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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 09:48

Yaşar Kemal, une des plus grandes plumes de la littérature turque contemporaine, sinon la plus grande, a rendu son dernier souffle hier 28 février 2015 à l'âge de 91 ans, après six semaines de maintien sous assistance respiratoire dans un hôpital d'Istanbul, suite à une grave pneumonie.

 

De son vrai nom Kemal Sadık Gökçeli, il naît au sein d'une famille kurde de paysans en 1923, en même temps que la République Turque, dans le village d'Hemite près d'Adana. Il perd son œil droit à l'âge de 5 ans et son père est tué sous ses yeux à la mosquée. Sa jeunesse est loin d'être un long fleuve tranquille...

 

Yaşar Kemal au Consulat de France à Istanbul, mai 2010

Yaşar Kemal au Consulat de France à Istanbul, mai 2010

A l'école déjà, ses poèmes (édités dans la revue « Görüşler dergisi ») et ses écrits ne passent pas inaperçus. Yaşar gratte le saz, cet instrument de musique à cordes traditionnel, avec doigté.

 

Rentré par obligation dans la vie active à 11 ans pour subvenir aux besoins de sa mère, il ramasse le coton, conduit des tracteurs, fait des travaux de maçonnerie avant de devenir contremaître, puis garde-champêtre avant de revenir à ses premières amours, l'écriture. Il continue de travailler en tant que bibliothécaire, son emploi préféré. Différentes revues publient ses poèmes et ses premières nouvelles le sont à l'âge de 20 ans.

 

Accusé de propagande communiste, il purge en 1950 une année de prison après laquelle il s'installe à Istanbul où il devient reporter pour le quotidien turc Cumhuriyet avec qui il collabore durant 12 ans. Durant cette période, il reçoit le Prix Spécial de l'Association des Journalistes pour son reportage “Dünyanin En Büyük Çiftliğinde Yedi Gün” (Sept jours dans la plus grande ferme du monde). En 1951, il décide d'adopter le pseudonyme de Yaşar Kemal, un nom qui deviendra célèbre aux quatre coins de la planète.

Yaşar Kemal reçu en mai 2010 à l'Institut Culturel Français d'Istanbul par Bernard Emié, Ambassadeur de France en Turquie, aux côtés de Jack Lang et Ara Güler

Yaşar Kemal reçu en mai 2010 à l'Institut Culturel Français d'Istanbul par Bernard Emié, Ambassadeur de France en Turquie, aux côtés de Jack Lang et Ara Güler

A partir de 1963, il se consacre uniquement à sa carrière de romancier débutée en 1955 avec « Ince Memed » (Memed le Mince), sorte de Robin des Bois anatolien dont le personnage évoque Mayro, rebelle tué à l'âge de 25 ans lors d'un accrochage avec la police et oncle maternel de Yaşar Kemal. Ce livre traduit en 40 langues... constitue la base d'une série de 4 livres consacrée à Memed.

 

Ecrivain engagé, militant de gauche, l’homme passe une bonne partie de sa vie dans les couloirs des tribunaux pour sa défense et celle de ses amis. Infatigable porte-parole des laissés pour compte, il est condamné à de courts séjours derrière les barreaux en 1966 puis en 1971.

 

En 1995, un article publié dans le journal allemand « Der Spiegel » lui vaut un jugement mais il finit par être acquitté. La peine de 20 mois qu'il écope pour un autre article publié dans « Indexon Censorhip » est, quant à elle, ajournée.

 

En 1996, la Cour de Sûreté de l'Etat le condamne à 20 mois de prison à la suite de la publication l'année précédente de son article « Le ciel noir de la Turquie » dans son livre « La liberté d’expression et la Turquie » qui porte sur la question kurde.


Yaşar Kemal, lassé de ses ennuis avec la justice, s'exile durant deux ans en Suède avec son épouse à la fin des années 1970.

Yaşar Kemal avec deux autres grands noms de la culture turque, Ara Güler et son ami de longue date Zülfü Livaneli

Yaşar Kemal avec deux autres grands noms de la culture turque, Ara Güler et son ami de longue date Zülfü Livaneli

Après avoir été marié en 1952 avec Thilda Serrer, une immigrée intellectuelle espagnole qui est emprisonnée aussi à plusieurs reprises et qui décède en 2001 après lui avoir donné un fils Raşit Göçeli, il épouse en seconde noce Ayşe Semiha Baban en 2002.

 

Auteur de 35 romans, de nouvelles, de reportages et d'articles publiés entre 1955 et 1984, l'écrivain collectionne les prix les plus importants de la littérature mondiale et est l'écrivain turc le plus lu et traduit de par le monde.

 

En mai 2010, il est reçu par Bernard Emié, alors Ambassadeur de France en Turquie, dans les jardins du Consulat de France aux côtés d'Ara Güler, l'oeil d'Istanbul, et de son ami Zülfü Livaneli lors de la visite de Jack Lang, ancien Ministre Français de la Culture.

Yaşar Kemal, mai 2010, dans les jardins du Consulat de France, entouré par Bernard Emié, Ambassadeur de France en Turquie, Jack Lang, Ara Güler et Zülfü Livaneli

Yaşar Kemal, mai 2010, dans les jardins du Consulat de France, entouré par Bernard Emié, Ambassadeur de France en Turquie, Jack Lang, Ara Güler et Zülfü Livaneli

Le 17 décembre 2011, Yaşar Kemal se voit remettre au Palais de France d'Istanbul les insignes de Grand Officier dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur par Jean-Louis Georgelin, Général d'Armée, en présence de Laurent Bili, Ambassadeur de France en Turquie.

 

A l'annonce du décès de ce monstre sacré de la littérature, Ömer Çelik, Ministre turc de la Culture, déplore la perte d’une « grande âme » et Abdullah Gül, ancien Président de la République salue, quant à lui, l’« Intellectuel aux positions libres et indépendantes » qu'était Yaşar Kemal dont la dépouille sera inhumée demain 2 mars au cimetière de Zincirlikuyu.

 

Pour ma part, je garderai le souvenir ému d'un grand homme dans tous les sens du terme, humble, à la gentillesse et à l'humour exquis qui, derrière cette façade douce, osait dire tout haut ce que les autres pensaient tout bas, vouait un amour pour l'Anatolie profonde dont il était un enfant et qu'il a su si bien décrire dans ses ouvrages. Ce fervent défenseur des droits de l'homme et de la liberté, tout comme Zülfü Livaneli, aura marqué la Turquie et le monde entier de son empreinte.

 

Qu'il repose en paix au paradis des grands hommes !

 

 

Yaşar Kemal, au premier rang lors d'un concert donné par son ami Zülfü Livaneli à Harbiye, août 2010

Yaşar Kemal, au premier rang lors d'un concert donné par son ami Zülfü Livaneli à Harbiye, août 2010

"Si tu t’acharnes à ce point sur n’importe qui, un chat, un chien, un oiseau qui vole, il aura peur une première fois, une seconde. La troisième, poussé à bout, il deviendra féroce comme un léopard et te mettra en pièces. Il ne faut pas tant s’acharner sur les hommes." (Yaşar Kemal - extrait de Memed le Mince)

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 08:33

8 février 2011, il y a 4 ans jour pour jour, je recevais, émue, ma carte d'identité turque.

 

Mon amour pour mon pays d'adoption n'a pas fléchi depuis et je suis fière de dire "Ne mutlu Türküm diyene" ("Quel bonheur de dire je suis turque").

 

 

Ne mutlu Türküm diyene

Ne mutlu Türküm diyene

Pour fêter cet anniversaire, je viens de mettre en ligne l'enregistrement de mon passage dans l'émission "Expat-Istanbul" diffusée le 13 mars 2014 sur la chaîne câblée "Voyage", un beau souvenir en l'occurrence.

Cliquez ici pour passer une dizaine de minutes en ma compagnie si vous le voulez bien, destination Üsküdar sur la rive asiatique d'Istanbul  !

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 18:24

Le 6 janvier 2015, 550 roms sédentaires, dont 150 enfants, habitant le quartier d'Ataşehir à Istanbul ont vu leurs maisons de fortune être démolies par les bulldozers au plus froid de l'hiver.

 

Nebahat Bilgiç, Président de l'Association de Défense des Roms pour la rive asiatique d'Istanbul, s'est rendue le 27 janvier à l'Assemblée Nationale à Ankara pour une réunion cruciale qui s'est achevée de façon positive avec une solution de relogement mais qui va prendre du temps...

17 janvier 2015, 11 jours après la démolition des maisons des roms d'Ataşehir à Istanbul

17 janvier 2015, 11 jours après la démolition des maisons des roms d'Ataşehir à Istanbul

Les responsables rencontrés ont donné instruction de commencer le plus rapidement possible les travaux permettant de régler le problème de logement des roms d'Ataşehir.

 

La Direction Générale d'Istanbul du Ministère de l'Environnement, de l'Urbanisme et du Trésor Public a été contactée afin de trouver dans les 10 à 15 jours à venir un terrain sur lequel des logements seront construits pour accueillir les familles concernées. 3 à 5 mois seront nécessaires afin que les fondations de ces immeubles sortent de terre...

Le terrain occupé par les roms d'Ataşehir jusqu'au 6 janvier 2015

Le terrain occupé par les roms d'Ataşehir jusqu'au 6 janvier 2015

Pour l'heure, la Sous-Préfecture d'Ataşehir a ordonné aux maires de quartiers de trouver des logements libres pour les roms... Fournir des préfabriqués pourrait constituer une solution provisoire.

 

En attendant, hormis les 10 familles qui ont réussi à se reloger… dans d'autres gecekondu, la situation reste critique car toutes les autres sont entassées tant bien que mal avec d'autres membres de leur communauté dans leurs habitations déjà exigues.

Femmes roms d'Ataşehir à Istanbul

Femmes roms d'Ataşehir à Istanbul

La campagne d'aide démarrée le 14 janvier bat son plein et continue car les besoins sont plus qu'importants :

  • couches pour bébés de toutes tailles, étant précisé que trois bébés sont nés depuis le 6 janvier dernier...

  • petits pots, affaires de toilettes pour bébés

  • vêtements bébés et pour enfants, chaussures

  • jouets, affaires scolaires

  • vaisselle en tout genre (assiettes, couverts, verres)

  • ustensiles de cuisine (surtout faitout, casseroles, poêles)

  • linge de lit et de toilette

  • matelas, coussins, draps

  • mobilier et surtout électro-ménager (réfrigérateurs, gazinières, plaques de cuisson)

Un camion plein destiné aux roms d'Ataşehir à Istanbul

Un camion plein destiné aux roms d'Ataşehir à Istanbul

Couches pour bébés destinées aux roms d'Ataşehir

Couches pour bébés destinées aux roms d'Ataşehir

Les dons peuvent être apportés :

  • à la cathédrale du Saint-Esprit tous les jours de 9 h à 12 h et de 16 h 30 à 18 h (me prévenir avant par messagerie FB ou par le biais de contact « overblog »)

  • ce dimanche 1er février à la paroisse Saint-Louis des Français à l'occasion de la messe dominicale, contactez Isabelle Blayney sur FB par messagerie ou par mon intermédiaire

  • pour la rive asiatique à l'église Notre Dame de l'Assomption (contactez Soeur Angélina au 0216 336 16 47 au préalable)

 

 

Les expatriés à Istanbul se mobilisent pour les roms d'Ataşehir

Les expatriés à Istanbul se mobilisent pour les roms d'Ataşehir

Les dons en espèces sont aussi acceptés et utilisés pour des achats des denrées prioritaires effectués par des relais français ou belges d'Istanbul puis acheminés à Ataşehir au siège de l'Association de défense des Roms de la rive asiatique présidée par Nebahat Bilgiç pour être immédiatement redistribués.

Toutes les semaines, 1 à 2 voitures pleines à craquer sont acheminées à Ataşehir pour les roms

Toutes les semaines, 1 à 2 voitures pleines à craquer sont acheminées à Ataşehir pour les roms

Déchargement d'un véhicule par un rom d'Ataşehir à Istanbul

Déchargement d'un véhicule par un rom d'Ataşehir à Istanbul

Tout le monde possède dans ses placards de cuisine et ses armoires des effets dont ils ne se sont pas servis depuis au moins un an, alors autant les donner à ceux qui peuvent en avoir l'utilité immédiatement.

 

Rappel : sur les 65 familles concernées, 15 ont tout perdu le 6 janvier... sauf leur vie.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 07:32

Dans l'édition 2014 de l'Almanach du Petit Journal d'Istanbul dans lequel plusieurs de mes articles ont été publiés, une dizaine de personnes ont été interviewées pour évoquer un événement marquant de leur vie en Turquie.

 

J'ai le plaisir d'en faire partie et le sujet qui a marqué mon année 2014 était indéniablement ma première visite dans la prison d'Ümraniye à Istanbul, un établissement modèle dont le fonctionnement et les activités méritent réflexion.

 

 

Nathalie Ritzmann dans l'Almanach 2014 du Petit Journal d'Istanbul

Nathalie Ritzmann dans l'Almanach 2014 du Petit Journal d'Istanbul

En cliquant ici, vous pourrez lire ou relire mon reportage relantant cet événement hors du commun vécu il y a un an derrière les murs de la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul.

Dans la prison-modèle d'Ümraniye à Istanbul

Dans la prison-modèle d'Ümraniye à Istanbul

Vous trouverez très prochainement l'Almanach 2014 du Petit Journal d'Istanbul :

- dans les Instituts français d'Istanbul, d'Izmir et d'Ankara,

- à la Chambre de commerce franco-turque à Istanbul,

- à l'Association culturelle France-Turquie de Bursa.

ainsi qu'au Centre culturel Anatolie de Paris.

 

Dix mille exemplaires seront à votre disposition gratuitement.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 07:30

Alors qu'une femme kamikaze a provoqué mardi dernier la mort d'un policier à Sultanahmet, que la Turquie a connu une vague de froid sans précédent et que Paris s'apprêtait à vivre des jours noirs, une tragédie humaine concernant 550 personnes roms dont 150 enfants se déroulait dans le quartier de Küçükbakkalköy à Ataşehir, sur la rive asiatique d'Istanbul, sans faire la une des journaux.

 

En effet, mardi 6 janvier 2015, à 5 heures du matin, les bulldozers de la mairie d'Ataşehir ont commencé à détruire les 65 habitations louées depuis 8 ans par des familles roms sédentaires de nationalité turque. Les loyers ont été payés durant les sept premières années mais durant la dernière année, les familles ne les ont plus réglés.

550 roms vivaient ici à Ataşehir jusqu'au 6 janvier 2015

550 roms vivaient ici à Ataşehir jusqu'au 6 janvier 2015

Avant d'habiter là, tous ces roms occupaient des maisons de fortune dans un autre quartier d'Ataşehir qu'ils ont dû quitter, leurs habitations ayant été démolies suite au projet de renouveau urbain dans cette zone...

 

 

Il était une fois les maisons des roms d'Ataşehir...

Il était une fois les maisons des roms d'Ataşehir...

Ces familles savaient depuis environ un an que leurs jours sur place étaient comptés et qu'ils allaient subir le même sort que leurs cousins de Sulukule, ce quartier gitan millénaire d'Istanbul situé dans la péninsule historique et devenu tristement célèbre entre 2007 et 2009.

550 roms à la rue depuis le 6 janvier 2015 à Istanbul, un Sulukule bis à Ataşehir

Finalement, ce sont dans des conditions dramatiques et totalement inhumaines que s'est effectuée l'«opération de nettoyage ».

 

A la base, le problème relève de la juridiction privée. Les habitations en question ont été construites par des propriétaires privés. Il y a un an, une société monte un projet de construction résidentielle sur le périmètre de ces terrains loués et habités par les roms.

Ataşehir à Istanbul, un quartier qui va devenir aussi tristement célèbre que celui de Sulukule

Ataşehir à Istanbul, un quartier qui va devenir aussi tristement célèbre que celui de Sulukule

Si décision de justice d'expropriation il y a, aucun document officiel l'attestant n'a été présenté ni remis aux concernés. La législation prévoit que l’exécution de la décision du tribunal par le biais de l’office chargé de mission doit adresser une lettre officielle aux familles en leur donnant un délai légal de 30 jours maximum pour qu’ils évacuent les lieux.

 

L'étape suivante consiste pour l’office d’exécution à donner l’ordre de l’expulsion forcée des familles et de la démolition des habitations. La zabita, équivalent de police municipale, est bien venue le 15 décembre 2014 informer les 65 familles que leurs maisons seraient démolies le 5 janvier 2015 - soit 20 jours après - et que d'ici là, elles devaient quitter les lieux et donc se reloger.

Les bulldozers ont rasé les maisons de 550 roms d'Ataşehir à Istanbul le 6 janvier 2015

Les bulldozers ont rasé les maisons de 550 roms d'Ataşehir à Istanbul le 6 janvier 2015

Louer un appartement lorsqu'on est rom est quasiment chose impossible, d'où la demande faite en son temps par l'Association de Protection des Roms pour la Rive Asiatique d'Istanbul présidée par Nebahat Bilgiç afin que l'administration les reloge dans des logements sociaux, mais sans résultat.

Nebahat Bilgiç, Présidente de l'Association de Protection des Roms de la Rive Asiatique d'Istanbul, crédit photo Hervé Porcher

Nebahat Bilgiç, Présidente de l'Association de Protection des Roms de la Rive Asiatique d'Istanbul, crédit photo Hervé Porcher

Les roms d'Ataşehir ne contestent pas la décision de démolition en soi, mais à juste titre la façon dont se sont déroulés les faits, durant les jours les plus froids de l'hiver et sans aucune aide de quiconque. Ils sont restés sur place dans la neige avec des températures nocturnes inférieures à 0 durant 3 nuits et 4 jours.

 

Ataşehir à Istanbul, sur le terrain habité jusqu'à début janvier 2015 par 550 roms

Ataşehir à Istanbul, sur le terrain habité jusqu'à début janvier 2015 par 550 roms

Jeudi 8 janvier, la Sous-Préfecture d'Ataşehir décide de les héberger dans une salle de sports mais ne trouvant pas pour eux de matelas ni de couvertures, cette décision d'hébergement provisoire est annulée... et ces hommes, femmes, vieillards et enfants ont passé finalement une troisième nuit sur les décombres de leurs maisons.

 

Finalement, vendredi 9 janvier, grâce à la persévérance et à l'obstination de Nebahat Bilgiç, la Sous-Préfecture a remis à chacune des 65 familles une somme de 2000 TL (env.  750 Euros) en guise d'aide au relogement et leur a promis une indemnité mensuelle de 500 TL (env. 185 Euros) durant un an. Néanmoins, l'administration a refusé de fournir la convention écrite demandée par Nebahat qui s'en tient pour le moment à une promesse orale.

Nebahat Bilgiç, une rom qui se bat pour les droits des siens à Ataşehir, Istanbul

Nebahat Bilgiç, une rom qui se bat pour les droits des siens à Ataşehir, Istanbul

A ce jour, 15 familles ont absolument tout perdu, n'ayant rien pu sauver de leurs maigres biens restés sous les décombres. Les enfants n'ont plus de cartable, les gens plus de vêtements, ni de meubles, ni quoi que ce soit pour vivre.... Les autres 40 familles ont également perdu une grande partie de leurs biens.

Un jeune rom enveloppé dans une couverture à gauche, un chien, scène de désolation à Ataşehir, Istanbul

Un jeune rom enveloppé dans une couverture à gauche, un chien, scène de désolation à Ataşehir, Istanbul

Les droits de l'homme ont ici été bafoués de façon intolérable. Les 30 jours maximum de délai pour quitter les lieux n'ont pas été octroyés, 20 jours seulement. Les relogements ou les aides auraient dû être mis en place avant la date butoir.

 

10 % des familles ont pu se reloger vendredi tant bien que mal dans l'arrondissement grâce à l'aide de connaissances qui ont pu leur trouver des logements libres.

Un jouet ayant appartenu à un des enfants roms d'Ataşehir à Istanbul

Un jouet ayant appartenu à un des enfants roms d'Ataşehir à Istanbul

A la recherche de quelques biens à sauver à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

A la recherche de quelques biens à sauver à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Les autres ont trouvé refuge pour l'instant auprès de proches et au lieu de vivre à 10 sous le même toit, c'est à 20 qu'ils se retrouvent pour une durée qui, il faut l'espérer, va être la plus courte possible...

 

Il n'existe pas en Turquie de trêve hivernale comme c'est le cas en France par exemple où les expulsions sont interdites par la loi entre le 15 novembre et le 15 mars. Par contre, ici aucun habitant n'est sensé, aux yeux de l'administration turque, vivre dehors en hiver.

Ataşehir, un quartier d'Istanbul, habité par de nombreux roms

Ataşehir, un quartier d'Istanbul, habité par de nombreux roms

Des numéros de téléphone spéciaux, dont celui valable pour Istanbul, sont à la disposition des citoyens afin de signaler les cas des sdf alors pris en charge et ramenés dans des salles de sports aménagées pour l'occasion. L'antenne d'Istanbul contactée par nos soins a dit ne pouvoir intervenir que pour des cas isolés et nous a renvoyé sur le 155, autrement dit « Police Secours »...

 

Les propriétaires des lieux, les constructeurs des futurs immeubles et les administrations tant municipales que préfectorales impliquées dans cette sordide affaire ont oublié qu'ils ont affaire à des êtres vivants, différents par leur culture certes, mais avant tous des Humains qui méritent un minimum de respect et de considération.

Deux femmes roms d'Ataşehir à Istanbul qui n'ont plus rien pour vivre

Deux femmes roms d'Ataşehir à Istanbul qui n'ont plus rien pour vivre

On aurait pu et dû ajourner cette opération de quelques jours, prendre les dispositions nécessaires pour que ces familles ne se retrouvent pas dans une situation contraire aux principes mêmes du respect du droit humain.

Nebahat Bilgiç, Présidente de l'Association de Protection des Roms de la Rive Asiatique sur les lieux de la tragédie à Ataşehir

Nebahat Bilgiç, Présidente de l'Association de Protection des Roms de la Rive Asiatique sur les lieux de la tragédie à Ataşehir

En cas de tremblement de terre ou lors de l'afflux massif de milliers de réfugiés syriens et irakiens, la Turquie a toujours su s'organiser dans des délais records et faire face à travers des organismes tels que Kızılay, IHH, les services sociaux, les cellules de crise. Mais dans le cas des roms d'Ataşehir, où sont passés tous ceux qui sont chargés d'aider les plus démunis sans distinction d'origine et de races ou de cultures ?

 

La Turquie qui accueille plus d'1,6 million de réfugiés est considérée comme "une puissance de l'assistance humanitaire" par Antonio Guterres, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), mais ce dernier serait sans aucun doute surpris, voire choqué, d'apprendre ce qui se passe au cœur même d'Istanbul...

Ataşehir à Istanbul, sur les décombres des maisons habitées par les roms depuis 8 ans

Ataşehir à Istanbul, sur les décombres des maisons habitées par les roms depuis 8 ans

La pétition ci-dessous, destinée au Gouverneur d'Istanbul, a été lancée il y a 4 jours pour que ces familles ne restent pas à la rue :

 

https://secure.avaaz.org/fr/petition/SAYIN_VASIP_SAHIN_ISTANBUL_VALISI_M_VASIP_SAHIN_GOUVERNOR_OF_ISTANBUL_Atasehir_550_romlar_sokakta_kalmazsin_550_Rom_of_A/?dkaGPab&pv=0

Les restes d'une maison rom à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Les restes d'une maison rom à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Deux besoins sont plus qu'urgents pour ces familles :

 

  • recourir à la générosite publique turque et européenne tant pour le relogement que pour pouvoir disposer de biens de première nécessité (nourriture, vêtements, lits, affaires scolaires pour les enfants, meubles, électro-ménager)

  • trouver un avocat sensible aux droits de l'homme qui veuille bien les représenter et les défendre afin que le droit national et international soient respectés.

Un canapé tourné vers le terrain où habitaient les roms à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Un canapé tourné vers le terrain où habitaient les roms à Ataşehir, Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Une adresse mail spéciale romanatasehir@gmail.com (contacts en français et en turc) ainsi qu'une page FB « Aide aux Roms d'Ataşehir – Ataşehir Romanlar'a yardım kampanyası » https://www.facebook.com/pages/Aide-aux-Roms-dAta%C5%9Fehir-Ata%C5%9Fehir-Romanlara-yard%C4%B1m-kampanyas%C4%B1/344938572360761 viennent d'être mises en place pour ceux et celles qui peuvent apporter leur aide sous toutes les formes possibles (matérielle, financière,...). L'association précitée va ouvrir aujourd'hui un compte bancaire spécifique pour les aides pécuniaires.

Un tapis, quelques vêtements ayant appartenu à des roms d'Ataşehir à Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Un tapis, quelques vêtements ayant appartenu à des roms d'Ataşehir à Istanbul - crédit photo Hervé Porcher

Un foulard ayant appartenu à une rom d'Ataşehir à Istanbul, crédit photo Hervé Porcher

Un foulard ayant appartenu à une rom d'Ataşehir à Istanbul, crédit photo Hervé Porcher

Cliquez ici pour lire la version turque de cet article.

 

Pour en savoir plus sur l'affaire de Sulukule, cliquez ici : http://www.dubretzelausimit.com/article-30222402.html

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 07:14

Article publié dans LePetitJournald'Istanbul.com - Edition du 5 janvier 2015

 

Cette prison-modèle située sur la rive asiatique d'Istanbul n'a pas fini de faire parler d'elle et de façon on ne peut plus positive.

 

En effet, elle présente actuellement sa troisième pièce de théâtre "Definename" interprétée par des détenus.

Definename, une pièce de théâtre jouée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul par des détenus

Definename, une pièce de théâtre jouée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul par des détenus

En février 2011 déjà, fut présentée la pièce « Duvarların Dili » écrite et réalisée par le détenu Hakan Metin Mercan, après adaptation du court-métrage « Anı Yaşamak » qui avait remporté le prix spécial du jury au festival du film d'Izmir. 25 camarades de cellule avaient joué dans cette pièce.

 

« Bana bir şeyhler oluyor », autre pièce écrite par le réalisateur turc Yılmaz Erdoğan a également été présentée par des détenus de la prison d'Ümraniye en décembre 2012.

 

Pour cette 3ème réalisation, c'est avec les réalisatrices Mihriban Çumralı, Gonca Cilasun et Duygu Urgan qu'a été montée la comédie musicale en deux actes de Sinan Bayraktar « Definename » ("Chasse au trésor").

Mihriban Çumarlı, une des réalisatrices de Definename, pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Mihriban Çumarlı, une des réalisatrices de Definename, pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Duygu Urgan, une des trois réalisatrices de Definename présentée par des détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye

Duygu Urgan, une des trois réalisatrices de Definename présentée par des détenus de la prison T Tipi d'Ümraniye

L'histoire : quelques commerçants et artisans travaillent dans la rue Mehmet Efendi située à Çorlu, une ville de Thrace. Par erreur, le vendeur de köfte utilise un papier bien mystérieux pour envelopper un sandwich destiné à la vente. Il s'agit en fait d'une carte datant de 1912-1913 sur laquelle le roi bulgare Tudor mentionne le lieu où il a caché un trésor.

Premier acte de Definename, la nouvelle pièce de théâtre présentée par des détenus d'Istanbul

Premier acte de Definename, la nouvelle pièce de théâtre présentée par des détenus d'Istanbul

Definename, une pièce de théâtre jouée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul par des détenus

Definename, une pièce de théâtre jouée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul par des détenus

C'est en dégustant son en-cas que son acquéreur se rend compte de l'importance de cette carte. Il en fait part à ses camarades et recherches et fouilles en cachette vont ainsi mobiliser tous ceux intéressés par la découverte du magot...

Deux des acteurs de Definename, une pièce de théâtre jouée dans une prison d'Istanbul par des détenus

Deux des acteurs de Definename, une pièce de théâtre jouée dans une prison d'Istanbul par des détenus

Ce nouveau projet autorisé et appuyé par la Direction Générale des Détentions du Ministère de la Justice, a pu être monté en un an par Mehmet Çıtak, directeur de l'établissement pénitentiaire, Yusuf Bağcı, éditeur et responsable des relations publiques et de la communication au sein de la prison, Ömer Gökdüman, responsable du projet et grâce au dévouement de tout le personnel.

 

Les décors et costumes ont été mis à disposition en partie par les théâtres publics d'Istanbul et en partie réalisés sur place.

Mehmet Çıtak, Directeur de la Prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Mehmet Çıtak, Directeur de la Prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

22 détenus ont pris part à la réalisation de cette pièce de théâtre qui a nécessité un travail intensif d'une année à raison de 5 jours/semaine pour former les prisonniers (apprentissage du texte, diction et jeu d'acteur) ainsi que les deux techniciens chargés respectivement du son, de la lumière et du travail en coulisses.

Definename, la 3ème pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, la 3ème pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, la 3ème pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, la 3ème pièce de théâtre montée dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Ce travail de professionnel a ainsi, une fois de plus, donné l'occasion à ces hommes de se former, de rebondir, de vivre une nouvelle expérience commune enrichissante et prometteuse.

Definename

Definename

D'innombrables activités diverses et variées sont proposées dans la prison T Tipi d'Ümraniye telles la formation scolaire de différents niveaux – y compris celle préparant à l'entrée à l'Université – des cours d'anglais, de lecture du Coran, d'informatique, des activités professionnelles comme le textile, l'imprimerie, le travail du cuivre et du macramé, différents sports tels le volley, le basket, le badminton, le tennis de table, des activités culturelles et musicales (cours de guitare, de bağlama, de danse folklorique, de jeu d'échecs...).

 

Il faut ajouter le suivi psycho-social des détenus avec, outre des entretiens personnalisés, des ateliers de contrôle et d'évacuation de la colère, des groupes de travail sur l'accoutumance aux substances. Cette prison peut servir d'exemple à sans doute bien des prisons européennes...

Definename

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Definename, la troisième pièce de théâtre montée dans la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, la troisième pièce de théâtre montée dans la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Depuis ma dernière visite en février 2014, deux nouveautés ont attiré mon attention. Tout d'abord, des tableaux réalisés par des détenus agrémentent à présent les murs des couloirs de la prison.

Un tableau peint par un détenu de la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Un tableau peint par un détenu de la prison-modèle T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

En outre, un film de présentation d'une dizaine de minutes a été réalisé et présenté afin de montrer les installations, la vie quotidienne et les activités à Ümraniye.

Definename, une chasse au trésor bien singulière dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, une chasse au trésor bien singulière dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Ekrem dede, acteur et détenu à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Ekrem dede, acteur et détenu à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Six représentations de « Definename » sont prévues en tout. Elles sont programmées tous les vendredis à 14 h, en l'occurrence les 9, 16, 23 et 30 janvier.

 

La salle de conférence et de spectacle dans laquelle est présentée la pièce contient seulement 150 places et, de ce fait, le nombre d'invitations est limité.

Definename, un magnifique travail d'équipe dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Definename, un magnifique travail d'équipe dans la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul

Les familles des détenus participant à cette pièce seront invitées à la séance du 16 janvier afin de leur faire découvrir ce modèle d'action exemplaire et de les y inclure.

 

 

Lors de la première représentation de Definename à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul le 27 décembre 2014

Lors de la première représentation de Definename à la prison T Tipi d'Ümraniye à Istanbul le 27 décembre 2014

Si vous souhaitez assister à l'une des prochaines présentations, inscrivez-vous sur la page FB « Definename » https://www.facebook.com/definename?ref=ts&fref=ts ou adressez un mail à yusuf6443308@gmail.com.

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 09:07

Le monde du soufisme et de la musique pleure un des siens depuis hier. Julien JalAl Eddine Weiss aaccompli son ŞebÎ Arûs - ses retrouvailles avec le divin - hier 2 janvier 2015 à 15 h, emporté par le cancer qui le rongeait depuis deux ans.

 

Né de père alsacien et de mère suisse, Bernard Weiss a vu le jour à Paris où il a grandi. Il entre en 1965 à l'Ecole Normale de Musique et joue de la guitare. Quelques années plus tard, la fièvre du voyage et sa remise en question sur la culture occidentale l'emmènent en Californie, au Maroc et aux Antilles, lui ouvrant ainsi de nouvelles portes sur d'autres cultures. Isabelle Sotto, une jeune vénézuélienne, fille du fondateur de l'art cinétique, le rebaptise Julien qui va devenir et rester son prénom de scène.

Julien JalAl Eddine Weiss en concert le 7 octobre 2009 à l'Institut Culturel Français d'Istanbul

Julien JalAl Eddine Weiss en concert le 7 octobre 2009 à l'Institut Culturel Français d'Istanbul

A son retour en France en 1974, il compose différents morceaux pour guitare classique et deux ans après découvre l'ud – luth oriental – à travers le célèbre joueur irakien Mounir Bachir. Cette rencontre musicale le perturbe tant qu'il laisse les cordes de la guitare au profit de celles de cet instrument. Sa quête musicale se poursuit avec le kanun, la cithare orientale, qui ne va plus le quitter et devenir son instrument de prédilection. Parcourant l'Orient de long en large, d'Istanbul à Damas en passant par Beyrouth, Bagdad, Tunis et le Caire, il apprend aux côtés de grands maîtres et devient le disciple et l'ami de Mounir Bachir.

 

Julien Weiss, acharné de travail et perfectionniste jusqu'au bout des ongles, va petit à petit exceller dans la maîtrise de cet instrument fascinant qu'est le kanun et parfaire ses recherches en musique arabe classique jusqu'à en être un expert. Il étudie des années durant les traités musicaux grecs antiques, les théoriciens turcs et byzantins, n'ayant de cesse d'approfondir ses connaissances en matière de musique orientale.

 

Il passe commande au luthier turc Egder Gülec un prototype de kânun de 102 cordes au lieu des 78 habituelles qui va lui permettre d'accompagner n'importe quel musicien.

Julien JalAl Eddine Weiss et son inséparable et original kanun

Julien JalAl Eddine Weiss et son inséparable et original kanun

En 1983, Julien Weiss fonde l'ensemble instrumental Al-Kindî en référence à un philosophe irakien du IXème siècle. Son groupe, composé de solistes parmi lesquels Ziyâd Kâdî Amin, joueur de ney, Muhammad Qadri Dalal, luthiste et Adel Shams el Din, percussionniste égyptien, entreprend de présenter un répertoire classique sacré et profane composé d'oeuvres historiques et peu ou prou connues. Le chant, indissociable de la musique, va prendre une place importante dans l'évolution logique d'Al-Kindî qui accompagne les plus grands interprètes du chant profane et sacré, tel le Sheikh Hamza Shakkûr, hymnode de la Grande Mosquée de Damas. C'est avec ce dernier qu'il découvre la liturgie soufie de la ville et crée un concert sacré rythmé par le sema - la danse des derviches tourneurs - présenté à partir de 1994 sur les scènes mondiales les plus prestigieuses.

 

Entre-temps, Julien s'est converti à l’Islam en 1986 et est devenu JalAl Eddine, rendant ainsi hommage à Jâlal Eddine Rumi, plus grand mystique oriental de tous les temps et inspirateur de la confrérie des derviches tourneurs.

Ensemble Al-Kindî en concert - photo tirée d'internet

Ensemble Al-Kindî en concert - photo tirée d'internet

En 2003, il entreprend d'explorer le répertoire de la confrérie soufie Quaderi d'Alep.

 

Il élit domicile à Istanbul en 2005 et partage son temps entre la mégalopole où il poursuit ses travaux de recherche musicale et la vieille ville d'Alep où il a acquis dix ans plus tôt un palais Mamelouk du XIVème siècle.

 

Julien JalAl Eddine Weiss est reconnu comme un artisan du dialogue Euro-Arabe et un nom qui restera à jamais gravé dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine musical arabe.

23 février 2013, Julien JalAl Eddine Weiss durant le tournage de l'émission "Turquie : la danse du ciel" pour Arte

23 février 2013, Julien JalAl Eddine Weiss durant le tournage de l'émission "Turquie : la danse du ciel" pour Arte

Le Prix de la Villa Médicis Hors les Murs qui lui est attribué en 1990 consacre ses travaux sur la musique arabe. Le 14 juillet 2001, il est ordonné Officier des Arts et des Lettres par Catherine Tasca, Ministre de la Culture Française de l'époque.

23 février 2013, Julien JalAl Eddine Weiss durant le tournage de l'émission "Turquie : la danse du ciel" pour Arte

23 février 2013, Julien JalAl Eddine Weiss durant le tournage de l'émission "Turquie : la danse du ciel" pour Arte

Son regard bleu azur, son franc-parler et son humour parfois caustique mariés à une personnalité atypique, attachante, parfois déroutante, font de cet homme quelqu'un dont la rencontre ne laissait pas indifférent. Derrière une façade qui pouvait paraître fraîche voire glaciale, se cachait une sensibilité exacerbée, un cœur d'or et des doigts de magicien qui ont fait vibrer comme peu savent le faire les cordes de son kanun resté orphelin depuis hier... au même titre que sa famille, ses proches, ses amis...

 

Plusieurs albums de son groupe Al-Kindî sont disponibles sur le net (également sur İ Cloud).

A Istanbul, vous pouvez en trouver chez le disquaire situé tout au bout de l'avenue İstiklal à Beyoğlu (juste avant l'avenue Galip dede à Tünel, côté gauche de l'avenue en venant d'Istiklal).

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

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Published by Nat - dans Soufisme
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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 11:00

A l'affiche depuis deux semaines à Istanbul où il a été en partie tourné, le film « Son Umut » (The Water Diviner), réalisé et interprété par Russel Crowe, tient ses promesses et mérite d'être vu.

 

 

 

 

 

« Son Umut » (The Water Diviner) un excellent film à voir dans les salles turques

 

Des plans très esthétiques, un scénario choc et des acteurs parfaits dans leur rôle, notamment Russel Crowe lui-même dans le rôle principal de Joshua Connor, fermier australien partant à la recherche de ses trois fils disparus quatre ans plus tôt durant la bataille des Dardanelles en combattant aux côtés des Anglais, Yılmaz Erdoğan dans la peau de Hasan, Cem Yılmaz dans le rôle de Cemal et la belle Olga Kurylenko qui interprète Ayşe.

 

Russel Crowe et Olga Kurylenko dans le film "Son Umut" (The Water Diviner")

Russel Crowe et Olga Kurylenko dans le film "Son Umut" (The Water Diviner")

 

Le début du film se déroule le 20 décembre 1915 à Galipolli où la guerre fait rage dans les tranchées. 4 ans plus tard, dans une ferme australienne, Joshua Connor fait la promesse à sa femme qui vient de perdre la vie de ramener auprès d'elle les corps de ses trois fils visiblement morts au combat à Galipolli.

Décembre 1915 dans les tranchées de Galipolli, extrait du film "Son Umut" (The Water Diviner")

Décembre 1915 dans les tranchées de Galipolli, extrait du film "Son Umut" (The Water Diviner")

Trois mois plus tard, il arrive à Istanbul en bateau où Orhan, un garçonnet, après lui avoir subtilisé sa valise dans la gare d'Haydarpaşa, le ramène à l'hôtel Troya tenu par sa mère, la jolie Ayşe, dont le mari a disparu également au combat quatre ans plus tôt, et son oncle.

 

L'hôtel Troya dans le film "Son Umut" (La Promesse d'une vie)

L'hôtel Troya dans le film "Son Umut" (La Promesse d'une vie)

Joshua Connor part pour Galipolli, toujours par la voie maritime, où il se retrouve face au général turc Hasan chargé avec ses troupes de rechercher et d'identifier les disparus. Les forces britanniques lui refusent d'abord l'accès avant d'accepter finalement de l'aider.

 

Le général Hasan interprété par Yılmaz Erdoğan dans le film "Son Umut" (The Water diviner)

Le général Hasan interprété par Yılmaz Erdoğan dans le film "Son Umut" (The Water diviner)

Ce très beau film, qui vous emmène dans la Mosquée Bleue, dans le quartier de Fener, mais également dans les Dardanelles ainsi qu'à Afyon, et qui alterne images parfois très difficiles et d'autres de toute beauté, est dédié aux millions de morts et de disparus de la 1ère Guerre Mondiale et de la Bataille des Dardanelles.

 

Séquence du film "Son Umut" (La promesse d'une vie) tournée dans la Mosquée Bleue à Istanbul

Séquence du film "Son Umut" (La promesse d'une vie) tournée dans la Mosquée Bleue à Istanbul

Séquence tournée à Afyon dans le film "Son Umut" (The Water Diviner)

Séquence tournée à Afyon dans le film "Son Umut" (The Water Diviner)

Il est possible de voir "Son Umut" à Istanbul et dans tous les cinémas du pays, la plupart du temps en version turque, mais également parfois en version anglaise selon les salles et les horaires.

 

Pour plus d'informations, consultez le site suivant http://www.istanbul.net.tr/Sinema

 

Magnifique interprétation de Russel Crowe dans le film "Son Umut" (The Water Diviner)

Magnifique interprétation de Russel Crowe dans le film "Son Umut" (The Water Diviner)

« Son Umut » sera présenté dans les salles françaises à partir du 15 avril 2015 sous le titre « La promesse d'une vie ».

 

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 06:59

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 08:37

Selon l'ambiance qu'on souhaite vivre à Istanbul pour Noël, le lieu choisi pour suivre soit la veillée, soit la célébration du 25 décembre, donne le ton.

 

Cette année, deux des trois églises où je me suis rendue pour l'occasion m'ont permis de voir la fête de la Nativité de manière fort différente.

 

Le premier rendez-vous fut avec la communauté chaldéenne d'Istanbul réunie dans la cathédrale du Saint-Esprit à Harbiye dès 18 heures pour une première heure de prières communes suivie par la messe de Noël présidée par Monseigneur Yakan, Vicaire Patriarchal des Assyro-Chaldéens de Turquie.

 

Messe de la Nativité avec les chaldéens d'Istanbul en la cathédrale du Saint-Esprit

Messe de la Nativité avec les chaldéens d'Istanbul en la cathédrale du Saint-Esprit

La messe, à laquelle assistaient près de 800 fidèles installés tant bien que mal dans la cathédrale aussi remplie que lors de la venue du Pape François le 29 novembre dernier, s'est faite en chaldéen, enrichie par les lectures en arabe ainsi que l'un ou l'autre chant également en langue arabe.

 

Petits et grands étaient réunis pour cette fête à la fois familiale et solennelle où la ferveur était palpable.

 

Messe de la Nativité avec les chaldéens d'Istanbul en la cathédrale du Saint-Esprit

Messe de la Nativité avec les chaldéens d'Istanbul en la cathédrale du Saint-Esprit

 

A quelques centaines de mètres de là, plusieurs milliers de personnes s'étaient donné rendez-vous, comme tous les ans, à l'église Saint-Antoine située sur l'avenue İstiklal.

 

Bondé tant à l'intérieur que dans la cour, ce lieu de rencontres universel fréquenté et visité par des hommes et femmes du monde entier et de toutes confessions, a, une fois de plus, émerveillé fidèles et curieux, tant par sa décoration somptueuse que par le ton festif de la célébration.

 

La foule au rendez-vous de la messe de Noël à l'église Saint-Antoine d'Istanbul

La foule au rendez-vous de la messe de Noël à l'église Saint-Antoine d'Istanbul

Après une heure de chants par les chorales philippine et africaine et les vœux d'Ahmet Misbah Demircan, Maire de Beyoğlu, venu comme tous les ans pour assister à une partie de la célébration, pouvait débuter la messe proprement dite.

 

 

Chorale africaine, messe de Noël à l'église Saint-Antoine de Beyoğlu à Istanbul

Chorale africaine, messe de Noël à l'église Saint-Antoine de Beyoğlu à Istanbul

Marie et Joseph, interprétés par deux jeunes de la paroisse, se sont frayé difficilement un passage dans la foule pour mener jusque près de l'autel l'enfant Jésus dont on fêtait la naissance.

Marie et Joseph apportant l'enfant Jésus, messe de Noël 2014 à l'église Saint-Antoine d'Istanbul

Marie et Joseph apportant l'enfant Jésus, messe de Noël 2014 à l'église Saint-Antoine d'Istanbul

Une fête au vrai sens du terme célébrée en turc, en anglais et en italien, avec faste et grandeur, à hauteur de l'événement qui fait se déplacer les foules à l'église Saint-Antoine et leur permet de vivre ou revivre la magie de Noël.

 

Messe de la Nativité à l'église Saint-Antoine d'Istanbul

Messe de la Nativité à l'église Saint-Antoine d'Istanbul

Messe de la Nativité à l'église Saint-Antoine d'Istanbul

Messe de la Nativité à l'église Saint-Antoine d'Istanbul

Le lendemain, c'était dans la magnifique église San Pacifico située à Büyükada, la plus grande des îles des Princes, qu'a eu lieu, pour la première fois depuis environ 25 ans, une messe de Noël célébrée par le Père franciscain Marcelo venu de la paroisse Santa-Maria de Draperi de Beyoğlu dont dépend l'église de l'île.

 

Première Messe de la Nativité depuis 25 ans le 25 décembre 2014 à l'église San Pacifico de Büyükada

Première Messe de la Nativité depuis 25 ans le 25 décembre 2014 à l'église San Pacifico de Büyükada

Une petite quinzaine de personnes assistait à cette célébration intimiste qui doit reprendre sa place dans le calendrier des chrétiens de Büyükada, peu nombreux durant la période hivernale.

 

Crèche de l'église San Pacifico de Büyükada

Crèche de l'église San Pacifico de Büyükada

San Pacifico est depuis cette année ouverte tous les jours au public (de 9 h à 13 h et de 14 h à 17 h) venu nombreux en particulier cet été découvrir cette petite merveille qui mérite d'être connue et une messe y a lieu dorénavant tous les dimanches à 11 h.

 

Pensez-y lors de votre prochaine escapade à Büyükada !

 

En cliquant ici, vous pourrez lire la version turque de cet article.

 

 

 

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