ce choeur, j'ai proposé d'en faire partie et c'est ainsi que j'y suis entré” dit-il. “J'ai appris au contact de ces personnes de différentes confessions à les voir seulement avec un regard d'homme. J'ai connu des gens d'horizons divers et j'ai compris que le monde n'est pas constitué seulement du pays ou du lieu où je vis.” conclut-t-il.

Quelques membres du Choeur des Civilisations d'Antioche - 11 avril 2015 à Istanbul, Sainte-Irène

Quelques membres du Choeur des Civilisations d'Antioche - 11 avril 2015 à Istanbul, Sainte-Irène

Le Choeur des Civilisations d'Antioche a figuré en 2012 parmi les 231 nominés pour le Prix Nobel de la Paix. Même s'il n'a pas eu la consécration suprême, il représente sans aucun doute un véritable modèle de tolérance et de fraternité tant au sein de la Turquie où il donne des concerts aux quatre coins du pays (environ 300 depuis la création) que dans d'autres pays tels la France, l'Allemagne, la Grèce. Il a aussi chanté devant le Parlement Européen, le siège des Nations Unies ainsi qu'au Congrès Américain, pour ne citer que quelques exemples.

Chant et danse de Mer Noire, concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Istanbul le 11 avril 2015

Chant et danse de Mer Noire, concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Istanbul le 11 avril 2015

Tout comme Yılmaz Özfırat, İbrahim le retraité juif, Jan le père orthodoxe et Ahmet l'imam souhaitent pouvoir chanter un jour à Gaza devant des Juifs et des Palestiniens, en Syrie ainsi que dans d'autres zones sensibles de la planète si proches de la Turquie mais où l'Homme est oublié au profit d'autres idéaux qui n'ont rien de la religion juive, ni chrétienne ou musulmane.

 

Si ces hommes et ces femmes de bonne volonté arrivent à vivre en paix au quotidien en se respectant, en unissant leurs voix et en montrant ainsi l'exemple, pourquoi ne prendrions-nous pas exemple pour vivre mieux ensemble ? Il dépend de chacun d'entre nous d'apporter une pierre à l'édifice...

Yılmaz Özfırat à la tête du Choeur des Civilisations d'Antioche

Yılmaz Özfırat à la tête du Choeur des Civilisations d'Antioche

Pour aller plus loin :

http://www.medeniyetlerkorosu.com/ (en turc et en anglais)


 

Quelques extraits vidéos du concert donné à Sainte-Irène le 11 avril 2015 :

https://www.youtube.com/watch?v=fEwIWXzYuY4

https://www.youtube.com/watch?v=hSB6ruLZBGY

https://www.youtube.com/watch?v=toM3ToYj5S4

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Published by Nat - dans Publications
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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 05:57

Article publié dans LePetitJournald'Istanbul.com - Edition du 31 mars 2015

 

Vendredi 20 mars 2015, 16 heures à l'aéroport Atatürk d'Istanbul. Deux femmes chiropracteurs volontaires installées dans la mégalopole s'apprêtent à passer un week-end pas comme les autres auprès de réfugiés syriens basés dans un camp non-gouvernemental à Adana.

 

Aurélie Belsot, chiropracteur et depuis un an et demi, présidente de l'Association des Chiropracteurs de Turquie comptant une dizaine de membres, estime “normal”, quand on est dans la profession médicale, de soigner les autres. Ce n'est pas tant le fait de se rendre la première fois dans un camp de réfugiés qu'elle appréhende le plus, mais plutôt l'organisation sur place et comment communiquer avec les malades. Pour Fatima Karagöz, également chiropracteur et travaillant avec Aurélie, c'est aussi une première expérience auprès des réfugiés. A ses yeux, aider l'autre, celui dans le besoin, est un devoir.

 

Ces deux femmes peuvent, à travers la chiropractie, soulager et réduire la douleur des corps meurtris par un vécu chaotique. Comment ne pas avoir mal au dos en portant enfants et sacs pesant de nombreux kilos, durant des jours de voyage longs et difficiles, souvent à pied, pour fuir un pays en guerre ?

 

Fatima Karagöz à gauche et Aurélie Belsot à droite, chiropracteurs volontaires dans un camp de réfugiés non-gouvernemental à Adana

Fatima Karagöz à gauche et Aurélie Belsot à droite, chiropracteurs volontaires dans un camp de réfugiés non-gouvernemental à Adana

Une fois arrivées à Adana, les deux chiropracteurs rencontrent Hüseyin Ocak, pasteur de l'église protestante Kurtuluş. Celui-ci œuvre depuis novembre 2013 en faveur des réfugiés. Il commence d’abord seul, en collectant vêtements et vivres dans son quartier.

 

Il y a huit mois, lors d'une réunion de différents responsables religieux du Sud-Est, le pasteur émet le souhait de travailler ensemble en faveur de ces réfugiés, recevant alors plusieurs appuis et aides financières. Il fait aussi connaissance avec Dan et Janet, un couple d'Américains établis sur place depuis une quinzaine d'années qui, eux aussi, travaillent depuis longtemps pour améliorer le quotidien de ces personnes. Ils unissent alors leur action.

A gauche, le pasteur Hüseyin Ocak avec Aurélie Belsot, chiropracteur et deux réfugiés syriens à Adana

A gauche, le pasteur Hüseyin Ocak avec Aurélie Belsot, chiropracteur et deux réfugiés syriens à Adana

L’installation, les premiers patients

 

Ce camp sauvage situé dans les quartiers de Yeşilbağlar et Bahçelievler a vu arriver les premiers réfugiés il y a trois ans. Ils se sont installés de façon anarchique sur des terrains situés à proximité des demeures de ce quartier essentiellement habité par une population kurde.

 

Aujourd'hui plus, de 530 tentes abritent environ 2.150 personnes dont 600 enfants et une centaine de bébés.

 

 

Dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana

Dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana

Près de 400 familles habitant dans ce même secteur – elles sont composées en moyenne de huit à neuf personnes, soit une population d'environ 3.500 personnes - ont trouvé refuge, qui dans des dépôts ou immeubles abandonnés, qui dans des vieux magasins.

Tentes de réfugiés syriens au milieu des habitations d'Adana

Tentes de réfugiés syriens au milieu des habitations d'Adana

Samedi matin 9 heures 30, dans l'avenue de la Sérénité – au nom plein d'espoir – un dépôt a été loué une dizaine de jours auparavant par Hüseyin Ocak pour entreposer et redistribuer les dons qui ont commencé à affluer d'Istanbul mais aussi de Bursa et de la région de Kocaeli suite au lancement d'une campagne d'aide initiée à Istanbul par quelques personnes de bonne volonté.

 

 

15 mars 2015 à l'hôpital de la Paix à Şişli - Tri et préparation des colis destinés aux réfugiés syriens d'Adana

15 mars 2015 à l'hôpital de la Paix à Şişli - Tri et préparation des colis destinés aux réfugiés syriens d'Adana

C'est là qu'Aurélie et Fatima installent leurs tables de travail au milieu des matelas, de colis comportant couches et lait en poudre pour bébés, des cartons de vêtements, de linge de maison et de lits, de jouets, de produits de soin, d'hygiène, de puériculture et de médicaments.

Préparation des tables de soins par les deux chiropracteurs volontaires d'Istanbul en présence du pasteur Hüseyin Ocak, de Cemo, Janet et le jeune traducteur Habeş

Préparation des tables de soins par les deux chiropracteurs volontaires d'Istanbul en présence du pasteur Hüseyin Ocak, de Cemo, Janet et le jeune traducteur Habeş

Les premiers réfugiés prévenus de leur arrivée s'installent à l'extérieur et attendent patiemment leur tour. Se trouvent là des femmes au dos courbé par le poids des souffrances et la charge quotidienne de s'occuper de leurs enfants et de leur offrir un minimum de nourriture et d'attention.

 

 

Les premiers réfugiés syriens attendent de se faire soigner par les deux chiropracteurs volontaires

Les premiers réfugiés syriens attendent de se faire soigner par les deux chiropracteurs volontaires

Il y a aussi des bébés et des petits aux pathologies sérieuses, qui nécessiteraient des prises en charge lourdes. Parmi eux, une petite d'un an et demi dont la tête ne tient pas droite seule, une fillette de trois ans, sourde et muette, au sourire ravageur qui ne laisse pas indifférent.

 

Un bébé fête le lendemain sa première année de vie mais, pour l'heure, il doit être amené aux urgences en raison d'une inflammation d'un testicule ayant fait tripler ce dernier de volume. Il devra être opéré sous peu dès que le problème administratif lié à un permis de résidence établi à Urfa, ne permettant l'accès aux soins gratuits que dans cette province-là, aura été réglé...

 

Une simplification de la procédure, si les réfugiés déclarés sont amenés à changer de région au sein de la Turquie, éviterait tracas, fatigue supplémentaire et déplacements longs, fatigants et coûteux.

Le pasteur Hüseyin Ocak avec une famille de réfugiés syriens à Adana

Le pasteur Hüseyin Ocak avec une famille de réfugiés syriens à Adana

Des histoires qui se ressemblent

 

Les hommes aussi ont leur compte de soucis de santé entre problèmes respiratoires, dos cassés et moral dans les chaussettes pour certains.

 

La journée se passe sans encombres grâce à la présence de Şemsettin, le “chef” des réfugiés venus de Kobané, et de Cemo qui habite le quartier et travaille aux côté du pasteur. Tous deux assurent le filtrage et l'entrée des malades dans le dépôt.

 

Janet, l'Américaine, assiste les chiropracteurs et Habeş, un jeune Syrien, sert de traducteur, rôle de première importance.

Le pasteur Hüseyin Ocak, au milieu Cemo son aide et à droite Şemsettin, réfugié de Kobane à Adana

Le pasteur Hüseyin Ocak, au milieu Cemo son aide et à droite Şemsettin, réfugié de Kobane à Adana

Habeş, jeune réfugié syrien, sert de traducteur aux deux chiropracteurs volontaires à Adana

Habeş, jeune réfugié syrien, sert de traducteur aux deux chiropracteurs volontaires à Adana

Les histoires de ces réfugiés se ressemblent beaucoup. Şhadi, 23 ans, agriculteur et conducteur de machines agricoles, est venu clandestinement d'un village situé près de Hamah avec ses parents et ses sept frères et sœurs dans l'espoir, déçu pour le moment, de trouver du travail à Adana.

 

Sali*, 25 ans, originaire de Damas, vit depuis avril 2013 en Turquie. Il a fait le voyage sans famille mais accompagné d'autres Syriens, marchant et courant durant trois jours, affrontant mille dangers sur sa route. Professeur d'anglais durant quatre ans en Syrie, il travaille à présent dans un magasin de vente de métal et de bois pour le bâtiment et vit dans une maison du quartier avec son épouse syrienne et pédiatre.

Une famille de réfugiés syriens parmi bien d'autres dans le camp non-gouvernemental à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Une famille de réfugiés syriens parmi bien d'autres dans le camp non-gouvernemental à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Dimanche matin, après avoir été conduites au dépôt, Aurélie et Fatima reçoivent encore de nombreuses visites de réfugiés au regard parfois souriant, parfois rempli d'espoir, parfois vide... Yeter, une amie de Janet, est aujourd'hui de service pour traduire.

 

 

 

File d'attente dimanche matin de réfugiés syriens en attente de soins par deux chiropracteurs d'Istanbul à Adana

File d'attente dimanche matin de réfugiés syriens en attente de soins par deux chiropracteurs d'Istanbul à Adana

Une nouvelle urgence est diagnostiquée : le petit Mohamed, âgé de cinq mois souffre d'une bronchiolite et peine à respirer. Des soins hospitaliers urgents sont nécessaires et il faut se rendre sans délai avec Dilyar, jeune Syrien de 20 ans de Kobané assurant la traduction, à l'hôpital Numune, où officient ce week-end les pédiatres de garde.

 

 

Mohamed, 5 mois, tout jeune réfugié syrien à Adana

Mohamed, 5 mois, tout jeune réfugié syrien à Adana

Mustafa, 27 ans, le père du bébé, est arrivé il y a 10 jours d'Alep avec son épouse Nebibe, avec qui il s'est marié un an et sept mois plus tôt. Artisan carreleur en Syrie, la guerre l'a mené au chômage voilà quatre mois et il est sans argent. Nebibe, quant à elle, a dû renoncer à poursuivre ses études pour devenir institutrice. Ils ont fait le voyage à pied durant près de trois jours avec 35 autres réfugiés dans l'espoir de démarrer une nouvelle vie en Turquie suite à la rencontre d'un homme qui leur a promis du travail. Ce dernier les a accompagnés jusqu'à Kilis avant de tous les abandonner à leur triste sort...

 

Les parents du petit Mohamed n'ont que leur carte d'identité syrienne. Le fait de ne pas encore disposer de permis de résidence en tant “qu'invités syriens”, comme les deux millions de leurs compatriotes vivant en Turquie, n'est pas un obstacle pour bénéficier de soins gratuits.

 

Leur bébé est pris en charge et soigné de façon immédiate et efficace dans cet hôpital flambant neuf d'Adana, où les urgences se bousculent et où le personnel médical réalise un travail remarquable.

 

 

De gauche à droite, Nebibe, son bébé Mohamed, son époux Mustafa et Dilyar, jeune réfugié syrien assurant la traduction - Hôpital Numune à Adana

De gauche à droite, Nebibe, son bébé Mohamed, son époux Mustafa et Dilyar, jeune réfugié syrien assurant la traduction - Hôpital Numune à Adana

Au milieu des tentes, où se rendent les deux chiropracteurs volontaires, se trouve Najib, arrivé trois jours auparavant de Hassaké avec sa femme et quatre de ses cinq enfants âgés de 6, 7, 9 et 11 ans, celui de 8 ans étant resté en Syrie avec son oncle.

 

La principale préoccupation de cet homme est de recevoir une tente, commandée le lendemain par Hüseyin et Cemo, pour ne pas continuer à s'entasser dans celle d'un membre de leur famille où ils ont trouvé refuge à leur arrivée. Eux aussi ont fait une bonne partie du chemin à pied, sont entrés sur le territoire turc en tant que clandestins et ont poursuivi leur périple en voiture.

Dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana, Turquie

Dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana, Turquie

Quelques tentes dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana, dans le sud de la Turquie

Quelques tentes dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana, dans le sud de la Turquie

Dans un des secteurs du camp demeurent des habitants de Kobané, où ils travaillaient presque tous la terre. Vingt-huit tentes abritent chacune entre huit et dix familles, 180 personnes en totalité, tous Kurdes. Les premiers sont arrivés il y a deux ans, Şemsettin, le “chef” il y a un an, d'autres depuis des durées variant entre trois mois et un an.

 

 

Réfugiés syriens de Kobané à Adana dans un camp non-gouvernemental avec à gauche leur "chef" Şemsettin

Réfugiés syriens de Kobané à Adana dans un camp non-gouvernemental avec à gauche leur "chef" Şemsettin

L'an passé, un Turc d'Izmir est venu leur proposer un emploi dans les champs. Dilyar, le fils de Şemsettin, ne l'a pas cru au départ et lui a demandé de leur avancer de l'argent pour se rendre sur place, somme qu'ils lui rendront après avoir travaillé.

 

C'est ainsi que plus d'une vingtaine de réfugiés de Kobané sont allés à Izmir en 2014 durant quatre-cinq mois pour œuvrer dans les champs de tomates et s'occuper des vignes en étant hébergés sur place. Cette année encore, 20 à 25 personnes sont retournées le 25 mars à Izmir pour quelques mois avant de revenir à Adana pour exécuter des travaux dans les plantations de mandarines.

Champ gorgé d'eau dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana

Champ gorgé d'eau dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana

Réfugiés syriens de Kobané à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Réfugiés syriens de Kobané à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Je suis prête à retourner à Adana”

 

Pour Aurélie Belsot, “le bilan du week-end est plutôt positif, avec 90 personnes ajustées et deux urgences détectées à temps. Il aurait était possible de faire mieux si un médecin avait pu être du voyage. Peut-être la prochaine fois” espère-t-elle.

 

Cette jeune femme vive et pleine d'humour précise : “Partir là-bas signifie aller vers les autres, de culture et à l'histoire ô combien différentes de la mienne. Le chamboulement intérieur ne s'est pas fait attendre. S'occuper des plus démunis m'a permis de remettre mes valeurs de thérapeute en avant. Je reviens changée de ce week-end et je l'espère en bien. Je suis prête à retourner à Adana.”

Aurélie Belsot, chiropracteur et volontaire dans un camp de réfugiés syriens à Adana

Aurélie Belsot, chiropracteur et volontaire dans un camp de réfugiés syriens à Adana

Pour Fatima, “le week-end était fatiguant mais en même temps, c'était super d’être là-bas et de soigner des réfugiés. Le cadre est atroce, les réfugiés vivent dans des conditions et un environnement inhumains. J’étais très énervée face à la situation de ces gens qui subissent un combat inhumain. Personne ne dit rien, la vie humaine est-elle si ordinaire, a-t-elle si peu de prix ? Il me faudra du temps pour repartir car je suis démoralisée et cela m’a affectée au niveau émotionnel. Dans un mois, ce sera possible mais pour le moment, c'est trop tôt.”

Fatima Karagöz, chiropracteur à Istanbul et volontaire dans un camp de réfugiés syriens d'Adana en Turquie

Fatima Karagöz, chiropracteur à Istanbul et volontaire dans un camp de réfugiés syriens d'Adana en Turquie

Deux jours après ce week-end auprès des réfugiés syriens, les tentes des personnes originaires de Kobané ont été attaquées le soir par un groupe de personnes se déclarant de l'Etat Islamique. Ceux-ci ont lacéré leurs habitations de fortune au couteau, bousculé les femmes et créé un climat de peur et une forme de seconde guerre pour ces familles. Cette attaque contre ceux qui vivent déjà dans des conditions précaires une vie que personne n'a souhaité a laissé des traces.

 

Ceux devant partir pour Izmir ont eu de la chance dans leur malheur, d'autres, assez nombreux, ont trouvé le lendemain du travail dans des champs à Mersin et Tarsus mais 35 personnes (cinq familles) sont restées sans toit, une fois encore. Et là encore, l'aide d'urgence est nécessaire pour les reloger au mieux.

25 mars 2015, au lendemain de l'attaque perpétrée contre des réfugiés syriens de Kobané à Adana - crédit photos Seli Çelik

25 mars 2015, au lendemain de l'attaque perpétrée contre des réfugiés syriens de Kobané à Adana - crédit photos Seli Çelik

Une mobilisation importante

 

La mobilisation et l'aide ont été importantes en faveur des réfugiés syriens d'Adana, tant de la part des communautés d'expatriés en Turquie telles Istanbul Accueil ou l'Alliance Française, des membres de la paroisse Saint-Louis des Français, que des communautés des Sœurs de la Charité de l'Hôpital de la Paix et des Sœurs de Saint-Georges, de la Fondation Catholique Géorgienne d'Istanbul, de l'hôpital Çapa, d'un pédiatre de la région de Kocaeli, entre autres.

 

Une petite partie des dons en faveur des réfugiés syriens d'Adana

Une petite partie des dons en faveur des réfugiés syriens d'Adana

Plusieurs entreprises françaises implantées en Turquie telle Orientrans, qui a pris en charge le transport de 70 m3 de dons une semaine auparavant, ont apporté leur aide.

 

L'agence de voyages Koptur a réglé un billet d'avion pour une des soignantes, la société de transports Özcemay d'Antioche a payé la note d'hébergement. Des particuliers français et turcs mais aussi suisse ainsi que de jeunes aumôniers français à l'occasion du carême, ont participé, de différentes façons à la campagne d'aide.

19.03.2015 - Chargement du poids lourds affrêté par Orientrans pour acheminer les dons en faveur des réfugiés d'Adana

19.03.2015 - Chargement du poids lourds affrêté par Orientrans pour acheminer les dons en faveur des réfugiés d'Adana

19 mars 2015 à 23 h à l'hôpital de la Paix à Şişli, chargement du poids lourds rempli de dons pour les réfugiés syriens d'Adana

19 mars 2015 à 23 h à l'hôpital de la Paix à Şişli, chargement du poids lourds rempli de dons pour les réfugiés syriens d'Adana

Cette dernière se poursuit tant les besoins sont énormes. Outre l'aide alimentaire, les produits de première nécessité pour bébés, enfants et adultes, les besoins en soins sont primordiaux, notamment pour endiguer la vague dépressive qui sévit au sein de cette population où beaucoup ont perdu toute énergie et goût de la vie.

 

 

Vivres dans une des tentes de réfugiés syriens à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Vivres dans une des tentes de réfugiés syriens à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Des conditions de vie plus que difficiles ces dernières semaines pour les réfugiés syriens d'Adana confrontés à des pluies torrentielles - crédit photos Hervé Porcher

Des conditions de vie plus que difficiles ces dernières semaines pour les réfugiés syriens d'Adana confrontés à des pluies torrentielles - crédit photos Hervé Porcher

Pour le pasteur Ocak, la venue de psychologues et psychiatres, tant pour enfants que pour adultes, est un souhait prioritaire. Soigner le corps comme le font Aurélie et Fatima et soigner l'âme vont souvent de pair.

Un lueur d'espoir dans les yeux souriants de ce réfugié syrien soigné par Aurélie

Un lueur d'espoir dans les yeux souriants de ce réfugié syrien soigné par Aurélie

Ces jeunes réfugiés syriens d'Adana n'ont pas perdu leur sourire d'enfants - crédits photos Hervé Porcher

Ces jeunes réfugiés syriens d'Adana n'ont pas perdu leur sourire d'enfants - crédits photos Hervé Porcher

Plusieurs projets d'amélioration du cadre de vie de ces réfugiés en matière d'hygiène et de réalisations, leur permettant de commencer à subvenir eux-mêmes à certains de leurs besoins, sont à l'étude suite à ce premier voyage. Il devrait faire l'objet d'un nouveau déplacement prévu durant la seconde quinzaine du mois d'avril.

 

 

 

Améliorer les conditions de vie et d'hygiène pour les réfugiés syriens, une priorité - crédit photo Hervé Porcher

Améliorer les conditions de vie et d'hygiène pour les réfugiés syriens, une priorité - crédit photo Hervé Porcher

* Prénom changé pour les besoins de l'article

 

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 09:48

Yaşar Kemal, une des plus grandes plumes de la littérature turque contemporaine, sinon la plus grande, a rendu son dernier souffle hier 28 février 2015 à l'âge de 91 ans, après six semaines de maintien sous assistance respiratoire dans un hôpital d'Istanbul, suite à une grave pneumonie.

 

De son vrai nom Kemal Sadık Gökçeli, il naît au sein d'une famille kurde de paysans en 1923, en même temps que la République Turque, dans le village d'Hemite près d'Adana. Il perd son œil droit à l'âge de 5 ans et son père est tué sous ses yeux à la mosquée. Sa jeunesse est loin d'être un long fleuve tranquille...

 

Yaşar Kemal au Consulat de France à Istanbul, mai 2010

Yaşar Kemal au Consulat de France à Istanbul, mai 2010

A l'école déjà, ses poèmes (édités dans la revue « Görüşler dergisi ») et ses écrits ne passent pas inaperçus. Yaşar gratte le saz, cet instrument de musique à cordes traditionnel, avec doigté.

 

Rentré par obligation dans la vie active à 11 ans pour subvenir aux besoins de sa mère, il ramasse le coton, conduit des tracteurs, fait des travaux de maçonnerie avant de devenir contremaître, puis garde-champêtre avant de revenir à ses premières amours, l'écriture. Il continue de travailler en tant que bibliothécaire, son emploi préféré. Différentes revues publient ses poèmes et ses premières nouvelles le sont à l'âge de 20 ans.

 

Accusé de propagande communiste, il purge en 1950 une année de prison après laquelle il s'installe à Istanbul où il devient reporter pour le quotidien turc Cumhuriyet avec qui il collabore durant 12 ans. Durant cette période, il reçoit le Prix Spécial de l'Association des Journalistes pour son reportage “Dünyanin En Büyük Çiftliğinde Yedi Gün” (Sept jours dans la plus grande ferme du monde). En 1951, il décide d'adopter le pseudonyme de Yaşar Kemal, un nom qui deviendra célèbre aux quatre coins de la planète.

Yaşar Kemal reçu en mai 2010 à l'Institut Culturel Français d'Istanbul par Bernard Emié, Ambassadeur de France en Turquie, aux côtés de Jack Lang et Ara Güler

Yaşar Kemal reçu en mai 2010 à l'Institut Culturel Français d'Istanbul par Bernard Emié, Ambassadeur de France en Turquie, aux côtés de Jack Lang et Ara Güler

A partir de 1963, il se consacre uniquement à sa carrière de romancier débutée en 1955 avec « Ince Memed » (Memed le Mince), sorte de Robin des Bois anatolien dont le personnage évoque Mayro, rebelle tué à l'âge de 25 ans lors d'un accrochage avec la police et oncle maternel de Yaşar Kemal. Ce livre traduit en 40 langues... constitue la base d'une série de 4 livres consacrée à Memed.

 

Ecrivain engagé, militant de gauche, l’homme passe une bonne partie de sa vie dans les couloirs des tribunaux pour sa défense et celle de ses amis. Infatigable porte-parole des laissés pour compte, il est condamné à de courts séjours derrière les barreaux en 1966 puis en 1971.

 

En 1995, un article publié dans le journal allemand « Der Spiegel » lui vaut un jugement mais il finit par être acquitté. La peine de 20 mois qu'il écope pour un autre article publié dans « Indexon Censorhip » est, quant à elle, ajournée.

 

En 1996, la Cour de Sûreté de l'Etat le condamne à 20 mois de prison à la suite de la publication l'année précédente de son article « Le ciel noir de la Turquie » dans son livre « La liberté d’expression et la Turquie » qui porte sur la question kurde.


Yaşar Kemal, lassé de ses ennuis avec la justice, s'exile durant deux ans en Suède avec son épouse à la fin des années 1970.

Yaşar Kemal avec deux autres grands noms de la culture turque, Ara Güler et son ami de longue date Zülfü Livaneli

Yaşar Kemal avec deux autres grands noms de la culture turque, Ara Güler et son ami de longue date Zülfü Livaneli

Après avoir été marié en 1952 avec Thilda Serrer, une immigrée intellectuelle espagnole qui est emprisonnée aussi à plusieurs reprises et qui décède en 2001 après lui avoir donné un fils Raşit Göçeli, il épouse en seconde noce Ayşe Semiha Baban en 2002.

 

Auteur de 35 romans, de nouvelles, de reportages et d'articles publiés entre 1955 et 1984, l'écrivain collectionne les prix les plus importants de la littérature mondiale et est l'écrivain turc le plus lu et traduit de par le monde.

 

En mai 2010, il est reçu par Bernard Emié, alors Ambassadeur de France en Turquie, dans les jardins du Consulat de France aux côtés d'Ara Güler, l'oeil d'Istanbul, et de son ami Zülfü Livaneli lors de la visite de Jack Lang, ancien Ministre Français de la Culture.

Yaşar Kemal, mai 2010, dans les jardins du Consulat de France, entouré par Bernard Emié, Ambassadeur de France en Turquie, Jack Lang, Ara Güler et Zülfü Livaneli

Yaşar Kemal, mai 2010, dans les jardins du Consulat de France, entouré par Bernard Emié, Ambassadeur de France en Turquie, Jack Lang, Ara Güler et Zülfü Livaneli

Le 17 décembre 2011, Yaşar Kemal se voit remettre au Palais de France d'Istanbul les insignes de Grand Officier dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur par Jean-Louis Georgelin, Général d'Armée, en présence de Laurent Bili, Ambassadeur de France en Turquie.

 

A l'annonce du décès de ce monstre sacré de la littérature, Ömer Çelik, Ministre turc de la Culture, déplore la perte d’une « grande âme » et Abdullah Gül, ancien Président de la République salue, quant à lui, l’« Intellectuel aux positions libres et indépendantes » qu'était Yaşar Kemal dont la dépouille sera inhumée demain 2 mars au cimetière de Zincirlikuyu.

 

Pour ma part, je garderai le souvenir ému d'un grand homme dans tous les sens du terme, humble, à la gentillesse et à l'humour exquis qui, derrière cette façade douce, osait dire tout haut ce que les autres pensaient tout bas, vouait un amour pour l'Anatolie profonde dont il était un enfant et qu'il a su si bien décrire dans ses ouvrages. Ce fervent défenseur des droits de l'homme et de la liberté, tout comme Zülfü Livaneli, aura marqué la Turquie et le monde entier de son empreinte.

 

Qu'il repose en paix au paradis des grands hommes !

 

 

Yaşar Kemal, au premier rang lors d'un concert donné par son ami Zülfü Livaneli à Harbiye, août 2010

Yaşar Kemal, au premier rang lors d'un concert donné par son ami Zülfü Livaneli à Harbiye, août 2010

"Si tu t’acharnes à ce point sur n’importe qui, un chat, un chien, un oiseau qui vole, il aura peur une première fois, une seconde. La troisième, poussé à bout, il deviendra féroce comme un léopard et te mettra en pièces. Il ne faut pas tant s’acharner sur les hommes." (Yaşar Kemal - extrait de Memed le Mince)

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 08:33

8 février 2011, il y a 4 ans jour pour jour, je recevais, émue, ma carte d'identité turque.

 

Mon amour pour mon pays d'adoption n'a pas fléchi depuis et je suis fière de dire "Ne mutlu Türküm diyene" ("Quel bonheur de dire je suis turque").

 

 

Ne mutlu Türküm diyene

Ne mutlu Türküm diyene

Pour fêter cet anniversaire, je viens de mettre en ligne l'enregistrement de mon passage dans l'émission "Expat-Istanbul" diffusée le 13 mars 2014 sur la chaîne câblée "Voyage", un beau souvenir en l'occurrence.

Cliquez ici pour passer une dizaine de minutes en ma compagnie si vous le voulez bien, destination Üsküdar sur la rive asiatique d'Istanbul  !

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 18:24

Le 6 janvier 2015, 550 roms sédentaires, dont 150 enfants, habitant le quartier d'Ataşehir à Istanbul ont vu leurs maisons de fortune être démolies par les bulldozers au plus froid de l'hiver.

 

Nebahat Bilgiç, Président de l'Association de Défense des Roms pour la rive asiatique d'Istanbul, s'est rendue le 27 janvier à l'Assemblée Nationale à Ankara pour une réunion cruciale qui s'est achevée de façon positive avec une solution de relogement mais qui va prendre du temps...

17 janvier 2015, 11 jours après la démolition des maisons des roms d'Ataşehir à Istanbul

17 janvier 2015, 11 jours après la démolition des maisons des roms d'Ataşehir à Istanbul

Les responsables rencontrés ont donné instruction de commencer le plus rapidement possible les travaux permettant de régler le problème de logement des roms d'Ataşehir.

 

La Direction Générale d'Istanbul du Ministère de l'Environnement, de l'Urbanisme et du Trésor Public a été contactée afin de trouver dans les 10 à 15 jours à venir un terrain sur lequel des logements seront construits pour accueillir les familles concernées. 3 à 5 mois seront nécessaires afin que les fondations de ces immeubles sortent de terre...

Le terrain occupé par les roms d'Ataşehir jusqu'au 6 janvier 2015

Le terrain occupé par les roms d'Ataşehir jusqu'au 6 janvier 2015

Pour l'heure, la Sous-Préfecture d'Ataşehir a ordonné aux maires de quartiers de trouver des logements libres pour les roms... Fournir des préfabriqués pourrait constituer une solution provisoire.

 

En attendant, hormis les 10 familles qui ont réussi à se reloger… dans d'autres gecekondu, la situation reste critique car toutes les autres sont entassées tant bien que mal avec d'autres membres de leur communauté dans leurs habitations déjà exigues.

Femmes roms d'Ataşehir à Istanbul

Femmes roms d'Ataşehir à Istanbul

La campagne d'aide démarrée le 14 janvier bat son plein et continue car les besoins sont plus qu'importants :

  • couches pour bébés de toutes tailles, étant précisé que trois bébés sont nés depuis le 6 janvier dernier...

  • petits pots, affaires de toilettes pour bébés

  • vêtements bébés et pour enfants, chaussures

  • jouets, affaires scolaires

  • vaisselle en tout genre (assiettes, couverts, verres)

  • ustensiles de cuisine (surtout faitout, casseroles, poêles)

  • linge de lit et de toilette

  • matelas, coussins, draps

  • mobilier et surtout électro-ménager (réfrigérateurs, gazinières, plaques de cuisson)

Un camion plein destiné aux roms d'Ataşehir à Istanbul

Un camion plein destiné aux roms d'Ataşehir à Istanbul

Couches pour bébés destinées aux roms d'Ataşehir

Couches pour bébés destinées aux roms d'Ataşehir

Les dons peuvent être apportés :

  • à la cathédrale du Saint-Esprit tous les jours de 9 h à 12 h et de 16 h 30 à 18 h (me prévenir avant par messagerie FB ou par le biais de contact « overblog »)

  • ce dimanche 1er février à la paroisse Saint-Louis des Français à l'occasion de la messe dominicale, contactez Isabelle Blayney sur FB par messagerie ou par mon intermédiaire

  • pour la rive asiatique à l'église Notre Dame de l'Assomption (contactez Soeur Angélina au 0216 336 16 47 au préalable)

 

 

Les expatriés à Istanbul se mobilisent pour les roms d'Ataşehir

Les expatriés à Istanbul se mobilisent pour les roms d'Ataşehir

Les dons en espèces sont aussi acceptés et utilisés pour des achats des denrées prioritaires effectués par des relais français ou belges d'Istanbul puis acheminés à Ataşehir au siège de l'Association de défense des Roms de la rive asiatique présidée par Nebahat Bilgiç pour être immédiatement redistribués.

Toutes les semaines, 1 à 2 voitures pleines à craquer sont acheminées à Ataşehir pour les roms

Toutes les semaines, 1 à 2 voitures pleines à craquer sont acheminées à Ataşehir pour les roms

Déchargement d'un véhicule par un rom d'Ataşehir à Istanbul

Déchargement d'un véhicule par un rom d'Ataşehir à Istanbul

Tout le monde possède dans ses placards de cuisine et ses armoires des effets dont ils ne se sont pas servis depuis au moins un an, alors autant les donner à ceux qui peuvent en avoir l'utilité immédiatement.

 

Rappel : sur les 65 familles concernées, 15 ont tout perdu le 6 janvier... sauf leur vie.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 07:32

Dans l'édition 2014 de l'Almanach du Petit Journal d'Istanbul dans lequel plusieurs de mes articles ont été publiés, une dizaine de personnes ont été interviewées pour évoquer un événement marquant de leur vie en Turquie.

 

J'ai le plaisir d'en faire partie et le sujet qui a marqué mon année 2014 était indéniablement ma première visite dans la prison d'Ümraniye à Istanbul, un établissement modèle dont le fonctionnement et les activités méritent réflexion.

 

 

Nathalie Ritzmann dans l'Almanach 2014 du Petit Journal d'Istanbul

Nathalie Ritzmann dans l'Almanach 2014 du Petit Journal d'Istanbul

En cliquant ici, vous pourrez lire ou relire mon reportage relantant cet événement hors du commun vécu il y a un an derrière les murs de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul.

Dans la prison-modèle d'Ümraniye à Istanbul

Dans la prison-modèle d'Ümraniye à Istanbul

Vous trouverez très prochainement l'Almanach 2014 du Petit Journal d'Istanbul :

- dans les Instituts français d'Istanbul, d'Izmir et d'Ankara,

- à la Chambre de commerce franco-turque à Istanbul,

- à l'Association culturelle France-Turquie de Bursa.

ainsi qu'au Centre culturel Anatolie de Paris.

 

Dix mille exemplaires seront à votre disposition gratuitement.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 07:30

Alors qu'une femme kamikaze a provoqué mardi dernier la mort d'un policier à Sultanahmet, que la Turquie a connu une vague de froid sans précédent et que Paris s'apprêtait à vivre des jours noirs, une tragédie humaine concernant 550 personnes roms dont 150 enfants se déroulait dans le quartier de Küçükbakkalköy à Ataşehir, sur la rive asiatique d'Istanbul, sans faire la une des journaux.

 

En effet, mardi 6 janvier 2015, à 5 heures du matin, les bulldozers de la mairie d'Ataşehir ont commencé à détruire les 65 habitations louées depuis 8 ans par des familles roms sédentaires de nationalité turque. Les loyers ont été payés durant les sept premières années mais durant la dernière année, les familles ne les ont plus réglés.

550 roms vivaient ici à Ataşehir jusqu'au 6 janvier 2015

550 roms vivaient ici à Ataşehir jusqu'au 6 janvier 2015

Avant d'habiter là, tous ces roms occupaient des maisons de fortune dans un autre quartier d'Ataşehir qu'ils ont dû quitter, leurs habitations ayant été démolies suite au projet de renouveau urbain dans cette zone...

 

 

Il était une fois les maisons des roms d'Ataşehir...

Il était une fois les maisons des roms d'Ataşehir...

Ces familles savaient depuis environ un an que leurs jours sur place étaient comptés et qu'ils allaient subir le même sort que leurs cousins de Sulukule, ce quartier gitan millénaire d'Istanbul situé dans la péninsule historique et devenu tristement célèbre entre 2007 et 2009.

550 roms à la rue depuis le 6 janvier 2015 à Istanbul, un Sulukule bis à Ataşehir

Finalement, ce sont dans des conditions dramatiques et totalement inhumaines que s'est effectuée l'«opération de nettoyage ».

 

A la base, le problème relève de la juridiction privée. Les habitations en question ont été construites par des propriétaires privés. Il y a un an, une société monte un projet de construction résidentielle sur le périmètre de ces terrains loués et habités par les roms.

Ataşehir à Istanbul, un quartier qui va devenir aussi tristement célèbre que celui de Sulukule

Ataşehir à Istanbul, un quartier qui va devenir aussi tristement célèbre que celui de Sulukule

Si décision de justice d'expropriation il y a, aucun document officiel l'attestant n'a été présenté ni remis aux concernés. La législation prévoit que l’exécution de la décision du tribunal par le biais de l’office chargé de mission doit adresser une lettre officielle aux familles en leur donnant un délai légal de 30 jours maximum pour qu’ils évacuent les lieux.

 

L'étape suivante consiste pour l’office d’exécution à donner l’ordre de l’expulsion forcée des familles et de la démolition des habitations. La zabita, équivalent de police municipale, est bien venue le 15 décembre 2014 informer les 65 familles que leurs maisons seraient démolies le 5 janvier 2015 - soit 20 jours après - et que d'ici là, elles devaient quitter les lieux et donc se reloger.

Les bulldozers ont rasé les maisons de 550 roms d'Ataşehir à Istanbul le 6 janvier 2015

Les bulldozers ont rasé les maisons de 550 roms d'Ataşehir à Istanbul le 6 janvier 2015

Louer un appartement lorsqu'on est rom est quasiment chose impossible, d'où la demande faite en son temps par l'Association de Protection des Roms pour la Rive Asiatique d'Istanbul présidée par Nebahat Bilgiç afin que l'administration les reloge dans des logements sociaux, mais sans résultat.

Nebahat Bilgiç, Présidente de l'Association de Protection des Roms de la Rive Asiatique d'Istanbul, crédit photo Hervé Porcher

Nebahat Bilgiç, Présidente de l'Association de Protection des Roms de la Rive Asiatique d'Istanbul, crédit photo Hervé Porcher

Les roms d'Ataşehir ne contestent pas la décision de démolition en soi, mais à juste titre la façon dont se sont déroulés les faits, durant les jours les plus froids de l'hiver et sans aucune aide de quiconque. Ils sont restés sur place dans la neige avec des températures nocturnes inférieures à 0 durant 3 nuits et 4 jours.

 

Ataşehir à Istanbul, sur le terrain habité jusqu'à début janvier 2015 par 550 roms

Ataşehir à Istanbul, sur le terrain habité jusqu'à début janvier 2015 par 550 roms

Jeudi 8 janvier, la Sous-Préfecture d'Ataşehir décide de les héberger dans une salle de sports mais ne trouvant pas pour eux de matelas ni de couvertures, cette décision d'hébergement provisoire est annulée... et ces hommes, femmes, vieillards et enfants ont passé finalement une troisième nuit sur les décombres de leurs maisons.

 

Finalement, vendredi 9 janvier, grâce à la persévérance et à l'obstination de Nebahat Bilgiç, la Sous-Préfecture a remis à chacune des 65 familles une somme de 2000 TL (env.  750 Euros) en guise d'aide au relogement et leur a promis une indemnité mensuelle de 500 TL (env. 185 Euros) durant un an. Néanmoins, l'administration a refusé de fournir la convention écrite demandée par Nebahat qui s'en tient pour le moment à une promesse orale.

Nebahat Bilgiç, une rom qui se bat pour les droits des siens à Ataşehir, Istanbul

Nebahat Bilgiç, une rom qui se bat pour les droits des siens à Ataşehir, Istanbul

A ce jour, 15 familles ont absolument tout perdu, n'ayant rien pu sauver de leurs maigres biens restés sous les décombres. Les enfants n'ont plus de cartable, les gens plus de vêtements, ni de meubles, ni quoi que ce soit pour vivre.... Les autres 40 familles ont également perdu une grande partie de leurs biens.

Un jeune rom enveloppé dans une couverture à gauche, un chien, scène de désolation à Ataşehir, Istanbul

Un jeune rom enveloppé dans une couverture à gauche, un chien, scène de désolation à Ataşehir, Istanbul

Les droits de l'homme ont ici été bafoués de façon intolérable. Les 30 jours maximum de délai pour quitter les lieux n'ont pas été octroyés, 20 jours seulement. Les relogements ou les aides auraient dû être mis en place avant la date butoir.

 

10 % des familles ont pu se reloger vendredi tant bien que mal dans l'arrondissement grâce à l'aide de connaissances qui ont pu leur trouver des logements libres.

Un jouet ayant appartenu à un des enfants roms d'Ataşehir à Istanbul

Un jouet ayant appartenu à un des enfants roms d'Ataşehir à Istanbul

A la recherche de quelques biens à sauver à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

A la recherche de quelques biens à sauver à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Les autres ont trouvé refuge pour l'instant auprès de proches et au lieu de vivre à 10 sous le même toit, c'est à 20 qu'ils se retrouvent pour une durée qui, il faut l'espérer, va être la plus courte possible...

 

Il n'existe pas en Turquie de trêve hivernale comme c'est le cas en France par exemple où les expulsions sont interdites par la loi entre le 15 novembre et le 15 mars. Par contre, ici aucun habitant n'est sensé, aux yeux de l'administration turque, vivre dehors en hiver.

Ataşehir, un quartier d'Istanbul, habité par de nombreux roms

Ataşehir, un quartier d'Istanbul, habité par de nombreux roms

Des numéros de téléphone spéciaux, dont celui valable pour Istanbul, sont à la disposition des citoyens afin de signaler les cas des sdf alors pris en charge et ramenés dans des salles de sports aménagées pour l'occasion. L'antenne d'Istanbul contactée par nos soins a dit ne pouvoir intervenir que pour des cas isolés et nous a renvoyé sur le 155, autrement dit « Police Secours »...

 

Les propriétaires des lieux, les constructeurs des futurs immeubles et les administrations tant municipales que préfectorales impliquées dans cette sordide affaire ont oublié qu'ils ont affaire à des êtres vivants, différents par leur culture certes, mais avant tous des Humains qui méritent un minimum de respect et de considération.

Deux femmes roms d'Ataşehir à Istanbul qui n'ont plus rien pour vivre

Deux femmes roms d'Ataşehir à Istanbul qui n'ont plus rien pour vivre

On aurait pu et dû ajourner cette opération de quelques jours, prendre les dispositions nécessaires pour que ces familles ne se retrouvent pas dans une situation contraire aux principes mêmes du respect du droit humain.

Nebahat Bilgiç, Présidente de l'Association de Protection des Roms de la Rive Asiatique sur les lieux de la tragédie à Ataşehir

Nebahat Bilgiç, Présidente de l'Association de Protection des Roms de la Rive Asiatique sur les lieux de la tragédie à Ataşehir

En cas de tremblement de terre ou lors de l'afflux massif de milliers de réfugiés syriens et irakiens, la Turquie a toujours su s'organiser dans des délais records et faire face à travers des organismes tels que Kızılay, IHH, les services sociaux, les cellules de crise. Mais dans le cas des roms d'Ataşehir, où sont passés tous ceux qui sont chargés d'aider les plus démunis sans distinction d'origine et de races ou de cultures ?

 

La Turquie qui accueille plus d'1,6 million de réfugiés est considérée comme "une puissance de l'assistance humanitaire" par Antonio Guterres, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), mais ce dernier serait sans aucun doute surpris, voire choqué, d'apprendre ce qui se passe au cœur même d'Istanbul...

Ataşehir à Istanbul, sur les décombres des maisons habitées par les roms depuis 8 ans

Ataşehir à Istanbul, sur les décombres des maisons habitées par les roms depuis 8 ans

La pétition ci-dessous, destinée au Gouverneur d'Istanbul, a été lancée il y a 4 jours pour que ces familles ne restent pas à la rue :

 

https://secure.avaaz.org/fr/petition/SAYIN_VASIP_SAHIN_ISTANBUL_VALISI_M_VASIP_SAHIN_GOUVERNOR_OF_ISTANBUL_Atasehir_550_romlar_sokakta_kalmazsin_550_Rom_of_A/?dkaGPab&pv=0

Les restes d'une maison rom à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Les restes d'une maison rom à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Deux besoins sont plus qu'urgents pour ces familles :

 

  • recourir à la générosite publique turque et européenne tant pour le relogement que pour pouvoir disposer de biens de première nécessité (nourriture, vêtements, lits, affaires scolaires pour les enfants, meubles, électro-ménager)

  • trouver un avocat sensible aux droits de l'homme qui veuille bien les représenter et les défendre afin que le droit national et international soient respectés.

Un canapé tourné vers le terrain où habitaient les roms à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Un canapé tourné vers le terrain où habitaient les roms à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Une adresse mail spéciale romanatasehir@gmail.com (contacts en français et en turc) ainsi qu'une page FB « Aide aux Roms d'Ataşehir – Ataşehir Romanlar'a yardım kampanyası » https://www.facebook.com/pages/Aide-aux-Roms-dAta%C5%9Fehir-Ata%C5%9Fehir-Romanlara-yard%C4%B1m-kampanyas%C4%B1/344938572360761 viennent d'être mises en place pour ceux et celles qui peuvent apporter leur aide sous toutes les formes possibles (matérielle, financière,...). L'association précitée va ouvrir aujourd'hui un compte bancaire spécifique pour les aides pécuniaires.

Un tapis, quelques vêtements ayant appartenu à des roms d'Ataşehir à Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Un tapis, quelques vêtements ayant appartenu à des roms d'Ataşehir à Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Un foulard ayant appartenu à une rom d'Ataşehir à Istanbul, crédit photo Hervé Porcher

Un foulard ayant appartenu à une rom d'Ataşehir à Istanbul, crédit photo Hervé Porcher

Cliquez ici pour lire la version turque de cet article.

 

Pour en savoir plus sur l'affaire de Sulukule, cliquez ici : http://www.dubretzelausimit.com/article-30222402.html

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 07:14

Article publié dans LePetitJournald'Istanbul.com - Edition du 5 janvier 2015

 

Cette prison-modèle située sur la rive asiatique d'Istanbul n'a pas fini de faire parler d'elle et de façon on ne peut plus positive.

 

En effet, elle présente actuellement sa troisième pièce de théâtre "Definename" interprétée par des détenus.

Definename, une pièce de théâtre jouée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul par des détenus

Definename, une pièce de théâtre jouée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul par des détenus

En février 2011 déjà, fut présentée la pièce « Duvarların Dili » écrite et réalisée par le détenu Hakan Metin Mercan, après adaptation du court-métrage « Anı Yaşamak » qui avait remporté le prix spécial du jury au festival du film d'Izmir. 25 camarades de cellule avaient joué dans cette pièce.

 

« Bana bir şeyhler oluyor », autre pièce écrite par le réalisateur turc Yılmaz Erdoğan a également été présentée par des détenus de la prison d'Ümraniye en décembre 2012.

 

Pour cette 3ème réalisation, c'est avec les réalisatrices Mihriban Çumralı, Gonca Cilasun et Duygu Urgan qu'a été montée la comédie musicale en deux actes de Sinan Bayraktar « Definename » ("Chasse au trésor").

Mihriban Çumarlı, une des réalisatrices de Definename, pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Mihriban Çumarlı, une des réalisatrices de Definename, pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Duygu Urgan, une des trois réalisatrices de Definename présentée par des détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye

Duygu Urgan, une des trois réalisatrices de Definename présentée par des détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye

L'histoire : quelques commerçants et artisans travaillent dans la rue Mehmet Efendi située à Çorlu, une ville de Thrace. Par erreur, le vendeur de köfte utilise un papier bien mystérieux pour envelopper un sandwich destiné à la vente. Il s'agit en fait d'une carte datant de 1912-1913 sur laquelle le roi bulgare Tudor mentionne le lieu où il a caché un trésor.

Premier acte de Definename, la nouvelle pièce de théâtre présentée par des détenus d'Istanbul

Premier acte de Definename, la nouvelle pièce de théâtre présentée par des détenus d'Istanbul

Definename, une pièce de théâtre jouée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul par des détenus

Definename, une pièce de théâtre jouée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul par des détenus

C'est en dégustant son en-cas que son acquéreur se rend compte de l'importance de cette carte. Il en fait part à ses camarades et recherches et fouilles en cachette vont ainsi mobiliser tous ceux intéressés par la découverte du magot...

Deux des acteurs de Definename, une pièce de théâtre jouée dans une prison d'Istanbul par des détenus

Deux des acteurs de Definename, une pièce de théâtre jouée dans une prison d'Istanbul par des détenus

Ce nouveau projet autorisé et appuyé par la Direction Générale des Détentions du Ministère de la Justice, a pu être monté en un an par Mehmet Çıtak, directeur de l'établissement pénitentiaire, Yusuf Bağcı, éditeur et responsable des relations publiques et de la communication au sein de la prison, Ömer Gökdüman, responsable du projet et grâce au dévouement de tout le personnel.

 

Les décors et costumes ont été mis à disposition en partie par les théâtres publics d'Istanbul et en partie réalisés sur place.

Mehmet Çıtak, Directeur de la Prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Mehmet Çıtak, Directeur de la Prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

22 détenus ont pris part à la réalisation de cette pièce de théâtre qui a nécessité un travail intensif d'une année à raison de 5 jours/semaine pour former les prisonniers (apprentissage du texte, diction et jeu d'acteur) ainsi que les deux techniciens chargés respectivement du son, de la lumière et du travail en coulisses.

Definename, la 3ème pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, la 3ème pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, la 3ème pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, la 3ème pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Ce travail de professionnel a ainsi, une fois de plus, donné l'occasion à ces hommes de se former, de rebondir, de vivre une nouvelle expérience commune enrichissante et prometteuse.

Definename

Definename

D'innombrables activités diverses et variées sont proposées dans la prison T Tipi d'Ümraniye telles la formation scolaire de différents niveaux – y compris celle préparant à l'entrée à l'Université – des cours d'anglais, de lecture du Coran, d'informatique, des activités professionnelles comme le textile, l'imprimerie, le travail du cuivre et du macramé, différents sports tels le volley, le basket, le badminton, le tennis de table, des activités culturelles et musicales (cours de guitare, de bağlama, de danse folklorique, de jeu d'échecs...).

 

Il faut ajouter le suivi psycho-social des détenus avec, outre des entretiens personnalisés, des ateliers de contrôle et d'évacuation de la colère, des groupes de travail sur l'accoutumance aux substances. Cette prison peut servir d'exemple à sans doute bien des prisons européennes...

Definename

Definename

Definename, la troisième pièce de théâtre montée dans la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, la troisième pièce de théâtre montée dans la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Depuis ma dernière visite en février 2014, deux nouveautés ont attiré mon attention. Tout d'abord, des tableaux réalisés par des détenus agrémentent à présent les murs des couloirs de la prison.

Un tableau peint par un détenu de la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Un tableau peint par un détenu de la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

En outre, un film de présentation d'une dizaine de minutes a été réalisé et présenté afin de montrer les installations, la vie quotidienne et les activités à Ümraniye.

Definename, une chasse au trésor bien singulière dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, une chasse au trésor bien singulière dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Ekrem dede, acteur et détenu à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Ekrem dede, acteur et détenu à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Six représentations de « Definename » sont prévues en tout. Elles sont programmées tous les vendredis à 14 h, en l'occurrence les 9, 16, 23 et 30 janvier.

 

La salle de conférence et de spectacle dans laquelle est présentée la pièce contient seulement 150 places et, de ce fait, le nombre d'invitations est limité.

Definename, un magnifique travail d'équipe dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, un magnifique travail d'équipe dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Les familles des détenus participant à cette pièce seront invitées à la séance du 16 janvier afin de leur faire découvrir ce modèle d'action exemplaire et de les y inclure.

 

 

Lors de la première représentation de Definename à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul le 27 décembre 2014

Lors de la première représentation de Definename à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul le 27 décembre 2014

Si vous souhaitez assister à l'une des prochaines présentations, inscrivez-vous sur la page FB « Definename » https://www.facebook.com/definename?ref=ts&fref=ts ou adressez un mail à yusuf6443308@gmail.com.

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 09:07

Le monde du soufisme et de la musique pleure un des siens depuis hier. Julien JalAl Eddine Weiss aaccompli son ŞebÎ Arûs - ses retrouvailles avec le divin - hier 2 janvier 2015 à 15 h, emporté par le cancer qui le rongeait depuis deux ans.

 

Né de père alsacien et de mère suisse, Bernard Weiss a vu le jour à Paris où il a grandi. Il entre en 1965 à l'Ecole Normale de Musique et joue de la guitare. Quelques années plus tard, la fièvre du voyage et sa remise en question sur la culture occidentale l'emmènent en Californie, au Maroc et aux Antilles, lui ouvrant ainsi de nouvelles portes sur d'autres cultures. Isabelle Sotto, une jeune vénézuélienne, fille du fondateur de l'art cinétique, le rebaptise Julien qui va devenir et rester son prénom de scène.

Julien JalAl Eddine Weiss en concert le 7 octobre 2009 à l'Institut Culturel Français d'Istanbul

Julien JalAl Eddine Weiss en concert le 7 octobre 2009 à l'Institut Culturel Français d'Istanbul

A son retour en France en 1974, il compose différents morceaux pour guitare classique et deux ans après découvre l'ud – luth oriental – à travers le célèbre joueur irakien Mounir Bachir. Cette rencontre musicale le perturbe tant qu'il laisse les cordes de la guitare au profit de celles de cet instrument. Sa quête musicale se poursuit avec le kanun, la cithare orientale, qui ne va plus le quitter et devenir son instrument de prédilection. Parcourant l'Orient de long en large, d'Istanbul à Damas en passant par Beyrouth, Bagdad, Tunis et le Caire, il apprend aux côtés de grands maîtres et devient le disciple et l'ami de Mounir Bachir.

 

Julien Weiss, acharné de travail et perfectionniste jusqu'au bout des ongles, va petit à petit exceller dans la maîtrise de cet instrument fascinant qu'est le kanun et parfaire ses recherches en musique arabe classique jusqu'à en être un expert. Il étudie des années durant les traités musicaux grecs antiques, les théoriciens turcs et byzantins, n'ayant de cesse d'approfondir ses connaissances en matière de musique orientale.

 

Il passe commande au luthier turc Egder Gülec un prototype de kânun de 102 cordes au lieu des 78 habituelles qui va lui permettre d'accompagner n'importe quel musicien.

Julien JalAl Eddine Weiss et son inséparable et original kanun

Julien JalAl Eddine Weiss et son inséparable et original kanun

En 1983, Julien Weiss fonde l'ensemble instrumental Al-Kindî en référence à un philosophe irakien du IXème siècle. Son groupe, composé de solistes parmi lesquels Ziyâd Kâdî Amin, joueur de ney, Muhammad Qadri Dalal, luthiste et Adel Shams el Din, percussionniste égyptien, entreprend de présenter un répertoire classique sacré et profane composé d'oeuvres historiques et peu ou prou connues. Le chant, indissociable de la musique, va prendre une place importante dans l'évolution logique d'Al-Kindî qui accompagne les plus grands interprètes du chant profane et sacré, tel le Sheikh Hamza Shakkûr, hymnode de la Grande Mosquée de Damas. C'est avec ce dernier qu'il découvre la liturgie soufie de la ville et crée un concert sacré rythmé par le sema - la danse des derviches tourneurs - présenté à partir de 1994 sur les scènes mondiales les plus prestigieuses.

 

Entre-temps, Julien s'est converti à l’Islam en 1986 et est devenu JalAl Eddine, rendant ainsi hommage à Jâlal Eddine Rumi, plus grand mystique oriental de tous les temps et inspirateur de la confrérie des derviches tourneurs.

Ensemble Al-Kindî en concert - photo tirée d'internet

Ensemble Al-Kindî en concert - photo tirée d'internet

En 2003, il entreprend d'explorer le répertoire de la confrérie soufie Quaderi d'Alep.

 

Il élit domicile à Istanbul en 2005 et partage son temps entre la mégalopole où il poursuit ses travaux de recherche musicale et la vieille ville d'Alep où il a acquis dix ans plus tôt un palais Mamelouk du XIVème siècle.

 

Julien JalAl Eddine Weiss est reconnu comme un artisan du dialogue Euro-Arabe et un nom qui restera à jamais gravé dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine musical arabe.

23 février 2013, Julien JalAl Eddine Weiss durant le tournage de l'émission "Turquie : la danse du ciel" pour Arte

23 février 2013, Julien JalAl Eddine Weiss durant le tournage de l'émission "Turquie : la danse du ciel" pour Arte

Le Prix de la Villa Médicis Hors les Murs qui lui est attribué en 1990 consacre ses travaux sur la musique arabe. Le 14 juillet 2001, il est ordonné Officier des Arts et des Lettres par Catherine Tasca, Ministre de la Culture Française de l'époque.

23 février 2013, Julien JalAl Eddine Weiss durant le tournage de l'émission "Turquie : la danse du ciel" pour Arte

23 février 2013, Julien JalAl Eddine Weiss durant le tournage de l'émission "Turquie : la danse du ciel" pour Arte

Son regard bleu azur, son franc-parler et son humour parfois caustique mariés à une personnalité atypique, attachante, parfois déroutante, font de cet homme quelqu'un dont la rencontre ne laissait pas indifférent. Derrière une façade qui pouvait paraître fraîche voire glaciale, se cachait une sensibilité exacerbée, un cœur d'or et des doigts de magicien qui ont fait vibrer comme peu savent le faire les cordes de son kanun resté orphelin depuis hier... au même titre que sa famille, ses proches, ses amis...

 

Plusieurs albums de son groupe Al-Kindî sont disponibles sur le net (également sur İ Cloud).

A Istanbul, vous pouvez en trouver chez le disquaire situé tout au bout de l'avenue İstiklal à Beyoğlu (juste avant l'avenue Galip dede à Tünel, côté gauche de l'avenue en venant d'Istiklal).

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

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Published by Nat - dans Soufisme
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