17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 07:25

Lorsque l'automne s'est installé à Istanbul et que le temps est clément, rien de tel qu'une escapade à Büyükada, la plus grande des Îles des Princes, pour se faire plaisir et décompresser.

 

 

Embarcadère historique de Büyükada

Embarcadère historique de Büyükada

Les touristes sont plus rares, l'île retrouve alors sa sérénité et son charme composé par la profusion de magnifiques demeures, d'une végétation luxuriante, des sabots de ses chevaux tirant charrettes à provisions de toutes genres ou calèches permettant de se déplacer.

La nuit tombe sur Büyükada

La nuit tombe sur Büyükada

Les terrasses de la rue principale sont tranquilles...

Rue principale de Büyükada un doux soir d'automne

Rue principale de Büyükada un doux soir d'automne

tout comme les cafés fréquentés par les locaux.

 

Café à Büyükada

Café à Büyükada

La place de l'horloge d'où l'on embarque sur les calèches pour faire le tour de l'île ou se rendre au monastère grec orthodoxe de Saint-Georges est déserte.

Place de l'horloge à Büyükada

Place de l'horloge à Büyükada

Dans les rues principales habituellement empruntées par les touristes, les bancs sont vides...

A Büyükada

A Büyükada

Les lampadaires mettent en valeur les détails de certains portails en fer forgé derrière lesquels se trouvent des jardins parfois extraordinaires.

Portail de Büyükada à la nuit tombée

Portail de Büyükada à la nuit tombée

Chat perché à Büyükada

Chat perché à Büyükada

Les somptueuses villas qui abondent à Büyükada sont parfois encore plus impressionnantes la nuit venue.

Büyükada

Büyükada

Büyükada

Büyükada

Büyükada

Büyükada

Seul le bruit des calèches qui rentrent à pas tranquilles au bercail ou déposent leurs derniers clients de la journée, vient troubler la quiétude ambiante.

A Büyükada

A Büyükada

Calèche de Büyükada

Calèche de Büyükada

Le prestigieux palace Splendid inauguré en 1908 et dont Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République de Turquie, était un des hôtes les plus illustres, dresse fièrement sa superbe façade blanche habillée de volets rouges dans l'obscurité.

Palace Splendid à Büyükada

Palace Splendid à Büyükada

Entrée du Palace Splendid à Büyükada

Entrée du Palace Splendid à Büyükada

Büyükada by night est assurément aussi excitante et séduisante qu'en plein jour et offre à ceux et celles qui décident d'y passer une nuit ou plus des atours plus subtils.

Embarcadère de Büyükada

Embarcadère de Büyükada

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 20:34

Dans le quartier de Cerrahpaşa situé dans le district de Fatih à Istanbul, une mosquée ayant fière allure avait déjà attiré mon attention à 2 ou 3 reprises en passant devant avec le bus municipal qui mène à Kocamustafapaşa.

 

J'étais prête à parier que l'élégance qui se dégage de l'extérieur pouvait bien être celle que l'on trouve habituellement au niveau des édifices construits par Sinan, le plus grand architecte ottoman et j'aurais perdu, encore que...

Mosquée de Cerrahpaşa, Istanbul

Mosquée de Cerrahpaşa, Istanbul

Cette mosquée commandée par le physicien Cerrah Mehmet Paşa, Grand Vizir du sultan Mehmet III durant 9 mois, fut réalisée par Davut Ağa, ancien élève de Sinan qui, à la mort du plus grand architecte ottoman, devint le nouvel architecte en chef de l'Empire.

Mosquée de Cerrahpaşa, Istanbul

Mosquée de Cerrahpaşa, Istanbul

La mosquée, qui se veut être une copie de la Selimiye d'Edirne, fut terminée en 1593, soit 5 ans après le décès de Sinan.

 

Le complexe comportait aussi un mausolée, un double hammam ainsi qu'une fontaine auxquels il faut ajouter un « muvakkithane », à savoir un bâtiment où l'on réalisait des travaux scientifiques complexes tels l'astronomie ou les mathématiques avec des outils très simples.

Fontaine aux ablutions, mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

Fontaine aux ablutions, mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

La sultane Gevher, fille d'Ahmet III, fit ajouter plus tard une école coranique et une personnalité du nom de Şerif Halil y fit aussi construire une bibliothèque en bois.

 

Le complexe a subi de graves dommages lors des différents incendies - notamment celui de 1660 qui ravagea l'intérieur de la mosquée - et tremblements de terre ayant eu lieu aux 17ème, 18ème et 19ème siècles.

 

Le double hammam s'effondra et la bibliothèque devint une propriété privée.

 

Mosquée de Cerrahpaşa, Istanbul

Mosquée de Cerrahpaşa, Istanbul

La mosquée possède un plan quasiment carré et le magnifique dôme central est entouré par six demi-dômes. L'unique minaret actuel date en fait de 1820.

Coupole de la mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

Coupole de la mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

La salle de prière comporte un superbe mihrab en marbre et un minbar – chaire réservée à la prière du vendredi – joliment ouvragé.

 

Détail du minbar de la mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

Détail du minbar de la mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

L'édifice a subi d'importants travaux de restauration à plusieurs reprises, en particulier en 1661, 1892, 1956 et 1960.

 

Il fut fermé au culte durant plusieurs années années à partir de 1979, période durant laquelle il bénéficia d'une nouvelle remise en état fort réussie.

Mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

Mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

Quelques tombes ottomanes se dressent dans la cour ainsi que le mausolée abritant la sépulture de Cerrah Mehmet Paşa.

Mausolée de Cerrah Mehmet Paşa à Istanbul

Mausolée de Cerrah Mehmet Paşa à Istanbul

Tombe ottomane dans le complexe de la mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

Tombe ottomane dans le complexe de la mosquée de Cerrahpaşa à Istanbul

Cette mosquée constitue ainsi un lieu de visite hors des sentiers battus pour tous les amateurs d'architecture ottomane.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 18:18

La jeune République turque célèbre aujourd'hui sa 91ème année d'existence.

91ème anniversaire de la République turque à Şişli, Istanbul

91ème anniversaire de la République turque à Şişli, Istanbul

Après l'effondrement de l'Empire ottoman en 1918, la Turquie est occupée par les Français, les Anglais, les Italiens et les Grecs. La signature de l'armistice de 1920 donne lieu au démembrement et à la disparition de cet Empire étendu sur trois continents et qui a vécu durant plus de 600 ans.

 

Le général Mustafa Kemal devient le 23 avril 1920 le Président de la Grande Assemblée Nationale de Turquie, institution créée ce même jour à Ankara, au pied des murailles de la vieille ville. Cette Assemblée adopte en 1921 une Constitution provisoire appelée Teshkilat-i esasiye.

Les drapeaux turcs sont de sortie en ce jour anniversaire de la République turque

Les drapeaux turcs sont de sortie en ce jour anniversaire de la République turque

Les troupes de Mustafa Kemal vont gagner en 1922 la Guerre d'Indépendance, conflit qui marque les fondements mêmes de la République turque. Le sultanat est aboli le 1er novembre 1922.

 

İsmet İnönü, bras droit de Mustafa Kemal, est chargé des négociations qui vont aboutir à la signature le 24 juillet 1923 du Traité de Lausanne qui définit les frontières de la Turquie contemporaine ainsi que la légitimité du régime mis en place par Atatürk.

En costume gris Hayri İnönü, maire de l'arrondissement de Şişli et petit-fils d'İsmet İnönü, second Président de la République turque, durant la marche du 91ème anniversaire de la République

En costume gris Hayri İnönü, maire de l'arrondissement de Şişli et petit-fils d'İsmet İnönü, second Président de la République turque, durant la marche du 91ème anniversaire de la République

Après la libération d'Istanbul le 6 octobre de la même année, va pouvoir être proclamée officiellement la République turque le 29 octobre 1923 par la Grande Assemblée Nationale qui élit le même jour son premier Président, Mustafa Kemal Atatürk.

 

Ce dernier reste au pouvoir durant 15 ans jusqu'à sa mort le 10 novembre 1938.

Sur cette affiche déroulée aujourd'hui durant la marche pour le 91ème anniversaire de la République est écrit une citation d'Atatürk   "Je laisse deux grands ouvrages, l'un est la "République de la Turquie", l'autre "Le Parti Républicain du Peuple"

Sur cette affiche déroulée aujourd'hui durant la marche pour le 91ème anniversaire de la République est écrit une citation d'Atatürk "Je laisse deux grands ouvrages, l'un est la "République de la Turquie", l'autre "Le Parti Républicain du Peuple"

C'est ensuite son fidèle compagnon durant des années et ancien Premier Ministre, İsmet İnönü, qui est élu en tant que nouveau Président de la République et reçoit le titre de « Chef National ». Il occupe cette fonction pendant 12 ans.

Au milieu du cortège pour le 91ème anniversaire de la République, en costume clair, Hayri İnönü, maire de Şişli et petit-fils du second Président de la République turque İsmet İnönü

Au milieu du cortège pour le 91ème anniversaire de la République, en costume clair, Hayri İnönü, maire de Şişli et petit-fils du second Président de la République turque İsmet İnönü

La jeune République turque a fêté dignement aujourd'hui sa 91ème année. Beaucoup d'«enfants » de cette nonagénaire à l'histoire complexe et tourmentée vouent toujours une admiration inconditionnelle à celui qu'ils considèrent comme le « Père de tous les Turcs ».

Fervents admirateurs d'Atatürk durant la marche organisée à Şişli pour le 91ème anniversaire de la République turque

Fervents admirateurs d'Atatürk durant la marche organisée à Şişli pour le 91ème anniversaire de la République turque

Il suffit pour cela de voir les drapeaux et banderoles à son effigie maniés frénétiquement aujourd'hui ainsi que les slogans criés à l'unisson, tel « Atatürk, nous sommes tes soldats » par la foule en liesse...

Sur cette banderole brandie durant ce 91ème anniversaire de la République turque "Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal"

Sur cette banderole brandie durant ce 91ème anniversaire de la République turque "Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal"

Le père fondateur de la République turque est l'auteur d'innombrables citations dont la sélection qui suit a plus particulièrement retenu mon attention :

 

« La culture est le fondement de la République de Turquie. »

Fanfare à la marche organisée à Şişli pour le 91ème anniversaire de la République turque

Fanfare à la marche organisée à Şişli pour le 91ème anniversaire de la République turque

La Turquie, une jeune République de 91 ans

« Dans ce monde, qu'il s'agisse de la vie, de la civilisation ou de la réussite, le guide véritable réside dans la science et la technique. Chercher des "guides" en dehors de la science et de la technique n'est qu'erreur, ignorance, aberration. »

 

Sur le front de ce participant à la marche pour le 91ème anniversaire de la République turque à Şişli, en petit est écrit "Nous sommes le gardien de la République"

Sur le front de ce participant à la marche pour le 91ème anniversaire de la République turque à Şişli, en petit est écrit "Nous sommes le gardien de la République"

« Celui qui commande doit connaître la nature humaine. »

Les agents d'entretien de la mairie de Şişli fermaient le cortège en ce 91ème anniversaire de la République turque

Les agents d'entretien de la mairie de Şişli fermaient le cortège en ce 91ème anniversaire de la République turque

« Il est scientifiquement improbable et même impossible qu'une société puisse progresser sans que tous les hommes et toutes les femmes qui la composent avancent ensemble vers un même but. »

Deux participantes à la marche pour le 91ème anniversaire de la République turque à Şişli

Deux participantes à la marche pour le 91ème anniversaire de la République turque à Şişli

« Partout dans le monde, les éducateurs sont les éléments les plus dévoués et les plus respectacles de la communauté humaine. »

 

En cliquant ici, vous pourrez entendre la fanfare qui a participé à la marche organisée par la mairie de Şişli.

 

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 09:14

Le légendaire Pera Palace à Istanbul a été créé en 1895 par la Compagnie des Wagons-Lits dans le but d'accueillir les voyageurs venus par  le train mythique de l'Orient-Express dont le périple se termine en gare de Sirkeci.

Dans un salon du Pera Palace à Istanbul

Dans un salon du Pera Palace à Istanbul

La construction de ce prestigieux immeuble est confiée à l'architecte levantin, probablement de nationalité française, Alexandre Vallaury, qui signe là sa première grande réalisation.

Pera Palace, Istanbul

Pera Palace, Istanbul

Si l'extérieur, bien que très réussi, n'affiche pas de caractéristiques extraordinaires, l'intérieur, quant à lui, reflète les talents et l'originalité de la patte de Vallaury.

 

Le magnifique ascenseur, en l'occurrence le premier construit en Turquie, mérite, à lui seul, le détour. La cage en bois, entourée d'une élégante armature en fer forgé, est habillée d'une élégante banquette de velours rouge. Il est encore utilisé régulièrement de nos jours, sur demande des clients.

L'ascenseur du Pera Palace d'Istanbul

L'ascenseur du Pera Palace d'Istanbul

Les boiseries sont omniprésentes dans cet hôtel de légende et visibles dès l'entrée effectuée par la splendide porte à tourniquet.

Entrée du Pera Palace d'Istanbul

Entrée du Pera Palace d'Istanbul

L'architecture des vastes salons, chics et cosy, est un véritable plaisir pour les yeux, notamment le superbe plafond composé de caissons en bois et orné de plusieurs coupoles.

Pera Palace, Istanbul

Pera Palace, Istanbul

Salon à coupoles du Pera Palace d'Istanbul

Salon à coupoles du Pera Palace d'Istanbul

Le plafond à coupole d'un salon du Pera Palace à Istanbul

Le plafond à coupole d'un salon du Pera Palace à Istanbul

Tout ici n'est que raffinement, qu'il s'agisse du mobilier qui pare ces pièces où l'on s'installe confortablement, un verre de champagne à la main, pour discuter en couple ou entre amis, voire avant un repas d'affaires, mais aussi des décorations, tentures et tableaux qui agrémentent les lieux.

Le Pera Palace à Istanbul, un hôtel de légende
Le Pera Palace à Istanbul, un hôtel de légende

La longue liste des personnalités descendues au Pera Palace compte, entres autres, le roi de Belgique Léopold II, l'empereur d'Ethiopie Haïlé Sélassié, la danseuse américaine Isadora Duncan, l'écrivain Ernest Heminghway (qui a donné son nom à une des 16 suites de l'hôtel), l'actrice Greta Garbo ou encore le réalisateur Alfred Hitchcock.

Salle de restaurant du Pera Palace en août 2004

Salle de restaurant du Pera Palace en août 2004

Pera Palace, Istanbul

Pera Palace, Istanbul

La célèbre romancière Agatha Christie, qui a disparu durant 11 jours en 1926, a écrit dans ses mémoires que le secret de sa disparition se trouve dans la chambre 411 du Pera Palace.

 

Cette dernière, toujours louée de nos jours, porte le nom de sa célèbre occupante et contient une vieille machine à écrire Remington, quelques photos de l'écrivain ainsi qu'une bibliothèque abritant ses livres. « Le Crime de l'Orient-Express », un de ses plus célèbres ouvrages, a été écrit en majorité entre les murs de ce palace.

Dans la chambre occupée par Agatha Christie au Pera Palace d'Istanbul

Dans la chambre occupée par Agatha Christie au Pera Palace d'Istanbul

Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République de Turquie, a également résidé là et sa chambre, la n° 101, transformée aujourd'hui en musée, comprend de nombreux objets et vêtements lui ayant appartenu.

 

 

Chambre-musée numéro 101 du Pera Palace à Istanbul

Chambre-musée numéro 101 du Pera Palace à Istanbul

Chambre occupée par Atatürk au Pera Palace d'Istanbul

Chambre occupée par Atatürk au Pera Palace d'Istanbul

Des espions célèbres, tels Mata Hari ou « Ingiliz Kemal », ont aussi séjourné au Pera Palace. Le lobby de l'hôtel a même été le théâtre de l'exécution d'un diplomate azéri en 1920.

Pera Palace, Istanbul

Pera Palace, Istanbul

D'importants travaux de restauration ont été entrepris récemment durant deux ans pour un montant de 23 millions d'Euros, avant sa réouverture le 1er septembre 2010 où la clientèle a retrouvé l'ambiance et le style classique et élégant du XIXeme siècle.

Chaise à porteurs originale utilisée pour transporter les passagers de l'Orient-Express de la gare de Sirkeci au Pera Palace

Chaise à porteurs originale utilisée pour transporter les passagers de l'Orient-Express de la gare de Sirkeci au Pera Palace

Si un séjour n'est pas à la portée de votre bourse, rien ne vous empêche de déguster un café et une pâtisserie au salon de thé ou de boire un verre au bar « Orient », qui, bien que devenu très sombre suite à sa transformation, reste un lieu très agréable à l'ambiance feutrée.

Le bar du Pera Palace en 2006...

Le bar du Pera Palace en 2006...

Le bar "Orient" du Pera Palace en 2014...

Le bar "Orient" du Pera Palace en 2014...

Ambiance feutrée au bar du Pera Palace à Istanbul

Ambiance feutrée au bar du Pera Palace à Istanbul

Assis dans un de ces fauteuils, l'évocation du passé prestigieux de Pera et l'atmosphère ambiante des lieux contribueront à vous faire passer un moment empreint à la fois de magie et de nostalgie.

 

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 07:45

Après avoir découvert l'histoire de Sagalassos, première ville de Pisidie et parcouru le site à travers un premier et un second article, la série consacrée à ce site fouillé depuis une trentaine d'années par les archéologues belges de l'université catholique de Louvain se termine par la rencontre avec le Prof. Dr. Jeroen Poblome, nouveau directeur des fouilles depuis cette année académique, après le départ à la retraite du Prof. Dr. Marc Waelkens.

Prof. Dr Jeroen Poblome, nouveau directeur des fouilles de Sagalassos

Prof. Dr Jeroen Poblome, nouveau directeur des fouilles de Sagalassos

A la fin de ses études en juin 1990 à l'université catholique de Louvain et avant de commencer son doctorat, Jeroen Poblome travaille comme archéologue pour la ville de Courtrai durant quelques mois avant de démarrer son service militaire début 1991. La même année, il se rend la première fois à Sagalassos suite à l'invitation faite par Marc Waelkens de l'accompagner.

 

Ce dernier, qui fouille déjà le site en son nom propre depuis 1990, le recontacte durant son service militaire, cherchant un jeune archéologue intéressé par la céramologie, ce qui est le cas de Jeroen Poblome. Après 2 jours de réflexion, et malgré les craintes de son père, le jeune archéologue accepte cette proposition et se joint au projet Sagalassos à compter du 11 avril 1992, à l'issue de son service national.

 

Les premières années sur le site ont été consacrées à l'étude des grands monuments de Sagalassos, des agoras, des inscriptions ainsi que de l'élite sociale composant 1 ou 2 % de la population. Le site n'était alors pas connu et la première priorité était de découvrir l'histoire et le cadre urbain de la cité.

Travaux à l'abord des thermes de Sagalassos

Travaux à l'abord des thermes de Sagalassos

Ensuite est venu le temps d'étudier la population de la ville. Pour cela, il ne s'agit plus, à l'avenir, de réaliser de grandes fouilles mais uniquement des recherches ciblées pour savoir comment vivait la communauté de Sagalassos, expliquer la vie dans les maisons, les ateliers, les nécropoles, en somme tous les aspects de la vie quotidienne.

 

En outre, les origines de Sagalassos ne sont pas encore assez claires. On pensait que celles-ci se trouvaient au niveau de la colline d'Alexandre et de Düzen Tepe où a été trouvé un site de 9 à 10 ha du 5ème au 2ème siècle av. J.-C où étaient concentrées des habitations. Mais il y a 3 ans, dans le quartier des potiers, fut découvert un dépôt datant de la fin du 5ème au début du 3ème siècle av. J.-C. et des terrasses avec des indices d'agriculture suite à des sondages réalisés à 10 m de profondeur.

 

Travaux lors de la saison de fouilles 2014 à Sagalassos

Travaux lors de la saison de fouilles 2014 à Sagalassos

Côté ouest de la ville, des indices identiques ont également été trouvés et d'autres sondages ont été réalisés cet été dans l'agora supérieure pour essayer de trouver les racines de Sagalassos. Lesdits sondages ont permis de déterrer d'autres tessons de la même époque que dans le quartier des potiers, mais cette fois-ci pas dans un contexte stratifié.

 

La saison de fouilles 2014, d'une durée de trois mois, a démarré avec une équipe d'une dizaine de personnes en juin par une campagne d'études sur le dépôt du site pour préparer des publications. En juillet, l'équipe de conservation – une quinzaine de personnes ainsi qu'une dizaine d'ouvriers - a poursuivi les travaux. En août, les fouilles ont commencé avec 45 spécialistes et environ autant d'ouvriers.

Travaux sur l'agora supérieure de Sagalassos

Travaux sur l'agora supérieure de Sagalassos

Les aspects de la vie quotidienne font partie des axes majeurs des recherches actuelles, de même que l'époque tardive dans le quartier byzantin du temple d'Antonin le Pieux.

 

Les travaux de 2015 seront concentrés sur la période héllenistique et en principe, de nouvelles fouilles démarreront en 2016 dans ce secteur pour compléter la reconstitution diachronique de Sagalassos.

 

Cet été a été mis au jour une cuisine complète datant de l'époque romaine tardive – 6ème siècle de notre ère - dans le bâtiment situé à côté de la bibliothèque de Neon qui va permettre de connaître la culture culinaire de l'époque, ce qu'on mangeait, ce qu'on cuisait et comment.

 

Il y a également des travaux de conservation concentrés essentiellement sur deux endroits : d'abord les thermes dont les fouilles ont commencé en 1992 pour durer des années et qui ont fait l'objet d'investissements importants au niveau archéologique, de l'étude interdisciplinaire mais aussi de la conservation. Pour le moment, il n'est pas encore possible aux touristes de les visiter.

Travaux sur les thermes de Sagalassos

Travaux sur les thermes de Sagalassos

Il faut encore trouver des fonds conséquents pour maintenir le bâtiment et surtout renforcer les pièces du niveau inférieur. Tous les thermes sont construits en terrasses au niveau d'une petite colline, les chambres voûtées sont en terrasse et certaines ont été fouillées. En face de l'agora inférieure, c'est en train d'être comblé. Il s'agit là d'une mesure d'urgence.

 

L'année dernière, lors d'une nouvelle fouille des thermes, a été trouvée une partie de palestre – espace où étaient pratiqués la lutte et d'autres exercices physiques - et une autre partie a été fouillée durant cette campagne. On dispose à présent de l'entrée pour accéder au frigidarium et l'idée est de connecter les chambres à ce niveau-là avec celles du niveau inférieur grâce aux quelques escaliers existants.

 

Cela permettra aux touristes de visiter les thermes et ensuite de sortir au niveau de l'agora inférieure dans un avenir proche.

Thermes impériaux de Sagalassos

Thermes impériaux de Sagalassos

Le second chantier important concerne l'agora supérieure où a été entamé le dernier programme de travaux. Le Prof. Poblome espère avoir une agora complétée d'ici 2017 ou 2018 tant du côté archéologique et conservation architecturale, qu'études des ingénieurs au niveau de toutes les disciplines. Tout ce qui peut être appris sur l'agora supérieure et peut être reconstruit devrait être terminé d'ici là.

 

Le deuxième arc de Claude va aussi être reconstitué afin d'avoir toutes les entrées monumentales de l'agora supérieure pour ensuite travailler à l'intérieur.

Un des arcs de Claude de Sagalassos

Un des arcs de Claude de Sagalassos

Le programme interdisciplinaire concentré sur les matériaux mais aussi sur tout le territoire de Sagalassos d'une superficie de 1200 km2 est à étudier... et la responsabilité au niveau coordination scientifique incombe à toute l'équipe qui travaille sur le site.

 

La stratégie de travailler de manière interdisciplinaire a été mise en place par Marc Waelkens et il appartient bien entendu au nouveau directeur de fouilles de la poursuivre. Sur de nombreux sites, on fouille, on a des résultats et après il faut parler avec les géologues, les géomorhologues, etc, mais à Sagalassos, c'est différent. Au début, avant même de rédiger des dossiers pour trouver des fonds, tous les projets font l'objet d'une stratégie interdisciplinaire, nécessaire pour comprendre ce site.

 

Les dernières années, assez d'informations et de datations ont été réunies et est venu le moment de comprendre certains endroits et les spécificités du site.

Sur l'agora supérieure de Sagalassos

Sur l'agora supérieure de Sagalassos

Cette année par exemple, les géologues ont effectué une étude des couches suite aux découvertes, du côté d'Ağlasun ainsi qu'aux alentours de Sagalassos, de fer naturel de bonne qualité et ils travaillent sur l'utilisation du fer dans ces secteurs. Les archéologues se concentrent sur les repas de la communauté suite aux découvertes près des thermes et lors des fouilles du quartier des potiers.

 

Le bâtiment d'une association professionnelle ou religieuse, préservé d'une manière exceptionnelle, où des personnes mangeaient ensemble comme dans un club, a aussi fait l'objet de fouilles et tous les ossements trouvés ainsi que les menus de l'époque sont en cours d'étude. D'autres disciplines s'ajoutent comme par exemple la macro botanique ; le botaniste étudie le côté végétal de tous ces repas et festivités.

 

Il y a aussi des conservateurs, des architectes, des ingénieurs, un anthropologue qui étudie actuellement les ossements trouvés dans la plus grande des nécropoles près du quartier des potiers.

 

Ce dernier secteur fait également l'objet d'un projet pluridisciplinaire. Des analyses géophysiques ont été faites avant de démarrer les fouilles. Les spécialistes vont se concentrer sur la dépression centrale de ce quartier car on ne sait pas si c'est un phénomène naturel, si c'était exploité par la population et comment a été comblé le niveau actuel. Les résultats ne sont pas encore prêts mais les études préliminaires indiquent la présence d'une carrière d'argile fouillée à l'époque hellénistique. A l'époque, le quartier des potiers se trouvait à côté de l'odéon et lorsque les artisans se sont déplacés, la carrière d'argile a été arrêtée.

 

Le Prof. Poblome explique également le projet de création d'un musée de plein air au niveau de l'agora supérieure : tous les bâtiments sont en train d'être reconstruits en 3D et l'équipe étudie actuellement comment offrir aux visiteurs une découverte plus vivante et attractive.

 

Nymphée antonin sur l'agora supérieure de Sagalassos

Nymphée antonin sur l'agora supérieure de Sagalassos

Comme il le dit à juste titre, « Voir des pierres et des édifices, c'est bien mais savoir aussi comment fonctionnait la vie quotidienne, c'est mieux. ». Pour cela, un programme multimédia est également en cours de développement afin de faire connaître l'agora supérieure avec beaucoup plus de détails. Il y a aura des films, des applications digitales pour la voir avant et après les travaux.

 

Les visiteurs pourront ainsi choisir de visiter en surface ou d'approfondir leurs connaissances de façon ludique.

 

Le Prof. Poblome évoque aussi la tenue mi-août 2014 de la première réunion de la Fondation Sagalassos en Turquie afin de trouver plus de partenaires sur place pour soutenir le projet.

 

Le principe qui existe depuis le début des années 80 en Belgique fonctionne déjà très bien, notamment dans les Flandres, et l'Association des Amis de Sagalassos comprend environ 1000 personnes. Certains de ces amis viennent de temps en temps visiter le site.

 

Souhaitons au Professeur Poblome et à toute son équipe de pouvoir bâtir quelque chose d'équivalent en Turquie pour poursuivre cette belle aventure qui nécessite encore beaucoup d'années de travail, de passion... et de fonds.

A l'entrée du site de Sagalassos, un panneau mentionnant les sponsors des fouilles

A l'entrée du site de Sagalassos, un panneau mentionnant les sponsors des fouilles

Pour tous ceux et celles qui aimeraient en savoir encore plus sur Sagalassos :

  • http://www.sagalassos.be/

  • Association « Les amis de Sagalassos » liée à l'université catholique de Louvain (avec possibilité de s'abonner à la newsletter hebdomadaire en flamand et bientôt en anglais) : info@sagalassos.be

  • Les articles publiés précédemment ont eu pour source principale d'informations l'excellente et très complète brochure « Sagalassos, guide du visiteur » réalisée grâce au programme de financement 2011 de la West Mediterranean Development Agency.

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Published by Nat - dans Taurus
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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 16:15

Le premier embarcadère, en bois, destiné à accueillir les bateaux à vapeur déversant le flot des passagers à Büyükada, la plus grande des îles des Princes au large d'Istanbul, datait de 1899.

 

Celui visible encore de nos jours, construit sur deux étages, et qui a fière allure avec son style néo-classique, porte la signature de l'architecte arménien Mihran Azaryan qui habitait İzmir. Son père, Bedros Kalfa, lui-même architecte, a sans doute transmis à son fils son intérêt pour cet art.

 

 

Embarcadère historique de Büyükada

Embarcadère historique de Büyükada

La réalisation de ce bâtiment en pierre, érigé en lieu et place de celui en bas, démarre en 1914 pour se terminer un an plus tard.

 

Embarcadère de Prinkipo - photo extraite du livre "Büyükada" de Jak Deleon

Embarcadère de Prinkipo - photo extraite du livre "Büyükada" de Jak Deleon

C'est un des rares exemples d'embarcadères d'Istanbul à avoir gardé son allure d'origine et notamment son hall octogonal, son dôme en plomb et ses faïences. Celles-ci, réalisées par Mehmet Emin efendi, un artisan de Kütahya, entourent toutes les ouvertures du rez-de-chaussée et celles de l'étage donnant sur la route qui mène à la place où se trouvent les calèches.

Accès à l'embarcadère pour les bateaux à vapeur à Büyükada

Accès à l'embarcadère pour les bateaux à vapeur à Büyükada

Le « Casino de Prinkipo » - Prinkipo étant le nom grec original de Büyükada - occupait le premier étage de l'embarcadère entre 1918 et 1923, puis de 1923 à 1950 ce fût le siège du parti politique « Peuple de la République » avant qu'il ne devienne l'emplacement du premier cinéma des îles en 1950-51.

Embarcadère historique à Büyükada

Embarcadère historique à Büyükada

En 2000-2001, l'embarcadère a subi d'importants travaux de restauration et a pu à nouveau être mis en service à compter d'octobre 2001.

 

Le café Turing, installé depuis à l'étage, permet encore aujourd'hui aux passagers d'attendre le bateau de façon fort agréable en admirant la mer de Marmara et les alentours à partir de la terrasse ou de l'intérieur.

Café situé au premier étage de l'embarcadère historique de Büyükada

Café situé au premier étage de l'embarcadère historique de Büyükada

Lors de votre prochaine visite à Büyükada, prenez quelques minutes pour admirer cet édifice dont l'architecture fait partie du paysage de l'île.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 05:50

Pour les mevlevi, autrement dit les disciples de Celaleddin Rumi connu également sous le nom de Mevlâna, les deux dates les plus importantes du calendrier sont le 30 septembre et le 17 décembre.

 

La première correspond au jour de la naissance du plus grand mystique musulman de tous les temps, né le 30 septembre 1207 à Balkh, une ville de l'actuel Afghanistan. La seconde coïncide avec la date anniversaire de sa nuit de noces avec le divin en l'an 1273, autrement dit son décès.

 

Malgré les siècles écoulés, les valeurs transmises par Rumi, à savoir l'unité des peuples, l'amitié, la paix, le désir de vivre ensemble honnêtement, grandissent encore de jour en jour. L'humanité a soif de ces valeurs universelles, particulièrement significatives pour s'ouvrir au dialogue avec le monde musulman et dépasser les frontières des ethnies et des continents.

Sema au Palais de la Chancellerie du Vatican le 24 septembre 2014, crédit photo Nihal Aral

Sema au Palais de la Chancellerie du Vatican le 24 septembre 2014, crédit photo Nihal Aral

Le palais de la Chancellerie au Vatican a ainsi accueilli le 24 septembre 2014, à quelques jours à peine de l'une des dates primordiales du calendrier mevlevi, un groupe de derviches tourneurs mené par Esin Çelebi Bayru et Faruk Çelebi, respectivement 22èmes arrière-petite-fille et arrière-petit-fils de Rumi et Celal Çelebi, 23ème descendant en ligne directe du grand mystique.

 

Cet événement, placé sous le haut patronage de l'Ambassade de Turquie au Vatican, a été organisé par la Fondation Internationale Mevlâna dont Esin Çelebi est la Vice-Présidente, en partenariat avec le Ministère de la Culture et du Tourisme turc ainsi que la communauté des musulmans d'Italie.

Sema au Palais de la Chancellerie du Vatican, crédit photo Hürriyet Daily news

Sema au Palais de la Chancellerie du Vatican, crédit photo Hürriyet Daily news

Parmi les invités se trouvaient aux côtés du Pr Dr Kenan Gürsoy, Ambassadeur de Turquie au Vatican jusqu'à aujourd'hui, le cardinal Leonardo Sandri, Président de la Congrégation des églises catholiques d'Orient, Monseigneur Jose Avelino Bettencourt, Président du Protocole au Vatican et plusieurs autres Ambassadeurs au Vatican.

 

 

Palais de la Chancellerie du Vatican, 24 septembre 2014 lors de la cérémonie mevlevi, crédit photo Nihal Aral

Palais de la Chancellerie du Vatican, 24 septembre 2014 lors de la cérémonie mevlevi, crédit photo Nihal Aral

Avant la présentation de la cérémonie du sema, la danse mystique des derviches tourneurs, le Pr Dr Kenan Gürsoy, pour qui cette soirée était celle de ses adieux, a déclaré à l'assemblée : « Nous croyons que la philosophie de Rumi peut constituer de nos jours un pont entre les différents croyances. Je pense que son language d’amour peut être une aide pour nous rapprocher les uns des autres et installer la paix à travers un dialogue de fraternité car l'immense sagesse et la profondeur d'âme de Rumi appartiennent à toute l'humanité. »

S.E. le Pr Dr Kenan Gürsoy, Ambassadeur de Turquie au Vatican, au Palais de la Chancellerie, crédit photo Nihal Aral

S.E. le Pr Dr Kenan Gürsoy, Ambassadeur de Turquie au Vatican, au Palais de la Chancellerie, crédit photo Nihal Aral

A l'issue de la cérémonie, Celal Çelebi, interviewé par BBC Türk, a fait savoir que la perception de l'Islam est très négative à l'ouest ces derniers temps au vu de l'actualité.

 

« Il est très important pour nous de faire connaître le véritable Islam. Malheureusement, à l'ouest, ces derniers temps, ce sont surtout des informations sur le Djihat ou même sur les partis plus fanatiques qui sont diffusées. Notre présence ici est destinée à faire connaître le véritable message de l'Islam, un message de paix, et pour entamer ou renforcer le dialogue. » a-t-il déclaré.

 

Celal Çelebi a aussi indiqué que le fait de pouvoir présenter ce sema dans un palais appartenant au Vatican, centre de l’Eglise Catholique, représente un lieu très important d’un point de vue symbolique.

Cérémonie de sema mevlevi le 24 septembre 2014 au Palais de la Chancellerie du Vatican, crédit photo Nihal Aral

Cérémonie de sema mevlevi le 24 septembre 2014 au Palais de la Chancellerie du Vatican, crédit photo Nihal Aral

D'autres sema, dont la cérémonie est inscrite depuis 2008 sur la liste du Patrimoine Culturel Immatériel de l'Unesco, ont également été présentés à l'occasion de ce déplacement en Italie à l'auditorium de Milan ainsi qu'à l'université Sapienza et au théâtre d'Argentine à Rome.

 

C'est la troisième fois qu'un sema a lieu au Vatican, la première fois remontant à 2007 à l'occasion du 800ème anniversaire de la naissance de Mevlâna, puis en 2010.

Esin Çelebi Bayru, Faruk Çelebi, Cellal Çelebi, S.E. Pr Dr Kenan Gürsoy, Palais de la Chancellerie du Vatican, crédit photo Nihal Aral

Esin Çelebi Bayru, Faruk Çelebi, Cellal Çelebi, S.E. Pr Dr Kenan Gürsoy, Palais de la Chancellerie du Vatican, crédit photo Nihal Aral

Que ces valeurs de tolérance, de respect et de fraternité prônées par Rumi puissent continuer à être distillées de par le monde et à toutes les échelles afin que grandissent l'union et l'harmonie à travers des hommes de bonne volonté...

 

En cliquant ici, vous pouvez lire la version turque de cet article.

 

 

 

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 17:02

Poursuivons ensemble la visite du site de Sagalassos entamée dans le précédent article.

 

De la rue à colonnades, la vue se profile sur la colline plate Düzen ayant abrité le plus grand établissement de la région jusqu'au 2ème siècle av. J.-C., sur la colline d'Alexandre ainsi que sur les ruines du temple d'Hadrien et Antonin le Pieux dont il ne reste malheureusement pas grand chose.

 

En revenant sur le chemin principal du site, la route passe devant l'Odéon dont la construction a commencé sous le règne d'Auguste et fut terminée 200 ans plus tard seulement. Ce petit théâtre couvert à l'acoustique excellente et pouvant recevoir 1500 à 2000 personnes était composé d'un auditorium et d'un bâtiment de scène. Une statue d'environ 3 mètres de haut de la déesse Déméter décorait sans doute le mur de scène.

 

L'escalier de l'entrée orientale visible de nos jours est resté intact. L'Odéon a fait l'objet d'importantes rénovations au 6ème siècle pour permettre la tenue de combats de gladiateurs et d'animaux.

Accès à l'Odéon de Sagalassos

Accès à l'Odéon de Sagalassos

Les ruines du stade - dont la date de construction demeure incertaine - ainsi que de la basilique construite à l'intérieur de celui-ci au 5ème ou au 6ème siècle de notre ère, sont situées à l'extrémité ouest de la route principale de Sagalassos. Devant le stade se trouvent également les restes du nymphée de Trajan, première fontaine monumentale de la cité.

 

En revenant sur ses pas, un autre chemin plus au nord permet de rejoindre la nécropole nord. Une paroi rocheuse percée de niches surmontées d'un arc accueillait des sarcophages mais aussi des urnes funéraires dans lesquelles les cendres des défunts étaient entreposées.

Nécropole nord de Sagalassos

Nécropole nord de Sagalassos

Un peu plus loin, le Heroön, monument de 15 m de haut édifié sous le règne d'Auguste en l'Honneur d'un jeune aristocrate inconnu, caractérise parfaitement le travail des meilleurs artisans de la cité.

 

 

Heroön de Sagalassos

Heroön de Sagalassos

La base est ornée d'une superbe frise - dont l'originale est exposée au musée de Burdur - qui représente une jeune fille jouant de la cithare entourée de 13 danseuses. Une riche frise de vigne décore le haut de l'édifice.

Vue partielle de la frise du Héroön de Sagalassos

Vue partielle de la frise du Héroön de Sagalassos

En contrebas de l'Heroön se trouvent les restes du temple dorique édifié entre 50 et 25 av. J.-C., apparemment à la gloire de Zeus, dieu suprême de Sagalassos et de toute la Pisidie durant une longue période.

 

Construit sur un podium de style romain, le temple mélangeait les styles architecturaux grecs et romains. Une porte monumentale de style corinthien fut ajoutée peu après sa construction. Abandonné vers l'an 400 ap. J.-C., le temple, incorporé alors dans les nouvelles fortifications de Sagalassos, a été transformé en tour de garde.

Vestiges du temple dorique de Sagalassos

Vestiges du temple dorique de Sagalassos

Le Bouleuterion, érigé pour accueilllir les séances du conseil municipal – appelé la boulé -, a été construit vers le début du 1er siècle av. J.-C. sur une terrasse qui borde l'agora supérieure du côté ouest. La façade était ornée à l'extérieur d'une frise représentant Arès et Athéna, dieux de la guerre, ainsi que des armes.

 

Lorsque le Bouleuterion fut abandonné vers l'an 400 de notre ère, de nombreux éléments architecturaux furent réutilisés pour ériger la nouvelle muraille d'enceinte destinée à protéger la ville. L'espace en plein air existant devant l'ancienne salle de réunion devint, durant un siècle environ, une basilique chrétienne dédiée à l'archange Michel.

 

La visite se poursuit avec la découverte de l'agora supérieure ainsi que du prestigieux nymphée Antonin, magnifiquement restauré et remis en fonction.

Détail du nymphée antonin de Sagalassos

Détail du nymphée antonin de Sagalassos

L'agora supérieure était le centre politique de la ville dès la période hellénistique. Elle fut réorganisée durant le règne d'Auguste grâce au financement de quatre citoyens fortunés remerciés pour leur participation par la réalisation de statues de bronze à leur effigie alors exposées sur les quatre colonnes érigées aux angles de la place.

 

La place fut enrichie à partir du 1er siècle de notre ère de monuments honorifiques dont une partie s'effondra à la suite d'un tremblement de terre vers l'an 500. L'agora sera transformée ensuite petit à petit en marché.

Vue d'ensemble sur l'agora supérieure, le nymphée antonin et le théâtre de Sagalassos

Vue d'ensemble sur l'agora supérieure, le nymphée antonin et le théâtre de Sagalassos

A l'angle sud-ouest se trouvaient les vestiges d'un arc de triomphe construit entre 37 et 41 ap. J.-C., dédié à l'empereur Caligula et financé par une famille qui obtint la citoyenneté romaine en guise de remerciement.

 

Les restes de cet arc, mis au jour en 2010, ont permis de reconstituer l'édifice entre 2011 et 2013. Les vestiges d'un autre arc de triomphe, dédié quant à lui à Claude en 43, sont visibles à l'opposé de la place.

Arc de triomphe, Sagalassos

Arc de triomphe, Sagalassos

Le nymphée antonin est assurément le clou de la visite de Sagalassos. Edifié entre 160 et 180 ap. J.-C. sur la partie nord de l'agora supérieure à la place d'une modeste fontaine de l'époque d'Auguste, il mesure 28 m de long pour près de 9 m de haut. Il a pu voir le jour grâce à la générosité du plus important bienfaiteur de la cité, Titus Flavius Severianus Neon, et de son épouse.

Nymphée antonin de Sagalassos

Nymphée antonin de Sagalassos

Constitué de nombreuses variétés de marbre et de pierres nobles, il comprend aux extrémités de la façade, deux petites loggias supportées par quatre colonnes. Quatre tabernacles abritant des statues se trouvaient entre ces ceux édicules. Du marbre d'Aphrodisias a servi à la réalisation des statues de Dionysos ivre soutenu par un satyre, de Némésis, Apollon, Asclépios et Koronis dont les originaux sont exposés au musée de Burdur.

 

Une importante campagne de restauration a été menée entre 1998 et 2010 pour redonner son prestige au nymphée qui s'est effondré en 610 lors d'un tremblement de terre et dont les vestiges ont été mis au jour entre 1993 et 1995.

 

Statue de la déesse Némésis, nymphée antonin de Sagalassos

Statue de la déesse Némésis, nymphée antonin de Sagalassos

Durant les trois premières années, la position d'origine de 3500 fragments (constituant plus de 400 blocs) a été identifiée et les pièces assemblées. De 2001 à 2007, ce sont ensuite des centaines de pièces manquantes qui ont été sculptées à l'aide d'une sorte de compas appelé pantographe.

 

Les trois étés suivants ont été nécessaires pour le démantelage puis la reconstruction définitive de l'édifice remis en eau en 2010, approvisionné à partir de la fontaine dorique située 230 m à l'est.

Nymphée antonin de Sagalassos

Nymphée antonin de Sagalassos

A l'angle sud-est de l'agora supérieure se dressent les restes du macellum, marché destiné avant tout à la vente de produits alimentaires de luxe. Construit à la fin du 2ème siècle de notre ère, il était composé de galeries couvertes sur 3 côtés donnant accès aux boutiques. Au centre de la cour a été édifiée une tholos dont il reste la moitié de la base ainsi qu'une partie des premières pierres verticales utilisées.

 

Publius Aelius Akulas, prêtre du culte impérial, a financé une bonne partie de la réalisation de ce macellum dédié à l'empereur Commode pour sa victoire contre les Parthes.

 

On pouvait aussi, durant la dernière période de son activité au 6ème et au 7ème siècle, y acheter d'autres objets de valeur tels que de la bijouterie, des instruments de musique, des objets décoratifs ou utilitaires dans ce marché organisé autour d'une cour de 21 m de large.

 

Macellum de Sagalassos

Macellum de Sagalassos

La visite de Sagalassos se poursuit par la fontaine dorique construite entre 50 et 25 av. J.-C. dont la restauration s'est achevée en 1997 et qui est à nouveau approvisionnée par la même source qu'à l'époque.

 

A proximité immédiate se trouve la bibliothèque de Neon également financée par Titus Flavius Severianus Neon. L'édifice honore son père, comme la bibliothèque de Celsus à Ephèse qui présente d'ailleurs des similitudes architecturales.

 

Rénovée à plusieurs reprises, seule la base du mur arrière en pierre date de la construction initiale. Le sol en mosaïque noire et blanche a été réalisé lors de la seconde phase de rénovation. Les Chrétiens ont détruit tant le monument que sa mosaïque à la fin du 4ème siècle.

 

Fontaine dorique de Sagalassos et en arrière-plan la bibliothèque de Neon

Fontaine dorique de Sagalassos et en arrière-plan la bibliothèque de Neon

La découverte du site s'achève par le théâtre de 9000 places dont la construction à flanc de colline a visiblement débuté vers l'an 120 de notre ère pour s'achever 60 à 70 ans plus tard, sans doute en raison du manque de financement.

 

La cité ne comptait qu'environ 5000 habitants à l'époque mais on venait de toute la Pisidie pour assister aux festivals grandioses organisés là.

Théâtre de Sagalassos

Théâtre de Sagalassos

A l'arrière du théâtre s'étend sur 6 ha le quartier des potiers rappelant l'importance et la réputation de la production de céramique durant six siècles à Sagalassos.

 

Il y a encore beaucoup à dire sur ce site extraordinaire et le prochain et dernier article sur ce site nous permettra de faire connaissance avec le Pr Jeroen Poblome, nouveau directeur de fouilles depuis cette année suite au départ à la retraite du Pr Marc Waelkens, afin d'en savoir plus sur les réalisations en cours et les objectifs pour les saisons à venir.

 

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 18:03

Après avoir découvert dans le précédent article l'histoire de Sagalassos, ville antique située entre 1450 m et 1600 m d'altitude dans les montagnes du Taurus à 7 km du charmant village d'Ağlasun, dans la province de Burdur, c'est une invitation à visiter le site que je vous propose à présent.

 

Selon l'itinéraire choisi, il faut prévoir entre une et trois heures pour visiter ces lieux fouillés depuis plus de 30 ans maintenant par des archéologues belges de l'université catholique de Leuven en collaboration avec des spécialistes locaux et dont la réputation au sein de l'importante liste des sites antiques de Turquie ne cesse de grandir.

 

 

Agora inférieure de Sagalassos

Agora inférieure de Sagalassos

Une fois franchie l'entrée se dresse à droite un imposant péristyle contigüe à la luxueuse villa urbaine dont il fait partie. A l'emplacement de cette dernière, existait durant le règne d'Auguste, une maison alors située à l'extérieur des murs de la ville.

 

Au cours du 1er siècle de notre ère, celle-ci est remplacée par une villa centrée sur une cour intérieure carrée sceinte de colonnades. Cette dernière, une des plus grandes d'Asie Mineure en contexte privé, devient le cœur de la partie privative de la villa achevée vers l'an 400 et qui s'étend alors sur huit niveaux.

Péristyle de la villa urbaine à Sagalassos

Péristyle de la villa urbaine à Sagalassos

A ce jour, plus de 80 pièces ont été fouillées. Cette somptueuse résidence disposait notamment de bains, d'une quantité impressionnante de pièces à usage privé et d'espaces de services, le tout sur deux étages,

 

La villa, comprenant aussi une partie officielle réservée aux réceptions organisée autour d'un atrium autour duquel se trouvent différentes salles au sol de mosaïque très bien préservé, laisse penser qu'elle fut habitée par un membre important de l'élite de Sagalassos. En effet, les étages de cette prestigieuse demeure connectée au réseau d'eau, comprenaient trois salles d'audience, une salle de banquet, des salles d'attentes ainsi que des chambres destinées aux invités.

 

Au fil du temps, après la peste de 541-542 et des tremblements de terre en 602 et 610, cette villa est subdivisée en petites unités transformées en auberge, en étables et en aires de stockage, reflétant l'image de la fière cité de Sagalassos qui se transforme en village rural.

Villa urbaine de Sagalassos

Villa urbaine de Sagalassos

Sur la gauche du chemin principal se profile les impressionnants thermes impériaux dont l'édification revient à l'empereur Hadrien qui offre à Sagalassos le privilège de devenir le siège du culte impérial pour l'ensemble de la région de la Pisidie.

 

La construction de ces thermes, d'une superficie d'au moins 1500 m2 et destinés à accueillir tous les ans le public assistant aux festivals du culte, s'étale sur 45 ans, entre 120 et 165 de notre ère... Ils remplacent les vieux bains installés là auparavant et deviennent le plus grand édifice de Sagalassos, rivalisant de par sa taille avec les termes d'Ephèse.

 

Erigés sur deux niveaux et entourés de murs d'enceinte dont certains d'une épaisseur de 4 mètres, ils sont équipés de vestiaires, de salles de sudation, d'une grande piscine, de bains froids, tièdes et chauds séparés pour les hommes et les femmes. La décoration, constituée de différents marbres et de statues, y est somptueuse.

 

Vers l'an 400, le frigidarium devient un vaste hall public destiné à des banquets et les statues colossales déplacées et exposées dans des niches de l'aile sud, utilisée jadis comme vestiaires. C'est là que furent mises au jour les jambes et le buste de l'empereur Marc Aurèle, à présent exposées au musée archéologique de Burdur.

Les thermes impériaux de Sagalassos

Les thermes impériaux de Sagalassos

La visite du site se poursuit par les nymphées sévérien et d'Hadrien, l'agora inférieure et la porte tibérienne donnant sur la rue à colonnades.

 

L'agora inférieure, datant du règne de l'empereur Auguste et vouée au commerce, était pourvue de nombreux monuments et statues honorifiques. Côté ouest s'élevaient des colonnades couvertes destinées à protéger les piétons du soleil, de la pluie et de la neige. Au 6ème siècle, lors de la rénovation de l'agora, ce portique est subdivisé pour accueillir divers petits établissements tels que restaurants et tavernes.

Agora inférieure de Sagalassos

Agora inférieure de Sagalassos

Au nord-ouest de la place se profilent les restes d'une petite fontaine en forme de niche installée au milieu d'un mur courbe érigé là pour marquer l'accès à la place et qui abritait les bustes des six divinités les plus importantes de Sagalassos : ceux d'Hercule et d'Arès s'y trouvent encore, les autres sont exposées au musée de Burdur.

 

Nymphée d'Hadrien de Sagalassos

Nymphée d'Hadrien de Sagalassos

 La fontaine monumentale, dédiée à Hadrien, édifiée entre 129 et 132 apr. J.-C. sur la terrasse bordant le nord de l'agora inférieure, comportait deux niveaux et un mur arrière d'une hauteur de 17 mètres. Les visiteurs qui entraient dans la cité par la rue à Colonnades, pouvaient ainsi admirer de loin l'étage supérieur de ce nymphée financé de façon testamentaire par Tiberius Claudius Pison, premier chevalier romain de Sagalassos.

 

Les reliefs du nymphée d'Hadrien représentent six des neuf Muses. D'Ouest en Est : Uranie tenant un globe, Melpomène un masque tragique, Clio avec un livre ouvert, Erato jouant de la cithare, Calliope avec une tablette d'écriture et Euterpe tenant une flûte. Elles renforçaient le thème principal du nymphée, Apollon à la cithare, dont la statue de 3 mètres de haut et pesant 4,5 tonnes, exposée aujourd'hui au musée de Burdur après restauration, était l'élément principal de la décoration de cette fontaine au milieu d'autres statues exposées dans des niches.

 

Au premier étage, une statue d'Adrien en bronze doré était entourée de deux statues en bronze du financeur Pison et d'autres personnages, soit des héritiers de ce dernier, soit des divinités ayant un rapport avec l'eau. La fontaine s'est effondrée lors du tremblement de terre de l'an 500 et n'a visiblement jamais été reconstruite. 

Détail du nymphée d'Hadrien de Sagalassos

Détail du nymphée d'Hadrien de Sagalassos

Deux portes monumentales décoratives ont été construites sous le règne de l'empereur Tibère pour accéder à la rue à colonnades. La porte nord, de style corinthien et appelée porte tibérienne, était l'un des monuments les plus raffinés de Sagalassos. Un grave tremblement de terre survenu en 500 ap. J.-C. l'endommagea fortement.

 

L'élégante rue à colonnades, accessible par des escaliers, était uniquement empruntée par les piétons et des animaux de charge tels qu'ânes et bœufs. Longue de 300 mètres pour 10 mètres de large, elle servait aussi lors des processions religieuses. De part et d'autre de la prestigieuse avenue se trouvaient des boutiques, des restaurants ainsi que des ateliers.

 

Rue à colonnades de Sagalassos

Rue à colonnades de Sagalassos

Le temple d'Apollon Klarios, édifié sous le règne d'Auguste au bout de l'avenue, dominait l'agora inférieure et servait de siège officiel du culte impérial. Apollon, une des divinités principales de Sagalassos bien avant la construction de cet édifice, était considéré par Auguste comme son dieu protecteur.

 

Ce temple perdit son usage vers l'an 400 après la construction du temple d'Hadrien et Antonin le Pieux et fut transformé 50 ans plus tard en basilique chrétienne. Après son abandon, cette dernière fut transformée en dépotoir... Le lieu abrita un cimetière chrétien entre le 10ème et le 13èmes siècle.

En avant-plan un des chapiteaux ioniques du temple d'Apollon Klarios à Sagalassos réutilisé pour la construction de l'église

En avant-plan un des chapiteaux ioniques du temple d'Apollon Klarios à Sagalassos réutilisé pour la construction de l'église

La visite du magnifique site de Sagalassos se poursuivra dans un second article.

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 16:32

A 7 kilomètres à peine du charmant village d'Ağlasun situé dans la province de Burdur s'étend, en plein coeur des montagnes du Taurus, un site antique d'un intérêt majeur et qui fait de plus en plus parler de lui ces dernières années, Sagalassos.

Chemin de l'agora supérieure et du nymphée antonin de Sagalassos

Chemin de l'agora supérieure et du nymphée antonin de Sagalassos

Ses vestiges, disséminés à une altitude comprise entre 1450 et 1600 mètres, démontrent que s'installer sur une montagne aussi abrupte n'est pas le fruit du hasard.

 

En effet, la proximité de dizaines de sources, la richesse géologique du sous-sol, que ce soit en argile utilisée pour la poterie, en pierre de taille de qualité et en minerai, constituent des atouts indéniables, tout comme la configuration des lieux qui en font une cité protégée et sûre.

Vue sur la montagne de l'agora inférieure de Sagalassos

Vue sur la montagne de l'agora inférieure de Sagalassos

Des traces de présence humaine remontant à 10 000 av. J.-C. et des premières sédentarisations vers 6500 avant notre ère ont été trouvées dans la région. A cette époque déjà, on y fabriquait de la céramique.

 

Les Louvites, peuplades Indo-Européennes, migrent vers l'Anatolie vers 2300/2200 et peu après 1200 av. J.-C., les Pisidiens vont peupler cette zone géographique.

 

Plus tard, la culture hellénique va se retrouver à Sagalassos qui devient rapidement une ville indépendante dotée d'institutions autonomes. 

Vue sur l'agora inférieure et la rue à colonnades de Sagalassos

Vue sur l'agora inférieure et la rue à colonnades de Sagalassos

Grâce à sa prise de contrôle de nombreuses vallées environnantes durant son histoire, Sagalassos bénéficie de la richesse des terres fertiles de la vallée d'Ağlasun et est reliée aux principales voies de communication anatoliennes pendant la période romaine, alors que la ville est à son apogée.

 

C'est l'empereur romain Auguste qui est assurément le personnage le plus influent de toute l'histoire de la région. Avec le 1er siècle de notre ère commence une période de grande prospérité pour la cité qui bénéficie d'investissements importants dont une route qui la relie à la mer, favorisant ainsi sa croissance.

 

L'économie de Sagalassos est basée sur la production et l'exportation de céréales et d'olives, de bois ainsi que d'une céramique de qualité à engobe rouge.

Les thermes impériaux de Sagalassos

Les thermes impériaux de Sagalassos

Probablement dans le cadre d'une de ses trois visites effectuées en Asie Mineure entre 124 et 132 ap. J.-C., l'empereur Hadrien décide de détacher la ville de la province de Galatie et de l'incorporer à celle de la Lycie-Phamphylie.

 

Ce choix va radicalement changer l'histoire de Sagalassos qui devient le siège du culte impérial pour toute la Pisidie et reçoit le titre honorifique de "Première ville de Pisidie."

 

L'activité économique et architecturale devient intense et c'est le début d'une prospérité qui perdure jusqu'au 3ème siècle.

Détail du nymphée antonin de Sagalassos

Détail du nymphée antonin de Sagalassos

Après les influences grecques et la frénésie romaine, Sagalassos connaît à partir du 4ème siècle de notre ère la christianisation qui s'accompagne d'importantes réformes politiques. C'est seulement un siècle plus tard que la christianisation devient visible à travers l'apparition d'églises.

 

Deux importants tremblements de terre survenus au début du 6ème et du 7ème siècle ainsi qu'une  épidémie de peste vers 541-542 vont entraîner le déclin progressif de la cité. Celle-ci continue néanmoins à compter des agriculteurs jusqu'au 13ème siècle, période où va se développer Ağlasun.

Péristyle de la villa urbaine de Sagalassos

Péristyle de la villa urbaine de Sagalassos

La ville va alors être entièrement abandonnée et ce n'est que le 20 novembre 1706 que l'on entend à nouveau parler d'elle grâce à Paul Lucas, diplomate français au service de Louis XIV qui redécouvre ses ruines lors d'un long voyage effectué sur ordre du roi en Grèce, en Asie Mineure, en Macédoine et en Afrique.

 

Jusqu'à la fin du 19ème siècle, les archéologues sont bien plus intéressés par les fouilles grandioses sur les sites antiques de la côte égéenne que par Sagalassos ; seul le comte polonais Karol Lanckoroński lui accorde un intérêt scientifique.

 

Quelques chercheurs s'intéressent à l'un ou l'autre aspect des vestiges au 20ème siècle mais c'est réellement à partir de 1983 que les choses s'accélèrent...

Détail d'un chapiteau ionique, Sagalassos

Détail d'un chapiteau ionique, Sagalassos

Marc Waelkens, professeur belge en archéologie à l'Université catholique de Louvain, se rend à Sagalassos le 23 août 1983 en compagnie du Docteur Anglais Stephen Mitchell, initiateur d'un vaste projet appelé "Projet Pisidie".

 

Le Prof. Waelkens ne sait pas encore, lors de sa première visite du site, qu'il va lui consacrer le reste de sa carrière, soit trente années. Il dirige d'abord quatre campagnes de fouilles sous la direction du Dr Mitchell puis obtient en 1990, en son nom propre, le permis de fouiller la cité et de prospecter le territoire.

 

Depuis la saison 2014, c'est le Prof. Dr Jeroen Poblome, également de l'Université catholique de Louvain et qui travaille sur Sagalassos depuis 1991 aux côtés de Marc Waelkens parti à la retraite l'an passé, qui a pris la relève de la direction des fouilles.

L'agora supérieure, le nymphée antonin et le théâtre de Sagalassos

L'agora supérieure, le nymphée antonin et le théâtre de Sagalassos

Dans le prochain article, nous visiterons ensemble ce site qui sort de l'anonymat et retrouve ses lettres de noblesse grâce à l'union des efforts réalisés par les spécialistes belges et turcs.

 

 

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