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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 04:40

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 6 avril 2016

 

Comme tous les ans à pareille époque, Istanbul se pare de superbes ornements de tulipes aux quatre coins de la ville. Elle honore cette fleur dont elle a fait son symbole à travers son Festival de la Tulipe dont l'inauguration officielle est prévue le 9 avril 2016 à 13 h au parc d'Emirgan.

 

 

 

Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan, Istanbul

Istanbul s'habille de 1001 tulipes

 

Le sultan Soliman le Magnifique a été le premier, au XVIème siècle, à donner ses lettres de noblesse à cette « plante-turban » - comme elle était appelée en Perse - en organisant chaque printemps, à la pleine lune, des fêtes coûteuses et somptueuses en l'honneur des « lali », premier nom local transformé depuis en « lale ».

Villa jaune au parc d'Emirgan, Istanbul

Villa jaune au parc d'Emirgan, Istanbul

Istanbul s'habille de 1001 tulipes

Les premières tulipes ne viennent pas de Hollande comme beaucoup auraient tendance à le penser mais des prés d'Anatolie et de Mer Noire où elles ont d'abord poussé à l'état sauvage avant d'être produites à Istanbul…

Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan, Istanbul

Par la suite, quelques graines et bulbes sont envoyés clandestinement à Vienne en 1554 - les tulipes n'ayant pas le droit, à l'époque, de quitter la capitale ottomane - par Ogier Ghislain de Busbecq, botaniste flamand et ambassadeur de la monarchie autrichienne auprès de l'empire ottoman, à trois de ses amis.

 

Le résultat obtenu avec ces échantillons convainc l'un d'entre eux qui emmène sa collection de spécimens en Hollande où il s'installe et y débute la commercialisation de la fleur.

Istanbul s'habille de 1001 tulipes
Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan, Istanbul

Si 1588 sortes différentes existaient à cette période au vu du plus ancien ouvrage les recensant, elles se déclinent aujourd'hui dans d'innombrables variétés et couleurs, souvent unies, parfois bicolores.

Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan, Istanbul

Parc d'Emirgan

Parc d'Emirgan

Du parc de Gülhane au magnifique parc d'Emirgan en passant par celui de Yıldız, du parc de la 60ème année à Göztepe/Kadıköy, celui de Beykoz et les collines de Büyük et Küçük Çamlıca sur la rive asiatique ainsi quelques autres lieux moins connus et courus du grand public, des millions de bulbes ont encore été plantés et pour la 11ème année consécutive, Istanbul va vivre durant trois semaines à l'heure du Festival de la Tulipe.

Parc de Gülhane, Istanbul

Parc de Gülhane, Istanbul

Parc de Gülhane, Istanbul

Parc de Gülhane, Istanbul

A partir du 9 avril, plusieurs artistes turcs vont montrer au public leurs réalisations de papier marbré, de calligraphie et de soufflage de verre sur le thème de la tulipe. Divers autres événements tels que le traditionnel concours de photos, une exposition de tableaux, un tournoi de tennis de la tulipe au parc de Göztepe et un tournoi de football de plage sur la route côtière de Caddebostan sont prévus tout au long de l'édition 2016 du Festival de la Tulipe.

Oeuvre de Yasemin Aslan Bakiri, artiste-verrière, présentée au parc d'Emirgan

Oeuvre de Yasemin Aslan Bakiri, artiste-verrière, présentée au parc d'Emirgan

Comme déjà en 2015, un tapis floral composé de 563 000 unités et d'une surface totale de 1728 m2 sera présenté devant le musée Sainte-Sophie du 10 au 30 avril.

 

Des animations musicales agrémenteront aussi le Festival et les plus férus de tulipes, pour qui les immortaliser à l'aide de leur appareil photo ou de leur téléphone portable ne suffit pas, pourront acquérir bulbes et plantes diverses dans différents points de vente installés dans les lieux stratégiques pour agrémenter intérieurs, balcons et jardins.

Parc d'Emirgan à Istanbul

Parc d'Emirgan à Istanbul

Parc d'Emirgan

Parc d'Emirgan

Tous les détails concernant le Festival sur le site municipal https://istanbulunlalesi.ibb.gov.tr/

10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 11:31

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 11 mars 2016

 

Dans une petite ruelle tranquille de Kadıköy sur la rive asiatique d'Istanbul, à 600 mètres à peine de l'embarcadère, un café parmi tous ceux que compte ce quartier de la ville sort de l'ordinaire, il s'agit de “Komşu Kafe Collective” !

 

Ouvert depuis plus de 2 ans, on peut y boire un thé ou un café qu'on peut se préparer soi-même si on le souhaite, se servir une assiette de plats végétariens ou vegan ou se les préparer soi-même - si la cuisine est libre -, les déguster, étudier, lire, travailler en toute quiétude durant la journée, se réunir pour échanger, parfois écouter de la musique.

Komşu Kafe, Kadıköy/Istanbul

Komşu Kafe, Kadıköy/Istanbul

Tout commence durant l'été 2013 à l'occasion du camp estival “Akdeniz Dayanışma Kampı (Soli-Camp Mediterraneen) qui oeuvre en faveur des activistes de divers pays méditerranéens. A ce camp participent des membres de “Göçmen Dayanışma Mutfağı” d'Istanbul. Ensemble, ils s'occupent de l'organisation des repas du camp, les préparent, apprennent ainsi l'économie alternative et la gestion d'une cuisine collective...

 

Au retour, Ali la Française, Ali le Syrien, Ufuk, Melike et Ercan, les trois citoyens turcs, s'asseyent autour d'une table pour discuter afin de savoir s'ils peuvent monter ensemble un café et c'est ainsi que naît l'idée de Komşu. Nora, une berlinoise, va se joindre à eux. Le projet s'élargit pour se transformer en un concept unique en Turquie, un café formé par une organisation collective indépendante et ouvert comme une entreprise individuelle sur laquelle veillent un comptable et un avocat.

 

Komşu Kafe à Kadıköy

Komşu Kafe à Kadıköy

Une fois l'idée couchée sur le papier, il faut trouver un local... et de l'argent. Le lieu choisi se trouve à Kadıköy et est juste équipé de toilettes et d'un lavabo. Pour démarrer, 10.300 Euros sont nécessaires entre les 3 premiers mois de loyer et le dépôt de garanti demandés par le propriétaire, les frais pour ouvrir une telle structure,...

 

Un dossier est constitué et publié sur Ulule et Indiegogo, deux sites de financement participatif qui vont permettre de récupérer le montant nécessaire.

 

Il faut aussi repeindre les murs, aménager les locaux et les équiper. Pour cela, les amis participent en donnant des meubles, de l'électro-ménager, des accessoires, du matériel et de l'argent.

Damla, une des membres du collectif de Komşu Kafe

Damla, une des membres du collectif de Komşu Kafe

Petit à petit Komşu – qui signifie en turc “voisin” – prend forme et 2 mois et demi après le démarrage du projet, le café ouvre officiellement le 27 novembre 2013. Aujourd'hui, le collectif compte 10 personnes : 4 de Turquie, 2 de Syrie, 1 du Liban, 1 de Croatie et 2 – de France et d’Allemagne – actuellement à l'étranger.

 

Situé sur deux niveaux, l'endroit est habillé de meubles et d'accessoires dépareillés formant au final une harmonie agréable et vivante. Ils ont été récupérés à droite et à gauche tout comme une bonne partie du matériel de cuisine. A la belle saison, une petite cour permet de prendre l'air tout comme la petite table située sur le trottoir.

A l'étage de Komşu Kafe à Kadıköy

A l'étage de Komşu Kafe à Kadıköy

Les manifestes en turc et en anglais accrochés tous deux à l'entrée donnent de suite le ton :

anti-hiérarchique, anti-sexiste, anti-autoritaire, anti-exploitation, anti-discriminatoire, plus de communication !

 

Les objectifs du collectif sont de travailler ensemble dans le cadre d'une économie alternative et de faire de cette adresse un lieu de rencontres et d'échanges. Des groupes divers y organisent par exemple des réunions, des débats. Des voisins, des étudiants viennent y passer un moment sympathique tant pour se restaurer que pour travailler, lire, voire jouer ou écouter de la musique.

A Komşu Kafe Collective à Istanbul

A Komşu Kafe Collective à Istanbul

A l'étage de Komşu kafe à Kadıköy, Istanbul

A l'étage de Komşu kafe à Kadıköy, Istanbul

Tous les lundis a lieu la réunion hebdomadaire du collectif qui permet d'organiser le travail de la semaine suivante. Les jours et heures de travail sont flexibles en fonction des activités de chacun. On y fait le point de la situation, on partage les nouvelles expériences et tout le monde y a les mêmes droits. C'est aussi là que se décident les soirées thématiques organisées hebdomadairement.

 

Si une nouvelle personne souhaite intégrer le collectif et si les besoins sont là, une période d'essai de deux mois est proposée afin de voir tant si le groupe existant peut travailler avec elle que l'inverse. Lors des réunions hebdomadaires sont alors abordés en communautés les ressentis de chacun, les problèmes éventuels. A l'issue des deux mois, le collectif décide d'inclure la personne ou non.

Cuisine ouverte à Komşu Kafe à Kadıköy

Cuisine ouverte à Komşu Kafe à Kadıköy

D'où viennent les gens qui s'y trouvent, leur vie, combien de temps ils ont travaillé auparavant, une éventuelle maladie, rien de cela ne pose problème. C'est un système égalitaire qui a été créé là. Chez Komşu, tout le monde fait la cuisine, s'occupe du bar, du service, du ménage.

 

Tous les membres du collectif perçoivent la même somme pour chaque période de travail accomplie, les journées comprenant 2 ou 3 équipes.

 

Les clients connaissent Komşu Kafe à travers le bouche à oreille, sa page FB ainsi que les reportages qui lui sont consacrés. Ce sont des voisins qui habitent ou travaillent à proximité, de nombreux étudiants, des musiciens, mais aussi des curieux, des touristes,... On peut dire que la moitié des clients sont locaux, l'autre moitié constituée de personnes de diverses nationalités, à l'image de ceux de ses fondateurs.

Le bar de Komşu Kafe à Kadıköy

Le bar de Komşu Kafe à Kadıköy

L'an passé, une soirée a été organisée pour aider un café collectif vegan de Géorgie. Mais compte-tenu de la crise ambiante, il n'est pas possible actuellement d'apporter de coup de pouce financier à d'autres projets similiares.

 

Les produits proposés ont un tarif suggéré comme par exemple l'assiette mélangée à 10 TL, mais les consommateurs décident du prix qu'ils veulent donner.

 

Les ingrédients proviennent du marché, d'une coopérative avec qui ils sont connectés ou directement du producteur. Si les produits nécessaires ne peuvent être trouvés d'une de ces façons, ils sont achetés chez des petits détaillants mais pas au supermarché.

Damla et Ali s'affairent dans la cuisine de Komşu Kafe

Damla et Ali s'affairent dans la cuisine de Komşu Kafe

Komşu kafe à Kadıköy

Komşu kafe à Kadıköy

Les idées de plats émanent de tous les membres et sont ainsi proposés ici soupes, pâtes, riz, plats divers de légumes, salades et desserts qui varient selon les personnes et les envies.

 

Vous ne trouverez pas de viande chez Komşu, c'est un choix pris au départ. La plupart des viandes consommées en Turquie sont industrielles tout comme de nombreux plats proposés dans la restauration. Cette idée ne correspondait pas à celles du collectif dont certains membres sont végétariens et d'autres vegan (produits sans origine animale comme le lait, les oeufs, le fromage). Ils auraient voulu proposer des produits bio mais, compte-tenu des prix élevés, y ont renoncé. Aussi, ils ont choisi de proposer uniquement de la nourriture végétarienne. Mais lorsque ce sont les collègues vegan qui sont au fourneau, les repas proposés sont vegan...

Komşu Kafe à Kadıköy, une adresse bien sympathique

Komşu Kafe à Kadıköy, une adresse bien sympathique

Komşu Kafe est le fruit d'une expérience collective osée et réussie qui peut donner des idées pour créer d'autres projets basés sur ce concept d'égalité et de partage.

 

https://www.facebook.com/komsoKafeCollective/?fref=ts

 

Komşu Kafe

Uzun Hafız Sk No 83A - KADIKÖY/İSTANBUL

Tél. (0216) 418 4679

ouvert tous les jours de 10 h 30 à 23 h (sauf le 1er jeudi de chaque mois en raison de la grande réunion mensuelle)

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version française de l'article.

 

8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 05:38

Hier après-midi, en marchant tranquillement le nez au soleil pour rentrer chez moi, je pensais à cette journée qui honore tous les ans le 8 mars les femmes dans le monde. J'ai pris ce petit temps de déplacement pour réfléchir quels noms j'écrirais si l'on me demandait quelles étaient les femmes turques que j'ai rencontrées durant mes 12 années de vie en Turquie qui m'ont le plus marquée.

 

J'ai d'abord souri en me disant qu'il me serait peut-être plus facile de trouver deux ou trois noms d'hommes turcs mais j'ai repris ma réflexion plus sérieusement car il ne s'agissait pas d'eux, désolée messieurs...

 

Le premier visage féminin qui m'est presque immédiatement apparu à l'esprit est celui d'Esin Çelebi-Bayru, 22ème arrière-petite-fille de Rumi, le père spirituel des derviches tourneurs et le plus grand penseur et poète mystique. La découverte de la pensée universelle de Mevlâna a profondément changé ma façon de voir la vie et surtout l'être humain.

 

Vice-Présidente de la Fondation Internationale Mevlâna, Esin Çelebi-Bayru incarne à mes yeux une descendante de Rumi qui représente admirablement son aïeul, tant pour faire connaître la vie de celui-ci que sa pensée universelle de tolérance et d'ouverture si précieux et nécessaires, surtout en ces temps mouvementés que vit le monde.

Esin Çelebi-Bayru, 22ème arrière-petite-fille de Rumi

Esin Çelebi-Bayru, 22ème arrière-petite-fille de Rumi

La seconde femme turque à laquelle j'ai pensé, j'ai - enfin - fait sa connaissance le 29 mars 2015 lors d'une rencontre organisée par l'Institut Culturel Français d'Istanbul autour de 3 femmes au parcours exceptionnel, il s'agit de l'écrivain Elif Şafak. Cette femme dont la beauté intérieure est aussi remarquable que celle extérieure est assurément la personne qui m'a fait le plus pleurer.

 

Lorsque j'ai lu “Soufi mon amour”, ce sont des cascades de larmes que j'ai versées sur les pages de son livre du début à la fin. Elif a été touchée lorsque je lui ai fait part, sans aucune honte et en toute simplicité, de ce que la lecture de son ouvrage a provoqué en moi, tant lors de la première lecture qu'à la seconde.

Elif Şafak

Elif Şafak

Une troisième femme turque a également laissé une trace indélébile dans mon coeur et dans mes souvenirs. Son nom n'a jamais été connue du grand public comme les deux précédents ; elle s'appelait Saadet.

 

Cela fait un peu plus de 3 ans qu'elle a tiré sa révérence, trop tôt, trop jeune... Les moments de bonheur passés ensemble lorsque son souffle de vie s'estompait de semaine en semaine m'a beaucoup appris sur la mort mais plus encore sur la vie et la nécessité impérative de la croquer à pleines dents en appréciant chaque jour comme si c'était le dernier et en s'accordant le droit de se faire plaisir.

 

 

Saadet

Saadet

Pour tout ce qu'Esin Çelebi-Bayru, Elif Şafak et Saadet m'ont appris et offert, je souhaite leur dire du fond du coeur “MERCI” !

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 06:01

Article publié dans LePetitJournald'Istanbul.com - Edition du 8 février 2016

 

A quatre reprises durant la dernière semaine du mois de janvier 2016, la pièce de théâtre “Les derniers oiseaux” - “Son Kuşlar” - tirée de l'oeuvre du même nom écrite par Sait Faik Abasyanık, adaptée par F. Aylın Tez et réalisée par Turgay Tanülkü, a été jouée devant les détenus de la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul, réputée notamment pour les pièces montées et présentées sur place depuis plusieurs années par des prisonniers ainsi que pour ses différentes activités culturelles.

 

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée aux prisonniers de la centrale T Tipi d'Ümraniye fin janvier 2016

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée aux prisonniers de la centrale T Tipi d'Ümraniye fin janvier 2016

Le rôle principal est tenu par le célèbre acteur de cinéma, de feuilletons télévisés et de théâtre Turgay Tanülkü qui a lui-même été derrière les barreaux en 1970 à la prison Ulucanlar à Ankara, passage dont il parle lorsqu'il s'adresse à son public avant le début de la pièce : “J'avais un espoir ; si un jour je deviens acteur de théâtre, je reviendrai en prison.”

 

Turgay Tanülkü dans la pièce "Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux") présentée à la prison d'Ümraniye

Turgay Tanülkü dans la pièce "Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux") présentée à la prison d'Ümraniye

Cette pièce très humaniste évoque de façon simple mais juste et percutante la vie mais surtout les états d'âme des détenus dans les années 70-80, la nostalgie de la vie extérieure lorsqu'on est emprisonné : le printemps et l'odeur des fleurs, l'automne en voyant tomber les feuilles mortes, la neige, les chants des oiseaux, l'odeur et la chaleur du thé et du café, les odeurs, celles de ceux des êtres aimés lorsqu'ils repartent, tout ce qui était familier avant... et qui manque après...

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée devant les prisonniers d'Ümraniye

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée devant les prisonniers d'Ümraniye

Les derniers oiseaux” est un projet social et culturel d'une durée de 3 ans réalisé grâce à la collaboration de la Direction Générale des Théâtres Publics et celle des Maisons d'Arrêt et de Détention.

 

Il a permis en 2015 de présenter cette pièce à 60 000 prisonniers dans 75 prisons turques de 25 villes de Turquie.

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée dans les prisons turques

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée dans les prisons turques

La première représentation a eu lieu le 14 février 2015 dans la prison Sincan à Ankara.

 

Depuis, toutes les semaines, la troupe se rend dans une autre maison d'arrêt et la représentation du 29 janvier à Ümraniye a été la 155ème.

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée dans les prisons en Turquie

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre présentée dans les prisons en Turquie

En novembre dernier, la pièce fut présentée aux femmes détenues dans la prison de Bakırköy à İstanbul où se trouvent notamment 225 étrangères originaires de 52 pays différents. A l'heure actuelle, en plus d'activités sportives et socio-culturelles - telles la gymnastique, le basketball, le badminton, la danse folklorique, la miniature, le papier marbré, le théâtre, etc -, 18 cours de formation professionnelle – aide-cuisine, plonge, coiffure, soins du corps et maquillage, graphisme et projet assisté sur ordinateur, comptabilité informatique, etc - sont dispensés dans cet établissement pénitentiaire.

 

Chaque personne, lorsqu'elle sort de prison, est munie d'un certificat qui lui permet de trouver facilement du travail. De même, des cours de turc pour les étrangers et des cours d'anglais sont proposés.

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée pour les prisonniers turcs

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée pour les prisonniers turcs

Mi-janvier 2016, c'est à la prison “ouverte” de Maltepe à Istanbul que “Les Derniers Oiseaux” furent présentés durant quatre jours aux détenus. Cet établissement qui figure parmi les 54 prisons de ce type en Turquie – dont une pour femmes à Bozkurt/Denizli – constitue une transition et un tremplin important d'adaptation et de réinsertion comparé aux maisons pénitentières classiques dites fermées et le retour à une vie normale et active pour les détenus ayant reçu une condamnation maximale de 5 ans.

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée dans les prisons turques

"Son Kuşlar" ("Les derniers oiseaux"), une pièce de théâtre jouée dans les prisons turques

Sur place, la vie quotidienne des prisonniers se déroule dans un univers semi-ouvert sans barreaux. Ils travaillent dans un des ateliers de literie, de ferronnerie, d'entretien et de lavage de véhicules, de construction et de peinture, au lavomatique, à la boulangerie, en cuisine, au laboratoire photo,... ou encore à l'extérieur comme par exemple dans le magasin situé dans l'enceinte du palais de justice de Kartal.

 

Ce système repose sur la confiance et le travail des détenus, leur donne une formation et constitue pour eux une chance de se reconstruire : une solution efficace, tant socialement qu'économiquement qui mériterait d'être davantage développée en Europe...

Photos-souvenirs avec Turgay Könültü et des détenus de la prison d'Ümraniye après la présentation de "Son Kuşlar"Photos-souvenirs avec Turgay Könültü et des détenus de la prison d'Ümraniye après la présentation de "Son Kuşlar"

Photos-souvenirs avec Turgay Könültü et des détenus de la prison d'Ümraniye après la présentation de "Son Kuşlar"

Quant à la prison de Tipi d'Ümraniye, c'est la seule prison en Turquie à monter et présenter des pièces de théâtre avec des détenus.

 

En février 2011 y fut présentée par 25 prisonniers la pièce "Duvarların Dili" écrite et réalisée par le détenu Hakan Metin Mercan, après adaptation du court-métrage "Anı Yaşamak", prix spécial du jury au festival du film d'Izmir.

 

"Bana bir şeyhler oluyor", autre pièce écrite par le réalisateur turc Yılmaz Erdoğan a été présentée par des détenus de la prison d'Ümraniye en décembre 2012.

 

En janvier et février 2015 a été présentée la comédie musicale en deux actes de Sinan Bayraktar, "Definename", réalisée par Mihriban Çumralı, Gonca Cilasun et Duygu Urgan.

 

"Definename", une pièce de théâtre montée et jouée par des prisonniers de la centrale T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

"Definename", une pièce de théâtre montée et jouée par des prisonniers de la centrale T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

En guise de conclusion sur les oiseaux privés d'ailes et auxquels on réapprend à voler en Turquie à travers le travail mais aussi les arts et en particulier le théâtre, le club de théâtre de la prison T Tipi d'Ümraniye prépare avec l'actrice et réalisatrice Pınar Gordie une adaptation du roman “Pirinç Hanı” d'Özkan İrman qui sera présentée dans les tous prochains mois.

Mehmet Çıtak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul et Pınar Gordie, réalisatrice de la nouvelle pièce de théâtre "Pırınç" en cours de montage dans la prison d'Ümraniye

Mehmet Çıtak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul et Pınar Gordie, réalisatrice de la nouvelle pièce de théâtre "Pırınç" en cours de montage dans la prison d'Ümraniye

Avec l'acteur Turgay Tanülkü, Mehmet Çıtak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye, Pınar Gordie, réalisatrice de la nouvelle pièce de théâtre "Pırınç" en cours de préparation dans la prison d'Ümraniye et les membres du club de théâtre

Avec l'acteur Turgay Tanülkü, Mehmet Çıtak, directeur de la prison T Tipi d'Ümraniye, Pınar Gordie, réalisatrice de la nouvelle pièce de théâtre "Pırınç" en cours de préparation dans la prison d'Ümraniye et les membres du club de théâtre

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 06:13

Article publié dans le Petit Journal d'Istanbul - Edition du 15 janvier 2016

 

Yusuf, un jeune homme de 29 ans, originaire de la petite commune de Kırıkhan d'environ 2000 âmes dans la région de Hatay, troisième d'une fratrie de huit enfants, vit dans le noir depuis plus de 20 ans...

 

A l'âge de 7-8 ans, il contracte un glaucome, 2ème cause de cécité dans le monde. Il perd immédiatement la vue avec son oeil droit. Les médecins d'Antioche l'envoient à Adana pour être suivi. Là-bas, ils veulent sauver son oeil gauche et pour cela, Yusuf subit 3 opérations mais sans succès. Au contraire, la situation empire et il perd aussi l'usage de celui-ci. Jusqu'à il y a 2-3 ans, il percevait tout de même la lumière avec l'oeil gauche mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.

 

Son père, cultivateur d'un petit lopin de terre, sans couverture sociale, va aussi à l'étranger pour travailler et ainsi constituer un petit budget pour construire une nouvelle maison à la place de leur vieille demeure. Mais, lorsque Yusuf devient malade, cet argent accumulé petit à petit durant des années de labeur sert à couvrir tous les frais de santé et opérations qui en découlent.

 

Yusuf démarre sa scolarité, avec environ 2 ans de retard, comme pensionnaire dans une école de Kahramanmaraş accueillant uniquement des enfants aveugles. Une douzaine d'écoles primaires pour non-voyants existent en Turquie (Adana, Gaziantep, Izmir, 2 à Istanbul, 2 à Ankara,…).

 

Yusuf, aveugle d'Istanbul, dans les rues de Kadıköy

Yusuf, aveugle d'Istanbul, dans les rues de Kadıköy

A l'école, Yusuf découvre le goalball, sport de ballon inventé après la Seconde Guerre Mondiale, devenu un sport officiel en 1988 aux Jeux paralympiques à Séoul et pratiqué par des personnes déficientes visuelles. Yusuf se prend de passion pour ce sport qu'il pratique avec ses amis pendant les heures de sport mais aussi durant les récréations. De la 5ème à la 8ème classe de son cursus primaire, il fait partie de l'équipe de goalball de son école et participe à de nombreux tournois où s'affrontent des équipes de différentes écoles ainsi que des clubs.

 

Durant sa dernière année de primaire, il part à Erzurum participer à un tournoi qu'il remporte avec son équipe contre le club d'Istanbul 2-1. Le Président de ce dernier lui propose de le transférer à Istanbul, idée qui était alors pour lui juste un rêve impossible à réaliser.

 

Avec l'accord de son père, Yusuf accepte et arrive seul dans la grande ville en 2004, à l'âge de 17 ans. Il poursuit ses études au lycée et parallèlement le goalball. La première année, il vit dans un foyer, la seconde chez le Président du club puis en colocation avec trois amis voyants. Mais ces derniers, voulant bien faire en remplissant son verre lorsqu'il a soif, en accrochant son linge, l'incommodent car Yusuf ne veut pas que tout lui soit servi sur un plateau.

 

Il décide de partir et s'installe avec un ami aveugle, puis avec un autre, etc. Depuis bientôt 3 ans, il habite à Kadıköy avec Fatih, un autre jeune aveugle qu'il a connu à l'école primaire à Kahramanmaraş et qui est aussi originaire de la région d'Antioche, comme lui.

Yusuf et son ami Fatih en route pour Antioche

Yusuf et son ami Fatih en route pour Antioche

Avec son équipe de goalball, il participe à des matchs et des tournois et finit par intégrer l'Equipe Nationale de Turquie. Le 7 août 2005, il termine 3ème au Championnat du Monde des Jeunes qui a lieu au Colorado. Différents tournois le mènent en Bulgarie, en Angleterre, en Arabie, en Lituanie, en Belgique.

 

Ensuite, il accède avec son équipe au groupe C des équipes championnes européennes, puis celle-ci grimpe dans le groupe B et deux ans après en première division dans le groupe A dont elle fait toujours partie. En 2012, à Londres, aux Jeux Paraolympiques, il termine 3ème. Après cela, Yusuf décide de quitter l'Equipe Nationale en raison de la fatigue que cela engendre mais continue à jouer dans son club afin que celui-ci se maintienne en division A.

27 mars 2011, Yusuf avec son équipe de goalball du club d'Istanbul

27 mars 2011, Yusuf avec son équipe de goalball du club d'Istanbul

Depuis l'école primaire, il joue aussi au football et intègre comme défenseur l'équipe créée dans son club en 2006 et qui va évoluer en championnat de Turquie. Par moments, il joue également dans l'Equipe Nationale de Football de Turquie puis arrête en juin 2015.

 

Il décide en 2014 de poursuivre ses études à l'université d'Istanbul dans la section “gestion sportive”, formation d'une durée de 4 ans. Actuellement, il se trouve en 2ème année. A l'issue de cette période, le diplôme en poche, il ne pourra pas devenir professeur d'éducation physique pour les aveugles car un non-voyant ne peut pas l'être. Par contre, il peut s'inscrire à différents examens lui permettant de grimper les échelons par rapport à son poste d'employé à la Direction Départementale des Sports de la Jeunesse à Kadıköy où il est employé en parallèle de ses études qui l'occupent plusieurs jours par semaine en fonction du calendrier scolaire de sa section.

21 mars 2015, Yusuf avec l'Equipe Nationale de Football de Turquie

21 mars 2015, Yusuf avec l'Equipe Nationale de Football de Turquie

En dehors de toutes ses occupations professionnelles, sportives et scolaires, Yusuf a également été guide pour les visites de l'exposition “Dialog in the dark” (station de métro Gayreteppe) de décembre 2013 à juin 2014 et l'est à nouveau les week-ends.

 

Cette visite guidée en compagnie d'un guide non-voyant permet à des groupes de maximum 10 personnes de se promener avec lui, durant 1 h 30 dans le noir complet dans les rues d'Istanbul, avec un bâton d'aveugle entre les mains, à la découverte du monde dans lequel leur guide évolue au quotidien. Cette exposition fort intéressante - accessible également aux scolaires - donne l'occasion aux participants d'apprendre à se servir de façon plus importante d'autres sens que la vue.

Yusuf, guide pour l'exposition "Diyalog in the dark" à Gayrettepe, Istanbul

Yusuf, guide pour l'exposition "Diyalog in the dark" à Gayrettepe, Istanbul

En tant qu'enfant, Yusuf a facilement accepté son passage du monde des voyants à celui des non-voyants. Ses parents ne l'ayant pas empêché de sortir de peur qu'il tombe ou se blesse, il a gagné rapidement en autonomie, connaissant déjà son environnement avant sa cécité. Il pense que s'il était devenu aveugle à l'âge adulte, il aurait connu des problèmes psychologiques, comme c'est souvent le cas, pour accepter sa nouvelle situation.

 

Sur la rive asiatique d'Istanbul se trouve l'association des Aveugles de Turquie dont fait partie Yusuf, créée en 1974 et présente dans 7 ou 8 autres villes du pays (Muğla, Kahramanmaraş, Gaziantep, Batman, Mersin, Balıkhesir, Çanakkale,...)

 

Cette organisation travaille pour tous les droits sociaux des aveugles, l'aide à tous leurs besoins. Le club sportif dont fait partie Yusuf y est aussi relié. Des activités ludiques telles que des rencontres ou culturelles (piques-niques, fêtes) y sont régulièrement organisées. Des étudiants en universités voyants viennent en tant que bénévoles donner des cours, faire passer des tests, apporter leur aide.

 

Une autre association importante œuvre avec et en faveur des aveugles ; il s'agit de “Altı Nokta” (6 points) dont le siège social est à Ankara et qui possède des antennes dans près de 40 villes du pays. La population non-voyante en Turquie se compose d'environ 800 000 personnes.

 

Yusuf, aveugle d'Istanbul

Yusuf, aveugle d'Istanbul

De nombreux aveugles occupent des postes dans les centrales téléphoniques ou devant un ordinateur et certains occupent même des postes d'avocats. A la connaissance de Yusuf, peu de non-voyants sont sans emploi.

 

Le 7 février 2014, une loi a créé l'EKPSS, en l'occurrence les examens d'entrée à la fonction publique pour les handicapés car auparavant, si un handicapé voulait prétendre à un poste dans l'administration publique, il était obligé de répondre aux mêmes questions que les personnes valides, ce qui n'était pas toujours cohérent selon le handicap.

 

Au niveau du sport, la Fédération de Sports des Aveugles de Turquie a été créée le 7 mars 2000 http://www.gesf.org.tr/ et des Equipes Nationales défendent les couleurs du pays lors des tournois. Si le succès est au rendez-vous pour un handicapé, qu'il soit aveugle ou moteur, il ne reste pas sans travail et l'Etat turc le soutiendra., Hormis au goalball et au football, on trouve aux plus hauts niveaux des aveugles turcs évoluant en athlétisme, au judo, aux haltères, à la natation et aux échecs.

 

Pour Yusuf, vivre à Istanbul est aisé malgré la circulation et la foule. Il aime cette ville, en particulier Kadıköy où il vit et notamment le rivage, sans bruit, sans véhicules où il vient s'asseoir et se reposer lorsqu'il a mal à la tête en raison de tous les bruits environnants auquel il est plus sensible.

 

Dans cette ville, de plus en plus de feux tricolores sont équipés de bandes sonores permettant aux non-voyants de savoir quand ils peuvent traverser et combien de temps il leur reste pour ce faire. Si ce n'est pas le cas dans le quartier où ils habitent, il suffit d'appeler le 153 pour signaler ce manque et le problème est résolu dans la semaine ou la quinzaine suivante.

Yusuf, aveugle d'Istanbul, dans les rues de Kadıköy

Yusuf, aveugle d'Istanbul, dans les rues de Kadıköy

Les transports en commun sont gratuits à Istanbul pour les aveugles ainsi que ceux en train sur tout le territoire. La compagnie aérienne THY leur accorde 20 % de réduction. L'accès aux stations de métro, aux aéroports et sur certains axes est facilité par l'existence de bandes jaunes de guidage permettant aux non-voyants de se diriger aisément avec leur bâton.

 

La ville d'Eskişehir située en Anatolie s'est dotée d'équipements et d'infrastructures en nombre largement au-dessus de la moyenne pour les handicapés et les aveugles.

 

Son ami de classe et actuellement co-locataire Fatih, qui travaille comme opérateur téléphonique à l'université de Marmara et est membre actif au sein de l'Association des Aveugles, s'est fiancé en septembre 2015 avec une jeune femme aveugle et envisage de se marier cette année. Yusuf, quant à lui, n'est pas dans la même situation et n'envisage pas de se marier pour se marier mais pour être heureux, s'il trouve la femme qui acceptera de partager la vie de ce garçon plein d'énergie et intelligent au destin prometteur malgré son handicap.

 

Pour lui, s'il devait se marier, ce sera obligatoirement avec une femme voyante car il pense à l'éducation des enfants qui sera très différente si les deux parents sont aveugles. Aucun ne pourra répondre à certaines questions que forcément l'enfant pose selon ce qu'il voit. Si les deux parents sont aveugles, comme il en connaît, ils enferment leur progéniture dans leur univers et lui transmettre des réflexes de non-voyants - tels la manière de toucher pour attraper un verre ou la façon de se déplacer - et l'enfant vivra alors comme un aveugle et non comme un voyant. C'est pour ces raisons qu'il s'oppose personnellement aux mariages entre deux aveugles... même si son plus proche ami est dans ce cas de figure.

 

Au quotidien, un aveugle utilise ses oreilles comme des yeux. Si en marchant, les bruits se multiplient et sont intenses, il ne peut pas marcher, son équilibre est déstabilisé. Il n'entend pas où il se dirige, il ne perçoit plus rien. Soit il est tenu d'attendre que les bruits s'estompent, soit il avance plus doucement avec plus de précautions. Un non-voyant vit toujours dans le bruit et doit entendre constamment. C'est en écoutant qu'il marche, qu'il vit...

Yusuf et son ami Engin, tous deux guides pour l'exposition "Diyalog in the dark" à Istanbul

Yusuf et son ami Engin, tous deux guides pour l'exposition "Diyalog in the dark" à Istanbul

Les aveugles utilisent les ordinateurs, les téléphones et les réseaux sociaux presque aussi facilement que vous et moi. Pour cela, ils utilisent l'application Voice Over intégrée d'origine dans tous les téléphones Apple. Sur Android, il faut télécharger une application similaire mais qui apparemment est moins performante. Le logiciel Joyce, quant à lui, équipe leurs ordinateurs.

 

La démonstration faite par Yusuf est plutôt édifiante. De la lecture de publications ou de messages postés sur FB et à leurs commentaires ou réponses en passant par le réglage et l'accès aux différentes fonctions habituelles d'un I Phone, le retour est quasiment aussi rapide et se fait soit à l'aide du clavier digital, soit par la voix.

Yusuf, aveugle d'Istanbul

Yusuf, aveugle d'Istanbul

Yusuf est aussi membre de GETEM, bibliothèque en braille ou vocale accessible à l'Université Boğazici d'Istanbul. Que ce soit sur place ou à partir de son téléphone ou de son ordinateur, il peut ainsi de façon très simple lire une revue ou un livre, accéder à des documents ou informations nécessaires dans le cadre de ses études, etc. De même, il a aussi la possibilité de “visionner” des films dont les actions sont expliquées vocalement grâce à GETEM.

 

Les objectifs personnels de Yusuf sont de terminer ses études universitaires afin de pouvoir progresser au niveau de son travail. Peut-être pourra-t-il aussi l'an prochain effectuer un Erasmus. Parfois, il réfléchit également à la possibilité de créer un jour une entreprise avec l'un ou l'autre ami, aveugle ou voyant.

 

Exposition "Diyalog in the dark" à la station de metro de Gayrettepe http://www.dialogistanbul.com/ (en turc et en anglais)

Billetterie sur place et chez Biletix

Visites tous les jours de 9 h 30 à 20 h

Visites en anglais les samedis et dimanches à 14 h, 16 h et 18 h

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 06:12

Hürrem Sultane, plus connue sous le nom de Roxelane, celle que le sultan Soliman va surnommer « Ma Joyeuse » et choisir pour épouse, est arrivée au Harem comme esclave.

 

Elle sait se faire remarquer par celui qui dirige l'extraordinaire Empire ottoman grâce à sa beauté et à son intelligence.

 

Avide de pouvoir, cette femme au destin incroyable va devenir à la fois la mère de 6 enfants mais aussi une redoutable conseillère auprès de celui qu'elle aime, à la fois par amour mais aussi et pour ses propres intérêts.

"La Magnifique" d'Issaure de Saint Pierre, pour connaître l'incroyable destinée de Roxelane

Ce roman permet de plonger dans l'univers impitoyable de la cour ottomane où la lutte est continuelle pour tenir les rênes du pouvoir et où les châtiments les plus cruels n'épargnent pas les plus proches du sultan.

 

Un livre de près de 350 pages à dévorer par tous les amateurs à la fois d'histoire ottomane mais aussi de passion...

17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 04:54

Un soir d'été en 1936, Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République de Turquie, se rend au Splendid Palace Hôtel de Prinkipo, l'actuelle Büyükada, autrement dit la plus grande des îles des Princes au large d'Istanbul... Un rassemblement se forme devant cet hôtel populaire.

On joue de la musique sur la terrasse. Parmi la foule se trouve une très belle et grande femme grecque, bien en chair, portant une robe noire décolletée et accompagnée d’un homme.

Atatürk invite cette femme à danser. Parmi les spectateurs, il y a un homme à la stature grande mais d'allure modeste portant sur son dos un panier en osier rempli de melons et qui regarde Atatürk avec étonnement.

La suite est rapportée à travers les souvenirs de Cemal Granda, le domestique d'Atatürk :

Une fois la danse terminée avec cette femme grecque, Atatürk aperçoit le vendeur de melons et lui fait signe d’approcher… Il lui enlève le panier de melons de son dos et lui demande de danser avec la femme grecque. Celle-ci danse très bien, le vendeur, quant à lui, vêtu de haillons, n'a jamais dansé de sa vie... La danse de ces deux personnes est inoubliable... Lorsque la danse s'achève, Atatürk bat des mains et dit “Bravo, bravo, c'était une très belle danse...”

Mustafa Kemal considérait la danse comme une utilité contemporaine, pas seulement destinée à l'élite mais aussi au peuple...

Si Atatürk vivait encore, tout le monde danserait encore aujourd'hui* au mythique Splendid Palace Hôtel dont on aperçoit, surplombant l'embarcadère, l'imposante façade blanche aux fenêtres habillées de volets rouges et surmontée de deux bulbes gris.

 

Splendid Palace Hôtel, Büyükada

Splendid Palace Hôtel, Büyükada

Cet établissement à l'architecture art déco et qui a su garder jusqu'à ce jour son charme suranné, a ouvert ses portes en 1908. la splendide demeure en bois de quatre étages a été construite sur ordre du maréchal Sakızlı Kâzim Paşa aux ordres du sultan Abdulhamit II par un certain Kaludi Laskaris Kalfa.

 

En 1911, Dikran, Tavit et Onnik, trois hommes originaires de Tokat et connus à Beyoğlu, louent l'hôtel et vont l'équiper. L'ensemble du mobilier sort de la fabrique de meubles austro-ottomane d'Istanbul, la paille utilisée pour la réalisation des fauteuils de l'entreprise Lion. Les couverts en argent monogrammés proviennent de la célèbre entreprise parisienne d'orfèvrerie Christofle. Les verres en cristal, les serviettes, couvertures et tous les autres équipements sont ramenés d'Europe.

 

A cette époque, l'île n'est pas encore équipée en électricité mais la lumière est fournie au Splendid par un générateur.

 

Splendid Palace Hôtel, Büyükada

Splendid Palace Hôtel, Büyükada

Les orchestres les plus célèbres jouent ici, des artistes connus y donnent des concerts et tous les week-end ont lieu les “Nuits Européennes”.

 

Durant une partie de la guerre d'indépendance turque, l'endroit est réquisitionné par l'Etat pour servir d'hôpital avant de redevenir un hôtel à partir de 1921. Comment avant la guerre, les concerts et les bals qui y sont organisés sont très courus. Dârülelhân, le Conservatoire des Femmes, y donne un concert de musique turque le 9 octobre 1921 pour les victorieux de la guerre- les fameux gazi - accompagné par un groupe de joueurs de saz, cet instrument de musique traditionnel à cordes pincées.

Affiche pour un bal donné le 26 août 1923 au Splendid Palace Hôtel de Prinkipo

Affiche pour un bal donné le 26 août 1923 au Splendid Palace Hôtel de Prinkipo

Après la mort de Sakızlı Kâzim Paşa en 1936, l'hôtel passe entre les mains de sa fille Nazire Tokgöz, puis au décès de cette dernière, à sa petite-fille Belma Hatice et à son époux Nihat Hamamcioğlu.

 

Aujourd'hui, à peine franchi le seuil de la porte, la machine à remonter le temps donne l'impression de se retrouver à la belle époque istanbouliote, dans les années 20 à 40.

 

Le comptoir de la réception en bois massif derrière lequel sont suspendues les clés des 70 chambres et des 4 suites donne le ton.

Ömer bey, directeur du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Ömer bey, directeur du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Un décor sobre, une ambiance quiète pour touristes désireux de plonger dans un univers d'une autre époque ou pour les habitués, parfois depuis des décennies qui viennent là passer, qui un week-end, qui une semaine ou plus, voire même toute la saison d'ouverture de l'hôtel qui s'échelonne habituellement de début avril à fin octobre.

 

A gauche, deux portes donnent sur le salon de réception où l'on peut jouer aux cartes, lire tranquillement, boire un verre ou ne rien faire, juste observer tant l'impressionnant tableau signé par l'artiste français Ferdinand Dubreuil.

 

A côté de l'escalier aux marches revêtues d'un tapis rouge flamboyant, la caisse, sortie tout droit du passé et où derrière les petites vitres arrondies se trouvent à proximité d'un vieux poste radio, des photos et affiches anciennes, quelques vieux téléphones à cadran, des accessoires divers et variés qui ont connu leur temps de gloire entre ces murs ....

L'imposante caisse du Splendid Palace Hôtel de Büyükada

L'imposante caisse du Splendid Palace Hôtel de Büyükada

Prenez l'ascenseur, unique en son genre, au bois vernis et dont il faut d'abord pousser la première et lourde porte en fer forgé ornée de coeurs et de motifs floraux avant de glisser en douceur vers les étages, assis sur le strapontin en bois pliable. Il manque juste le groom...

 

Les chambres, dont certaines ont été refaites avec goût, ont su garder également l'ambiance du passé. On peut s'imaginer sans grande peine les femmes y déposer sur une commode leur chapeau à voilette et leurs gants en soie, les hommes accrocher leur veston dans l'armoire et poser leur melon avant d'aller admirer du balcon la vue sur l'embarcadère, la mer de Marmara et la rive asiatique d'Istanbul en écoutant claquer les sabots des chevaux tirant les calèches, les voitures, hormis celles de l'administration n'ayant pas droit de cité ici, coutume qui a perduré fort heureusement.

 

Une des chambres du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Une des chambres du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Depuis plus de 40 ans, Ömer bey, le directeur de cette adresse incontournable de Büyükada, entretient la magie des lieux pour ses clients, dont beaucoup sont devenus des amis au fil du temps.

 

Si une belle piscine orne le charmant jardin, il est aussi agréable de passer du temps, lorsque les soirées sont fraîches, dans le jardin d'hiver agrémenté d'une fontaine en marbre blanc délicatement ouvragée et d'admirer les anciennes photos de Prinkipo qui ornent cette pièce carrée autour de laquelle courent les couloirs et les étages de cette demeure pas comme les autres.

Jardin d'hiver du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Jardin d'hiver du Splendid Palace Hôtel à Büyükada

Le Splendid Palace Otel de Büyükada figure sur la liste des 10 meilleurs hôtels d'Istanbul selon le célèbre journal anglais Guardian.

 

 

* Extrait de l'article de Melih Aşık publié le 9 septembre 2007 dans le quotidien turc Milliyet

 

http://www.splendidhotel.net/eng/index.html

4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 17:43

Une fois n'est pas coutume, je vais laisser la place à un autre narrateur, en l'occurrence au Frère Gwénolé Jeusset, franciscain installé à Istanbul depuis un peu plus d'une dizaine d'années qui nous raconte son récent voyage à Assise et Rome avec des derviches-tourneurs

 

Son article a également été publié dans le magazine « Présence » du mois de mai 2015

 

« 13 avril 2015 : le temps de déposer nos valises à l'Antonianum, l'Université franciscaine près de Saint Jean de Latran, nous pouvions être au rendez-vous fixé par la communauté Sant'Egidio, Piazza Trastevere à 20 h 00. Nous, c'est-à-dire d'un côté sept derviches et Ismail leur bienfaiteur, de l'autre les six frères d'Istanbul, chargés de motiver l'ensemble de l'Ordre au dialogue oecuménique et interreligieux.

Franciscains et derviches tourneurs sur la place Saint-Pierre de Rome, avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Franciscains et derviches tourneurs sur la place Saint-Pierre de Rome, avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Après des années d'amitié, j'avais proposé au chef spirituel de ce groupe de mevlevis, disciples de Mevlâna que nous connaissons sous le nom de Rûmi, d'aller à Konya, la cité où vécut ce mystique musulman, leur inspirateur. Accompagné de deux laïcs de notre diocèse, nous avions ainsi, en mai 2014, passé trente-six heures dans cette ville. Nous avions surtout médité trente minutes en silence côte à côte, le Dede (ainsi sont appelés les cheikh en turc) et moi devant le tombeau. L'idée avait tant plu à un très généreux ami musulman qu'il était prêt à aider pour d'autres initiatives semblables.

 

Alors, pourquoi ne pas faire de même au tombeau de Saint François à Assise, mais avec nos communautés et en passant par Rome ! Nous n'avions pas pu prendre ensemble les billets mais invités par la Communauté Sant'Egidio le premier soir, nous avions décidé de nous rejoindre là. Ils avaient été reçus à l'aéroport par notre ami Mustafa Cenap, dirigeant d'un centre de dialogue à Rome qui fut l'ange gardien de ce pèlerinage comme compagnon des uns et des autres et comme traducteur.

 

Avec l'interreligieux dans ses gènes, la communauté Sant'Egidio avait bien compris notre périple « historique ». Andrea Ricardi, le fondateur, venait vous saluer après la prière, au moment où son compagnon Marco Bartoli et quelques autres nous invitaient à partager leur repas. Cela commençait bien...

Frère Gwénolé et Nail Kesova sheik mevlevi en méditation devant le mausolée de Mevlâna à Konya, mai 2014 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Frère Gwénolé et Nail Kesova sheik mevlevi en méditation devant le mausolée de Mevlâna à Konya, mai 2014 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

De gauche à droite, Frère Gwénolé,  Nail Dede et Murat au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux devant un tableau symbolique de Paul VI recevant des leaders de l'époque - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

De gauche à droite, Frère Gwénolé, Nail Dede et Murat au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux devant un tableau symbolique de Paul VI recevant des leaders de l'époque - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

C.D.P.I.

 

Le jour suivant, mardi 14, nous avions rendez-vous au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux (C.D.P.I.). Tous les derviches étaient là dont certains avaient, pour l'occasion, retardé un enregistrement à la télévision. J'avais estimé que cela nous prendrait une heure, c'en fut deux car le Père Markus Solo, religieux-prêtre indonésien, chargé des relations avec les musulmans d'Asie, sut très vite mettre nos amis à l'aise et les échanges en anglais et turc ne posèrent de problèmes qu'à l'ignare et mal-entendant que je suis.

 

Le soir, devant ce même représentant du C.D.P.I. et devant des frères et sœurs de la famille franciscaine, avait lieu, à l'Antonianum, la célébration que nous faisons le 27 octobre de chaque année à Saint Louis des Français d'Istanbul. L'atmosphère fut prenante et on sentait que le but était atteint ; l'assemblée était conquise et certaines personnes découvraient un nouvel horizon et une nouvelle espérance. A la sortie, Père Markus demanda la permission de mettre de la musique sur une prière que j'ai composée il y a déjà une quinzaine d'années et placée dans notre célébration. Je songe à proposer à mon frère le Dede qui est aussi compositeur d'en faire autant. Musique indonésienne et musique derviche, j'ai hâte d'entendre cela.

27.10.2013 dans l'église Saint-Louis des Français à Istanbul

27.10.2013 dans l'église Saint-Louis des Français à Istanbul

Place Saint-Pierre

 

Le mercredi, à partir du C.D.P.I. où nous attendait le Père Markus, franciscains et derviches gagnent la Place Saint-Pierre en habits religieux. Les deux groupes ne passent pas tout à fait inaperçus tandis qu'ils rejoignent l'endroit réservé par le Conseil Pontifical. Même avec ma vue basse, je voyais bien notre bien-aimé François.

 

Surprise, on vint chercher le Dede et Murat qui parlent italien pour que le Pape les salue à la fin. Murat me raconta avoir eu le temps de glisser : « Nous sommes là comme pèlerins de paix » et François posa une main sur l'épaule de chacun d'eux. Le lendemain, la photo était sur l'Osservatore Romano et pendant deux jours, Murat montrera fièrement le chapelet offert par le Pape, notamment à la Maison générale de notre ordre où, dans la foulée, nous étions invités pour le repas.

Le Pape François posant ses mains sur les épaules du sheik mevlevi de Galata Nail Kesova et du semazen Murat, 15 avril 2015 place Saint-Pierre à Rome - photo publiée dans l'Osservatore Romano

Le Pape François posant ses mains sur les épaules du sheik mevlevi de Galata Nail Kesova et du semazen Murat, 15 avril 2015 place Saint-Pierre à Rome - photo publiée dans l'Osservatore Romano

Assise

 

Le jeudi 16, un minibus nous emporta vers Assise. Le chauffeur, stressé au possible tout au long du parcours avait-il aux tripes la peur ancestrale du Turc dans la péninsule ? Il finit par nous laisser tomber sur une place imprévue.

 

Aux Carceri, les derviches découvrirent les grottes où les premiers « frati » et leur Père se retiraient souvent dans les bois pour rejoindre leur Seigneur. Puis, ensemble, nos avons visité le monastère de Saint-Damien, là où François d'Assise reçut l'appel à « réparer » l'Eglise et où vécut Sainte-Claire qui reçut la visite de mercenaires musulmans de l'empereur chrétien. Notre groupe pacifique et fraternel ne fit peur à personne mais causa peut-être un certain étonnement.

 

Le tombeau de Saint-François

 

Le vendredi 17 avril, nous étions au cœur de notre démarche.

 

Dans la crypte du Sacro Convento, je rappelais : « En mai 2014, Nail dede et moi étions au mausolée de Mevlâna. Nous voici maintenant au mausolée de Saint-François, le moment le plus important de notre voyage fraternel. Nous allons méditer en silence pendant trente minutes comme nous avions fait à Konya, pour demander l'esprit de paix des meilleurs amis de Dieu. » Quand une demi-heure plus tard, on vint me dire que d'autres groupes attendaient, je me croyais encore au milieu du temps prévu. Quelle grâce !

Mevlevis et franciscains  en méditation silencieuse devant le tombeau de Saint François à Assise le 17 avril 2015, photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Mevlevis et franciscains  en méditation silencieuse devant le tombeau de Saint François à Assise le 17 avril 2015, photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Silvestro, un frère roumain responsable du dialogue interreligieux pour les Franciscains Conventuels entraîna tout le monde à travers l'immense couvent de 1230. A un moment, il remit à notre cher Nail dede une lampe à huile offerte à des croyants de toute religion venant ici en pèlerins de paix. Frère Silvestro (merci pour tout, frère !) conduisit ensuite les anciens de la bande sur la place de l'ancien temple de Minerve transformé en église. Un tableau me surprit qui illustre la mort de Saint-Joseph. Nous avons le même en plus grand dans l'église Santa Maria Draperis à Istanbul. Qui possède l'original ?

 

Tout a une fin

 

A 18 h, à deux pas et quelques murs (que j'aurais bien vu sauter) de la chapelle de la Portioncule et de l'endroit où Frère François accueillit en chantant « notre sœur la mort, nous commençons notre célébration commune. Comme à Rome, nous écoutons la lettre du Ministre Général des frères mineurs qui voulait être avec nous dans cette salle.

 

Je suis certain que les fenêtres du ciel sont bien ouvertes et que Fra Francesco et Rûmi sont penchés sur Assise. Un supplément de paradis pour eux surtout au moment de l'Alleluia quand on se donne le baiser de paix. Ils ont sûrement pris dans leurs mains le poids de notre communion pour la faire briller aux yeux de la cour céleste.

A Assise, célébration entre franciscains et mevlevis dans une salle à quelques mètres de l'endroit où est mort Saint François d'Assise, 17 avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

A Assise, célébration entre franciscains et mevlevis dans une salle à quelques mètres de l'endroit où est mort Saint François d'Assise, 17 avril 2015 - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Samedi 18 avril 2015 est le jour du retour. Le rêve a pris fin, notre fraternité toute simple fut constamment visible, notre prière constante, les derviches toujours prêts à me saisir doucement le bras pour éviter que je tombe. « C'est notre père » avait dit Ismail au C.D.P.I. Dans le chaos actuel sur la terre des hommes, aux yeux du Seigneur qui est tendresse, l'amour a triomphé de la haine.

 

Nous laissons nos frères musulmans a l'Antanianum où ils déposent leurs bagages avant de partir visiter le Colisée tandis que nous partons vers l'aéroport. Non sans cette dernière image : ils viennent tous de mettre autour du cou le Tau franciscain que je leur ai distribué sur l'autoroute qui nous ramenait d'Assise à Rome.

Avril 2015, franciscains de l'église Santa Maria de Draperis d'Istanbul et les derviches tourneurs de Galata dans le cloître du couvent bâti près de la basilique et de la crypte où se trouve le tombeau de Saint François - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Avril 2015, franciscains de l'église Santa Maria de Draperis d'Istanbul et les derviches tourneurs de Galata dans le cloître du couvent bâti près de la basilique et de la crypte où se trouve le tombeau de Saint François - photo mise à disposition par Frère Gwénolé

Ce même soir, notre Ministre Général à peine rentré de voyage m’envoyait le message suivant : « Mon cher Gwénolé, que le Seigneur te bénisse et qu'il bénisse aussi nos chers frères derviches.  Je me réjouis du fait qu'ils ont été bien reçus et qu'ils puissent se solidariser avec nous frères mineurs sans difficulté. Mes salutations spéciales aux derviches ! Fraternellement, Michael »

 

Deux jours après, Nail Dede  m’écrivait : “Cher Gwenolé, mon frère, merci infiniment pour ce voyage inoubliable et historique. Allah/Dio était avec nous. Mevlâna Celaleddin Rumi dit : "Dans tous les temples où je suis allé, je l’ai vu » ! Nous aussi nous l’avons ressenti. Nous remercions tous les frères et sœurs que nous avons découvert dans cet extraordinaire climat spirituel. Malgré son absence, nous avons senti la présence de votre Supérieur Général, nous le remercions pour avoir permis notre voyage fraternel. Meilleurs souhaits Nail Dede (Kesova) Al Sheikh ul Mevlevi”.

 

Que dire de plus sinon une supplication pour que cesse la haine et un alleluia jusqu'à l'heure de la grande rencontre où tomberont tous les murs de cette terre.

 

 

Frère Gwénolé, O.F.M.


 

Published by Nat - dans Soufisme
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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 15:34

Article publié sur le site du journal Zaman France - édition du 20 avril 2015

 

Samedi 11 avril 2015 aux environs de 18 h sur la scène installée dans le choeur de Sainte-Irène, première cathédrale de Constantinople, un autre choeur, composé celui-là d'une soixantaine d'hommes et de femmes issus de diverses confessions, répète en vue du concert prévu le soir même, il s'agit du célèbre Choeur des Civilisations d'Antioche.

 

Juifs, chrétiens arméniens, catholiques et orthodoxes, musulmans sunnis et alévis, chantent ensemble depuis 8 ans et pas n'importe quoi. En effet, ce sont à la fois des airs populaires mais surtout des chants religieux très connus au sein de chaque confession qu'ils entonnent avec force et plaisir et le résultat donne assurément des frissons.

Concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène d'Istanbul le 11 avril 2015

Concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène d'Istanbul le 11 avril 2015

A la tête de ce choeur pas comme les autres, Yılmaz Özfırat, un homme dont l'énergie semble inépuisable et qui dirige sa troupe non pas de main de maître mais de main d'Homme, tout simplement...

 

Dans cette chorale, c'est en effet l'Homme qui prime, l'être humain et c'est bien ce qui en fait sa richesse.

11 avril 2015, répétition du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène, Istanbul

11 avril 2015, répétition du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène, Istanbul

Tout a commencé en 2007 lorsque le Ministère de la Culture et du Tourisme Turc a choisi de présenter la province d'Antioche dans le cadre de la traditionnelle et annuelle semaine touristique” explique Yılmaz. “De la réunion organisée avec la Préfecture de Hatay (un des deux noms turcs de la ville, tout comme Antakya) est né un projet de choeur dont l'idée a germé à partir du film turc “Selamsız Bandosu”.

 

Yılmaz continue : “Bien que la ville d'Antioche soit pleine de ressources, elle n'a jamais vraiment eu l'attention qu'elle mérite et cela a renforcé l'idée de créer une chorale bien spécifique. Le Sous-Préfet m'a chargé de la coordination de ce projet dont j'ai fait part à Şeyda Koyaş, professeure de musique. Durant 5 semaines, nous avons rendu visite aux différentes communautés, écouté leurs avis, leurs idées et leurs pensées qui ont été très utiles pour l'élaboration de ce projet et au final le choeur a vu le jour le 15 avril 2007.

Yılmaz Özfırat, le dynamique chef du Choeur des Civilisations d'Antioche

Yılmaz Özfırat, le dynamique chef du Choeur des Civilisations d'Antioche

Par la suite, Şeyda s'est mariée et a déménagé à Istanbul. Je me suis retrouvé à la tête de la chorale qui comprenait 2 imam, 2 prêtres orthodoxes ainsi que des professeurs, des avocats, des médecins, des femmes au foyer, des retraités, des étudiants, des infirmiers, des marchands de tissus, monsieur et madame tout le monde...”

 

Yılmaz Özfırat poursuit ses explications : “Au début, chaque communauté interprétait ses propres chants et les derniers morceaux l'étaient par tous. Mais nous avons constaté que cela dissociait en fait les groupes, ce qui n'était pas le but, bien au contraire. Aussi, nous avons décidé que la chorale au grand complet chanterait les chants religieux de chaque communauté.

11 avril 2015, salle comble à Sainte-Irène, Istanbul, pour le concert annuel du Choeur des Civilisations d'Antioche

11 avril 2015, salle comble à Sainte-Irène, Istanbul, pour le concert annuel du Choeur des Civilisations d'Antioche

Après le premier concert, nous avons également ressenti la lourdeur de la bureaucratie et afin de disposer d'une plus grande liberté, il a été décidé de nous constituer en association en 2008. Le choeur qui s'appelait à l'origine la “Chorale de l'arc en ciel” devient finalement à ce moment-là le “Choeur des Civilisations d'Antioche.”

 

La ville d'Antioche et ses environs ont assurément des particularités historiques culturelles et religieuses. L'église Saint-Pierre taillée dans la roche est une des premières églises au monde, c'est aussi là qu'a été utilisé pour la première fois le mot “chrétien”. La première mosquée d'Anatolie se trouve également ici et c'est aussi à Antioche qu''un nom de personne non musulmane, en l'occurrence Habibi Neccar, a été donné à une mosquée de cette cité pas comme les autres où la tolérance est un principe de base.

 

En outre, c'est aussi non loin de là qu'existe Vakıflı Köyü, le seul village 100 % arménien en Turquie qui n'a jamais été assimilé ou dominé.

 

A ses débuts, la chorale comprenait 75 membres, tous amateurs, répartis équitablement entre membres juifs, orthodoxes, musulmans sunnites, alévis et catholiques. Depuis, elle s'est étoffée et compte aujourd'hui 120 personnes dont toutes ou partie se déplacent lors des différents concerts donnés tant en Turquie qu'à travers le monde.

 

Un chant mystique accompagné par des derviches tourneurs lors du concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène, Istanbul - 11 avril 2015

Un chant mystique accompagné par des derviches tourneurs lors du concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Sainte-Irène, Istanbul - 11 avril 2015

Yılmaz Özfırat explique également : “Notre but est d'attirer l'homme vers le droit chemin et la beauté. Les guerres de religion font du bruit, pourtant celles-ci sont inacceptables du point de vue de Dieu. Nous aimons tout ce qui a été réalisé par le Créateur et à partir de là nous souhaitons montrer l'exemple de la Turquie au monde.

 

Lorsqu'on nous demande comment nous avons réussi, nous répondons simplement “Comment avez-vous échoué ?” Nous essayons de faire ce qui est juste. Notre répertoire comprend des chants sunnis, alévis, orthodoxes, catholiques, arméniens et juifs ainsi que des chansons populaires. Nous présentons uniquement des chansons louant Dieu.”

Une partie du Choeur des Civilisations d'Antioche en concert à Istanbul

Une partie du Choeur des Civilisations d'Antioche en concert à Istanbul

İbrahim Cemal, de confession juive presque septuagénaire, fait partie du choeur depuis le début. Originaire d'Antioche, il a passé sa vie à vendre du tissu jusqu'à sa retraite et à fréquenter la synagogue de sa ville. Ce sont le Président de sa communauté et celui du choeur qui l'ont choisi à l'époque avec d'autres camarades pour faire partie de la chorale. “Beaucoup de choses ont changé pour moi depuis 2007” dit-il.

 

“Nous avons établi entre tout le monde des liens d'amitié très forts et vivons comme des frères. Croyez-moi, nous formons un très bel ensemble. Malgré mon âge, je n'arrive pas à me détacher du choeur car nous formons tous une famille et nous nous aimons beaucoup. Pour moi, cela ne me pose aucun problème de chanter des chants religieux de différentes confessions car dans chacune c'est le nom de Dieu qui revient et je chante volontiers tous les chants.”

Séance photo du Choeur des Civilisations d'Antioche devant l'ancienne église Sainte-Irène à Istanbul, 11 avril 2015

Séance photo du Choeur des Civilisations d'Antioche devant l'ancienne église Sainte-Irène à Istanbul, 11 avril 2015

Jan Dellüller officie comme prêtre à l'église grecque orthodoxe Saints Pierre et Paul et a également rejoint le choeur dès sa naissance avec entre autres le père Dimitri. Il se souvient des débuts de la formation consécutive à l'ouverture de la semaine du Tourisme à Hatay. “Aujourd'hui, le monde a besoin d'amour et de paix et à chaque endroit où nous donnons un concert, nous donnons l'occasion de faire connaître les chartes d'une manière de vivre.”

11.04.2015 - Concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Istanbul

11.04.2015 - Concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Istanbul

Ahmet Yatmaz, imam de la mosquée Ordu à Yayladağı dans la province d'Antioche tout près de la frontière syrienne, fait partie de la chorale depuis 2012. “Lorsque j'ai eu connaissance de l'existence de ce choeur, j'ai proposé d'en faire partie et c'est ainsi que j'y suis entré” dit-il. “J'ai appris au contact de ces personnes de différentes confessions à les voir seulement avec un regard d'homme. J'ai connu des gens d'horizons divers et j'ai compris que le monde n'est pas constitué seulement du pays ou du lieu où je vis.” conclut-t-il.

Quelques membres du Choeur des Civilisations d'Antioche - 11 avril 2015 à Istanbul, Sainte-Irène

Quelques membres du Choeur des Civilisations d'Antioche - 11 avril 2015 à Istanbul, Sainte-Irène

Le Choeur des Civilisations d'Antioche a figuré en 2012 parmi les 231 nominés pour le Prix Nobel de la Paix. Même s'il n'a pas eu la consécration suprême, il représente sans aucun doute un véritable modèle de tolérance et de fraternité tant au sein de la Turquie où il donne des concerts aux quatre coins du pays (environ 300 depuis la création) que dans d'autres pays tels la France, l'Allemagne, la Grèce. Il a aussi chanté devant le Parlement Européen, le siège des Nations Unies ainsi qu'au Congrès Américain, pour ne citer que quelques exemples.

Chant et danse de Mer Noire, concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Istanbul le 11 avril 2015

Chant et danse de Mer Noire, concert du Choeur des Civilisations d'Antioche à Istanbul le 11 avril 2015

Tout comme Yılmaz Özfırat, İbrahim le retraité juif, Jan le père orthodoxe et Ahmet l'imam souhaitent pouvoir chanter un jour à Gaza devant des Juifs et des Palestiniens, en Syrie ainsi que dans d'autres zones sensibles de la planète si proches de la Turquie mais où l'Homme est oublié au profit d'autres idéaux qui n'ont rien de la religion juive, ni chrétienne ou musulmane.

 

Si ces hommes et ces femmes de bonne volonté arrivent à vivre en paix au quotidien en se respectant, en unissant leurs voix et en montrant ainsi l'exemple, pourquoi ne prendrions-nous pas exemple pour vivre mieux ensemble ? Il dépend de chacun d'entre nous d'apporter une pierre à l'édifice...

Yılmaz Özfırat à la tête du Choeur des Civilisations d'Antioche

Yılmaz Özfırat à la tête du Choeur des Civilisations d'Antioche

Pour aller plus loin :

http://www.medeniyetlerkorosu.com/ (en turc et en anglais)


 

Quelques extraits vidéos du concert donné à Sainte-Irène le 11 avril 2015 :

https://www.youtube.com/watch?v=fEwIWXzYuY4

https://www.youtube.com/watch?v=hSB6ruLZBGY

https://www.youtube.com/watch?v=toM3ToYj5S4

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 05:57

Article publié dans LePetitJournald'Istanbul.com - Edition du 31 mars 2015

 

Vendredi 20 mars 2015, 16 heures à l'aéroport Atatürk d'Istanbul. Deux femmes chiropracteurs volontaires installées dans la mégalopole s'apprêtent à passer un week-end pas comme les autres auprès de réfugiés syriens basés dans un camp non-gouvernemental à Adana.

 

Aurélie Belsot, chiropracteur et depuis un an et demi, présidente de l'Association des Chiropracteurs de Turquie comptant une dizaine de membres, estime “normal”, quand on est dans la profession médicale, de soigner les autres. Ce n'est pas tant le fait de se rendre la première fois dans un camp de réfugiés qu'elle appréhende le plus, mais plutôt l'organisation sur place et comment communiquer avec les malades. Pour Fatima Karagöz, également chiropracteur et travaillant avec Aurélie, c'est aussi une première expérience auprès des réfugiés. A ses yeux, aider l'autre, celui dans le besoin, est un devoir.

 

Ces deux femmes peuvent, à travers la chiropractie, soulager et réduire la douleur des corps meurtris par un vécu chaotique. Comment ne pas avoir mal au dos en portant enfants et sacs pesant de nombreux kilos, durant des jours de voyage longs et difficiles, souvent à pied, pour fuir un pays en guerre ?

 

Fatima Karagöz à gauche et Aurélie Belsot à droite, chiropracteurs volontaires dans un camp de réfugiés non-gouvernemental à Adana

Fatima Karagöz à gauche et Aurélie Belsot à droite, chiropracteurs volontaires dans un camp de réfugiés non-gouvernemental à Adana

Une fois arrivées à Adana, les deux chiropracteurs rencontrent Hüseyin Ocak, pasteur de l'église protestante Kurtuluş. Celui-ci œuvre depuis novembre 2013 en faveur des réfugiés. Il commence d’abord seul, en collectant vêtements et vivres dans son quartier.

 

Il y a huit mois, lors d'une réunion de différents responsables religieux du Sud-Est, le pasteur émet le souhait de travailler ensemble en faveur de ces réfugiés, recevant alors plusieurs appuis et aides financières. Il fait aussi connaissance avec Dan et Janet, un couple d'Américains établis sur place depuis une quinzaine d'années qui, eux aussi, travaillent depuis longtemps pour améliorer le quotidien de ces personnes. Ils unissent alors leur action.

A gauche, le pasteur Hüseyin Ocak avec Aurélie Belsot, chiropracteur et deux réfugiés syriens à Adana

A gauche, le pasteur Hüseyin Ocak avec Aurélie Belsot, chiropracteur et deux réfugiés syriens à Adana

L’installation, les premiers patients

 

Ce camp sauvage situé dans les quartiers de Yeşilbağlar et Bahçelievler a vu arriver les premiers réfugiés il y a trois ans. Ils se sont installés de façon anarchique sur des terrains situés à proximité des demeures de ce quartier essentiellement habité par une population kurde.

 

Aujourd'hui plus, de 530 tentes abritent environ 2.150 personnes dont 600 enfants et une centaine de bébés.

 

 

Dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana

Dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana

Près de 400 familles habitant dans ce même secteur – elles sont composées en moyenne de huit à neuf personnes, soit une population d'environ 3.500 personnes - ont trouvé refuge, qui dans des dépôts ou immeubles abandonnés, qui dans des vieux magasins.

Tentes de réfugiés syriens au milieu des habitations d'Adana

Tentes de réfugiés syriens au milieu des habitations d'Adana

Samedi matin 9 heures 30, dans l'avenue de la Sérénité – au nom plein d'espoir – un dépôt a été loué une dizaine de jours auparavant par Hüseyin Ocak pour entreposer et redistribuer les dons qui ont commencé à affluer d'Istanbul mais aussi de Bursa et de la région de Kocaeli suite au lancement d'une campagne d'aide initiée à Istanbul par quelques personnes de bonne volonté.

 

 

15 mars 2015 à l'hôpital de la Paix à Şişli - Tri et préparation des colis destinés aux réfugiés syriens d'Adana

15 mars 2015 à l'hôpital de la Paix à Şişli - Tri et préparation des colis destinés aux réfugiés syriens d'Adana

C'est là qu'Aurélie et Fatima installent leurs tables de travail au milieu des matelas, de colis comportant couches et lait en poudre pour bébés, des cartons de vêtements, de linge de maison et de lits, de jouets, de produits de soin, d'hygiène, de puériculture et de médicaments.

Préparation des tables de soins par les deux chiropracteurs volontaires d'Istanbul en présence du pasteur Hüseyin Ocak, de Cemo, Janet et le jeune traducteur Habeş

Préparation des tables de soins par les deux chiropracteurs volontaires d'Istanbul en présence du pasteur Hüseyin Ocak, de Cemo, Janet et le jeune traducteur Habeş

Les premiers réfugiés prévenus de leur arrivée s'installent à l'extérieur et attendent patiemment leur tour. Se trouvent là des femmes au dos courbé par le poids des souffrances et la charge quotidienne de s'occuper de leurs enfants et de leur offrir un minimum de nourriture et d'attention.

 

 

Les premiers réfugiés syriens attendent de se faire soigner par les deux chiropracteurs volontaires

Les premiers réfugiés syriens attendent de se faire soigner par les deux chiropracteurs volontaires

Il y a aussi des bébés et des petits aux pathologies sérieuses, qui nécessiteraient des prises en charge lourdes. Parmi eux, une petite d'un an et demi dont la tête ne tient pas droite seule, une fillette de trois ans, sourde et muette, au sourire ravageur qui ne laisse pas indifférent.

 

Un bébé fête le lendemain sa première année de vie mais, pour l'heure, il doit être amené aux urgences en raison d'une inflammation d'un testicule ayant fait tripler ce dernier de volume. Il devra être opéré sous peu dès que le problème administratif lié à un permis de résidence établi à Urfa, ne permettant l'accès aux soins gratuits que dans cette province-là, aura été réglé...

 

Une simplification de la procédure, si les réfugiés déclarés sont amenés à changer de région au sein de la Turquie, éviterait tracas, fatigue supplémentaire et déplacements longs, fatigants et coûteux.

Le pasteur Hüseyin Ocak avec une famille de réfugiés syriens à Adana

Le pasteur Hüseyin Ocak avec une famille de réfugiés syriens à Adana

Des histoires qui se ressemblent

 

Les hommes aussi ont leur compte de soucis de santé entre problèmes respiratoires, dos cassés et moral dans les chaussettes pour certains.

 

La journée se passe sans encombres grâce à la présence de Şemsettin, le “chef” des réfugiés venus de Kobané, et de Cemo qui habite le quartier et travaille aux côté du pasteur. Tous deux assurent le filtrage et l'entrée des malades dans le dépôt.

 

Janet, l'Américaine, assiste les chiropracteurs et Habeş, un jeune Syrien, sert de traducteur, rôle de première importance.

Le pasteur Hüseyin Ocak, au milieu Cemo son aide et à droite Şemsettin, réfugié de Kobane à Adana

Le pasteur Hüseyin Ocak, au milieu Cemo son aide et à droite Şemsettin, réfugié de Kobane à Adana

Habeş, jeune réfugié syrien, sert de traducteur aux deux chiropracteurs volontaires à Adana

Habeş, jeune réfugié syrien, sert de traducteur aux deux chiropracteurs volontaires à Adana

Les histoires de ces réfugiés se ressemblent beaucoup. Şhadi, 23 ans, agriculteur et conducteur de machines agricoles, est venu clandestinement d'un village situé près de Hamah avec ses parents et ses sept frères et sœurs dans l'espoir, déçu pour le moment, de trouver du travail à Adana.

 

Sali*, 25 ans, originaire de Damas, vit depuis avril 2013 en Turquie. Il a fait le voyage sans famille mais accompagné d'autres Syriens, marchant et courant durant trois jours, affrontant mille dangers sur sa route. Professeur d'anglais durant quatre ans en Syrie, il travaille à présent dans un magasin de vente de métal et de bois pour le bâtiment et vit dans une maison du quartier avec son épouse syrienne et pédiatre.

Une famille de réfugiés syriens parmi bien d'autres dans le camp non-gouvernemental à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Une famille de réfugiés syriens parmi bien d'autres dans le camp non-gouvernemental à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Dimanche matin, après avoir été conduites au dépôt, Aurélie et Fatima reçoivent encore de nombreuses visites de réfugiés au regard parfois souriant, parfois rempli d'espoir, parfois vide... Yeter, une amie de Janet, est aujourd'hui de service pour traduire.

 

 

 

File d'attente dimanche matin de réfugiés syriens en attente de soins par deux chiropracteurs d'Istanbul à Adana

File d'attente dimanche matin de réfugiés syriens en attente de soins par deux chiropracteurs d'Istanbul à Adana

Une nouvelle urgence est diagnostiquée : le petit Mohamed, âgé de cinq mois souffre d'une bronchiolite et peine à respirer. Des soins hospitaliers urgents sont nécessaires et il faut se rendre sans délai avec Dilyar, jeune Syrien de 20 ans de Kobané assurant la traduction, à l'hôpital Numune, où officient ce week-end les pédiatres de garde.

 

 

Mohamed, 5 mois, tout jeune réfugié syrien à Adana

Mohamed, 5 mois, tout jeune réfugié syrien à Adana

Mustafa, 27 ans, le père du bébé, est arrivé il y a 10 jours d'Alep avec son épouse Nebibe, avec qui il s'est marié un an et sept mois plus tôt. Artisan carreleur en Syrie, la guerre l'a mené au chômage voilà quatre mois et il est sans argent. Nebibe, quant à elle, a dû renoncer à poursuivre ses études pour devenir institutrice. Ils ont fait le voyage à pied durant près de trois jours avec 35 autres réfugiés dans l'espoir de démarrer une nouvelle vie en Turquie suite à la rencontre d'un homme qui leur a promis du travail. Ce dernier les a accompagnés jusqu'à Kilis avant de tous les abandonner à leur triste sort...

 

Les parents du petit Mohamed n'ont que leur carte d'identité syrienne. Le fait de ne pas encore disposer de permis de résidence en tant “qu'invités syriens”, comme les deux millions de leurs compatriotes vivant en Turquie, n'est pas un obstacle pour bénéficier de soins gratuits.

 

Leur bébé est pris en charge et soigné de façon immédiate et efficace dans cet hôpital flambant neuf d'Adana, où les urgences se bousculent et où le personnel médical réalise un travail remarquable.

 

 

De gauche à droite, Nebibe, son bébé Mohamed, son époux Mustafa et Dilyar, jeune réfugié syrien assurant la traduction - Hôpital Numune à Adana

De gauche à droite, Nebibe, son bébé Mohamed, son époux Mustafa et Dilyar, jeune réfugié syrien assurant la traduction - Hôpital Numune à Adana

Au milieu des tentes, où se rendent les deux chiropracteurs volontaires, se trouve Najib, arrivé trois jours auparavant de Hassaké avec sa femme et quatre de ses cinq enfants âgés de 6, 7, 9 et 11 ans, celui de 8 ans étant resté en Syrie avec son oncle.

 

La principale préoccupation de cet homme est de recevoir une tente, commandée le lendemain par Hüseyin et Cemo, pour ne pas continuer à s'entasser dans celle d'un membre de leur famille où ils ont trouvé refuge à leur arrivée. Eux aussi ont fait une bonne partie du chemin à pied, sont entrés sur le territoire turc en tant que clandestins et ont poursuivi leur périple en voiture.

Dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana, Turquie

Dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana, Turquie

Quelques tentes dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana, dans le sud de la Turquie

Quelques tentes dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana, dans le sud de la Turquie

Dans un des secteurs du camp demeurent des habitants de Kobané, où ils travaillaient presque tous la terre. Vingt-huit tentes abritent chacune entre huit et dix familles, 180 personnes en totalité, tous Kurdes. Les premiers sont arrivés il y a deux ans, Şemsettin, le “chef” il y a un an, d'autres depuis des durées variant entre trois mois et un an.

 

 

Réfugiés syriens de Kobané à Adana dans un camp non-gouvernemental avec à gauche leur "chef" Şemsettin

Réfugiés syriens de Kobané à Adana dans un camp non-gouvernemental avec à gauche leur "chef" Şemsettin

L'an passé, un Turc d'Izmir est venu leur proposer un emploi dans les champs. Dilyar, le fils de Şemsettin, ne l'a pas cru au départ et lui a demandé de leur avancer de l'argent pour se rendre sur place, somme qu'ils lui rendront après avoir travaillé.

 

C'est ainsi que plus d'une vingtaine de réfugiés de Kobané sont allés à Izmir en 2014 durant quatre-cinq mois pour œuvrer dans les champs de tomates et s'occuper des vignes en étant hébergés sur place. Cette année encore, 20 à 25 personnes sont retournées le 25 mars à Izmir pour quelques mois avant de revenir à Adana pour exécuter des travaux dans les plantations de mandarines.

Champ gorgé d'eau dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana

Champ gorgé d'eau dans le camp non-gouvernemental de réfugiés syriens à Adana

Réfugiés syriens de Kobané à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Réfugiés syriens de Kobané à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Je suis prête à retourner à Adana”

 

Pour Aurélie Belsot, “le bilan du week-end est plutôt positif, avec 90 personnes ajustées et deux urgences détectées à temps. Il aurait était possible de faire mieux si un médecin avait pu être du voyage. Peut-être la prochaine fois” espère-t-elle.

 

Cette jeune femme vive et pleine d'humour précise : “Partir là-bas signifie aller vers les autres, de culture et à l'histoire ô combien différentes de la mienne. Le chamboulement intérieur ne s'est pas fait attendre. S'occuper des plus démunis m'a permis de remettre mes valeurs de thérapeute en avant. Je reviens changée de ce week-end et je l'espère en bien. Je suis prête à retourner à Adana.”

Aurélie Belsot, chiropracteur et volontaire dans un camp de réfugiés syriens à Adana

Aurélie Belsot, chiropracteur et volontaire dans un camp de réfugiés syriens à Adana

Pour Fatima, “le week-end était fatiguant mais en même temps, c'était super d’être là-bas et de soigner des réfugiés. Le cadre est atroce, les réfugiés vivent dans des conditions et un environnement inhumains. J’étais très énervée face à la situation de ces gens qui subissent un combat inhumain. Personne ne dit rien, la vie humaine est-elle si ordinaire, a-t-elle si peu de prix ? Il me faudra du temps pour repartir car je suis démoralisée et cela m’a affectée au niveau émotionnel. Dans un mois, ce sera possible mais pour le moment, c'est trop tôt.”

Fatima Karagöz, chiropracteur à Istanbul et volontaire dans un camp de réfugiés syriens d'Adana en Turquie

Fatima Karagöz, chiropracteur à Istanbul et volontaire dans un camp de réfugiés syriens d'Adana en Turquie

Deux jours après ce week-end auprès des réfugiés syriens, les tentes des personnes originaires de Kobané ont été attaquées le soir par un groupe de personnes se déclarant de l'Etat Islamique. Ceux-ci ont lacéré leurs habitations de fortune au couteau, bousculé les femmes et créé un climat de peur et une forme de seconde guerre pour ces familles. Cette attaque contre ceux qui vivent déjà dans des conditions précaires une vie que personne n'a souhaité a laissé des traces.

 

Ceux devant partir pour Izmir ont eu de la chance dans leur malheur, d'autres, assez nombreux, ont trouvé le lendemain du travail dans des champs à Mersin et Tarsus mais 35 personnes (cinq familles) sont restées sans toit, une fois encore. Et là encore, l'aide d'urgence est nécessaire pour les reloger au mieux.

25 mars 2015, au lendemain de l'attaque perpétrée contre des réfugiés syriens de Kobané à Adana - crédit photos Seli Çelik

25 mars 2015, au lendemain de l'attaque perpétrée contre des réfugiés syriens de Kobané à Adana - crédit photos Seli Çelik

Une mobilisation importante

 

La mobilisation et l'aide ont été importantes en faveur des réfugiés syriens d'Adana, tant de la part des communautés d'expatriés en Turquie telles Istanbul Accueil ou l'Alliance Française, des membres de la paroisse Saint-Louis des Français, que des communautés des Sœurs de la Charité de l'Hôpital de la Paix et des Sœurs de Saint-Georges, de la Fondation Catholique Géorgienne d'Istanbul, de l'hôpital Çapa, d'un pédiatre de la région de Kocaeli, entre autres.

 

Une petite partie des dons en faveur des réfugiés syriens d'Adana

Une petite partie des dons en faveur des réfugiés syriens d'Adana

Plusieurs entreprises françaises implantées en Turquie telle Orientrans, qui a pris en charge le transport de 70 m3 de dons une semaine auparavant, ont apporté leur aide.

 

L'agence de voyages Koptur a réglé un billet d'avion pour une des soignantes, la société de transports Özcemay d'Antioche a payé la note d'hébergement. Des particuliers français et turcs mais aussi suisse ainsi que de jeunes aumôniers français à l'occasion du carême, ont participé, de différentes façons à la campagne d'aide.

19.03.2015 - Chargement du poids lourds affrêté par Orientrans pour acheminer les dons en faveur des réfugiés d'Adana

19.03.2015 - Chargement du poids lourds affrêté par Orientrans pour acheminer les dons en faveur des réfugiés d'Adana

19 mars 2015 à 23 h à l'hôpital de la Paix à Şişli, chargement du poids lourds rempli de dons pour les réfugiés syriens d'Adana

19 mars 2015 à 23 h à l'hôpital de la Paix à Şişli, chargement du poids lourds rempli de dons pour les réfugiés syriens d'Adana

Cette dernière se poursuit tant les besoins sont énormes. Outre l'aide alimentaire, les produits de première nécessité pour bébés, enfants et adultes, les besoins en soins sont primordiaux, notamment pour endiguer la vague dépressive qui sévit au sein de cette population où beaucoup ont perdu toute énergie et goût de la vie.

 

 

Vivres dans une des tentes de réfugiés syriens à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Vivres dans une des tentes de réfugiés syriens à Adana - crédit photos Hervé Porcher

Des conditions de vie plus que difficiles ces dernières semaines pour les réfugiés syriens d'Adana confrontés à des pluies torrentielles - crédit photos Hervé Porcher

Des conditions de vie plus que difficiles ces dernières semaines pour les réfugiés syriens d'Adana confrontés à des pluies torrentielles - crédit photos Hervé Porcher

Pour le pasteur Ocak, la venue de psychologues et psychiatres, tant pour enfants que pour adultes, est un souhait prioritaire. Soigner le corps comme le font Aurélie et Fatima et soigner l'âme vont souvent de pair.

Un lueur d'espoir dans les yeux souriants de ce réfugié syrien soigné par Aurélie

Un lueur d'espoir dans les yeux souriants de ce réfugié syrien soigné par Aurélie

Ces jeunes réfugiés syriens d'Adana n'ont pas perdu leur sourire d'enfants - crédits photos Hervé Porcher

Ces jeunes réfugiés syriens d'Adana n'ont pas perdu leur sourire d'enfants - crédits photos Hervé Porcher

Plusieurs projets d'amélioration du cadre de vie de ces réfugiés en matière d'hygiène et de réalisations, leur permettant de commencer à subvenir eux-mêmes à certains de leurs besoins, sont à l'étude suite à ce premier voyage. Il devrait faire l'objet d'un nouveau déplacement prévu durant la seconde quinzaine du mois d'avril.

 

 

 

Améliorer les conditions de vie et d'hygiène pour les réfugiés syriens, une priorité - crédit photo Hervé Porcher

Améliorer les conditions de vie et d'hygiène pour les réfugiés syriens, une priorité - crédit photo Hervé Porcher

* Prénom changé pour les besoins de l'article

 

Cliquez İ pour accéder à la version turque de l'article.

 

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