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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 04:51

Article publié le 13 février 2017 dans le petit journal.com d'Istanbul

 

N'en déplaise aux innombrables chats omniprésents dans les rues d'Istanbul, les chiens font aussi partie du décor de la mégalopole.

 

Etalés de tout leur long sur les trottoirs, les places, les escaliers, même parfois la route, leur mine nonchalante détonne par rapport à la frénésie environnante. Il est rare de les entendre aboyer, leur visible paresse allant jusqu’à les rendre peu bavards.

Duo de chiens de rues à Istanbul

Duo de chiens de rues à Istanbul

Chienne de rue et ses petits, Rumeli Feneri/Istanbul

Chienne de rue et ses petits, Rumeli Feneri/Istanbul

Parfois, il faut faire un écart important, voire même les enjamber, pour ne pas déranger dans leur quiétude ou leur sommeil ces toutous à l'allure souvent vagabonde qui occupent l'espace de façon inconsidérée sans se soucier des passants, ni même des véhicules.

Chien de rue d'Istanbul

Chien de rue d'Istanbul

Comme pour les chats, de nombreux habitants les nourrissent, leur mettent à disposition cartons et couvertures, voire leur installent une niche de fortune ou plus luxueuse à même le trottoir ou devant une vitrine.

 

Minets et cabots font plus ou moins bon ménage et il arrive même que certains se lient d'amitié...

Chien et chat de rue d'Istanbul

Chien et chat de rue d'Istanbul

La plupart des chiens présentent une bague de couleur à l'oreille, preuve que les services vétérinaires municipaux les ont vaccinés et stérilisés. Leur apparence est souvent proche de celle des chiens-loups, version “taille fine” ou “patapouf”. L'âge et l'enbonpoint aidant, bon nombre ont du mal à se déplacer.

Parfois, ce chien est couché juste devant la porte, les clients ont l'habitude...

Parfois, ce chien est couché juste devant la porte, les clients ont l'habitude...

Peu enclins à entretenir des relations trop proches avec les hommes, certains apprécient néanmoins un petit câlin ou une marque d'affection au-delà de la simple contribution alimentaire ou logistique.

 

Si le courant passe, la bête accompagne même celui ou celle ayant manifesté son intérêt pour elle un bout de chemin avant de retourner vers son port d'attache s'affaler pour une nouvelle sieste bien méritée.

No stress

No stress

Dans son fameux livre de voyage “Constantinople” publié en 1878, Edmondo de Amicis, journaliste et écrivain italien, consacre un chapitre entier aux chiens. Voici un court extrait de ses écrits :

Constantinople est un immense chenil : à peine arrivés, tous le remarquent. Les chiens constituent une seconde population de la ville, moins nombreuse, mais non moins étrange que la première. Tout le monde sait combien les Turcs les aiment et les protègent. Je n'ai pu savoir s'ils le font par le sentiment de charité que le Coran recommande même envers les bêtes, ou parce qu'ils croient que les chiens, comme certains oiseaux, portent bonheur.... Le fait est que ces animaux leur tiennent à coeur, que beaucoup de Turcs laissent par testament des sommes fort rondes pour leur alimentation...”

Vendeurs et chiens de rue devant la mosquée Şehzade - gravure de Thomas Allom 1838, bibliothèque de l'Institut de Recherches d'Istanbul

Vendeurs et chiens de rue devant la mosquée Şehzade - gravure de Thomas Allom 1838, bibliothèque de l'Institut de Recherches d'Istanbul

Par le passé, bon nombre de voyageurs européens, tel Jean Thévenot venu à Constantinople au milieu du XVIIème siècle, se trouvent fort étonnés de ces comportements charitables envers la population canine de la ville.

 

Il en fut de même pour le Comte de Bonneval, devenu en 1730 Ahmet Paşa après s'être converti à l'Islam, perplexe au vu de tels fonctionnements qu'il estime déplacés.

Chien de rue à Büyükada, Istanbul

Chien de rue à Büyükada, Istanbul

La chercheuse et écrivain française Catherine Pinguet a publié en 2008 un livre consacré à l'histoire de ces animaux et notamment à l'épisode douloureux de 1910. En effet, après l'arrivée au pouvoir du parti des Jeunes Turcs, des dizaines de milliers de chiens furent déportés sur l'ilôt désert de Sivriada (connu aussi sous le nom de Hayırsızada) faisant partie de l'archipel des îles des Princes situées au large d'Istanbul sur la mer de Marmara.

 

Cette tentative d'éradication fait suite aux premières mesures prises durant le règne du sultan Mahmut II.

 

Par la suite, les chiens eurent de nouveau droit de cité dans la ville et le gouvernement les laissa tranquille.

Chiens déportés en 1910 sur l'île de Sivriada - photo de Jean Weinberg, collection de Pierre Gigord

Chiens déportés en 1910 sur l'île de Sivriada - photo de Jean Weinberg, collection de Pierre Gigord

Une exposition fort intéressante sur le sujet intitulée “Municipalité à quatre pattes – les chiens de rue d'Istanbul” se tient depuis le 27 octobre 2016 et jusqu'au 11 mars 2017 à l'Institut de Recherches d'Istanbul à Beyoğlu.

Exposition actuelle sur les chiens d'Istanbul à l'Institut de Recherches d'Istanbul
Exposition actuelle sur les chiens d'Istanbul à l'Institut de Recherches d'Istanbul

Exposition actuelle sur les chiens d'Istanbul à l'Institut de Recherches d'Istanbul

A travers des gravures, des photos anciennes, des cartes postales, des livres issus principalement de la collection de Pierre Gigord et de la Fondation Suna et Inan Kiraç, ainsi que des textes à leur propos écrits par de nombreux écrivains voyageurs tels Edmondo de Amicis, Pierre Loti, Gérard de Nerval et bien d'autres, on en apprend plus sur la gente canine de la ville.

 

Une salle est consacrée à leur déportation de 1910 évoquée plus haut.

Chiens dans le quartier de Tatavla (actuel Kurtuluş) - photo Sebah & Joaillier fin du XIXème siècle, collection de la Fondation Suna et Inan Kiraç

Chiens dans le quartier de Tatavla (actuel Kurtuluş) - photo Sebah & Joaillier fin du XIXème siècle, collection de la Fondation Suna et Inan Kiraç

Institut de Recherches d'Istanbul

Meşrutiyet Caddesi No 47 - Beyoğlu/İstanbul

Exposition visible jusqu'au 11 mars tous les jours du lundi au samedi de 10 h à 19 h – entrée libre

 

Pour en savoir plus, le livre de Catherine Pinguet “Les chiens d'Istanbul” aux éditions Bleu Autour.

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 05:05

Article publié dans LePetitJournald'Istanbul.com - Edition du 23 janvier 2017

 

Grand, mince, un sourire permanent aux lèvres, Melad, 20 ans à peine et qui commencera sa troisième vie demain.

 

Sa première vie se passe en Irak. Quelques semaines après sa naissance à Mossoul, sa famille part habiter à 120 km de là dans la ville de Zakho située dans le Kurdistan irakien tout près de la frontière avec la Turquie, où elle va vivre durant près de 17 années.

 

Là-bas, tout est différent, la langue, la culture, le gouvernement. Il étudie jusqu'à l'avant-dernière année au lycée, mais ne veut pas continuer là-bas. En effet, le certificat de fin d'études secondaires y est délivré en kurde, pas en arabe, aucune chance de réussir ailleurs avec un tel bagage, malheureusement. Le père répare les voitures et possède son propre et grand atelier ainsi que deux maisons.
 

Melad à Zakho/Irak, janvier 2011 - photo fournie par Melad

Melad à Zakho/Irak, janvier 2011 - photo fournie par Melad

La famille quitte l'Irak le 3 septembre 2013, environ 6 mois avant que Daesch ne s'installe dans la région. Un autobus conduit Melad, ses parents et ses deux frères cadets de 12 et 14 ans à Istanbul en 24 heures. Pourquoi ont-ils choisi Istanbul ? Car il leur est possible d'être chrétien, il y a des églises, de l'activité.

 

Un de ses deux frères aînés vit toujours à Zakho, l'autre ainsi que sa grande soeur, vivent depuis 10 ans en Australie. Lorsque la famille décide d'aller à l'étranger, Miron, qui se trouve toujours en Iran, est en seconde année à l'université et ne veut pas quitter son pays. Il reste dans une de leurs deux propriétés et tire un loyer de la seconde. Il peut ainsi un peu aider sa famille. Lorsque celle-ci sera en Australie, peut-être qu'il la rejoindra dans le cadre d'un regroupement familial.

 

Après quelques jours passés à faire connaissance avec des irakiens installés ici et s'être renseignés sur la procédure à suivre, tout le monde se rend au Bureau des Nations Unies à Ankara pour déposer un dossier en tant que réfugiés et demander l'asile en Australie dans le cadre d'une procédure de regroupement familial.

 

Les trois premiers mois sont très durs pour Melad, il ne connaît pas la langue, même pas un mot à son arrivée et s'adapter à un nouveau pays est difficile. Chaque membre de la famille réagit différemment ; pour son père, c'est plus simple, sa maman, quant à elle déteste vivre en Turquie, n'apprend pas le turc, demande tous les jours quand ils vont partir... et jusqu'à aujourd'hui ne s'est pas du tout adaptée. Le jeune homme souffre de voir sa maman ainsi... et tente, en vain de la convaincre d'apprendre par exemple l'anglais, de penser au futur, de faire quelque chose...

 

De même, sa famille et lui se rendent compte qu'il n'y a alors aucun autre irakien originaire de Zakho, la plupart étant de Bagdad et du coup, au début, Melad ne se fait pas beaucoup d'amis.

Melad avec ses parents et ses frères cadets - photo fournie par Melad

Melad avec ses parents et ses frères cadets - photo fournie par Melad

Les Irakiens ne viennent pas en Turquie pour y vivre ; c'est une étape, une station jusqu''à l'obtention du précieux sésame permettant d'aller dans un autre pays, qui aux Etats-Unis, qui au Canada, qui en Australie ou ailleurs. “Mais pendant les années d'attente, tu peux faire quelque chose afin que ce ne soit pas une période perdue.” pense Melad.

 

Par ailleurs, les réfugiés irakiens qu'il connaît ne pensent pas en général retourner dans leur pays. “Si tu parles le kurde, tu peux vivre dans le Kurdistan irakien, ce n'est pas une région trop dangereuse. Mais quand tu viens déposer ton dossier aux Nations Unies, si tu dis venir de cette région, ils peuvent ne pas t'accepter. Alors, dans ce cas, que fais-tu, tu es obligé de retourner là-bas...” dit le jeune homme.

 

Après leur installation à Istanbul, Melad entend parler de l'école Don Bosco qui accueille des enfants réfugiés et la première année, c'est là-bas qu'il retourne étudier. A 17 ans, c'est le plus âgé, les plus grands qu'il côtoie ont 15-16 ans... Après 3 semaines de classe, son ami Danyel lui parle d'un centre d'accueil pour jeunes appelé Oratorio et où il peut apprendre l'anglais. “Dans ce cas, j'y vais” répond aussitôt Melad. Pour y aller, il faut que quelqu'un se porte caution pour le nouvel arrivant et Danyel lui propose d'être garant.

 

Ils s'y rendent ensemble et le jeune irakien fait connaissance avec le responsable, Jacky Doyen, avec qui il parle en anglais... langue qu'il connaît déjà car il a fréquenté durant 5 ans une école anglaise en Irak.

Melad et Jacky Doyen, responsable de l'Oratorio Don Bosco

Melad et Jacky Doyen, responsable de l'Oratorio Don Bosco

En effet, le directeur de l'école publique, constatant son bon niveau d'anglais, l'informe de l'existence d'une telle école, une chance pour lui. En arrivant en Turquie, il lui faut juste pratiquer à l'oral car en Irak, il parlait en kurde et en arabe à l'école et dans la rue, mais pas en anglais.

 

Finalement, sa première année de vie en Turquie se passe du lundi au vendredi à Don Bosco et le week-end à l'Oratorio. En tant que garçon, il n'a pas connu de problème pour y aller, plus facile que pour une fille irakienne.

Melad en sortie scolaire avec son école anglaise au zoo de Dahut Irak, décembre 2011 - photo fournie par Melad

Melad en sortie scolaire avec son école anglaise au zoo de Dahut Irak, décembre 2011 - photo fournie par Melad

A l'Oratorio, on parle du livre sacré, on l'explique et la communauté salésienne a pour objectif de rapprocher les jeunes de Dieu. Il y a aussi des activités sportives (basket, volley, ping-pong), du baby-foot et on organise des fêtes pour Noel et pour Pâques.

 

En hiver, a lieu tous les samedis et dimanches un cours d'anglais d'une heure – une heure et demie, les organisateurs sachant que ces réfugiés iront un jour vivre dans un pays anglophone et qu'ils ont donc besoin de l'anglais.

 

A son arrivée, environ 80 jeunes fréquentaient l'Oratorio, ce chiffre a grimpé à 100 puis 120, actuellement ils sont 60 entre 18 et 25 ans à se retrouver tous les week-ends.

A l'Oratorio Don Bosco

A l'Oratorio Don Bosco

Ces derniers mois, une pièce de théâtre : “Etre jeune réfugié irakien en 2016 avec Don Bosco” y a été montée et jouée 10 jours plus tôt dans la salle de spectacles de NDS. Melad n'avait jamais fait de théâtre auparavant. Lorsque Jacky Doyen explique le projet au groupe et demande qui veut y participer, Melad répond de suite par l'affirmative.

 

Riki, surnom d'un jeune qui travaille à l'école Don Bosco, écrit le scénario : 9 scènes de vie dont 5 se passent en Irak et 4 à Istanbul. Riki ne va pas jouer dans la pièce mais en sera comme le directeur et participe à la réalisation avec Kemal Oruç, professeur d'art dramatique.

 

Les premières répétitions sont difficiles pour ces nouveaux acteurs, hormis 2-3 jeunes ayant déjà fait du théâtre par le passé. Les rôles sont distribués et pendant deux mois ils vont travailler pour mettre leur vraie vie en scène.

 

Ce projet, Jacky Doyen en parlait et souhaitait le faire depuis 2015 mais c'est finalement en septembre 2016 que la décision est prise. Deux mois et 80 heures de répétitions plus tard, à raison d'un soir par semaine et durant les week-ends le premier mois avant d'augmenter la cadence, c'est une pièce de théâtre réaliste et très originale qui est présentée au public. Un nouveau projet est envisagé mais Melad a cette fois-ci répondu “A présent, je m'en vais...”

 

Que lui a apporté cette expérience ? Il a pris du plaisir, s'est amusé. En même temps qu'acteur, il s'est vu confier le rôle de “stage manager” et c'est ainsi qu'il devait gérer l'entrée des acteurs, etc...

Melad avec la troupe de théâtre de l'Oratorio Don Bosco

Melad avec la troupe de théâtre de l'Oratorio Don Bosco

Durant sa seconde année en Turquie, il a beaucoup travaillé son turc en lisant à la maison et a aussi enseigné l'anglais à un groupe d'Africains, programme concocté par Jacky Doyen. D'abord Melad ne voulait pas accepter, ne se voyant pas donner des cours à des hommes de cinquante ans, l'âge de son père, mais finalement il 'a fait...

 

Cette dernière année, il aura travaillé jusqu'à son départ chez Caritas en tant que traducteur et durant cette période, il a rencontré beaucoup de réfugiés syriens habitant des quartiers difficiles tels que Bağcılar, Esenler, Sultangazi (le pire selon lui...) chez qui il devait se rendre dans le cadre de son travail.

 

Comment voit-il sa troisième vie qui démarre à Melbourne où il va se rendre avec sa famille le 24 janvier... Que compte-il y faire ?

 

Il souhaite aller à l'université mais ne sait pas encore dans quelle section. Auparavant, il disait qu'il commencerait à réfléchir lorsqu'il aurait le visa pour aller en Australie et maintenant qu'il l'a, sa tête n'arrête pas de réfléchir mais il dit être perdu dans ses pensées...

 

Quel métier souhaite-t-il exercer plus tard, il ne le sait pas non plus. Lorsqu'il était petit, son père et sa mère disaient et répétaient toujours “Si tu étais docteur, ce serait bien”, “Sois docteur ou ingénieur” mais ce ne sont pas les métiers qu'il désire exercer. S'il devait être médecin ou ingénieur, ce serait pour ses parents, mais... Va-t-il rejouer du théâtre, il n'en sait rien non plus... Il n'y a pas pensé avoue-t-il mais ne le pense pas, trop stressant. Il va falloir d'abord s'adapter à vivre en Australie et ensuite asseoir la situation petit à petit.

Melad, jeune irakien de 20 ans et déjà 3 vies...

Melad, jeune irakien de 20 ans et déjà 3 vies...

En tant que chrétien, Melad est très proche de l'église, participe à de nombreux événements et réunions. C'était déjà le cas en Irak car son père est “şamas”, à savoir un laic qui peut remplacer le prêtre en cas d'absence. Tous les dimanches, il devait aller à l'église, il ne voulait pas toujours mais il y allait... Ce n'était pas son choix, mais à présent il souhaite remercier son père de lui avoir donner ce cadeau. Melad a été lui-même un petit “şamas”.

 

A 16 ans, il allait à la messe car il voulait y voir ses amis... Il est encore servant de messe aujourd'hui, notamment lors de grandes cérémonies (par exemple lors de la venue du Pape à Istanbul fin novembre 2014, pour l'ordination du nouveau vicaire apostolique en juin 2016,...).

29 novembre 2014, Melad est aux premières loges lors de la célébration papale  à Istanbul

29 novembre 2014, Melad est aux premières loges lors de la célébration papale à Istanbul

A part tout ce qu'il a appris à l'Oratorio, dont, entre autres, qu'être réfugié n'est pas une mauvaise chose et que cela ne vous met pas en-dessous des autres personnes, que va-t-il rester à Melad de ses trois années de vie en Turquie ? La langue bien sûr, mais il a aussi appris à connaître la mentalité turque, comment les gens pensent ici. Selon lui, la pensée des turcs est très différente de celles des Irakiens et un peu plus proche de l'Europe.

 

La langue maternelle de Melad est le chaldéen, il connaît le kurde (indispensable à l'école et dans la rue dans sa première vie), il a appris l'arabe en regardant la télévision et en lisant, l'anglais (il a passé l'examen d'IELTS en Turquie, équivalent du TOEFL), il se débrouille très bien en turc et depuis quatre mois il apprend le français avec l'application Duolingo. Déjà un bagage linguistique plus qu'honorable et vaste, à l'image de sa façon de penser.

 

Que ta route soit ouverte et pars dans la joie, charmant Melad !

 

Cliquez ici pour lire la version turque de l'article.

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 04:58

Article publié dans LePetitJournald'Istanbul.com - Edition du 4 janvier 2017

 

Après la première visite au camp de réfugiés non gouvernemental situé à Adana en compagnie de deux femmes chiropracteurs et d'un ami fin mars 2015, c'est le sac à dos chargé de 580 cartes d'achat BIM d'une valeur unitaire de 25 TL (soit env. 6,75 €), acquises grâce à la générosité de nombreux amis, connaissances et autres donateurs, qu'a eu lieu le 26 décembre dernier la seconde visite.

 

Camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016

Camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016

Cartes Bim destinées aux réfugiés

Cartes Bim destinées aux réfugiés

Cemo, responsable du dépôt où sont stockées les aides destinés aux enfants en bas âge (couches, lait en poudre pour bébé, vêtements), a organisé la distribution des cartes alimentaires.

 

Pour cela, il a fait appel à Fatih, turc habitant au Texas de passage à Adana, sa ville d'origine, Haci, syrien d'une trentaine d'années originaire de Kobane, père de 3 enfants, habitant en Turquie depuis 3 ans, épicier en Syrie et exerçant à présent son métier grâce à l'ouverture d'un magasin possible grâce à des dons et Izzedin, jeune syrien de 26 ans, aussi originaire de Kobane, marié et père de famille, également en Turquie depuis 3 ans après avoir vécu en Irak puis au Liban.

Autour de Cemo (2ème à gauche, Izzedin, Fatih et Haci

Autour de Cemo (2ème à gauche, Izzedin, Fatih et Haci

Plusieurs milliers de réfugiés, la plupart syriens mais aussi quelques rares irakiens, vivent dans des conditions plus que précaires, parfois depuis plusieurs années, dans des centaines de tentes réparties sur différents terrains privés inoccupés, situés dans le quartier du 19 Mai.

Une partie des tentes du camp non gouvernemental de réfugiés à Adana

Une partie des tentes du camp non gouvernemental de réfugiés à Adana

Camp non-gouvernemental de réfugiés d'Adana, Turquie
Camp non-gouvernemental de réfugiés d'Adana, Turquie

Camp non-gouvernemental de réfugiés d'Adana, Turquie

Comme tous les matins durant les jours de travail, des hommes se retrouvent aux abords de la mosquée en quête d'un emploi à la journée contre quelques sous qui seront les bienvenus.

 

De nombreux réfugiés rencontrés l'an passé sont partis vers d'autres villes de Turquie comme Şemsettin et les siens, qui habitent à présent du côté d'Erzin près d'Osmaniye, à environ 90 kms d'Adana.

Camp non-gouvernemental de réfugiés d'Adana, décembre 2017

Camp non-gouvernemental de réfugiés d'Adana, décembre 2017

Cinq familles parmi les plus chanceuses, dont celle d'une petite fille sourd-muette au sourire inoubliable, ont pu aller vivre au Canada où leurs conditions de vie et de prise en charge sont sans doute bien meilleures. Entre temps, de nouveaux arrivants, notamment venus d'Alep, ont investi les lieux.

Dans le camp de réfugiés syriens à Adana

Dans le camp de réfugiés syriens à Adana

Pantalons retroussés, circuler entre les tentes n'est guère aisé, la boue étant omniprésente en raison de la pluviosité importante des jours précédents.

Au milieu des tentes dans le camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016
Au milieu des tentes dans le camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016

Au milieu des tentes dans le camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016

Camp de réfugiés d'Adana, décembre 2016

Camp de réfugiés d'Adana, décembre 2016

Un homme, grand et mince, père de 13 enfants, nous explique ses difficultés avec l'administration pour faire valoir ses droits, tout comme cette femme et ses enfants dont le mari et père est parti, emportant avec lui passeports et documents officiels prouvant leur nationalité...

Couple de réfugiés syriens avec une partie de leurs 13 enfants, Adana

Couple de réfugiés syriens avec une partie de leurs 13 enfants, Adana

Une autre personne nous montre un dépliant de l'Unicef sur lequel un simple post it manuscrit prouve que lui et sa famille ont droit à de l'aide… D'autres, instinctivement, présentent leurs cartes “d'invités” en Turquie, pensant qu'elles sont indispensables pour recevoir une ou deux cartes Bim selon la composition de la maisonnée.

 

Beaucoup de gamins, voire d'adultes, sont pieds nus sur la terre détrempée, trois garçonnets jouent même cul nu... alors que nous sommes chaudement vêtus...

Distribution de cartes alimentaires Bim dans le camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016
Distribution de cartes alimentaires Bim dans le camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016

Distribution de cartes alimentaires Bim dans le camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016

L'intérieur des tentes se ressemble partout ; autour du poêle, quelques matelas où dort souvent un bébé emmailloté, une rallonge électrique avec quelques prises, seuls signes de modernité...

Dans les tentes de réfugiés syriens à Adana, Turquie
Dans les tentes de réfugiés syriens à Adana, Turquie

Dans les tentes de réfugiés syriens à Adana, Turquie

Parfois, une chaise en plastique défoncée ou un canapé de récupération trône à l'extérieur à côté de la demeure.

Retour au camp de réfugiés d'Adana

Sandalettes ou chaussures crottées sont posées devant les habitations.

Retour au camp de réfugiés d'AdanaRetour au camp de réfugiés d'Adana

Le linge est lavé dans des bassines, puis rincé tant bien que mal avant d'être accroché aux clôtures lorsqu'il y en a, ou sur des fils tendus à proximité.

Lessive dans le camp de réfugiés d'Adana

Lessive dans le camp de réfugiés d'Adana

Camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016
Camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016

Camp de réfugiés d'Adana, 26 décembre 2016

En bordure d'une des routes principales, une tente abrite un vendeur de tomates, pommes de terre et quelques autres légumes. Dans une boîte en polystyrène, des oignons ont été plantés, jardin de fortune.

 

A côté, casseroles et autres ustensiles de cuisine font partie du décor.

Vendeur de légumes, camp de réfugiés d'Adana

Vendeur de légumes, camp de réfugiés d'Adana

Jardin et cuisine de fortune dans le camp de réfugiés d'Adana
Jardin et cuisine de fortune dans le camp de réfugiés d'Adana

Jardin et cuisine de fortune dans le camp de réfugiés d'Adana

Malgré ces conditions de vie qu'on ne souhaite à personne, de nombreuses et beaux visages, surtout d'enfants, gardent le sourire et les yeux pétillent toujours de malice.

Retour au camp de réfugiés d'Adana
Retour au camp de réfugiés d'Adana
Beaux visages d'enfants syriens, camp de réfugiés Adana

Beaux visages d'enfants syriens, camp de réfugiés Adana

Certains adultes aussi semblent ne pas avoir perdu espoir, comme ce jeune et beau couple qui a souhaité être pris en photo, uni pour le meilleur et pour le pire… D'autres regards sont plus marqués, chacun vit cette situation différemment...

Réfugiés syriens dans le camp d'Adana
Réfugiés syriens dans le camp d'Adana
Réfugiés syriens dans le camp d'Adana

Réfugiés syriens dans le camp d'Adana

Retour au camp de réfugiés d'Adana
Retour au camp de réfugiés d'Adana

Un peu plus loin, un garçonnet peu volubile, présente des plaques rouges peu réjouissantes à l'une de ses jambes.

 

Une adolescente souriante, sort d'une tente, pieds nus, tend son moignon de main tordu et essaie tant bien que mal de tenir la carte Bim donnée... Plusieurs petits, ainsi que des personnes d'âge mur, souffrent de handicaps plus ou moins importants et passent leur journée à l'abri des tentes...

Retour au camp de réfugiés d'Adana

Une fillette d'une dizaine d'années, glisse sa main rêche dans la mienne et reste avec nous un long moment, suppliant à plusieurs reprises de l'aide. Des femmes, leur progéniture arrimée sur le dos, se jettent littéralement sur les dernières cartes restant à distribuer… prêtes à se battre si nécessaire…

Camp de réfugiés d'Adana

Camp de réfugiés d'Adana

Des gamins emmitouflés dans leur anorak et manteau bien chauds, reviennent gaiement de l'école et passent à côté de tentes avant de regagner leurs maisons. Sont-ils conscients de la misère qu'ils côtoient tous les jours et que pensent-ils, que voient-ils, on peut se le demander.

Retour au camp de réfugiés d'Adana

Une jolie fillette de 2-3 ans, orpheline de père et de mère, la tête couverte d'un petit bonnet de laine vert, apprécie les caresses faites sur sa joue et nous salue de la main en souriant lorsque nous repartons...

Orpheline syrienne, camp de réfugiés d'Adana

Orpheline syrienne, camp de réfugiés d'Adana

Le sac à dos s'est allégé, le coeur, quant à lui, est gros et aussi lourd que les chaussures et la boue collée aux semelles tel un emplâtre.

Camp de réfugiés d'Adana

Camp de réfugiés d'Adana

Une demi-heure après la fin de la distribution, la pluie s'est mise à tomber de façon drue et discontinue durant 24 heures... transformant une nouvelle fois une bonne partie du camp en une mare de désespoir couleur gadoue...

 

Les conditions météorologiques influent de manière indéniable sur la vie quotidienne et l'état de santé de ces hommes, femmes et enfants.

Après 24 h de pluie discontinue dans le camp de réfugiés d'Adana, photos Haci
Après 24 h de pluie discontinue dans le camp de réfugiés d'Adana, photos Haci

Après 24 h de pluie discontinue dans le camp de réfugiés d'Adana, photos Haci

Quel est leur avenir ? Cette question m'est revenue à maintes reprises à l'esprit dans les heures et jours qui ont suivi et encore aujourd'hui...

 

Cliquez ici pour lire la version turque de l'article.

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 04:45

A l'église catholique d'Antioche installée depuis 1977 dans la vieille ville, dans le secteur du quartier juif où se sont déroulés les événements de la première communauté chrétienne, vit le père Domenico Bertogli, capucin installé là depuis 30 ans après 20 années passées à Izmir.

 

 

Le père Domenico Bertogli de l'église catholique d'Antioche

Le père Domenico Bertogli de l'église catholique d'Antioche

Ce personnage attachant de 80 ans, atypique de par ses points de vue et sa conception de l'église, est une figure de l'oecuménisme. Il tient à assister tous les dimanches à la messe qui se tient dans la superbe église orthodoxe toute proche.

 

Il a été rejoint cet été par le père Paolo Raffaele, également capucin, venu au service de la petite communauté catholique composée d'environ 80 personnes, une petite centaine à présent avec l'arrivée de quelques familles chrétiennes de Syrie.

 

Le père Paolo et le père Domenico de l'église catholique d'Antioche

Le père Paolo et le père Domenico de l'église catholique d'Antioche

En 1989, le père Domenico obtient l'autorisation de faire célébrer pour la première fois la messe de la Nativité le soir du 24 décembre dans la grotte de Saint-Pierre, illustre lieu de pèlerinage de cette ville où pour la première fois le nom de chrétien a été utilisé.

 

Quelques 200 fidèles assistent alors à l'office qui sera organisé à nouveau tous les ans à la même date.

Le 24 décembre 1989, première messe de la Nativité célébrée à la grotte de Saint-Pierre d'Antioche par le père Domenico, archives personnelles du prêtre
Le 24 décembre 1989, première messe de la Nativité célébrée à la grotte de Saint-Pierre d'Antioche par le père Domenico, archives personnelles du prêtre

Le 24 décembre 1989, première messe de la Nativité célébrée à la grotte de Saint-Pierre d'Antioche par le père Domenico, archives personnelles du prêtre

Cette année, en raison de la situation tendue en Turquie, afin d'éviter de devoir renforcer la sécurité au-delà des normes habituelles, l'église a décidé de renoncer à la célébration devenue une habitude dans la grotte. C'est donc dans l'église même qu'elle a eu lieu.

24 décembre 2016, crédit photo église catholique d'Antioche

24 décembre 2016, crédit photo église catholique d'Antioche

A une cinquantaine de kilomètres de là au bord de la Méditerranée, la ville d'Iskenderun - appelée autrefois Alexandrette -, est le siège de l'évêché d'Anatolie où vit désormais Monseigneur Paolo Bizzeti, vicaire apostolique d'Anatolie.

 

Ce jésuite italien, nommé le 14 août 2015 par le Vatican, a pris le poste laissé vacant après l'assassinat en juin 2010 de son prédécesseur Monseigneur Luigi Padovese.

Monseigneur Paolo Bizzeti, évêque d'Anatolie
Monseigneur Paolo Bizzeti, évêque d'Anatolie

Monseigneur Paolo Bizzeti, évêque d'Anatolie

Ici, les communautés catholique, syriaque, grecque catholique et arménienne ont l'habitude depuis plusieurs années déjà, de fêter Noël ensemble.

 

L'après-midi du 24 décembre, tout le monde se retrouve dans l'église Saint-Georges des grecs catholiques pour le Noël des enfants, une fois la fête des jeunes de l'église grecque orthodoxe achevée.

Fête de Noël des enfants des communautés catholique, syriaque, grecque catholique et arménienne à İskenderun, 24.12.2016

Fête de Noël des enfants des communautés catholique, syriaque, grecque catholique et arménienne à İskenderun, 24.12.2016

Monseigneur Bizzeti, accompagné du père Lucian, curé de la cathédrale de l'Annonciation, du père Julius également de la cathédrale ainsi que du père Avedis à la tête de la communauté arménienne, sont présents autour de John Sadreddin, responsable pastoral et de l'enseignement de l'église catholique de la ville.

Fête de Noël des enfants des communautés catholique, syriaque, grecque catholique et arménienne à İskenderun, 24.12.2016

Fête de Noël des enfants des communautés catholique, syriaque, grecque catholique et arménienne à İskenderun, 24.12.2016

Vingt enfants d'âges très variés, interprétant entre autres bergers, rois mages, le roi Hérode,... investissent la scène pour présenter plusieurs chants de Noël et différents tableaux évoquant la naissance de l'enfant Jésus.

Fête de Noël des enfants à église grecque catholique d'Iskenderun, 24.12.2016
Fête de Noël des enfants à église grecque catholique d'Iskenderun, 24.12.2016

Fête de Noël des enfants à église grecque catholique d'Iskenderun, 24.12.2016

Fête de Noël des enfants à église grecque catholique d'Iskenderun, 24.12.2016

Fête de Noël des enfants à église grecque catholique d'Iskenderun, 24.12.2016

Après un extrait de film sur ce sujet, Monseigneur Bizzeti et le père Avedis prennent brièvement tour à tour la parole pour souhaiter de bonnes fêtes à tous, non sans évoquer les pays dévastés par la guerre et le sort des réfugiés.

photo du haut Mgr Bizzeti et John Sadreddin, photo du bas le père Avedis
photo du haut Mgr Bizzeti et John Sadreddin, photo du bas le père Avedis

photo du haut Mgr Bizzeti et John Sadreddin, photo du bas le père Avedis

Une clochette retentit et deux pères Noël font leur apparition pour le plus grand bonheur des petits... et des grands.

 

La distribution des cadeaux peut commencer, ici pas de jeux électroniques ou de téléphones portables mais des étrennes utiles telles des chaussures, des vêtements...

 

Deux pères Noël pour la fête des enfants du 24 décembre 2016 dans l'église grecque catholique d'Iskenderun

Deux pères Noël pour la fête des enfants du 24 décembre 2016 dans l'église grecque catholique d'Iskenderun

Tout le monde se retrouve ensuite dans la cour pour partager un gros gâteau coupé par l'évêque ainsi que quelques douceurs et rafraîchissements.

Pour clôturer la fête de Noël des enfants à l'église grecque catholique d'Iskenderun, 24.12.2016

Pour clôturer la fête de Noël des enfants à l'église grecque catholique d'Iskenderun, 24.12.2016

Le soir même à 23 h, les membres de ces communautés remplissent la cathédrale de l'Annonciation, une fois la messe de l'église orthodoxe terminée.

Messe de la Nativité à la cathédrale de l'Annonciation à Iskenderun, 24 décembre 2016

Messe de la Nativité à la cathédrale de l'Annonciation à Iskenderun, 24 décembre 2016

Après la procession, la messe de la Nativité peut commencer, rythmée par les chants de la petite chorale.

 

Le prêtre arménien est venu à nouveau rejoindre ses collègues catholiques.

 

 

Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016
Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016

Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016

Une fillette vient donner précautionneusement le nouveau-né à l'évêque qui va le déposer délicatement dans la crèche.

Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016

Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016

Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016
Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016

Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016

Le sermon du vicaire apostolique évoque aussi les temps troubles, ceux de l'époque de la naissance de Jésus lorsque la sainte famille a été obligée de fuir vers l'Egypte et fait le lien avec la situation des réfugiés syriens et irakiens contraints de fuir leur pays...

 

Afin que chacun puisse méditer le contenu de cette homélie, le texte de celle-ci est distribué à tous les fidèles réunis ce soir-là.

 

A l'issue de la célébration, tout le monde se retrouve pour une nouvelle petite réception.

Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016

Messe de la Nativité à Iskenderun, 24 décembre 2016

Le 25 décembre, peu de monde participe à la messe mais arrive en nombre à l'issue de l'office pour se retrouver dans la grande pièce mitoyenne. Monseigneur Bizzeti a lancé l'idée cette année d'organiser un repas de Noël à la fin de la célébration dominicale où chacun apporte un plat à partager.

 

Le succès a été immédiat, une soixantaine de familles issues des différentes communautés ayant souhaité y participer.

25 décembre 2016, repas de Noël à la fin de la messe, cathédrale de l'Annonciation à Iskenderun

25 décembre 2016, repas de Noël à la fin de la messe, cathédrale de l'Annonciation à Iskenderun

Après la messe, pendant que tout le monde prépare activement la salle, l'évêque a endossé une autre tenue, plus inhabituelle pour un homme d'église. Vêtu de son tablier de cuisinier, il concocte aux fourneaux un délicieux risotto maison qu'il servira ensuite lui-même à ses ouailles.

Un évêque qui prépare un risotto pour ses ouailles, c'est Mgr Bizzeti à Iskenderun le 25 décembre 2016
Un évêque qui prépare un risotto pour ses ouailles, c'est Mgr Bizzeti à Iskenderun le 25 décembre 2016

Un évêque qui prépare un risotto pour ses ouailles, c'est Mgr Bizzeti à Iskenderun le 25 décembre 2016

Service du risotto concocté par Mgr Bizzeti, évêque d'Anatolie le 25 décembre 2016
Service du risotto concocté par Mgr Bizzeti, évêque d'Anatolie le 25 décembre 2016

Service du risotto concocté par Mgr Bizzeti, évêque d'Anatolie le 25 décembre 2016

C'est ainsi un Noël en Anatolie très convivial, marqué par le "vivre ensemble" que je retiendrai cette année et comme dit Monseigneur Bizzeti ”Ici on ne parle pas d'oecuménisme, on le vit !”

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 04:20

Article publié sur www.lepetitjournal.com d'Istanbul - Edition du 25 novembre 2016

 

Tout commence le 27 novembre 1856 ! Ce jour-là, la mère supérieure Louise Weywada et 10 autres soeurs de Sion, arrivées en Turquie le 7 octobre de la même année, s'installent dans un pensionnat pour filles appelé « Maison du Saint-Esprit » afin de le diriger. Situé à côté de la cathédrale du même nom dans le quartier de Pangaltı, l'établissement est tenu depuis 16 ans par la congrégation des Filles de la Charité.

Une classe de Notre-Dame de Sion à Istanbul en 1872

Une classe de Notre-Dame de Sion à Istanbul en 1872

Comment les sœurs de Sion sont-elles venues à Istanbul ? Le père Théodore Ratisbonne né en 1802 à Strasbourg, second fils d'une famille juive, se convertit au catholicisme. Avec l'autorisation de l'évêque, il est baptisé le 14 avril 1827 par Louise Humann, sa mère spirituelle, et rentre dans les ordres.

 

En 1843, il fonde dans sa ville natale une institution religieuse dans laquelle est dispensée l'éducation de fillettes juives confiées par leurs familles respectives. La communauté, qui devient religieuse, s'appellera à partir de 1846 «Oeuvre de Notre-Dame de Sion », en référence à ce nom, souvent répété dans les psaumes et qui évoque le mont Sion à Jérusalem, un lieu qui bénéficie de la présence divine. En 1852, Alphonse Ratisbonne, également converti puis rentré dans les ordres, vient rejoindre son frère Théodore à Sion.

 

Le père Théodore s'intéresse à Constantinople et souhaite y ouvrir un collège. En effet, cette ville correspond tout à fait à l'esprit de la communauté d'aller aux quatre coins du monde et d'établir des liens avec les musulmans, les chrétiens non catholiques et bien entendu les juifs.

Théodore Ratisbonne, fondateur de la congrégation de Notre-Dame de Sion.

Théodore Ratisbonne, fondateur de la congrégation de Notre-Dame de Sion.

Revenons fin 1856 à Istanbul qui enchante les nouvelles venues. Une semaine après leur arrivée, Soeur Aimée, faisant partie du voyage, écrit « Nous ne pouvons détacher nos yeux de ce panorama magique ! »

 

Comme dans les autres lieux où les Soeurs de Sion sont présentes, une école gratuite pour les familles moins aisées et d'autres confessions est ouverte le 2 janvier 1859 à côté du pensionnat. 90 enfants y seront accueillis et bientôt on prévoit de l'agrandir pour faire face à la demande.

 

Sur la rive asiatique, en face de l'église catholique des Assomptionnistes à Kadıköy, les sœurs décident de fonder une autre école en 1862.

A gauche une classe en 1926 et à droite une autre durant l'année scolaire 1938-39A gauche une classe en 1926 et à droite une autre durant l'année scolaire 1938-39

A gauche une classe en 1926 et à droite une autre durant l'année scolaire 1938-39

Après avoir pris le nom de Notre-Dame de Sion, l'école d'Istanbul, qui, à ses débuts, accueille seulement une soixantaine de filles de familles catholiques, admet peu à peu des filles de notables d'autres communautés. Les noms des premières élèves musulmanes apparaissent dans les années 1880.

 

Une maison d'été est construite en 1889 à Feriköy, près du pensionnat, dans le jardin acheté trois ans plus tôt. Des ateliers de couture et de broderie ouvrent le 1er octobre 1889 au sein de l'école pour offrir à des jeunes filles pauvres du quartier la possibilité d'apprendre un métier.

 

La maison d'été de Notre-Dame de Sion à Feriköy en 1908

La maison d'été de Notre-Dame de Sion à Feriköy en 1908

NDS, qui figure parmi les plus anciennes écoles françaises en Turquie, est l'une des rares à ne pas avoir interrompu ses activités, hormis durant la Première Guerre Mondiale qui occasionne la fermeture du pensionnat et de l'école, puis le départ de certaines soeurs.

 

Durant une partie de cette période, les bâtiments sont occupés par une école d'ingénieurs, puis par un hôpital où des sœurs travaillent. Mère Constantina, alsacienne, qui a pu rester, est la responsable. Arrêtée en mai 1915 comme « allemande, espionne au service de la France », elle évite un long séjour en prison grâce à l'intervention énergique de Monsieur Morgenthau, Ambassadeur des Etats-Unis. Elle revient en 1919 avec ses collègues pour rouvrir l'école, puis l'internat.

Dortoir de l'internat de Notre-Dame de Sion à Istanbul

Dortoir de l'internat de Notre-Dame de Sion à Istanbul

En 1932, la communauté achète à un prix symbolique à la princesse égyptienne Kadriye, apparentée à la famille des souverains ottomans, « Hüber Köşkü », magnifique propriété située à à Tarabya. La proposition est acceptée après une longue période de location des lieux permettant d'évaluer son intérêt.

 

Une loi du 3 décembre 1934 interdit le port du vêtement religieux, certaines sœurs préfèrent quitter le pays. L'établissement de Kadıköy ferme ses portes l'année d'après suite à des difficultés financières et ayant trop peu d'étudiants.

 

La maison de Feriköy devient inhabitable ; une autre grande demeure, "Ayşe Sultan Köşkü" à Bebek, est louée à la place de 1926 à 1928. En été, la belle demeure de Tarabya accueille soeurs et enfants ainsi que des familles amies n'ayant pas les moyens de quitter la ville en été. En raison de coûts d'entretien trop élevés, cette demeure est vendue le 1er juin 1973 à une société d'Ordu.

 

Hüber Köşkü à Tarabya/Istanbul, ancienne propriété de Notre-Dame de Sion

Hüber Köşkü à Tarabya/Istanbul, ancienne propriété de Notre-Dame de Sion

L'enseignement à NDS et ses élèves

 

Outre le français, la littérature, la géographie, l'histoire et le latin, les élèves reçoivent aussi une éducation où se conjuguent la conception libérale de l'époque des Lumières associée à la rigueur des familles bourgeoises.

 

En 1915, la nouvelle réglementation concernant les écoles privées impose que certains cours – le turc, la géographie et l'histoire du pays – soient donnés par des professeurs turcs. Mais en raison de la guerre, cette législation n'entre pas en vigueur. C'est seulement après l'instauration de la République que ces règles seront applicables.

 

Notre-Dame de Sion reçoit dans ses murs les enfants de grandes familles de l'époque ottomane, comme par exemple Alléon, Parma, Della Suda, ainsi que de riches aristocrates russes chassées lors de la Révolution de 1917.

A gauche la salle de gymnastique et à droite la salle de dessin de Notre-Dame de Sion à IstanbulA gauche la salle de gymnastique et à droite la salle de dessin de Notre-Dame de Sion à Istanbul

A gauche la salle de gymnastique et à droite la salle de dessin de Notre-Dame de Sion à Istanbul

Après la création de la République turque en 1923, les établissements scolaires privés sont rattachés au Ministère de l'Education Nationale turc l'année suivante.

 

Des noms célèbres de la jeune République vont aussi fréquenter cette école dont, à partir de début janvier 1927, Rukiye, une des quatre filles adoptives d'Atatürk et qui sera ensuite rejointe par Nebile et Afet, deux de ses autres filles adoptives. Dans les registres d'élèves de l'établissement figurent à côté de la signature de l'illustre fondateur de la République les mentions suivantes : nom Gazi Mustafa Kemal Paşa, adresse : Ankara, Çankaya, Profession : Reis-i Cumhur Hazretleri (Président de La République).

Le registre des élèves de Sion comportant comme parent Mustafa Kemal AtatürkLe registre des élèves de Sion comportant comme parent Mustafa Kemal Atatürk

Le registre des élèves de Sion comportant comme parent Mustafa Kemal Atatürk

De nombreuses illustres femmes contemporaines turques, protagonistes du processus d'occidentalisation du pays, sont diplômées de NDS. Parmi elles, on peut citer Neveser Kökdeş, première-femme compositeur de l'ère de la République, Adile Ayda, première femme sénateur et ambassadrice, les pianistes-jumelles Güher-Süher Pekinel, d'innombrables médecins, chercheurs, juristes, femmes d'affaires, journalistes, écrivains, ingénieurs, architectes,...

 

Des centaines de religieuses de Sion enseignent à Istanbul, notamment Mère Elvira, la légendaire supérieure d'avant et après la Première Guerre Mondiale et Soeur Emmanuelle qui y passe 27 années. Cette dernière prononce ses vœux de religieuse dans la congrégation en mai 1931, enseigne la littérature de 1931 à 1954 à Istanbul, puis de 1959 à 1963 après un passage en Tunisie. En 1971, elle décide de s'installer dans les bidonvilles du Caire. Celle qu'on surnomme la « petite sœur des chiffonniers du Caire » devient une des plus dignes représentantes des plus pauvres jusqu'à sa mort le 20 octobre 2008.

Soeur Emmanuelle, portrait réalisé au fusain par Soeur Marie-François Lin de la congrégation de Sion

Soeur Emmanuelle, portrait réalisé au fusain par Soeur Marie-François Lin de la congrégation de Sion

En 1937, suite aux nouvelles directives gouvernementales concernant les écoles étrangères en Turquie, arrive la première directrice adjointe turque de NDS à côté de la directrice française.

 

En raison de la réduction des effectifs religieux, l'atelier de couture et de broderie situé dans la rue derrière l'école ferme ses portes en 1944.

La cour d'honneur de Notre-Dame de Sion, par le passé et aujourd'hui
La cour d'honneur de Notre-Dame de Sion, par le passé et aujourd'hui

La cour d'honneur de Notre-Dame de Sion, par le passé et aujourd'hui

Dans les années 50, le nombre d'élèves chrétiennes, juives et musulmanes est proportionnellement répartie, témoin du respect d'équilibre entre les différentes confessions prôné par les fondateurs de l'école. Les valeurs humaines universelles telles que respect de l'autre, tolérance, ouverture d'esprit, font partie intégrante de l'enseignement dispensé à NDS et continuent d'être inculquées.

 

En 1964, l'école primaire gratuite ferme suivie en 1971 par les classes primaires du collège. 1972 sonne le glas de l'internat, restent alors 650 élèves dans le collège-lycée.

La façade sur rue de Notre-Dame de Sion à Istanbul par le passé et aujourd'hui
La façade sur rue de Notre-Dame de Sion à Istanbul par le passé et aujourd'hui

La façade sur rue de Notre-Dame de Sion à Istanbul par le passé et aujourd'hui

La chapelle construite par Mère Elvira est transformée en salle de sport, sa vocation initiale n'ayant plus de raison d'être au vu du nombre de religieuses et d'élèves catholiques encore sur place. Le sport prend en effet de l'ampleur et les sportives de NDS, notamment les volleyeuses, vont monter sur la plus haute marche du podium en championnat de Turquie.

 

Lorsqu'en 1989, la directrice prend sa retraite, la Congrégation n'a personne à proposer pour la remplacer et décide de faire appel à un laïc. Richard Tampigny prend alors ses fonctions à la rentrée de la même année et dirige l'établissement jusqu'à sa retraite en 2004.

 

L'école devient mixte à partir de l'année scolaire 1996-97. Suite à la réforme de 1997 sur la durée de l'enseignement primaire obligatoire dans une école turque passant de 5 à 8 ans, les classes de collège vont progressivement être fermées. En 2001, l'école primaire « Neslin Değişen Sesi » (aux initiales de Sion), issue de la Fondation éducative du lycée née la même année, ouvre ses portes.

La cour Sainte-Agnès de Notre-Dame de Sion Istanbul jadis et aujourd'hui
La cour Sainte-Agnès de Notre-Dame de Sion Istanbul jadis et aujourd'hui

La cour Sainte-Agnès de Notre-Dame de Sion Istanbul jadis et aujourd'hui

En 2004, la direction est confiée à Yann de Lansalut qui entreprend d'importants travaux : déménagement, transformation et agrandissement de la médiathèque, aménagement d'une galerie destinée aux expositions dans l'ancienne bibliothèque au rez-de-chaussée. La chapelle transformée en salle de sports devient une magnifique salle de spectacles le 26 novembre 2006 où sont organisés depuis concerts, représentations théâtrales et autres manifestations.

 

2008 voit la naissance d'Orchestra'Sion, orchestre du lycée composé de musiciens professionnels, l'un des seuls exemples dans le pays. Le Prix Littéraire Notre-Dame de Sion est créé la même année avec pour objectif de renforcer les liens littéraires entre la France et la Turquie en attribuant une année le Prix à un écrivain turc et l'année suivante à un auteur francophone traduit et publié en Turquie. A l'image du Prix Goncourt des lycéens en France est lancé en 2013 le Prix Littéraire NDS des lycéens, seul de ce genre dans le pays.

 

En novembre 2013 est organisé le Premier Concours International de Piano Orchestra'Sion dont la programmation est prévue tous les deux ans à la même époque.

 

Un complexe sportif flambant neuf comportant une salle de sport, une de danse, une de fitness, un mur d'escalade et une piscine sortie de terre complètent l'ensemble en février 2014.

L'escalier d'honneur de Notre-Dame de Sion à Istanbul hier et aujourd'hui
L'escalier d'honneur de Notre-Dame de Sion à Istanbul hier et aujourd'hui

L'escalier d'honneur de Notre-Dame de Sion à Istanbul hier et aujourd'hui

Aujourd'hui, NDS compte 85 enseignants, 677 élèves - 221 garcons et 456 filles - et 5455 diplômés depuis 1930 (les élèves promus avant ne figurent pas dans la base de données informatique) contre 48 enseignants, 512 élèves et 4000 anciens diplômés enregistrés il y a 10 ans.

 

Autour de Soeur Monique représentant la Congrégation, Yann de Lansalut, proviseur et Suzan Sevgi, directrice-adjointe turque, professeurs et lycéens continuent de faire rayonner ce prestigieux établissement qui fête ses 160 ans d'existence !

De gauche à droite Suzan Sevgi, directrice-adjointe turque, Yann de Lansalut, proviseur de NDS et Soeur Monique représentant la Congrégation

De gauche à droite Suzan Sevgi, directrice-adjointe turque, Yann de Lansalut, proviseur de NDS et Soeur Monique représentant la Congrégation

L'Association des Anciens de NDS (NDS'liler Derneği), créée en 1987 et présidée actuellement par Lale Murtezaoğlu, effectue un travail remarquable pour entretenir les relations des anciens et nouveaux diplômés à travers de nombreuses activités culturelles et amicales.

 

Sources :

- livre "140 Ans Notre Dame de Sion" de Türköz Erdoğuş

- livre "Yüz Elli Yılın Tanığı Notre Dame de Sion" de Saadet Özen (YKY),

- archives NDS

- archives personnelles Sr Monique

- Lale Murtezaoğlu.

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 04:49

ou l'histoire romancée de Michel-Ange, invité à Constantinople par le sultan Beyazit II pour concevoir un pont enjambant la Corne d'Or...

 

Venu de Rome où il laisse en chantier la réalisation d'un tombeau commandé de son vivant par le pape guerrier et mauvais payeur Jules II, l'artiste arrive dans le port de Constantinople le 13 mai 1506. Il y restera un mois et demi durant lequel il s'aventure finalement peu en ville et où il fait néanmoins des rencontres perturbantes.

 

Durant son séjour, il craint les représailles du Saint-Siège, voire l'excommunication pour avoir accepté l'invitation de celui qui règne sur l'empire ottoman de 1481 à 1512. Avant Michel-Ange, Léonard de Vinci a été mandaté pour la même mission mais les plans présentés n'ont pas convaincu le sultan qui les a refusés.

 

 

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, magnifique roman de Mathias Enard

La base de l'histoire de Mathieu Enard est bien réelle. Ascanio Condivi, le biographe et ami de Michel-Ange, tout comme Giorgio Vasari, peintre architecte et écrivain toscan, évoquent l'invitation de Beyazit II. Les lettres de l'artiste à son frère et à l'ingénieur florentin Giuliano de Sangallo, mentionnées dans le livre, existent bien.

 

Dans la bibliothèque apostolique du Vatican se trouvent les plans de Sainte-Sophie adressés à Michel-Ange par Sangallo. Cet édifice l'a profondement marqué, notamment sa coupole tout comme celle de la mosquée de Beyazit ; il s'en s'inspirera d'ailleurs pour réaliser le dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Coupole de Sainte-Sophie à Istanbul

Coupole de Sainte-Sophie à Istanbul

Les vies de Beyazit II, de son vizir Ali Pacha et de son page génois Menavino (Falachi dans le roman) sont largement relatées dans de nombreux documents et écrits.

 

Dans les archives ottomanes a été récemment découverte l'esquisse du projet de pont sur la Corne d'Or effectuée par Michel-Ange ainsi que l'inventaire des biens personnels qu'il a laissés dans sa chambre d'Istanbul en repartant en secret pour l'Italie une nuit de fin juillet ou début août 1506.

L'esquisse du pont sur la Corne d'Or dessiné en 1503 par Michel-Ange

L'esquisse du pont sur la Corne d'Or dessiné en 1503 par Michel-Ange

Le tremblement de terre qui a frappé Istanbul en 1509 provoque d'importants dégâts. Des milliers de morts sont à déplorer, 109 mosquées dont celle de Beyazit ainsi que l'hospice attenant destiné aux pauvres et une importante partie du complexe de ladite mosquée sont détruits, de même que 1070 maisons.

 

L'enduit recouvrant les mosaïques byzantines - restées intactes - de Sainte-Sophie tombe et révèle les portraits des évangélistes.

Mosaïques de Sainte-Sophie, Istanbul

Mosaïques de Sainte-Sophie, Istanbul

Les piles, la butée et les premières arches du pont de Michel-Ange, affectées par les secousses, s'effondrent et sont emportés par les eaux vers le Bosphore pour disparaître à tout jamais.

 

Quant au reste du roman, il s'agit d'une histoire qui évoque la ville-monde dans laquelle l'italien va évoluer quelques semaines, la rencontre d'un homme de la Renaissance avec les beautés de l'univers ottoman. L'écrivain dresse également le portrait d'un artiste au travail, en quête d'idées de création.

 

Ce livre publié en 2010 reçoit le Premier Goncourt des Lycéens en novembre de la même année et en 2012 le Prix Littéraire NDS Istanbul pour sa traduction et sa publication en turc.

Mathias Enard au Palais de France d'Istanbul en 2012, photo site NDS

Mathias Enard au Palais de France d'Istanbul en 2012, photo site NDS

L'écrivain qui a effectué de longs séjours au Moyen-Orient, a rendu là un bel hommage aux échanges entre la Sublime Porte et l'Occident, tout comme l'artiste qu'il évoque et dont le voyage à Istanbul va rester imprégné et l'influencer, tant en peinture qu'en architecture.

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 04:54

Article publié sur www.lepetitjournal.com d'Istanbul - Edition du 2 novembre 2016

 

Le 26 octobre dernier, le lycée Notre-Dame de Sion d'Istanbul a accueilli Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens pour son roman « L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » (en turc « Bir Ikea dolabında mahsur kalan hint fakiri'nin olağanüstü yolculuğu »).

 

NDS, qui va célébrer ce mois-ci son 160ème anniversaire, a lancé en 2008 avec son Association des Anciens le Prix Littéraire Notre-Dame de Sion, attribué une année à l’œuvre d’un auteur turc écrite en langue turque puis, l’année suivante, à l’œuvre d’un auteur francophone, écrite en français et traduite en turc. Le jury est composé d’écrivains, de journalistes et d'académiciens, tous diplômés du lycée.

 

A l’image du prix Goncourt des Lycéens et fort de son expérience, l'établissement décide, en 2013, d’organiser un Prix Littéraire NDS des Lycéens. Chaque année à la rentrée, un jury d'élèves est formé sur la base du volontariat. Tout au long de l'année, il lit et évalue les livres présentés et choisit en juin le bénéficiaire du Prix.

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens à Istanbul

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens à Istanbul

Après avoir reçu son Prix des mains de deux membres du jury, de même qu'Ebru Erbaş, ancienne diplômée de l'établissement, également primée pour la traduction de l'ouvrage en turc, Romain Puértolas prend le micro et donne immédiatement le ton.

 

Enjoué, plaisantin et charmeur à la fois, l'écrivain doté de beaucoup d'humour et d'humanisme qu'il mélange avec bonheur, est immédiatement en communion avec le public qui écoute avec intérêt ses paroles dans un silence quasi religieux, par moments troublé d'éclats de rires.

 

D'entrée, Il explique qu'il ne pensait pas se retrouver un jour à Istanbul et recevoir un prix pour son roman – son 8ème, les 7 précédents rédigés en espagnol n'ayant intéressé aucune maison d'édition en Espagne où il vivait alors – écrit sur son téléphone portable. Il se dit être « un écrivain de maintenant » qui rédige dans le train, dans le métro, dans le RER,… la plupart du temps sur son mobile mais aussi sur tous les papiers qui traînent autour de lui, qu'il s'agisse de post-it, d' emballages de chewing-gum, de cartes de restaurant,...

 

 

Romain Puértolas, un écrivain qui écrit sur son téléphone portable

Romain Puértolas, un écrivain qui écrit sur son téléphone portable

Il poursuit : " J'ai essayé de ne pas me formater. Je lis très peu d'ouvrages français ; je ne me retrouve pas dedans, c'est très sérieux. Moi, j'aime bien les choses qui sont plus rigolotes. Il y a quand même un message, mais dit d'une manière un peu plus légère. Dans le paysage de la littérature française, on aime bien écrire des choses plus complexes, montrer que nous sommes les descendants de Balzac ; moi, je serais plutôt du côté héritier de Jules Verne, c'est-à-dire un monde complètement fantaisiste qui s'inscrit quand même dans le monde réel, mais avec une touche d'exotisme, d'aventure, de voyage.

 

Ce sont des thèmes qu'on retrouve beaucoup dans mes livres et il y a toujours un avion, peut-être parce que j'ai toujours aimé les avions. D''ailleurs, j'ai travaillé dans le contrôle aérien en Espagne. J'ai aussi appris à piloter en Angleterre, c'est quelque chose qui me tenait vraiment à coeur, parce que quand il fait mauvais, quand il pleut, quand il y a des nuages, au-dessus, il fait toujours soleil. J'ai toujours aimé le soleil et quand vous êtes en avion et que vous le pilotez, vous êtes au-dessus des nuages, là où il fait toujours beau."

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens et Ebru Erbaş, traductrice du roman en turc

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens et Ebru Erbaş, traductrice du roman en turc

L'auteur a commencé à écrire à l'âge de 7-8 ans et a créé à ses débuts des livres d'une page : « J'en ai de quelques pages mais j'étais fan des livres d'une page, car j'étais tellement perfectionniste que quand j'arrivais à la fin de la 1ère, je refaisais tout à plusieurs reprises et je réécrivais chaque fois avec des styles complètement différents. »

 

Très inspiré par la lecture, lorsqu'il lisait par exemple du Giono ou Agatha Christie, ses écrits ressemblaient à ceux des écrivains lus. «Tout comme lorsqu'on commence à peindre, on s'inspire de grands peintres pour faire des reproductions, c'est pareil pour les autres arts, dont l'écriture puis avec votre connaissance, votre expérience, vous vous forgez un style propre. C'est ce que j'ai fait en mélangeant plein de styles.» dit-il.

 

Romain Puértolas, un écrivain résolument optimiste

Romain Puértolas, un écrivain résolument optimiste

Après avoir eu le concours de police et être revenu vivre en France où il est né, Romain Puértolas a continué à écrire en français cette fois-ci et a proposé « L'extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » à des maisons d'édition françaises que l'une accepte de publier.

 

Après avoir été DJ, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien et policier à la police des frontières, c'est le thème des migrants abordé dans son roman primé et décrit comme un véritable phénomène d'édition, publié depuis dans 36 pays, qui va changer sa vie.

 

«  L'écriture était ma passion, m'a tout le temps accompagné et du jour au lendemain, j'ai pu me consacrer uniquement à l'écriture, raconter des histoires aux gens ; c'est merveilleux de pouvoir transformer une passion en travail, de pouvoir amener les gens dans votre monde à vous. »  ajoute-t-il avec son enthousiasme naturel.

 

«C'est ce que j'essaie toujours de transmettre dans mes livres ; il y a beaucoup de positivisme, beaucoup d'aventures, quelque chose que vous ne pouvez pas vivre dans votre quotidien. Pour moi, quand on va au cinéma ou quand on ouvre un livre, c'est pour s'évader. Quand j'écris un livre, c'est pour m'évader aussi, pour ne pas être où je suis à ce moment-là.

 

Le livre primé en 2016 par les lycéens de NDS à Istanbul et écrit par Romain Puértolas

Le livre primé en 2016 par les lycéens de NDS à Istanbul et écrit par Romain Puértolas

Par exemple quand j'écrivais le fakir, j'étais dans le RER parisien à 7 h30 pour aller au travail. J'ai été obligé d'écrire mon livre sur mon téléphone debout, écrasé par plein de gens qui vont au boulot, qui ne sont pas forcément très contents de s'y rendre, et justement quand j'écrivais là, j'étais ailleurs, dans mon aventure, ce fakir enfermé dans une armoire Ikea, qui va voyager en Angleterre et va rencontrer d'autres personnes du monde qui viennent en Europe, des immigrés.

 

Je voulais changer un peu cette façon de penser des gens qui ne veulent pas d'étrangers chez eux, alors que c'est justement une richesse de se mélanger. Et nous sommes tous un immigré quelque part.

 

Il n'y a que les gens qui ne sortent pas de chez eux qui ne sont pas des migrants mais quand vous voyagez, vous avez cette ouverture, vous rencontrez des gens merveilleux, vous découvrez d'autres cultures, d'autres langues, c'est ce que véhicule aussi pour moi la littérature, un condensé de ces voyages-là.  »

 

Romain Puértolas au lycée Notre Dame de Sion d'Istanbul, 26 octobre 2016

Romain Puértolas au lycée Notre Dame de Sion d'Istanbul, 26 octobre 2016

Romain Puértolas explique aussi avoir pris ce fakir parce qu'à l'époque, il publiait sur un compte Youtube très suivi des films expliquant les tours des magiciens dont il a compris les trucs très jeune.

 

«  Je suis quelqu'un de très logique et très observateur et je ne regarde jamais là où on veut que je regarde. Je voyais justement tout et au fil des années, j'ai compris que généralement les gens se font bluffer par les magiciens. Je voulais leur démontrer que c'est très facile de trouver tous les trucs avec un peu de logique et j'essayais surtout de lutter contre les charlatans qui exploitent un peu notre crédibilité en faisant payer des gens et en leur faisant croire des choses.

 

Romain Puértolas, un écrivain au passé atypique

Romain Puértolas, un écrivain au passé atypique

Dans ce programme, j'avais justement des parties sur les fakirs, qui sont des magiciens et c'est ce personnage-là que j'ai choisi pour mon livre car j'aime bien les personnages atypiques.

 

J'en prends toujours des très colorés qu'on ne rencontre pas au quotidien et qui vivent des situations un peu rocambolesques, un peu fantaisistes. Je joue énormément avec les stéréotypes parce que j'aime beaucoup ça, c'est amusant d'utiliser les clichés. »

Romain Puértolas à NDS Istanbul, 26 octobre 2016

Romain Puértolas à NDS Istanbul, 26 octobre 2016

Romain Puértolas, qui n'est guère avare d'explications, poursuit : « Dans mon livre, c'est fait exprès, mes personnages sont très stéréotypés, très clichés. C'est justement une manière de combattre le cliché, de montrer que les gens sont des personnes, des individus et non pas des nationalités, des ethnies.

 

Ils représentent d'abord eux-mêmes, leurs propres personnes et avec ce livre, c'est ce que j'ai essayé de faire en parlant de l'immigration illégale parce que je travaillais à l'époque dans la police, dans un service qui démantelait les réseaux de passeurs faisant traverser la frontière à des personnes qui croient en un grand futur, en un pays merveilleux qui va les aider.

Romain Puértolas, un ancien policier - entre autres - devenu écrivain

Romain Puértolas, un ancien policier - entre autres - devenu écrivain

J''avais toute la journée des clandestins en face de moi. Je ne voulais plus être le policier, je voulais être juste l'être humain qui n'est pas né ici mais ailleurs, me mettre à leur place et voir que ce sont des gens comme les autres. Dans la police, on travaille sur ce qui va à l'encontre de la morale comme le vol, le terrorisme,... Moi, par contre, j'étais à la police des frontières et ce n'est pas amoral de passer dans un autre pays sans avoir un petit bout de papier qu'on appelle un visa ou un passeport.

 

Les gens qui traversent clandestinement, c'est généralement pour aller travailler, pour essayer de vivre une autre vie. C'est ce message que je voulais faire passer dans le fakir, mais d'une manière, telle que j'aborde la vie, positive, fantaisiste et colorée, très humoristique. Je pense que les messages sérieux passent toujours mieux quand ils sont dits d'une manière rigolote parce que cela fait un contraste auquel les gens ne sont pas forcément habitués, qu'on vous dise une vérité ou une chose grave avec le sourire ou sur le ton de la comédie. » conclut-il.

Romain Puértolas, lauréat du Prix Littéraire NDS 2016 des lycéens à Istanbul

Il y a 3 mois est sortie en Turquie la version turque de « La petite fille qui a avalé un nuage plus grand que la Tour Eiffel », roman également traduit par Ebru Erbaş, et qui aborde le thème de la maladie, un ouvrage plus poétique que celui du fakir, comprenant plus d'émotions.

 

Ce livre figure déjà en bonne place dans les gondoles, que ce soit en librairie… et même dans les distributeurs de livres installés dans la gare routière d'Istanbul...

Le dernier livre en version turque de Romain Puértolas au milieu du premier rang dans ce distributeur de la gare routière d'Esenler, Istanbul

Le dernier livre en version turque de Romain Puértolas au milieu du premier rang dans ce distributeur de la gare routière d'Esenler, Istanbul

Un autre livre est sorti depuis en France et la publication du prochain est prévue l'année prochaine.

 

Une belle et riche rencontre que celle de jeudi dernier avec Romain Puértolas pour tous ceux et celles, jeunes et moins jeunes, qui ont pu écouter et échanger avec ce jeune homme au parcours atypique et qui a plus d'un tour dans son sac, normal pour un ancien magicien !

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 04:46

2 août 2016 fin de matinée, dans la région de Çorum en Anatolie Centrale sur la D190 entre Sungurlu et Alaca. A défaut de pouvoir trouver un transport en commun, me voilà en train de faire du stop pour rejoindre le village de Boğazkale où se trouve l'extraordinaire site de Hattuşa, ancienne capitale hittite, qu'il me tarde enfin de découvrir.

 

La première voiture qui passe s'arrête et oh surprise, une plaque française, kısmet (la chance) ! Au volant, Yunus Demiralan habitant à Montélimar et né à Boğazkale en 1978, revenu au memleket (lieu d'origine) pour les vacances. A côté du chauffeur, sa maman et à l'arrière la grande soeur à côté de qui je prends place. C'est tout naturellement que je les accompagne jusqu'à l'hôtel familial (encore kısmet) où je vais poser mon sac à dos pour deux nuits.

 

Yunus Demiralan, né à Boğazkale en Turquie et vivant à Montélimar en France

Yunus Demiralan, né à Boğazkale en Turquie et vivant à Montélimar en France

Yunus n'a pas fait de longues études, il a arrêté l'école après ses années de lycée dans son village natal. En 1997, il a l'occasion de travailler durant la saison de fouilles du site, pendant 3 mois, sur la partie de Büyükkaya.

 

En 2000, il arrive avec son frère Bayram à Aubenas en Ardèche. Tous deux viennent en effet rejoindre leurs épouses respectives, Fatma et Zekiye, vivant déjà en France depuis 1992. Le père de ces dernières est venu travailler dans l'hexagone au début des années 1970 sur le chantier d'un barrage dans la région et ne revenant pas en Turquie, il a bénéficié d'un regroupement familial.

 

Ni Yunus, ni Bayram ne connaissent la langue de Molière à leur arrivée mais se débrouillent en anglais. Yunus suit deux mois de cours de français dans une école de langue et après avoir passé quatre semaines à découvrir son nouvel environnement, commence à travailler avec le frère de Fatma dans la maçonnerie générale.

Yunus Demiralan

Yunus Demiralan

Dix mois après son arrivée à Aubenas, la famille déménage pour Montélimar où les possibilités de travail sont plus importantes et où la communauté turque de la ville leur apporte son aide.

 

Durant 1 an et demi, il est employé dans une entreprise française de peinture où il retrouve quelques compatriotes, puis dans une entreprise turque pendant 2 ans. Il décide de construire sa propre maison à Montélimar et devient maçon dans une autre société turque, également durant 2 ans.

 

Ensuite, il travaille à son compte avec un ami pendant une année avant de créer avec son frère en 2006-2007 leur propre entreprise de maçonnerie. Bayram devient patron, Yunus ouvrier et à ce jour, la société emploie 14 salariés. En 2012, Yunus obtient la nationalité française par mariage.

Le fait d’avoir rencontré à Boğazkale pendant 14 ans des touristes venus des 4 coins du monde a sûrement facilité l’intégration de Yunus en France où il n'a pas connu de problème de racisme ou de discrimination.

L'hôtel Başkent Demiralan à Boğazkale, une entreprise familiale

L'hôtel Başkent Demiralan à Boğazkale, une entreprise familiale

Aujourd’hui, 2 fois/semaine, lui et son frère font du football en amateurs (Yunus comme attaquant) avec des copains tous français d'origine. Le reste du temps, il se livre en famille à des activités au bord de la mer à la belle saison et au ski en hiver.

 

A Montélimar, sur une population d'environ 32 000 habitants, environ 800 sont turcs dont 350 ont la double nationalité. La communauté dispose en ville de leurs propres infrastructures : une association, depuis 1984 une mosquée, un magasin d’alimentation ouvert en 1994, un café turc, un professeur de turc et un imam.

 

Plusieurs manifestations sont organisées tous les ans par l'association, notamment le 23 avril à l'occasion de la fête de la Souveraineté Nationale et des Enfants, des repas de ruptures du jeûne durant le mois du Ramadan, lors des fêtes religieuses, les différents “kandil”,... En outre, deux kermesses annuelles auxquelles assistent les personnalités politiques de la ville ainsi que les voisins font partie du calendrier annuel et permettent de déguster des plats traditionnels turcs, d'acheter livres et vêtements, de faire connaissance avec des artistes venus de Turquie et de passer un bon moment ensemble.

Fête de la Souveraineté Nationale et des enfants du 23 avril organisée à Montélimar par l'Association franco-turque

Fête de la Souveraineté Nationale et des enfants du 23 avril organisée à Montélimar par l'Association franco-turque

Yunus se sent bien en France et se dit heureux d’y vivre avec sa famille et ses 3 enfants, Ekin et Orhan, faux-jumeaux âgés de 14 ans et Acelya, sa fille de 11 ans, nés tous trois à Montélimar.

 

Peut-être qu’à la retraite, comme beaucoup d’aînés turcs, il passera plus de mois en Turquie tout en restant une partie de l’année en France.

Yunus Demiralan, son épouse Fatma et ses enfants, Ekin, Orhan et Acelya, une bien sympathique famille franco-turque

Yunus Demiralan, son épouse Fatma et ses enfants, Ekin, Orhan et Acelya, une bien sympathique famille franco-turque

Il se considère comme moitié turc et moitié français et a des échanges sympathiques avec les voisins, tels des repas où les invitations se font dans les deux sens. Pour lui, la transmission aux enfants de la culture turque et des valeurs est importante à ses yeux, afin que ceux-ci sachent d’où ils viennent.

 

Deux fois par an, Yunus revient à Boğazkale où vit toujours une partie de sa famille et il y reste deux semaines en hiver et 6 semaines en été.

Vue sur Hattuşa et sur le village de Boğazkale depuis l'hôtel Demiralan

Vue sur Hattuşa et sur le village de Boğazkale depuis l'hôtel Demiralan

Sur le site de Hattuşa, l''hôtel Demiralan de Boğazkale se voit de loin, ici à l'arrière-plan

Sur le site de Hattuşa, l''hôtel Demiralan de Boğazkale se voit de loin, ici à l'arrière-plan

Depuis, un bel hôtel avec piscine a remplacé la pension, le camping existe toujours (emplacement pour les tentes et 80 places pour caravanes avec toute l’infrastructure nécessaire telle que douches, électricité, …) et ses deux fils sont associés dans l’affaire.

Son père, né là, est retraité du musée du village et a ouvert en 1986 une pension avec 6 chambres, un restaurant de 200 places ainsi qu'un camping situés à la sortie du village en direction de Yazılıkaya.

 

 

Trois générations Demiralan réunies à Boğazkale, de gauche à droite Yunus, son père et Ekin, un de ses fils

Trois générations Demiralan réunies à Boğazkale, de gauche à droite Yunus, son père et Ekin, un de ses fils

Piscine de l'hôtel Başkent Demiralan à Boğazkale

Piscine de l'hôtel Başkent Demiralan à Boğazkale

Durant des années, cet endroit a accueilli de nombreux groupes étrangers venus de France, de Hollande, d’Allemagne, du Canada, du Japon (entre 20 et 25 000 japonais sont venus à Hattuşa l'an passé, recevant une contribution de leur pays lorsqu'ils se rendaient en vacances en Turquie...) et d'ailleurs.

 

Cette année, compte-tenu de la situation dans le pays, les touristes étrangers sont rares ; heureusement, quelques familles turques viennent visiter la région.

A l'hôtel Başkent Demiralan de Boğazkale

A l'hôtel Başkent Demiralan de Boğazkale

C'est donc à l'hôtel Demiralan que j'ai fait connaissance avec la sympathique famille de Yunus, de même que celle de Bayram, également venue pour les traditionnelles retrouvailles estivales.

Bayram Demiralan & co, Boğazkale
Bayram Demiralan & co, Boğazkale

Bayram Demiralan & co, Boğazkale

Un beau souvenir et une belle rencontre avec cette famille que j'espère bien revoir, Hattuşa ayant été un de mes coups de coeur de l'été 2016.

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 04:25

Article publié sur www.lepetitjournal.com d'Istanbul - Edition du 10 octobre 2016

 

Siméon II de Bulgarie, devenu roi à l'âge de 6 ans en 1943 à la mort de son père, a passé quelques jours à Istanbul pour la publication de ses mémoires en version turque, l'occasion de rencontrer cet homme au destin très particulier.

 

Le roi Siméon II de Bulgarie à Istanbul

Le roi Siméon II de Bulgarie à Istanbul

N.R. : Majesté, vous avez quitté Sofia pour Istanbul où vous êtes arrivé avec votre mère, votre soeur et une de vos tantes en gare de Sirkeci le 17 septembre 1946 avant de poursuivre votre route le soir même pour Alexandrie où vous vivez jusqu'en 1951 avant de vous installer en Espagne. Depuis votre retour en Bulgarie le 25 mai 1996 après 50 ans d'exil, êtes-vous déjà revenu en Turquie et que représente Istanbul pour vous ?

 

Siméon II de Bulgarie : Oh non, je suis venu très souvent, la première fois vers 1967-68, mais après mon retour en Bulgarie, à de nombreuses reprises. Istanbul a toujours été une capitale, nous l'appelons d'ailleurs en bulgare la ville des rois – tsarigrad, cela veut tout dire ! Son passé durant les différents empires, romain, byzantin, ottoman lui a conféré un rôle de capitale et culturellement y venir a toujours été un pélerinage pour moi. Outre le fait d'y avoir des amis, d'avoir beaucoup lu sur l'histoire qui fatalement se passe souvent à Istanbul, il y a vraiment un lien très très fort ici.

 

Ma mère, lorsqu'elle était en exil, venait assez souvent ici parce qu'elle avait des amis de la famille impériale et quelques amis turcs d'Egypte. Elle disait toujours : “Tu vois, ici c'est le second place ! Je ne peux pas aller en Bulgarie, mais ici cela me rappelle tellement le pays, ses coutumes,...” Elle venait ici avec une sorte de nostalgie, ce qui vous montre comme ces deux voisins ont des analogies. Par temps clair, elle se rendait au bord de la Mer Noire pour regarder la Bulgarie... C'est drôle comme ces choses restent...

Siméon II de Bulgarie à Istanbul, 6 octobre 2016

Siméon II de Bulgarie à Istanbul, 6 octobre 2016

N.R. : Vos mémoires, écrites en collaboration avec Sébastien de Courtois, ont été publiées en français fin 2014 chez Flammarion et viennent de paraître en turc aux éditions Yapı Kredi. Quelles sont les autres versions existantes ou à venir et quelle importance accordez-vous à ces éditions française et turque ?


 

Siméon II de Bulgarie : La version initiale en bulgare est sortie deux semaines avant la française. J'avais des notes, des enregistrements et énormément de documents que nous avons réunis pour en tirer un récit. Le livre a aussi été publié en juin 2016 en espagnol compte-tenu de mon attachement à ce pays et une version en anglais est espérée pour 2017.

 

La langue française est pour moi tellement importante, je suis un produit du lycée français, comme mes 5 enfants du reste. Ce récit leur est dédié ainsi qu'à mes petits-enfants afin qu'ils connaissent mieux leurs origines et puissent grandir avec. Etant devenu, malgré moi, comme un trait d'union avec le passé précommuniste de mon pays, je me devais de “transmettre” après 70 ans de vie politique.

 

J'ai remarqué si souvent que les gens écrivent de façon sélective et la facilité se tourne toujours en direction du sensationnel. Mais si on laisse l'histoire seulement aux vainqueurs, ce n'est pas suffisant. J'ai donc voulu témoigner à travers ma mémoire vivante, même si rien ne m'est plus difficile que de mettre en avant ce “moi” car je pense que nous ne sommes rien seuls, la vie étant faite de rencontres et de hasards.

 

Lisant beaucoup sur l'histoire, je me suis rendu compte que la vie d'un personnage était souvent manipulée après sa mort et j'ai ainsi tenu à déjouer cette habitude de voir les gens jugés sur des approximations ou des rumeurs, plutôt que sur ce qu'ils ont écrit ou réalisé eux-mêmes.

 

Je suis aussi très heureux de cette publication en turc, ayant toujours été très intéressé par et senti très proche de ce pays voisin important.

25 mai 1996, retour triomphal à Sofia de Siméon II de Bulgarie après 50 ans d'exil

25 mai 1996, retour triomphal à Sofia de Siméon II de Bulgarie après 50 ans d'exil

N.R. : En Bulgarie, il y a aujourd'hui une importante minorité turque, notamment issue des migrations forcées de l'ère communiste. Pensez-vous que les turcs de Bulgarie et de Turquie peuvent jouer un rôle de pont entre les deux voisins ?

 

Siméon II de Bulgarie : Il y a, d'après les statistiques, 8 % de turcophones chez nous. Le lien est là et depuis des siècles. La Bulgarie est sur le chemin direct et physique de l'Europe pour la Turquie, il y a donc déjà des raisons pratiques et géographiques. Il y a aussi des investissements turcs chez nous et par conséquent, il y a de toute manière un pont.

 

Je ne crois pas que notre communauté d'origine turque - je n'aime pas le mot minorité - se sente particulièrement comme un pont. Ils ont les liens mais je crois qu'au fond, ils se sentent très autochtones car ils sont là depuis des siècles, ce sont des gens qui étaient venus d'Anatolie au XVIème siècle. Mais je suis sûr qu'en même temps, il y a une communication. D'ailleurs, il y a une bonne quantité de bulgares d'origine turque qui habitent la Turquie et reviennent périodiquement au pays ; certains peuvent aussi voter, c'est-à-dire qu'il y a de toute façon une symbiose.

Le roi Siméon II de Bulgarie

Le roi Siméon II de Bulgarie

N.R. : J'ai une affection toute particulière pour la ville de Plovdiv pour y avoir organisé en 2012 mon premier événement culturel autour de Mevlâna et si Dieu le veut, y refaire un event encore plus important en 2019 lorsque Plovdiv sera Capitale Culturelle Européenne. Avez-vous un projet pour faire découvrir cette année-là ce pan d'histoire de la Bulgarie où elle fut un royaume de 1908 à 1946 et que finalement les bulgares d'aujourd'hui et les étrangers qui vont venir à Plovdiv ne connaissent peut-être pas ?

 

Siméon II de Bulgarie : Plovdiv est une très jolie ville qui a une influence marquée, surtout dans l'architecture ottomane de la fin du XVIII et du XIXème siècles, qui lui donne une classe tout à fait spéciale. Plovdiv va effectivement être Capitale Culturelle Européenne en 2019, nous en sommes très fiers et je soutiens ce choix des deux mains. Le maire de Plovdiv est une personne très énergique et débrouillarde qui relèvera ce challenge.

 

J'ai dans mon bureau à Sofia une magnifique sculpture d'un derviche tourneur que je regarde souvent. C'est un cadeau d'Ahmet Dogan qui était le chef bulgare d'origine turc du parti des droits et des libertés.

 

Franchement, je n'ai pas pour l'instant de projets pour 2019 et vu mon âge, il ne faut quand même pas en faire à trop long terme (rire) mais je dois voir avec la commission chez nous.

 

Quant à la période monarchique de la Bulgarie, pour une certaine tranche d'âge, c'est déjà de la préhistoire (rire...) !

Musée ethnographique régional de Plovdiv en Bulgarie

Musée ethnographique régional de Plovdiv en Bulgarie

N.R. : En ce qui concerne la période ottomane en Turquie, elle a vraiment un attrait grandissant de jour en jour ici. On l'a vu notamment à travers la série télévisée sur Soliman le Magnifique produite dans de nombreuses autres langues. Est-ce que vous avez une idée comment cette période de l'histoire est perçue par les Bulgares aujourd'hui ?


 

Siméon II de Bulgarie : Eh bien, je peux dire que c'est assez varié, mais très récemment, il y a eu un débat au Parlement sur les nouveaux manuels scolaires d'histoire pour savoir s'il fallait dire la domination ottomane, la présence ottomane, le passage ottoman, la servitude,... tout cela pour mettre un terme qui explique la présence ottomane durant près de 5 siècles. C'est normal en quelque sorte et si on veut l'exploiter, c'est encore plus normal, car on peut tout de suite trouver un ennemi ou quelqu'un qui vous a opprimé.

 

N'importe qui peut réciter des passages de “Sous le joug”, une des pièces de notre littérature du XIXème la plus populaire écrite par Ivan Vazov qui est un grand écrivain. Sous le joug, ça veut dire ce que vous voudrez mais ce n'est pas forcément quelque chose de brimant. C'est une période où nous étions sous ça. C'est intéressant car jusqu'à la moitié du XIXème, il n'y a pas eu grand chose d'écrit car cela se passait très bien. Tant qu'on payait les impôts et qu'on respectait le sultan, il n'y avait pas grand chose à redire. C'est une petite période où il y a eu des exactions, des réactions et de la contre-réaction, ce qui est normal pour un empire qui domine. La période est tellement courte par rapport aux 5 siècles qu'il faut vraiment savoir diluer et en même temps aussi être rationnel. Pour les jeunes, c'est déjà quelque chose de tellement lointain mais c'est dommage qu'il y ait des gens qui essaient de l'inculquer, de montrer surtout ce moment-là... Nous avons fait partie d'un empire et il y a tout de même eu une influence à tous points de vue, la culture notamment, l'architecture,...

 

L'autre jour, j'étais étonné lorsqu'étant dans un petit village du sud-est de la Bulgarie où toutes les maisons sont uniformes, la partie basse en pierre, le haut en bois, comme un décor de cinéma tellement c'est joli. Là, par exemple, on parlait de l'époque ottomane et de ce qui s'est passé. Il y a là-bas une magnifique église construite en 1760, ce qui est assez tôt. On voit ainsi qu'il y avait aussi des églises et ce n'était pas simplement le côté des bachi bouzouks. Le village à côté lui est entièrement musulman, mais musulman bulgare ethniquement, et ils s'entendent parfaitement.

 

C'est un passé qui est là, qu'on ne peut pas diaboliser comme certains essaient maintenant de le faire à cause des événements, de la politique contemporaine, où on en rajoute... Il faut s'en tenir aux faits et finalement penser qu'on a tout intérêt à être en bonnes relations, non seulement les deux pays, mais les gens.

 

Ce matin-même, un homme insistait pour me cirer les souliers. Cela me gêne, je me sens comme si nous sommes d'une race supérieure et je lui ai dit “non merci.” Il me demande alors “Where are you from ?” et lorsque je lui réponds “Bulgaristan”, j'ai eu droit à un sourire jusque derrière les oreilles et il m'a dit “Ah komşu ! (ah, le voisin !)”. Cela montre qu'au fond, il y a une affinité naturelle entre les pays.

Le roi Siméon II de Bulgarie intervievé par la chaîne de télévision turque NTV

Le roi Siméon II de Bulgarie intervievé par la chaîne de télévision turque NTV

N.R. : Quel est votre rôle aujourd'hui en Bulgarie et, après avoir été Premier Ministre de 2001 à 2005 suite à la victoire aux législatives le 17 juin 2001 du parti que vous avez créé et présidé, puis vous être retiré de la scène politique en 2009, envisagez-vous de jouer un nouveau rôle politique dans votre pays ?


 

Siméon II de Bulgarie : Non, d'abord car ce n'est pas le moment, secundo je n'en vois pas l'utilité et aussi il faut aussi penser à mon âge. Il y a les élections présidentielles en novembre. L'an passé, on m'a dit “Si si, vous devez !” J'ai répondu “Considérez mon âge” et on m'a rétorqué “Oui, mais voyez Adenauer ou d'autres.” Mais là, on citait des exemples qui sont des exceptions.

 

Je n'ai qu'une seule envie, c'est de prendre ma retraite, pouvoir voir mes petits-enfants plus souvent, lire davantage. Mais voilà, je suis constamment sollicité, de plus en plus dans mon rôle qui était mon métier principal et à l'origine, alors qu'à une époque, j'étais le vilain Premier Ministre. Tellement de visiteurs viennent de l'étranger et demandent à me voir. C'est un autre rôle aujourd'hui mais je ne sais pas à quoi le comparer. Les gens ont confiance en ce qu'on dit, entendre notre opinion, peut-être parce qu'on est âgé et plus sage. Il y a toutes les raisons possibles et je suis malheureusement très et trop occupé, je m'en rends compte.

 

Ma femme et mes enfants me font souvent des remarques “Mais enfin tu as fini, tu ne peux pas dire non une fois pour toutes aux gens et trier un peu ?” mais c'est très difficile. Je peux tout de même continuer car je le vois avec vos collègues pour des questions politiques, ma mémoire vivante couvre les deux époques, l'avant communisme et l'époque post et démocratique, cela représente tout de même un pontage...

Le roi Siméon II de Bulgarie et son épouse la reine Margarita

Le roi Siméon II de Bulgarie et son épouse la reine Margarita

N.R. : Les livres d'histoire bulgares actuels évoquent-ils de nouveau la période monarchique et les rois de Bulgarie alors que pendant la période communiste, cela avait été supprimé ?


 

Siméon II de Bulgarie : Là, c'est très délicat, il y a un certain complexe, on a tellement été forcé à dire des horreurs de l'époque de la monarchie, que c'était une autocratie, etc, ce qui fait que la monarchie est quelque chose dont on ne sait pas très bien comment parler, du 1er, du 2ème et du 3ème royaume. Au temps du communisme, on utilisait la formule “Premier, Second Etat” et jusqu'à aujourd'hui, certaines personnes n'arrivent pas à dire “le troisième royaume”, non pas pour m'énerver ou par manque de culture, mais parce que c'est dans le subconscient. Néanmoins, dans beaucoup de conférences, je le vois, les choses évoluent.

 

L'autre jour, j'étais à l'ouverture de l'année universitaire ; deux professeurs ont pris la parole et ont dit quelque chose sur le royaume en s'adressant à moi et c'est peut-être la preuve que doucement, on revient à la terminologie normale sans pour autant devenir moins républicain. Ce sont tout de même des générations qui ont été forcées à penser ou à agir autrement. Les gens parfois même tendent à oublier pour ne pas se compliquer l'existence, ne pas trop réfléchir, alors ils prennent ce qui est à la mode, le base word au lieu de se demander pourquoi, comment, quoi ?

 

Mais dans les livres d'histoire, pour l'instant, on parle encore du Troisième Etat et puis quand ils parlent de moi, c'est le Premier Ministre Saxe-Cobourg (son nom d'origine étant Siméon Borissov de Saxe-Cobourg-Gotha ou Sakskobourggotski). Dans les journaux, souvent déjà on dit le roi, mais aussi de nouveau M. Saxe-Cobourg, car là on a l'impression de ne pas trahir la République.”

Le roi Siméon II de Bulgarie, auditorium des éditions Yapı Kredi à Istanbul

Le roi Siméon II de Bulgarie, auditorium des éditions Yapı Kredi à Istanbul

Pour la sortie de la version turque des mémoires de Siméon II de Bulgarie traduites du français par Saadet Özen, la maison d'éditions Yapı Kredi a organisé dans son auditorium vendredi 6 octobre 2016 une rencontre avec cet homme au destin hors du commun, d'une approche facile et d'une gentillesse exquise.

 

Y ont assisté S.S. Bartholomeos 1er, patriarche oecuménique de Fener ainsi que Mgr François Yakan, vicaire patriarcal des Assyros-Chaldéens de Turquie.

 

SS Bartholoméos 1er, Patriarche oecuménique de Fener à côté du roi Siméon II de Bulgarie et de son épouse la reine Margarita

SS Bartholoméos 1er, Patriarche oecuménique de Fener à côté du roi Siméon II de Bulgarie et de son épouse la reine Margarita

C'est à l'éminent Professeur Docteur Ilber Ortaylı qu'est revenue la mission de présenter le souverain et d'entretenir avec lui la conversation pour faire connaître une infime partie de cet homme au destin si particulier.

Le Pr Dr İlber Ortaylı parlant du et avec le roi Siméon II de Bulgarie
Le Pr Dr İlber Ortaylı parlant du et avec le roi Siméon II de Bulgarie

Le Pr Dr İlber Ortaylı parlant du et avec le roi Siméon II de Bulgarie

A l'issue de cet échange et d'une période destinée à répondre à quelques questions du public, Siméon II s'est volontiers plié à une séance de dédicaces et un échange avec les personnes qui souhaitaient l'approcher.

 

Cliquez ici pour lire la version turque de l'article.

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 05:09

Article publié sur www.lepetitjournal.com d'Istanbul - Edition du 28 septembre 2016

 

En janvier 2016, les levantins d'Istanbul ont décidé de créer Levantine Heritage Foundation – IST, antenne locale de la Fondation Levantine Heritage née en 2010 et basée à Londres, présidée actuellement par Quentin Compton Bishop.

 

L’équipe istanbouliote, composée de sept membres dont trois levantins, a organisé le week-end dernier à Beyoğlu son premier événement dans le but de promouvoir la culture levantine, d'expliquer les origines, le développement et l'apport des levantins dans la société et d'annoncer les futures activités du groupe.


 

1ère conférence sur les Levantins de Beyoğlu à Istanbul des 23 et 24 septembre 2016

1ère conférence sur les Levantins de Beyoğlu à Istanbul des 23 et 24 septembre 2016

Le programme, composé de la 1ère conférence sur les Levantins de Beyoğlu qui s'est tenue vendredi après-midi et samedi toute la journée au Centre Culturel Italien d'Istanbul et dimanche de visites guidées de Pera, Galata et du cimetière latin catholique de Feriköy, a remporté un intérêt certain et un vif succès pas seulement auprès des levantins, mais aussi d'étudiants et de personnes curieuses d'en savoir plus.

Le public a répondu présent au programme proposé par les levantins d'Istanbul en septembre 2016
Le public a répondu présent au programme proposé par les levantins d'Istanbul en septembre 2016

Le public a répondu présent au programme proposé par les levantins d'Istanbul en septembre 2016

Pour beaucoup, le terme de levantin reste encore bien flou et donne lieu parfois à des erreurs d'interprétation. Lorsqu'on les évoque en Turquie, il s'agit en fait de familles catholiques de rite latin, issues du bassin méditerranéen - plus particulièrement de la France et de l'Italie - qui, à partir de la seconde moitié du XVème siècle, sont venues s'installer ici pour y travailler et y vivre, cercle qui s'est ensuite quelque peu élargi.

le quartier de Galata où les premiers Levantins sont venus s'installer à partir de 1453

le quartier de Galata où les premiers Levantins sont venus s'installer à partir de 1453

Cette premiere manifestation culturelle au titre évocateur "Levantins de Beyoğlu, effets et contributions des Levantins dans le développement de Beyoğlu, Pera/Galata et environs - Un long héritage de commerce, d'art et de vie sociale depuis 1453", organisée par l'antenne locale de la Fondation avec la collaboration et le soutien de la Mairie de Beyoğlu, de l'Institut Culturel Italien, de la Fondation "Culture Ville" et bien entendu de la Fondation-mère à Londres, a été une véritable réussite.

 

Cette dernière implique de saluer l'important travail fourni par Nuri Çolakoğlu, membre du Conseil d'Administration de la Fondation et Hugh Jonathan Beard, également membre du C.A. et Président Honoraire de l'antenne locale.

Les levantins d'Istanbul donnent de la voix

Ahmet Misbah Demircan, maire de Beyoğlu et principal supporter de la conférence, a assisté à l'ensemble des interventions de vendredi, de même que Robert Schuddeboom, Consul Général de Hollande à Istanbul, et s'est montré fort intéressé par le sujet. Il a aussi offert une réception aux organisateurs et participants à l'issue de la journée d'ouverture.

Les officiels lors de la journée d'ouverture de la 1ère conférence sur les levantins de Beyoğlu

Les officiels lors de la journée d'ouverture de la 1ère conférence sur les levantins de Beyoğlu

Les présentations du vendredi 23 septembre ont été faites par le Prof. Dr Ahmet Haluk Dursun, Secrétaire d'Etat du Ministère de la Culture et ancien directeur des musées de Ste-Sophie et de Topkapı, qui a évoqué les levantins d'Istanbul, Rinaldo Marmara, historien officiel et attaché culturel de la Conférence Episcopale Catholique turque et écrivain levantin dont l'intervention a porté sur le langage commun, les traditions religieuses des levantins pérotes – habitants de Pera, ancien nom de Beyoğlu – et la tolérance et l'hospitalité dont ils ont bénéficié durant l'Empire ottoman, puis Mert Sandalcı, écrivain spécialiste de l'histoire de la pharmacologie en Turquie qui a parlé des pharmacies levantines de Pera.

 

 

 

le Prof. Dr Ahmet Haluk Dursun

le Prof. Dr Ahmet Haluk Dursun

Rinaldo Marmara

Rinaldo Marmara

Mert Sandalcı

Mert Sandalcı

Samedi, des sujets aussi divers que les magnats levantins de la mer, l'emprise des biens étrangers dans la capitale ottomane, les librairies levantines de Pera, l'art et l'architecture de Pera et de Galata, l'héritage architectural levantin avec pour exemple celui laissé par Alexandre Vallaury, la musique apportée aux sultans par la famille Selvelli, les peintres d'Occident à Pera, la culture et l'éducation à Pera et Galata, apprendre et enseigner le turc à Beyoğlu, l'éducation chez les levantins et les écoles étrangères de Pera, la presse levantine de Beyoğlu,... ont été abordés par les intervenants.

Les levantins d'Istanbul donnent de la voix

Ces derniers sont pour certains eux-mêmes des levantins comme par ex. Fabrizio Casaretto et Jonathan Beard, d'autres, tel Quentin Compton Bishop, Président de la Fondation-mère à Londres, ou Luis Miguel Selvelli, ont des membres de leur famille qui le sont, d'autres encore comme Paolo Girardelli, Marie Bossaert, Luca Orlandi, Norman Stone,... sont des chercheurs, écrivains, architectes... tous intéressés, voire passionnés par la richesse de l'héritage levantin laissé à Istanbul.

Fabrizio Casaretto

Fabrizio Casaretto

Marie Bossaert

Marie Bossaert

Les sorties ont attiré dimanche matin près de 90 personnes réparties en deux groupes pour admirer les places occupées ou construites par des levantins à Pera et Galata, visites fort intéressantes et menées par Paolo Girardelli et Luca Orlandi.

La visite guidée menée par Luca Orlandi
La visite guidée menée par Luca Orlandi
La visite guidée menée par Luca Orlandi

La visite guidée menée par Luca Orlandi

L'après-midi, une bonne trentaine de curieux ont visité sous la conduite de Rinaldo Marmara le cimetière latin catholique de Feriköy, lieu pouvant être comparé à un véritable livre d'histoire à lui tout seul.

La visite menée par Rinaldo Marmara dans le cimetière latin catholique de Feriköy
La visite menée par Rinaldo Marmara dans le cimetière latin catholique de Feriköy
La visite menée par Rinaldo Marmara dans le cimetière latin catholique de Feriköy

La visite menée par Rinaldo Marmara dans le cimetière latin catholique de Feriköy

Dans les prochains mois, de nouvelles conférences et visites seront organisées par l'antenne istanbouliote de la Fondation londonienne ainsi que des dîners pour Noël et carnaval.

Une partie du reste des murailles génoises de Galata à Istanbul

Une partie du reste des murailles génoises de Galata à Istanbul

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